LE COTE OBSCUR DE LA FORCE


Le côté obscur de la force : Nous ne pourrons jamais être comme eux

Ne pas rater, en fin d’article la vidéo testament sous-titrée en français de Bertolt Brecht datant de 1939 


Par Dagmar Henn – Le 26 juin 2015 – Source thesaker.is

Ceci est un long rapport, et j’ignore combien de lecteurs auront la volonté de s’y intéresser. Il n’y a rien au niveau des considérations géopolitiques, ou un quelconque diagnostic à en tirer. J’ai plutôt tenté d’analyser le noyau essentiel de la confrontation et de rendre plus transparent le niveau d’éthique et de moralité afin d’expliquer comment, moi – qui suis athée, pour être honnête – je perçois le conflit du Donbass, en Ukraine, et le combat réel entre le Bien et le Mal, qui nous concerne tous dans son impact global, même si les conséquences ne peuvent être ressenties partout avec la même acuité.

De nombreuses vidéos, qui sont publiées en exemple et comme preuves dans ce texte, sont réellement dures à regarder. Cependant il est essentiellement vital d’affronter ces réalités, de prendre le temps, et de faire des pauses quand c’est nécessaire si on ne peut pas tout regarder d’un seul coup.

 

Mais il est vital d’aller plus en profondeur afin de saisir ce que Fascisme et Antifascisme signifient réellement. En effet de nombreuses personnes ne connaissent pas ces notions, alors que d’autres, nombreux, en ont juste une notion superficielle enterrée derrière les discours officiels. Pour réellement identifier et saisir le Fascisme vous devez en connaître les deux faces : celle tranquille et prosaïque des intérêts du pouvoir économique et celle du barbarisme fondamental inhumain. Seule la connaissance de ces deux faces peut fournir la base d’une réelle résistance.

L’infâme vidéo

La façon dont la vidéo présente Givi et ses prisonniers de guerre capturés à l’aéroport de Donetsk et son utilisation par la propagande, spécialement dans les médias allemands, pour démoniser les milices, demande quelques explications. BILD a titré : «Voici comment les séparatistes torturent les soldats ukrainiens» et a ajouté une version vidéo tronquée (nantie d’une traduction incomplète, comme d’habitude). Depuis ils n’ont cessé de se référer répétitivement aux séquences qu’ils ont publiées.

Vous pouvez regarder en premier la vidéo, l’article vient après (ainsi que l’article sur Givi en action). Ici, dans la version russe sans aucune coupure, pour tous ceux qui sont capables de supporter tous les détails anatomiques. A mon humble avis, laissez-les de côté. Cela ne contribue aucunement à la compréhension mais pourrait vous causer une réaction de dégoût considérable.

 

Maintenant, quelques rappels sur les scènes présentées. Il n’est pas difficile de deviner qu’au début de la vidéo Givi et ses Somalis viennent juste de quitter le champ de bataille. Ainsi qu’on peut s’en rendre compte à travers les témoignages des prisonniers, le contexte est une autre tentative d’assaut de l’armée ukrainienne sur l’aéroport de Donetsk qui a échoué. Dans ce cas les troupes ukrainiennes auraient été jetées dans la bataille sous de faux prétextes. Ils disent qu’on leur a assuré qu’ils devaient ramener les soldats blessés. Il n’est pas étonnant que le résultat final se soit terminé plutôt par un massacre que comme une bataille ordinaire.

Donc que ces soldats ordinaires n’aient eu aucune idée de ce qu’ils étaient supposés faire est évident dans cette vidéo : À [8’09 »] le prisonnier déclare qu’on lui a menti et que «s’il savait su ce qui allait se passer lorsqu’il est parti… il ne serait jamais parti de toute façon».

L’arrestation

Il semble aussi évident que Givi revenait d’une situation dans laquelle il avait plutôt joué un rôle de bourreau que de soldat à cause du subterfuge de ce commandant ukrainien. On peut imaginer que les soldats se sentent trahis et encore plus enragés qu’à l’ordinaire. En plus, ce matin-là, un bus avait été ciblé et touché à Donetsk (le même bus dont vous ont parlé les médias). Le commandant ukrainien arrive sur les lieux alors que les véhicules brûlent encore sur la chaussée [18’18 »] et que les cadavres des victimes n’ont pas encore été déplacés. Probablement que Givi était déjà au courant des faits de cette attaque terroriste.

