MARTINIQUE : LE PROJET GALION II, UN DESASTRE SANITAIRE

Projet Galion II : Un désastre sanitaire et environnemental

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NOU PEP LA met en ligne cet article pour le sérieux des analyses techniques et scientifiques. Après les avoir recoupées avec nos propres sources constituant notre dossier Galion II, nous les validons.

Sur le plan historique de cette affaire majeure pour notre pays, nous n’avons qu’une rectification d’importance à apporter : le président du Conseil Régional et député Alfred Marie-Jeanne n’a jamais stoppé ce dossier entre 2007 et 2010, il n’a jamais porté la question sur le banc de l’assemblée nationale, alors membre de la « commission des affaires économiques , de l’environnement et du territoire ». En 2008, le projet Galion II a été soumis au ministre Borloo et approuvé en moins d’un mois. Les années qui suivirent, Albioma entrepris les démarches administratives et techniques pour obtenir toutes les autorisations nécessaires pour démarrer son activité. Ni le CR, ni les députés de Martinique crurent nécessaires de se mobiliser, d’alerter l’opinion publique, le gouvernement, pour empêcher Albioma d’installer sa centrale thermique. Ce sont pour essentiellement des raisons internes à Albioma qu’un avenant à été rajouté à ce projet, lui soutenu par la majorité PPM du Conseil régional à partir de 2010 : intégrer également de la biomasse sèche (du bois).

Cette biomasse vient se rajouter au problème initial, celui de l’utilisation du charbon (de terre) comme combustible. L’arrêté ministériel du 19 septembre 2008 approuvant une centrale thermique de cogénération fonctionnant au charbon et à la biomasse (dont bagasse) n’ a jamais été cassé ni modifié, il fait référence au plus haut niveau. Les arrêtés préfectoraux successifs en font référence, se contentant juste de modifier la partie « stock sur site ».

NOU PEP LA l’a toujours dit, Galion II est l’exemple à ne pas suivre; une aberration économique, un renforcement de l’économie de comptoir, un danger écologique pour le site mais aussi pour toute la Martinique, un danger politique en abandonnant ainsi toute idée de souveraineté et en marginalisant les élus et toute la chaîne institutionnelle au statut de simple spectateur juste bon à se lamenter. C’est un leurre de transition énergétique pour une vraie privatisation de ce secteur, se privant du formidable potentiel de développement économique que représente la vraie transition énergétique que défend NOU PEP LA, un puissant levier de souveraineté, un bassin d’emploi, de recherche, de formation pour une population active pourtant prête et qui se désespère en quittant le pays, véritable saignée démographique comparable à celle d’un pays en guerre ou encore, d’un pays du quart-monde. 

NOU PEP LA rappelle (notamment à la majorité de la CTM qui, bien que partageant avec nous l’état des lieux, n’a aucune solution, aucun projet concret si ce n’est de dire que c’est « un combat politique ») ses deux propositions pour empêcher ce désastre porté par Galion II: prohiber l’utilisation du combustible charbon dans une installation de centrale thermique et ce, sur tout notre territoire mais aussi, rédiger les critères de durabilité de la ressource biomasse dans un format contractuel en attendant ceux de l’Europe prévus dans quelques années. 

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Stéphane Arnoux 

La Martinique est un Département Français qui se situe dans l’arc Caribéen des petites Antilles avec une économie insulaire, une population de 395.000 habitants, un PIB de 22.266 €/habitant elle a le second niveau de vie le plus élevé de toute la Caraïbe. De par sa situation géographique elle dispose d’un ensoleillement annuel de 300 Jours/an. Française depuis 1635, elle dispose des Fonds structuraux Européens et de la solidarité Nationale Française.

 

L’énergie est le premier secteur d’importation à la Martinique (781M€ selon un rapport de l’Insee 2014), bien avant l’alimentation (455M€ Insee 2014) ou le secteur automobile (265M€). Or  ce secteur de l’énergie qui représente le premier secteur économique de la Martinique échappe totalement aux Martiniquais qui sont réduits au rôle de consommateurs passifs dépendants d’acteurs extérieurs. Le premier poste du déficit de la balance commerciale en valeur et en pourcentage est donc l’énergie importée à hauteur de 98 % des besoins. 

