LE FMI N'A PAS CHANGE, IL NE FAUT PAS OUBLIER SES ACTES PASSES

Eric Toussaint : « Le FMI n’a pas changé, il ne faut pas oublier ses actes passés »

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Eric Toussaint

Entrevue : Alberto Ñiquen Guerra

Le porte-parole du Comité pour l’annulation de la dette du tiers monde était à Lima à l’occasion de l’assemblée annuelle du FMI et de la Banque mondiale. Il rappelle que la croissance économique n’entraîne pas une réduction de la pauvreté.

Éric Toussaint, historien belge, expert en sciences politiques et en économie mondiale et porte- parole du Comité pour l’annulation de la dette du tiers monde (CADTM), a participé à Lima du 5 au 8 octobre 2015 à la rencontre « Démentir le miracle péruvien » pour parler plus spécifiquement de l’ajustement structurel en Amérique latine.

Il ne croit pas en un miracle économique, ni au Pérou, ni dans d’autres pays d’Amérique latine, du fait que nous subissons un modèle économique capitaliste extractiviste qui ne tient pas compte du droit des personnes et ne bénéficie qu’aux plus riches. Face à l’argument des capitalistes qui affirment qu’il n’y a pas d’alternatives permettant d’obtenir de meilleures solutions, il estime au contraire qu’il y a des alternatives, telles que l’écosocialisme, un socialisme écologique axé sur une pratique autogestionnaire des populations, un contrôle des projets de développement, une forte participation citoyenne, une profonde démocratie, qui réduit les inégalités et favorise une économie au service non pas d’une minorité privée mais du bien commun.

Quand le journal en ligne LaMula.pe lui demande si le développement se mesure seulement à l’aune de la croissance économique, il conteste énergiquement : « C’est faux ». Il ajoute :

« Aucune preuve scientifique ne démontre que la croissance économique per se entraîne une réduction de la pauvreté. Il peut y avoir des réussites économiques en termes de croissance et, parallèlement, une augmentation de la pauvreté et des inégalités, comme c’est le cas en Chine ou au Pérou par exemple. Si l’on observe dans une certaine mesure une croissance au Pérou, c’est au dépens de l’environnement, qui se dégrade. Il peut y avoir un certain accroissement de la consommation, mais cela peut entraîner des dettes et la dégradation de l’exercice de la citoyenneté ».

Pour lui, la croissance du PIB n’est pas un critère à même de mesurer la satisfaction des droits humains et le développement humain au sein d’un pays. Il se réfère à la pleine satisfaction des droits humains fondamentaux (les droits économiques, sociaux, culturels, civils et politiques). Il y a donc une distinction très nette entre les postures des organismes spécialisés en coopération internationale, les institutions internationales ou les gouvernements du Nord, et la manière dont le CADTM voit les choses.

« Les pays qui suivent le modèle occidental ou le modèle capitaliste de développement subissent une hausse importante des inégalités liée à la croissance économique ».

D’après lui, la dette externe publique des pays en développement s’est convertie en un outil de domination des créanciers - Banque mondiale (BM) et Fonds monétaire international (FMI), principalement – à l’égard des pays débiteurs par le biais de la gestion de la dette externe publique de ces pays et de l’influence dans l’élaboration des politiques appliquées par leurs gouvernements respectifs ». Pour Éric Toussaint, la Banque mondiale est sous les ordres de puissances comme les États-Unis tandis que les pays du Sud n’y exercent aucune influence.

« Les gouvernements du Nord exigent des pays endettés l’application de telles ou telles politiques qui vont dans le même sens : ouvrir toujours plus les économies du Sud aux investissements et aux exportations du Nord, et réduire le poids des pouvoirs publics de l’État dans l’économie de ces pays », précise-t-il.

Et si on lui demande si le FMI a changé, il le réfute (les Grecs, avec qui il travaille dernièrement, peuvent en témoigner !). Le FMI va revenir renforcé sur la scène latino-américaine. « C’est pour cela que l’Assemblée annuelle se déroule au Pérou. Les Péruviens et les Latino-américains doivent se préparer à affronter une nouvelle dose d’économie néolibérale du FMI », avertit-t-il.

 

Traduit par Cécile Lamarque, cadtm.org

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