Le commandant capturé n’est pas un inconnu. Il est troisième sur la liste du registre électoral du Secteur Droit. On peut présumer à ce moment là que Givi pense qu’il parle à un officier de l’Armée régulière. Mais cet homme, en fait, si vous le jugez sur la base idéologique à l’échelle des catégories de la Deuxième Guerre mondiale, est comparable à un SS Obersturmbannführer. Il est non seulement un membre mais un des leaders de cette organisation criminelle. Le Saker Francophone avait publié deux articles à son sujet sous le titre «Givi pèche un gros poisson», ici et .

En dépit de cette situation extrême, qui va au-delà de la simple arrestation après une bataille ordinaire – mais qui met en lumière la terreur sur Donetsk et la manipulation des militaires comme chair à canon – Givi fait exactement deux choses : il fait avaler leurs insignes militaires ukrainiens à quelques uns des militaires et gifle le commandant fasciste.

Il doit être pris en considération que cela concerne non seulement le bataillon de Givi, plus son groupe de prisonniers, mais en sus concerne la situation de Givi par rapport à son propre bataillon. Pour tous ceux qui sont impliqués dans le cours du combat la situation est supposée extrêmement peu ragoûtante. Ils sont tous fortement enragés. Et Givi ne peut pas transiger avec eux, simplement en semblant ignorer les circonstances. S’il agissait ainsi le risque qu’il ne puisse contrôler la situation serait trop important. (Dans l’arrière plan de la vidéo, traduit dans les sous-titres, mais peu perceptible car trop rapide, on peut entendre une voix qui dit «Flinguez les tous ».) C’est aussi une bonne raison pour qu’il mette autant de rage dans sa voix. En agissant ainsi il donne quelque satisfaction à ses hommes. Même s’il semble passer outre ses convictions idéales, il agit en sorte pour désamorcer la pression émotionnelle, mais ne permet pas d’aller jusqu’à des dommages irréversibles. Toutes ses réactions sont non seulement contrôlées mais aussi très avisées.

La récupération des morts

Si on écoute avec attention les passages qui ont été traduits dans le magazine BILD par «C’est ça votre Glorieuse Ukraine. Soyez satisfaits», on peut s’apercevoir que le ton montre plutôt de la déception que de la satisfaction… D’autres témoignages de cette sorte, qui sont notés dans la scène tentent plutôt d’en masquer l’horreur qu’elle inspire aux témoins.

Pour tous ceux qui raisonnablement se retiennent de visionner la version originale : ici les soldats ukrainiens morts sont montrés de très près ; il arrivent dans un fourgon et sont débarqués.

Ce qui n’est pas montré dans la vidéo, mais doit être intégré dans la chaîne des événements, c’est le fait que les morts sont déposés ensuite dans un cercueil, et après une cérémonie religieuse sont stockés dans un local par les survivants et renvoyés à l’Armée ukrainienne. Dans l’enregistrement de la vidéo aucun traitement irrespectueux des cadavres. Personne ne peut raisonnablement croire que des soldats morts au combat, ramenés du champ de bataille, puissent être récupérés puis entassés dans un corbillard aussi longtemps que le combat continuait.

Et personne ne peut exiger que ceux qui malgré tout montrent du respect envers leurs ennemis vaincus accomplissent ce transport avec affection, précaution, ou même avec une attitude digne. Ce qu’ils transportent n’est rien d’autre que de la chair déchiquetée, avec des caractéristiques humaines qu’ils doivent ignorer à ce moment là, car se sont eux qui ont mis ces êtres humains dans cet état. L’avenir dira si les corps transportés pourront un jour rappeler, à leurs yeux, leur condition humaine. Après avoir compris cela, on pourra mieux juger s’ils ont agi respectueusement ou non.