Selon un rapport de l’A.I.E., (Agence Internationale de l’énergie) « un pays qui importe au moins 30 %  de son énergie est un pays en situation de grande fragilité économique et de risque énergétique majeur en cas de rupture d’approvisionnement ». La Martinique est en situation de dépendance à 97 %  pour son électricité et à 100 % pour le transport d’approvisionnement énergétique en provenance de l’extérieur. Au moment où se déroule la COP21, une vraie politique de développement devrait inévitablement avoir pour objectif de réduire le niveau de dépendance énergétique du pays.

 

Or, le contexte, les paramètres économiques, environnementaux  et technologiques ont beaucoup évolué.

 

Nul est besoin de rappeler que les dégâts causés à la planète et à son atmosphère par les énergies fossiles comme le charbon, le pétrole, le gaz mais également par les énergies non fossiles carbonées comme la biomasse comburée dans les incinérateurs géants des centrales électrique thermiques, sont considérables.

 

Fort heureusement depuis les années 90 une prise de conscience sociétale s’est amorcée concernant les conséquences pour notre planète des émissions dans l’atmosphère du CO² et autres polluants liés à la production industrielle commencée au XIX siècle en 1830, d’abord principalement avec le charbon fossile auquel est venu  s’ajouter le pétrole au XX siècle.

 

En l’an 2000, l’O.N.U. déclara le réchauffement climatique, grande cause mondiale et aujourd’hui, quinze ans après, le réchauffement climatique est toujours déclaré première grande cause internationale par l’O.N.U.

 

Grâce à l’évolution de la science et à ses applications technologiques, il s’avère aujourd’hui possible de sortir de cette impasse en faisant appel aux systèmes énergétiques non carbonés, c’est-à-dire tous systèmes de production énergétique ne faisant pas appel à la combustion de matières carbonées comme le pétrole, le charbon ou la biomasse, mais faisant appel aux énergies primaires non carbonées comme le soleil,  le vent, les cours d’eau, les volcans (géothermie), ou la mer.

Pour résoudre le problème du réchauffement climatique, il faut réduire les émissions de CO² dans l’atmosphère dont la principale source est d’origine anthropique due à la production d’énergie électrique par les centrales thermiques.

 

La Martinique jouit d’avantages extraordinaires en matière de sources d’énergie propres et non carbonées : Géothermie, Courants marins, Vent et Solaire.

 

Pourtant et en dépit de sa richesse en sources d’énergie, du haut niveau de « Know-How » endogène, des financements Européens et de la somme des connaissances dans ce domaine, les décideurs Martiniquais ont fait des choix technologiques qui obèrent l’avenir de ce pays et de sa population.

 

Ils ont fait le choix de laisser s’installer à 5 km des côtes de la Martinique, au large de la ville de Bellefontaine, un Projet porté par l’entreprise AkuoEnergie (akuoenergie.fr) ETM (Energie Thermique des Mers), en partenariat avec la DCNS, projet de 10 Mégawats d’électricité, classé SEVESO, avec un coût de 350 Millions d’€ !

D’autre part, un Projet de Centrale Thermique intitulé Galion 2, installé sur la ville de Trinité, Projet porté par la Société Albioma.fr sur lequel nous allons maintenant nous attarder : 

 

Qu’est-ce qu’une centrale thermique ?

 

Une centrale thermique est un immense incinérateur relié à une chaudière, elle même reliée à un puissant alternateur électrique (plusieurs dizaines de milliers de kw). 

L’incinérateur a pour objectif de produire de la chaleur en comburant des matières carbonées comme le pétrole, le charbon ou la biomasse (bois, bagasse, cultures énergétiques, biomasse torréfiée). La chaleur produite lors de cette combustion, produit de la vapeur sous pression dans la chaudière alimentée en quantité d’eau très importante prélevée sur le site (rivière). Cette vapeur sous pression fait tourner l’alternateur qui produit de l’électricité. Une partie de la vapeur peut être utilisée pour du chauffage ou des process industriels, c’est ce qu’on appel la cogénération.

