LE POUVOIR D’ALGER ET SES TERRITOIRES D'OUTRE-SABLES

MOHAMED BOUHAMIDI : LE POUVOIR D’ALGER ET SES TERRITOIRES D'OUTRE-SABLES

Transmis par Mohamed Bouhamidi

 

Le pouvoir d’Alger et ses territoires d’Outre-sables

                                               
 

Par Mohamed Bouhamidi

A force de parier sur l’isolement et l’épuisement de la mobilisation populaire anti-gaz de schiste, les tenants de la manière forte ont progressivement élevé l’intensité de la confrontation. Délibérément ou par manque de jugement ou contraint par quelque raison secrète, le pouvoir a poussé une protestation pacifique et limitée qui ne le bravait pas, vers un processus qui le conteste. Les mots d’ordre et les slogans scandés à Ouargla, hier 14 mars 2015, ont franchi un palier.

Les deux grands ensembles de l’opposition (la Coordination nationale pour les libertés la transition démocratique, et le Pôle des forces du changement) présents à la grande manifestation avaient multiplié les précautions pour bien montrer qu’ils soutenaient la protestation sans intention de récupérer une mobilisation à la fois massive et durable.

La réalité est plutôt inverse.  La mobilisation du Sud est en train de fournir à toute la vie politique nationale des thèmes, un rythme, une perspective populaire et surtout une ligne de clivage politique tranchante qui lui manquaient.

Pour ou contre les interférences étrangères dans nos grandes décisions nationales, voilà la question de fond et la ligne de clivage qui apparaissent clairement dans les slogans répétés hier à Ouargla : « Unité et souveraineté pour stopper le gaz de schiste » et « non aux agents de l’impérialisme ». Ces notions portent un effet électrochoc pour un pouvoir et une opposition, hormis Louisa Hanoune, d’accord pour le choix de l’économie de marché et ses logiques mondialistes et non-souverainistes.

Les mobilisations du Sud auraient pu ne pas en arriver à ces accusations ouvertes de bradage de notre pays si le pouvoir avait concédé aux Algériens le droit de dire leur mot sur les choix du pays. Il faut croire qu’il craignait de perdre le privilège de décider que ses intérêts de caste sont l’intérêt de tout le pays et d’agir en conséquence.

D’où cette accusation répétitive de la main de l’étranger grotesque dans sa bouche alors que des dirigeants étrangers viennent sans cesse réclamer ouvertement leurs parts de marché et leurs quote-parts de nos réserves de change et alors qu’il nous jette comme preuve de sa légitimité à nous gouverner les félicitations des puissances étrangères pour les réformes appliquées sur leurs conseils.

Ce nouveau degré atteint à Ouargla est quand même inquiétant et la responsabilité entière retombe sur les plus hauts responsables de l’Etat qui ont accusé les anti-gaz de schiste d’obédience étrangère et d’atteinte à l’intérêt national.

La réponse populaire a été rageante.  «De Gaulle surveille tes enfants, l’Algérie n’est pas ton pays » (1) reprenant ce raccourci commode qui impute les difficultés vécues par le peuple et le pays à des agents pro-français infiltrés. Mais quand un raccourci gagne pour lui la force des masses et devient une force active aux conséquences imprévisibles.

A l’accusation des responsables du pouvoir de division du pays, la mobilisation populaire a répondu « Unité et souveraineté contre le gaz de schiste ou encore « Ni Sud ni Nord l’Algérie est dans les cœurs ». A celle de l’atteinte aux intérêts supérieurs et de débordements violents, le peuple a répondu : « notre revendication pacifique et légitime » mais surtout « Non, aux valets de l’impérialisme ».

En réalité l’arrogance du pouvoir et son sentiment de puissance et de force a brisé l’interdit politique puissant de mise en accusation du Président. En criant que « le gaz de schiste est le prix du quatrième mandat » (2) les manifestants ont à leur tour, accusé, le pouvoir de s’entêter, car contraint d’exécuter un marchandage secret auprès de puissances étrangères.

En poussant à la casse de cet interdit, le pouvoir a perdu la légitimité patriarcale que le Président lui a construite et se retrouve face à son propre vide. Il serait temps qu’il ne voit plus le Sud comme des territoires d’Outre-sables ni nos concitoyens de cette région comme des indigènes exotiques et attardés indignes de discuter les décisions des technocrates d’Alger.

M.B

1-http://www.impact24.info/?p=5919

2-http://www.algeriepatriotique.com/article/les-anti-gaz-de-schiste-haussent-le-ton-ouargla

 

 

 

 

 

 

 

 

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Date de dernière mise à jour : 17/03/2015