Ici c’est la vidéo de l’hommage rendu et de la bénédiction (ne me demandez pas pourquoi elle commence avec une scène de pilonnage au mortier).

 

À [5’04 »] dans la vidéo, Zakharchenko exprime son indignation sur le fait qu’aucun représentant ukrainien ne se soit montré à la cérémonie. Les Autorités militaires ukrainiennes abandonnent tout simplement leurs morts derrière eux…

La Marche des Prisonniers

Zakharchenko demande aux prisonniers dans la seconde vidéo: «Vous ne saviez pas, maintenant vous voyez  Si vous ne compreniez pas contre qui vous vous battiez et qui sont réellement les animaux, alors que vos officiers ne veulent même pas récupérer les corps de vos camarades…»

C’est une des raisons pour laquelle les prisonniers sont sélectionnés. De nombreux prisonniers nous ont expliqué qu’on leur avait dit qu’ils allaient se battre contre les envahisseurs russes et qu’ils devaient libérer les civils. Ils ne savent pas (ou tentent d’oublier) ce que leur artillerie a fait contre les villes du Donbass.

Un évidence sur le sujet peut être trouvée dans la première vidéo à [12’10 »]. Le prisonnier est interrogé par une passante: «Dites-moi pourquoi vous êtes venus ici». Et il répond: «On nous a raconté une histoire complètement différente». Des déclaration similaires peuvent être entendues dans différentes vidéos par des prisonniers de guerre ukrainiens, et aussi dans ma vidéo préférée qui montre l’interrogatoire d’un artilleur ukrainien de Gorlovka.

Par exemple les commentaires de nos médias locaux tendent à interpréter la manière avec laquelle les coupables sont confrontés aux conséquences de leurs actes comme des cas d’humiliation. Dans le Donbass ils agissent ainsi encore et encore. Les pilotes capturés sont promenés dans les villes et les villages ou ils ont bombardé, les soldats et les artilleurs à travers les cités qu’ils ont pilonnées. Ils ont à rencontrer leurs victimes et les membres de leurs familles.

Mai si on cherche des exemples lors de la Deuxième Guerre mondiale, de la même façon, le procédé ressemble bien plus à la Parade des prisonniers allemands à travers Moscou en 1944, ou à la visite des habitants de Weimar et Iena qui furent persuadés par les militaires US de visiter Buchenwald. Pas réellement volontairement, mais plutôt d’un point de vue pédagogique.

Et dans tout cela les actions de ces militaires responsables de crimes de guerre continus, tels des attaques d’artillerie sur des zones résidentielles, sont bien pires que l’éraflure dans la Convention de Genève commise par Givi giflant ses ennemis, même s’il l’avait fait une douzaine ou une centaine de fois. La liste des crimes de guerre ukrainiens est longue, elle concerne presque tous les actes commis lors de la bataille de Slaviansk, et aussi aujourd’hui deux crimes de guerre qui sont passés sous silence : l’emploi d’obus à l’uranium appauvri et d’armes biologiques. Les munitions au phosphore ont été utilisées à répétition. Elles sont non seulement incendiaires mais en raison de leurs vapeurs nocives elles doivent être incluses dans la liste des armes chimiques. Pas un seul de ces crimes de guerre n’a été mentionné dans la presse allemande, ou ils sont mentionnés comme des détails triviaux, alors que ce sont des actes criminels, et sont laissés soigneusement de côté. (Seule exception, la bombe à fragmentation qui a frappé un poste de la Croix-Rouge à Donestk, mais uniquement parce qu’elle a tué un citoyen suisse…)

Cela signifie que tous les prisonniers sont impliqués dans un immense crime collectif malgré qu’il soient généralement traités avec respect. Et ce respect démontre que le procédé qui est qualifié d’humiliant consiste à les traiter comme des êtres humains capables d’apprendre et reconnaître leurs erreurs. Ainsi chacun peut réellement leur montrer ce qu’ils ont fait, et qu’ils doivent être conscients d’avoir attaqué leurs frères et sœurs avec tous les instruments possibles de destruction.