C’est lors de la combustion des matières carbonées comme le pétrole, le charbon, ou la biomasse que vont être propulsées dans l’atmosphère les fumées de combustion contenant le CO2 responsable du réchauffement climatique, mais aussi d’autres composés chimiques polluants extrêmement nocifs pour l’environnement et la santé humaine comme par exemple : les SOX (oxyde de soufre), les NOX (oxydes d’azote), le HCI(acide chlorhydrique), le HF (acide fluorique), Métaux lourds (Arsenic-Plomb-Mercure-Cadmium-Nickel-Zinc), les Cov (composés organiques volatiles) comme les benzopyrènes, les Particules Fines (PM2,5), les Particules très fines (PM1,0) et les Particules ultrafines (PM0,1). Tous ces éléments sont propulsés dans l’atmosphère par les centrales thermiques comme celle prévue par Albioma au Galion à Trinité (l’arrêté préfectoral confirme l’autorisation d’émettre ces polluants par Albioma).

Il ne faut pas s’étonner que la combustion de biomasse émette les mêmes polluants que la combustion de pétrole ou de charbon fossile, cela n’a rien d’étonnant sur le plan chimique car le pétrole et le charbon fossile sont issus de la biomasse il y a des millions d’années et leur principal composé organique tout comme la biomasse est le carbone. La principale différence entre les combustibles carbonés fossiles et les combustibles carbonés issus de la biomasse est que le carbone émis par ces derniers lors de leur combustion est réabsorbé par le biotope lors de la croissance de cette biomasse. Cependant le problème majeur soulevé par les scientifiques est que le cycle de réabsorption total de ce carbone issu de la biomasse est de un demi siècle en moyenne (voir études « Biomascarade » de Greenpeace,ainsi que l’étude de Biofuelwatch) ce qui ne répond pas à l’urgence climatique présente qui nécessite une réduction immédiate et drastique des émissions de CO2 afin de maintenir l’augmentation de la température à 02C°.

De plus, les autres polluants NOX-HF-CF, Métaux-Lourds sont répartis par l’air et l’eau sur la chaine alimentaire puis absorbés par le vivant.

 

L’énergie étant indispensable  à l’homme, la solution consiste à la produire à partir de sources non carbonées, or, la plus grande source d’énergie non carbonée est le Soleil qui irradie sur la terre en une heure, l’énergie totale consommée par l’ensemble de l’humanité en une année ! Il en est de même pour la Martinique où le taux d’ensoleillement en tant que pays proche de l’équateur, est supérieur à celui de beaucoup de pays du Nord comme l’Allemagne ou la Suède qui possèdent pourtant  un développement de l’énergie solaire par habitant supérieur à celui que  l’on connaît aujourd’hui à la Martinique !

 

Cette situation est la manifestation d’une volonté politique de maintenir la Martinique sous dépendance économique pour le long terme, notamment dans les secteurs prioritaires comme l’énergie.

 

La Martinique est riche, elle possède sur son territoire toutes les sources d’énergies non carbonés disponibles sur terre que sont : le soleil, les volcans (géothermie), la mer, les rivières, le vent. Plusieurs études démontrent que la Martinique possède des ressources qui peuvent lui permettre de produire plusieurs fois ses besoins énergétiques, grâce aux technologies actuelles. Certains pays ne possèdent et n’exploitent qu’une seule de ces sources ; ces dernières existent toutes sur le territoire de l’ile et pourtant les décideurs ont fait le choix de maintenir la dépendance vis à vis des énergies fossiles importées à hauteur de 98 % des besoins !

 

Si certaines interprétations statistiques pour 2015ont fait ressortir un recul de la dépendance aux énergies fossiles à 95 %, cela est principalement dû à la baisse de la consommation globale d’électricité à la Martinique liée à la baisse de l’activité économique.

 

A ce jour, la Région Martinique est porteuse en partenariat avec une multinationale Albioma SA, de ce projet énergétique dénommé officiellement :  

« Centrale de cogénération Albioma Galion 2 » (arrt.préfectoral-2014077-002) qui consiste non pas à réduire la dépendance énergétique de la Martinique et à supprimer les émissions de CO2 et autres polluants dans l’atmosphère. Ce dit Projet est cofinancé par les impôts (50% défiscalisation) et par la péréquation tarifaire (tarif préférentiel d’achat de l’électricité par EDF financé par la CSPE que chaque abonné d’EDF paie à travers une taxe imposée sur sa facture) !

 

Qui est ALBIOMA SA ?

Cette société Albioma SA est une société Française contrôlée par des fonds d’investissement et de pension Anglo-saxon ; elle est cotée en bourse et réalise 80% de son chiffre d’affaire par la combustion de charbon fossile dans le monde et 20% de son CA par la combustion de biomasse et le photovoltaïque. Propriété de fonds  Anglo-saxon dont le plus important est « Apax-partners » Albioma SA a l’ambition de contrôler 30 % de l’électricité à la Martinique (source Albioma). Elle contrôle actuellement 54% de l’électricité à la Réunion avec les centrales thermiques charbon-bagasse ainsi que 40% de l’électricité à la Guadeloupe en important du charbon fossile (90%) pour le brûler dans leur incinérateur avec un peu de bagasse (10%). C’est le même schéma que cette société veut imposer à la Martinique, bien qu’elle affirme le contraire dans sa politique de communication soutenue par la Région Martinique, c’est pourtant ce que confirme les autorisations administratives.

 

Présenté pour la première fois en 2006, ce projet avait été désapprouvé et arrêté en 2007 par le Président de Région Mr Alfred Marie-Jeanne pour cause de « Dangers sanitaires et environnementaux majeurs ».

Mais avec le changement de présidence en 2010, ce projet a été de nouveau réactualisé par la société Albioma SA en 2013 durant la nouvelle gouvernance régionale de Mr Serge LETCHIMY, Député et Président du Conseil Régional de la Martinique, qui l’accepta.  Ce Projet fût l’objet d’une politique de communication innovante basée sur la mise en avant exclusive de la biomasse comme combustible alors que les dossiers techniques et les autorisations officiels prévoient l’utilisation de charbon fossile ! 

 

C’est ce qui a politiquement été affirmé par la Région en présence de la Ministre de l’écologie et de l’environnement Mme Ségolène Royale en août 2014 ainsi qu’à plusieurs reprises à la population Martiniquaise en 2014 et 2015. 

 

Pourtant l’analyse des documents juridiques officiels qui concernent ce Projet affirme le contraire, à savoir :

L’étude technique du projet Galion II par la DEAL (Direction de l’environnement de l’aménagement et du logement) dépendant du Ministère de l’Ecologie du Développement durable de l’Energie sous l’autorité de Madame Ségolène Royale fait clairement ressortir l’utilisation de charbon fossile comme combustible pour ce projet. Le rapport de « l’inspection des installations classées » qui dépend de la Deal et du « Ministère de l’Ecologie et du Développement durable » confirme l’utilisation de charbon fossile comme principal combustible et «l’acheminement quotidien de ce charbon fossile par 57 camions du port de Fort-de-France où il sera stocké sous sa forme brute, vers le site d’exploitation du Galion où il sera concassé, traité, puis brûlé dans l’incinérateur afin de produire la chaleur nécessaire à la chaudière pour la production d’électricité ».

 

Le rapport d’enquête publique confirme l’utilisation de charbon fossilecomme principal combustible de la centrale à charbon et enfin l’arrêté préfectoral n° 20140077002 du 15 Mars 2014 d’autorisation d’exploiter, attribuéàAlbioma confirme l’utilisation de charbon fossile comme combustible (voir doc.).