Cette attitude caractérise la vidéo sur Gorlovka. Elle est particulièrement intéressante et crédible car elle a été publiée avec une intention complètement différente, pour que tous les prisonniers témoignent qu’ils ont été empêchés de participer aux élections ukrainiennes. Cette vidéo n’a pas été mise sur internet pour témoigner de la manière dont les prisonniers sont traités. Mais j’ai aussi vu une interview qui a été traitée de manière similaire : un des deux artilleurs est très près de la dépression nerveuse. Cette dépression est causée par la prise de conscience de ce dans quoi il a été impliqué et il en prend conscience sans aucune pression simplement parce qu’il a pris du recul et le temps de comprendre. Il est interrogé comme un être humain raisonnable, capable de compréhension, avec calme et respect, au milieu de la ville qu’il a fait souffrir sous ses attaques continuelles d’artillerie et qui doit pleurer ses victimes de guerre chaque jour.

Si on compare les enregistrement d’un large panel de prisonniers et du commandant emprisonné on peut saisir la différence. La majorité du groupe semble honnêtement choquée. Ils ne peuvent imaginer être admis par la population et ne peuvent croire à la masse énorme des destructions. Un autre enregistrement montre comment la conférence de presse de Zarkhachenko prouve qu’ils ont en réalité saisi et appris quelque chose.

Il y a une autre vidéo qui suit montrant le détail de l’enregistrement de ce commandant fasciste à l’arrêt de bus de Donetsk. Une observation détaillée montre son complet manque d’empathie ou de choc. Au contraire, pendant un court moment il exprime un bref sentiment de triomphe. A la question «qui a fait ça?», le commandant fasciste ne répond pas Nous comme le fait la majorité des soldats. Tout d’abord il ne répond pas, puis il dit l’artillerie. Finalement quand le milicien le pousse dans la voiture afin de le soustraire à la vindicte de la population de Donestk quelqu’un déclare : «Il a dit que c’était l’œuvre d’un de ces foutus spékops [opérations spéciales, NdT] ou des Russes.» [1’21 »].

Ainsi que la pilote ukrainienne Savshenko, qui a été présentée comme un cas de violation des droits de l’homme, il ne peut être convaincu d’avoir fait quelque chose de mal. Il montre la même attitude froide et satisfaite que Savshenko et ses idéaux historiques. Regardez simplement la photo que vous trouverez là, Hermine Braunsteiner-Ryan, afin de voir de qui il s’agit. C’est la personne qui a été la principale accusée du procès de Maidanek et le même sang froid arrogant peut être retrouvé sur l’écran de la TV.

Le vrai gouffre

Les images des citées bombardées sont probablement connues. Et tous ceux qui lisent ce texte savent combien tout cela est proche de la guerre d’extermination nazie.

Mais on est bien loin de connaître le fond ou ces analogies nous entraînent. Il est évident que les premiers témoignages émanent de ceux qui ont été des prisonniers ukrainiens. En quantité conséquente ça a commencé après le début des échanges de prisonniers suite à la trêve de Minsk 1.

Ici je veux montrer quelques vidéos illustrant ce fait, afin que vous puissiez vous faire votre propre opinion. J’ai tenté de choisir les vidéos afin que chaque personne soit capable d’évaluer leur crédibilité.

La première est un reportage de la Komsomolskaia Pravda, sur un échange de prisonniers. Le prisonnier est interviewé immédiatement après l’échange, et rien chez lui ne montre de la sympathie avec la milice.
Regardez :

 

Un autre reportage est une interview avec le frère de Matros (un des commandants de Motorola). Matros a désespérément cherché son frère qui avait été pris par les Ukies ; la vidéo focalise essentiellement sur les retrouvailles entre les deux frères, mais le plus jeune raconte comment il a été traité par les troupes ukrainiennes.


Plus tard après de plus larges échange, des rapports tels que celui-ci sont arrivés :

 

Tous évoquent la torture, toujours comme une procédure normale dans le traitement des prisonniers (n’importe qui et pour n’importe quoi)… Mais les premiers rapports donnent l’impression que ceux qui ont abouti dans les prisons régulières, aux mains du pouvoir d’état régulier, soit le SBU, ont été moins malmenés que ceux qui sont tombés aux mains de la Garde nationale ou même des Bataillons fascistes.