 

a) – Le permis de construire des infrastructures affiché à l’entrée du site du Galion s’intitule : « Permis de construire pour centrale électrique de co-génération Bagasse-Biomasse du Galion » !

 

b) – L’arrêté préfectoral d’autorisation d’exploitation industrielle s’intitule :

« Autorisation N°2014077000020 de Mars 2013 d’exploiter une Unité de

co-génération Albioma Galion 2 fonctionnant à partir de biomasse et de charbon sur le territoire de la commune de Trinité ».

 

L’on peut constater que le permis de construire ne correspond pas à l’autorisation préfectorale.

 

Comment est-ce possible ? Peut-on dénommer centrale «biomasse» une centrale à «charbon-biomasse», et bien oui, cela est légalement possible aujourd’hui en France à cause d’un vide juridique qui ne réglemente pas clairement la dénomination des centrales thermiques qui traditionnellement fonctionnent à partir de charbon puis depuis une quinzaine d’années à partir d’un composé mixte contenant  du charbon et de la biomasse.

Le fait d’ajouter un peu de biomasse (5 à 10%) au combustible charbon autorise ces promoteurs pour des questions de communication et d’image, à parler de centrale de co-génération biomasse. C’est le cas d’Albioma SA qui s’est spécialisée sur ce créneau, à la Réunion, à l’île Maurice et à la Guadeloupe.

Cette escroquerie intellectuelle est un mensonge public et politique que certains assument sans complexes. Vouloir faire passer la combustion de charbon fossile pour de l’énergie renouvelable et comptabiliser celle-ci en tant que telle dans les statistiques publiques est un scandale qu’il faut dénoncer. C’est exactement le même procédé que cette société compte réaliser à la Martinique

 

Économiquement, Albioma ne peut d’ailleurs pas faire autrement, le rendement énergétique du charbon fossile étant deux fois supérieur à la biomasse sèche pour un coût de revient pratiquement équivalent. En effet, en fonctionnant à 100 %  à partir de biomasse dont 90 % devra être importée ; la Centrale ne pourra pas atteindre ses objectifs de rentabilité vis à vis de ses actionnaires (fond d’investissement Apax-partner) qui sont sa seule vraie motivation. Il y  a donc un problème où plutôt un gros mensonge à moins que la puissance publique prenne à sa charge le différentiel au travers d’une fiscalité plus élevée des contribuables ?.

 

Sur la base de ses analyses et recherches propres, l’association de défense de l’environnement « Assaupamar » a effectué un recours devant le Tribunal administratif de FdeF en Mars 2015.

 

Suite à cette action, un arrêté modificatif est rédigé en Mars 2015. La lecture détaillée de cet arrêté démontre que le charbon fossile est maintenu en « stock stratégique » sur place, rien n’est dit du stock brut portuaire d’où doit être alimenté la centrale de co-génération grâce à 50 camions par jour (source rapport technique Deal).

 

Rien n’est dit non plus des volumes et des fréquences d’utilisations de ce 

« Stock stratégique » seule une obligation de déclaration du charbon fossile a été rajoutée à l’arrêté initial. Parallèlement à cela le Projet continue à être présenté comme étant un projet 100% biomasse !

 

Face à la résistance locale, la société Albioma promet à l’Assaupamar,qu’elle remplacera le « stock stratégique charbon » au Galion  (sans parler du site portuaire) par de la «biomasse torréfiée» !

 

La  « biomasse torréfiée » est tout simplement une déshydratation optimale de la biomasse permettant de réduire son volume de 50 %, à pouvoir énergétique équivalent. Il faut 02 tonnes de biomasse sèche pour réaliser 01 tonne  de biomasse torréfiée et pour cela il aura fallu dépenser de l’énergie nécessaire pour déshydrater la biomasse.

Cette énergie devra être comptabilisée dans le bilan énergétique global de cette production, il en est de même pour le bilan carbone ainsi que les autres polluants : oxyde d’azote, oxyde de souffre, parties fines et métaux lourds ! Sur le plan économique et environnemental cette solution est une catastrophe, elle a simplement pour but de ralentir l’action de l‘Assaupamar qui s’interroge, de brouiller les pistes, de gagner du temps et de pouvoir commencer les travaux d’installation.

De fait, les travaux de terrassement et fondations ont commencé en Sept.2015.

 

 

Dans l’hypothèse d’un projet  100 % biomasse pour une puissance de 37,5 MW/h, la Martinique ne pourra fournir que 10 %  soit 30.000 tonnes de bagasse comme combustible pour la centrale, les 90 % de biomasse restant, la Martinique devra les importer ! le centre de traitement des déchets verts du Robert n’arrivant déjà pas à fonctionner normalement par manque de biomasse.

 

Cette importation maintient de façon évidente la Martinique dans sa situation de dépendance énergétique.

 

L’autre solution consisterait à utiliser les terres agricoles de la Martinique (4.500 hectares) pour une production de culture énergétique au profit de cette Multinationale.

C’est la dernière proposition avancée par Albioma SA pour essayer de faire accepter son projet par l’opinion publique et gagner du temps.

 

L’objectif est simplement stratégique dans cette annonce en vue de ralentir les oppositions et d’obtenir le temps de construire les infrastructures, afin ensuite d’annoncer l’évidence, à savoir que pour des raisons économiques, cette Centrale devra  fonctionner à partir de charbon fossile importé !

 

En tout état de cause, il faut savoir qu’aujourd’hui, selon les scientifiques les centrales thermiques électriques 100 % biomasse ont un rendement énergétique très faible et sont aussi polluantes que les centrales à charbon fossile (voir rapport joint) tout en créant une pression insupportable sur le biotope (voir rapport  joint).

 

Le seul argument jusqu’à présent utilisé pour « excuser » l’installation de centrales thermiques biomasse, c’est que le CO² émis lors de la combustion de la biomasse est réabsorbé lors du cycle de croissance de la  biomasse. Ce qu’ils ne précisent pas ce sont les rapports scientifiques les plus récents démontrant (voir rapport Greenpeace et Biofuelwatch) qu’il faut en moyenne 50 ans pour que le biotope réabsorbe ce CO² ; or dans 50 ans, il sera trop tard pour le maintien à 02 degré C°  de l’augmentation de la température terrestre.

Tous les experts des GIEC le confirment, c’est aujourd’hui qu’il faut agir si l’on veut que la terre soit encore vivable dans 50 ans !

Pour cela, il faut réduire de façon drastique l’émission de CO² qui est la première cause mondiale du réchauffement climatique.  

 

Pour la production de vapeur, il est besoin d’eau, soit pour cette centrale, une quantité estimée de 25.000 litres d’eau par jour prélevés dans la petite rivière du Galion. Cette eau sera traitée chimiquement en amont avant utilisation comme vapeur puis une partie de celle-ci en aval avant rejet dans la rivière. Pour cela un stockage de 1.000 litres de javel et de 15.000 litres  d’acide chlorhydrique est prévu sur le site à côté de la rivière du Galion (voir autorisation préfectorale).

 

Il est de notoriété publique, que 50.000 français meurent prématurément chaque année à cause de la pollution de l’air. En Martinique chaque jour, une personne meurt prématurément à cause de la pollution de l’air et des dizaines de milliers de personnes souffrent en permanence dans leur santé à cause de cette pollution de l’air. 

Doit-on continuer dans ce sens et aggraver la situation en installant une nouvelle centrale thermique à la Martinique, alors que d’autres solutions respectueuses de l’air existent. Les solutions de production énergétique respectueuses de l’air sont celles qui sont non carbonées comme le solaire, la géothermie, l’éolien, les énergies des mers et des rivières, toutes solutions qui ne nécessitent pas de brûler une matière carbonée comme le pétrole, le charbon ou la biomasse.