Ensuite il est devenu évident qu’il s’agissait juste d’un répartition du travail. Un exemple en est l’interview par Graham Philips de la veuve d’un homme qui a été assassiné :


Il y a trop de nombreux rapports sur l’emploi systématique de la torture pour éluder celle-ci facilement. Et notez que que nous ne parlons pas ici des engagement ou de l’excessive violence qui toujours sévissent lors d’un état de guerre. Nous ne parlons pas non plus d’une situation de guerre entre un nouvel et un ancien état, comme vous pouvez les trouver à Donetsk ou Lugansk, ou l’autorité de l’État n’existe pratiquement pas et ou inévitablement la violence aurait tendance à supplanter les structures étatiques. Nous parlons d’un état avec des institutions, avec des tribunaux, des prisons, une police, un état qui a institué la torture comme une procédure régulière et admis les assassinats de prisonniers ou aux moins les encourage. Maintenant ceci explique clairement pourquoi, les rapports disent que les prisonniers qui vont être exécutés sont systématiquement torturés avant, par principe. Ce n’est rien d’autre que la mise en place de la violence organisée par l’État lui-même, une orgie d’extermination, rien d’autre que du fascisme.

La pointe de l’iceberg

Il y a une telle quantité de rapports sur ces atrocités que la réelle comptabilité des crimes ne sera seulement visible que lorsque la junte sera vaincue. On ne possède que des fragments sur ce qui s’est réellement passé dans des endroits tels Slaviansk, Kramatorsk, ou Marioupol sous occupation ukrainienne. Il est très difficile d’évaluer ce qui est rumeur ou fait avéré. Juste ce qu’on peut savoir à travers les récits de civils qui ont été en captivité quelque part, quelquefois, sans raison, et ont été échangés. Et il y a quelques rapports crédibles sur ce qui est arrivé là-bas. Malgré tout la Fondation russe pour l’étude de la démocratie a publié son second rapport sur un nombre de ces récits et démontre une procédure systématique sur le sujet. Et il y a un nouveau site web, nommé Warleak qui rassemble et publie ces informations.

Quelqu’un a peut-être pu voir de courts extraits de la vie sous occupation ukrainienne dans une vidéo sur Debaltsetvo que j’ai postée il y a quelques temps. Cette interview montre une mère au dehors d’un village qui a été occupé par les troupes ukrainiennes peu après sa libération et qui est très détaillée, très dure à supporter, pour moi c’est une des plus horribles de toutes les horribles vidéos de cette guerre.

 

Il est nécessaire de prendre un peu de recul sur cette vidéo qui clarifie qu’il ne s’agit pas ici de faits accidentels, ni d’agressions sur de simples personnes, pour quelque raison que ce soit. La mère dit que son fils a été torturé plusieurs jours durant et a été jeté dans une mine. C’est un plan organisé rejouant une histoire bien connue de la Deuxième Guerre mondiale. Elle est narrée dans la nouvelle La Jeune Garde , et était en lecture obligatoire dans les écoles soviétiques.
Les événements historiques prennent ainsi leur place dans le Donbass comme une répétition de l’Histoire.

Ainsi il y a des rumeurs sur des prisons secrètes du côté ukrainien qui parlent d’un nombre inconnu de gens disparus. Involontairement Amnesty International a récemment confirmé ces craintes.

Vasily Budick, le conseiller d’un officiel du ministre ukrainien de la Défense à déclaré à Amnesty International que les forces séparatistes ont présenté une liste de 1 000 personnes qu’ils recherchaient pour les échanger contre des prisonniers détenus, et que le nombre a été réduit à 200 car, selon lui, les personnes de la liste originale n’existaient pas ou étaient détenues dans les prisons ukrainiennes avant le début du conflit (Vasily Budik interview de Kiev, 2 avril 2015).

Budik,  présenté comme un officiel par Amnesty est actuellement le fondateur du Bataillon Donbass et un ami proche de Dmiti Yarosh, le leader de Right Sector [parti néonazi, NdT]. Vous n’avez pas besoin de beaucoup d’imagination pour comprendre ce que cela signifie lorsque cette personne déclare : «Des gens qui n’existent pas». Il est bien certain que s’ils étaient présents sur la liste c’est qu’ils existaient.

Mais on ne peut éluder les récits que l’on ne peut confirmer sur le moment. Fin février l’an dernier, quelques informations ont circulé sur une attaque contre des manifestants anti Maïdan à Korsun. Durant de nombreux mois uniquement de maigres infos ont pu être trouvées à leur sujet, par exemple en appelant l’état-major des antifascistes après le 7 mars 2014. Il est impossible d’évaluer à quel point les rapports sont réels ou exagérés. Simplement pendant l’été une nouvelle vidéo est apparue qui interviewait les victimes des événements et éclaircissait un peu les informations qui non seulement étaient vraies mais même sous-estimées.

La même chose est survenue encore et encore. Malgré cela il y a de sérieuses raisons de craindre que ce qui se passe en Ukraine sous le joug fasciste va encore plus loin. En fait nous ne verrions que le morceau émergé de l’iceberg.

L’équilibre de la terreur ?

Il semble que les médias admettent le fait que les atrocités de Kiev ne peuvent pas être cachées en totalité. Aussi ils  pratiquent une stratégie déclarant que les deux côtés sont mauvais, mais les séparatistes encore plus. Le rapport d’Amnesty International que j’ai relaté auparavant peut servir d’exemple. Il mentionne les vidéos mais ne les relie pas entre elles, et se réfère à des sources telles que le Kiev post dont l’objectivité pourrait par comparaison transformer les pires tabloïds en des fontaines de vérité. Ainsi non seulement Givi mais Motorola sont tournés en croquemitaines.

Voyons les vraies questions hors du champ émotionnel.

Y a-t-il des guerres sans atrocités? Vous pouvez le souhaiter mais l’idée même est irréaliste. Quand on brise le tabou du meurtre, et c’est l’inévitable conséquence de toute guerre, toutes les meilleures limites morales sont en grand danger. C’est exactement la raison pour laquelle les punitions infligées pour maintenir la discipline dans les troupes tendent à se durcir de plus en plus. Penser que les membres des milices ne commettent jamais aucune atrocité équivaut à croire au Père Noël.

Il n’y a qu’une seule option pour prévenir un tel développement: ne pas faire de guerre. Mais les citoyens du Donbass n’avaient pas le choix, ce qui est rendu évident par les événements d’Odessa le 2 mai de l’an dernier. Ils avaient seulement le choix entre se rendre sans défense, avec leurs familles, ou la résistance armée. Même si presque personne n’envisageait de guerre au début du sursaut, ce qui est confirmé par l’interview de Zarkhachenko en mai, la décision de résister par les armes a été légitime et juste.

Les différences dans la pratique de la guerre sont bien connues. Les troupes ukrainiennes agissent comme une force ennemie, et non comme des troupes d’un pays qui est le leur. Ce n’est pas leur seul but, même si c’est le but au départ de vaincre les forces d’opposition, mais le but est aussi de créer le maximum de dommages, de toucher la population civile aussi bien que les infrastructures. Ici le conflit est extrêmement asymétrique. Le Donbass n’a pas la possibilité de couper Kiev des approvisionnement de nourriture, de bloquer le paiement des pensions des retraités, ou de transformer les villages de l’Ouest ukrainien en un tas de décombres. Mais peut-être l’Histoire nous permettra-t-elle de constater comment les troupes novorusses agiront, par exemple, à Lvov…

Ce type de pratiques démontre que la junte pense perdre le conflit. Même les nazis, avec leur traitement bestial de la population, ne détruisaient pas les infrastructures avant d’avoir été forcés à la retraite. Avant tout ils comptaient les utiliser pour leur usage. La rhétorique ukrainienne sur la libération de ces zones est puissamment contredite par les pilonnages systématiques des villes avec de l’artillerie lourde et l’intensification volontaire des dommages sur les populations civiles, comme le sabotage des infrastructures hydrauliques, comme à Slaviansk. En cas de réussite cette stratégie crée uniquement des zones inutilisables.