 

Voici la liste des polluants atmosphériques prévus par le projet et qui sont nommés dans l’arrêté préfectoral d’autorisation d’emploi. Ces polluants atmosphériques concernent également la combustion de biomasse :

 

« CO² (dioxyde de carbone) –SOX (oxydes de souffre) – NOX (oxydes d’azote)

Particules fines, très fines, ultrafines Cov (composés volatiles) Composés Inorganiques Gazeux du Chlore – acide chlorhydrique – fluor et composé fluoré Métaux Lourds :Cadmium (cd) Mercure (hé) Arsenic (as)Sélénium(se) – Tellure (te) – Antimoine – Chrome – Cobalt – Cuivre – Etain – Manganèse – Nickel – Plomb – Vanadium et Zinc (SS + CR + CO+ CUT SNT MN+ NI+PB+V+ZN) »

 

 

Toutes ces pollutions viendront s’ajouter à la pollution atmosphérique déjà existante due à  la centrale thermique à gas-oil  Galion I de 40.000 kw/h. consommant 10.000 litres de Gas-oil à l’heure.

 

Les communes immédiatement les plus gravement exposées seront : Gros-Morne – Trinité – Robert – Saint-Joseph – Lamentin – Ducos –  Saint-Esprit – Fort-de-France – Schœlcher – Case-Pilote – Carbet – Morne-Vert, vue l’orientation des alizés (vents dominants) qui traversent la Martinique.

 

Le plan de l’air Martinique prévoit déjà dans son document prévisionnel une dégradation de la qualité de l’air pour plusieurs de ces communes.

 

De surcroit, 55 % des émissions de CO² à la Martinique sont dues aux centrales thermiques. Il faut agir ! La population attend des déclarations et des engagements pour leur protection sanitaire et le développement endogène et démocratisé des énergies non fossiles existantes.

 

Etant donné le lieu d’implantation sur la côte au vent de l’île (côte Est) au Galion,  commune de Trinité, l’émission dans l’atmosphère des polluants CO²SOX (oxydes de soufre), NOX (oxydes d’azote), Métaux Lourdsconcernera l’ensemble de la Martinique les alizés traversant l’ile d’Est en Ouest. Ces alizés seront souillés et les particules de pollution qui retomberont sur le biotope de l’île sous forme de pluies acides (acide sulfurique, oxydes d’azote, métaux lourds) constituent de façon évidente une bombe à retardement si ce projet venait à se réaliser. 

 

 

Les maladies provoquées par la pollution de l’air sont en augmentation et contribuent à grever les budgets de santé publique et impactent ou aggravent les problématiques de financement qui lui sont liés !

Ce projet complètement absurde dans le cadre des préoccupations de notre époque, présente de nombreux problèmes d’ordre politique, économique, environnementaux et sanitaires.

 

 

Sur le plan économique : Ce projet présente un problème d’ordre majeur. En effet, l’estimation prévisionnelle d’un coût de 167 millions d’Euros par la société Albioma SA pour une puissance électrique de 37,5 MW, ne correspond pas aux coûts observés  dans  ce secteur d’activité.  Il est en l’état, surestimé du simple au double !

Les organismes spécialisés dans l’analyse des coûts d’investissements industriels par type de technologies, attestent que le coût moyen du Mégawatt (MW) installé pour une centrale thermique à charbon ou biomasse est de l’ordre de

2.000.000 d’Euros/MW (deux millions d’euros par mégawatt). Ce ratio a par exemple été respecté par EDF pour la Centrale de Belle-Fontaine, 550 millions d’euros pour 220 MW installés. Mais au Galion, ce coût d’investissement estimé par l’investisseur Albioma S.A est de 167 millions d’eurospour 37,5 MW installés, soit 4,45 millions d’euros le MW (mégawatt) installé, ce qui représente le double du coût de revient pratiqué par la profession !

 

Dans le même temps, la société Albioma SA demande au Gouvernement, l’autorisation de défiscaliser son investissement à hauteur de 50%, ce qui  lui permettrait d’amortir son coût réel d’investissement dès le premier jour de fonctionnement et cela sur le dos des contribuables qui devront payer 80 millions d’Euros pour cette multinationale. Quand on connaît les difficultés que rencontrent les petits agriculteurs, les artisans, les petits commerçants et les P.M.E pour obtenir les autorisations de défiscalisation pour l’acquisition de matériels de production où de véhicules de distribution représentant quelques milliers d’euros seulement, l’on peut se demander comment et pourquoi un cadeau de quatre vingt millions d’Euros est consenti  à cette multinationale  cotée en bourse ?