Ce type de stratégie est un crime en lui-même. Et la balance est claire dans ce cas.

Il y a eu des déclarations des Novorusses sur ce que certains troupes ne seraient pas faites prisonnières. Il s’agit des bataillons de volontaires, spécialement les néonazis du Secteur Droit. Est-ce criminel? L’Armée Rouge, de même que ses Alliés occidentaux capturaient rarement les membres des SS.
Mais il est surprenant que des militaires ukrainiens notent dans leurs témoignages d’atrocités ou d’exécutions qu’il s’agissait soit de membres de ces bataillons de volontaires (et il est curieux de voir que Amnesty International rechigne à témoigner de ces faits), soit de membres des unités d’élite de l’armée ukrainienne. Dans chaque cas les gens qui généralement n’étaient pas capturés évitent les témoignages publics. Non seulement le fasciste, (principal acteur) de la première vidéo a survécu malgré les déclarations officielles, mais les gens d’Amnesty on pu lui parler, ensuite il a été rapidement échangé.

La ligne est mince

Cependant, même si nous assumons que toutes ces accusations préalables sont vraies, il reste une différence fondamentale qui permet d’identifier à travers cette dichotomie du bon et du mauvais dans un environnement plombé par la violence.

Il y a une série de vidéos montrant des exécutions supposées ou réelles. La première des ces vidéos circulait avant les événements d’Odessa. Récemment c’est une vidéo d’une scène de crucifixion et la dernière montre la manière dont deux prisonniers sont pendus, vidéo qui selon le procureur de Lugansk a été trouvée sur un membre d’une équipe ukrainienne de sabotage [SRG , NdT].

Chacune de ces vidéos est soumise au débat concernant son authenticité. Ce débat est en réalité futile et sert en tant que mesure de auto-protection : après tout, pourquoi quelqu’un qui sait avoir accompli un meurtre qui restera impuni, fera-t-il l’effort et prendra-t-il le risque de réaliser une vidéo bidonnée? Ici aussi, Odessa a montré les standards. Il y a des heures de matériel vidéo accessibles et la plupart permettent une identification facile des criminels, mais sans aucune conséquences pour eux.. Et dans ces cas aussi les fascistes ukrainiens agissent exactement comme leurs modèles historiques qui aimaient fièrement poser auprès de leurs victimes.

Mais là, réside un sujet différent mais cruciale qui a été prouvé à travers le simple fait de l’existence de ces vidéos. Non seulement le niveau de violence n’est pas sanctionné, ni caché, mais il est publiquement glorifié par les acteurs… Ceux-ci n’ont ni crainte, ni honte, mais en plus ils en sont fiers, et même si une de ces vidéos est un faux, elle existe pour procurer au responsable un statut valorisant.

Et comment une machinerie d’état qui permet des massacres tels celui d’Odessa ou encore les encourage de toutes les manières possibles pourrait-elle agir contre les coupables ? Quelle accusation porter contre ceux qui agissent sous la proclamation présidentielle que «cent séparatistes auront à payer pour la mort d’un seul soldat ukrainien»? Après la récente décision du Parlement ukrainien de suspendre la Déclaration des droits de l’homme dans le Donbass, toute poursuite contre les atrocités commise à l’endroit des membres de la milice séparatiste, ou même des civils, dans le Donbass, est devenue complètement impossible. A travers cette décision ils les ont été tout simplement privés de leur humanité.

Aussi difficile que ce soit, cela doit renforcer la discipline dans une armée formée par les milices, car avec de telles méthodes de guerre et de brutalité, des atrocités peuvent aussi se passer du côté de la Novorussie. C’est pourquoi il y a des efforts, du côté novorusse, pour arrêter et sanctionner les dérapages mais aussi un discours moral distinct.

Dans la première vidéo, on entend à [13’50 »] «Nous ne serons jamais comme eux». Ici vous trouvez la face la plus cachée et la plus dure bataille de cette guerre. C’est exactement ainsi que l’Armée Rouge a achevé sa plus grande victoire de la Deuxième Guerre mondiale : elle ne s’est jamais vengée. Si elle l’avait fait il ne serait rien resté de l’Allemagne.