 

Sur le plan politique : Ce Projet maintient la Martinique dans la dépendance énergétique au lieu de  réduire celle-ci en substituant la dépendance envers le pétrole par une dépendance au charbon ou à la biomasse importée et en acceptant de vendre un secteur majeur comme celui de l’énergie à une multinationale étrangère plutôt que de se le réapproprier au profit de la Martinique et d’investisseurs locaux !

 

Sur le plan agricole : le risque est de développer des cultures à ambition ou vocation énergétique sur des terres agricoles, 4500 hectares sont nécessaires pour ce projet  au détriment de la filière  agricole dans un pays  qui se voit obligé d’importer d’ores et déjà  82% de ses denrées alimentaires. Un objectif de 30% de biomasse locale représente en réalité un accaparement de 1.500 hectares de terres à vocation agricole. A titre de comparaison, dans la filière solaire photovoltaïque, seules 800 hectares de toituressur les 2.400 hectares (de toitures) que compte la Martinique suffiraient pour assurer 100% des besoins électriques de la Martinique, faisant de chaque citoyen un coproducteur responsable d’électricité et permettant de conserver localement les produits financiers de ce secteur.

La meilleure solution consistant en la mise en place d’un bouquet énergétique intégrant l’ensemble des ressources énergétiques du pays.

 

Sur le plan environnemental : le CO2 renforce le réchauffement de la planète, et le  souffre (SOX) propulsé dans l’atmosphère lors de la combustion des matières carbonées, qui atteignent les nuages et se transforment  en pluie acide qui retombent sur les forêts, l’eau, les terres agricoles et la chaîne alimentaire entraînant à terme une déforestation du biotope comme cela s’est déjà produit et se produit encore dans de nombreux pays (voir doc). En zone tropicale chaude et humide comme la Martinique, ce phénomène physico-chimique s’en trouve bien naturellement  amplifié.

 

Sur le plan sanitaire : les Métaux Lourds (arsenic, plomb, mercure, cadmium, vanadium, nickel, zinc, etc) les NOX (oxydes d’azote), CO2 (dioxyde de carbone), HCI (acide chlorhydrique), HF (acide fluorhydrique) composés organiques, particules fines émis dans l’atmosphère lors de la combustion du charbon ou de la biomasse, sont sources de maladies et d’affections graves, comme les dérèglements endocriniens, certains cancers, des maladies respiratoires comme l’asthme, les allergies, certaines maladies dégénératives, la fatigue chronique, des dépressions. Le traitement de ces maladies entraîne pour la Martinique, l’augmentation des dépenses de santé publique, tandis que ces multinationales s’enrichissent.

 

Il est à noter, que tout cela est entrepris sur du foncier appartenant à la Collectivité Régionale et classé au Parc Naturel Régional de la Martinique ! Les terres du Galion font partie intégrale de ce Parc Naturel Régional. 

 

Bien que tous les documents juridiques officiels confirment l’utilisation de charbon fossile importé, quand bien même ce projet serait présenté comme 100% biomasse à partir de cultures énergétiques produites localement sur 4.500 hectares de terres agricoles, ou par l’importation de sciure de bois issue de la déforestation de l’Amazonie au Brésil ou encore de granulés de bois produits par la destruction des forêts primaires d’Amérique du nord, il n’en demeure  pas moins extrêmement dangereux, car la combustion massive de biomasse dans des incinérateurs géants est aussi polluante que la combustion de charbon fossile selon les scientifiques et les institutions sanitaires nationales et internationales chargées de la protection de l’air, de la protection des forêts et de lutte contre le réchauffement climatique.

http://www.noupepla.com/2016/02/08/1265/


 

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