Mélangée à cette violence omniprésente, il y a cette bataille continuelle qui n’est pas toujours gagnée. Mais le reconnaître est important et ne peut être remplacé par la glorification de la violence. Cette interview avec un commandant de la milice dont le fils a été assassiné par les fascistes en est un exemple.

 

Il y a des variations dans le discours. C’est ressenti avec des nuances différentes dans les unités communistes et dans les unités orthodoxes. Mais il est essentiel que ça existe et soit activement soutenu, c’est une des tâches primordiales des Sections politiques qui à ma connaissance font partie intégrante de toutes les unités de Novorussie. La vidéo à venir vous donne une idée de comment ça se pratique.


Le Bien et le Mal
A ce point – si et comment l’Humanité peut être préservée ou peut disparaître ou même être détruite systématiquement – la guerre du Donbass est une répétition de la Deuxième Guerre Mondiale et de la bataille contre le fascisme européen. Le vrai fond de l’antifascisme peut être trouvé exactement à ce point, dans le combat continu pour notre propre humanité face aux ténèbres.

Les documents historiques reflètent ceci bien mieux que les rapports présents. Vous avez juste à vous souvenir du Serment de Buchenwald ou de la Chanson de Dachau. L’antifascisme n’est pas «Nous sommes les bons gars, vous êtes les salauds», un jeu qui peut se jouer dans n’importe quelle rue de n’importe quelle ville. C’est un combat contre les ténèbres des règles impérialistes, qui peut uniquement aboutir par un combat intérieur.

À quel point cette connaissance est profondément perdue apparaît avec la tendance alternative allemande actuelle qui se positionne comme antifasciste et rejette totalement le fait que l’antifascisme n’a jamais traité le Peuple et le Pouvoir fasciste d’une même façon unique et identique partout. Il peut aussi être remarqué dans un article récent écrit par un secrétaire de la VVN et titré alte Assoziationen  (Vieilles associations, antifa – janvier/février 2015), qui supposément absout les polémiques contre Niekisch et son National Bolchevisme, mais actuellement reprend avec les théories dites Théories de l’Extrémisme , l’assertion selon laquelle il n’y a aucune différence entre l’Union soviétique et l’Allemagne nazie. A la fin le véritable antifascisme traditionnel en Allemagne est déclaré nul et non avenu et l’humanisme est remplacé par le libéralisme, le ragoût des prétendues valeurs occidentales.

La réalité est puissamment différente ainsi que le démontre l’Ukraine. Il n’y a pas de frontière claire entre libéralisme et fascisme : nous pouvons le voir chaque jour dans les médias de masse et dans le flirt entre le parti de Verts et les fascistes ukrainiens. Et comment pourrait-il en être autrement quand c’est l’expression idéologique d’une face de la Règle du Capital, alors que l’idéologie fasciste en est une autre expression. Précisément là ou une profonde différence est marquée entre antifascisme et fascisme quand ça touche à la place de l’Homme, à la compréhension humaine, le libéralisme offre quoi ? … Rien.

Comme à travers une loupe nous voyons dans le Donbass un combat pour le futur de l’Humanité. D’un côté une glorification sans retenue du pouvoir et de la violence, et de l’autre une douloureuse mais décisive résistance. Et au dessus tout cela en gigantesques lettres de feu: «Bientôt un nouveau spectacle près de chez-vous, réservez vos places !», alors que la majorité de la gauche allemande est pleine de servilité aux idées dominantes et perd sa dernière protection idéologique.

Afin de regagner une morale qui puisse entraîner une réelle résistance au fascisme, ce qui est une urgence depuis que l’Ukraine est devenu le premier pays européen ou la Bête relève la tête, mais malheureusement pas le dernier.

Il nous suffit de nous souvenir. Surtout en allemand, c’est dit clairement et assez souvent.

Vidéo Testament de Bertolt Brecht 1939 – Traduit et sous-titré par jj

 

Traduit par Gabriel, relu par jj et Diane pour le Saker Francophone

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