MOHAMED BOUHAMIDI : LA CHUTE D'ADEN ET L'AVENIR DE BAB EL MANDEB

Transmis par Mohamed Bouhamidi

 

La chute d’Aden et l’avenir de Bab El Mandeb

 

Mercredi 25 mars 2015, l’armée yéménite et les comités populaires menés par Ansarallah ont occupé l’aéroport d’Aden où le trafic aérien a cessé. Les défenses des paramilitaires regroupées autour de Mansour Hadi, le président démissionnaire se sont effondrées. Par Mohamed Bouhamidi

L'entrée des Houthis à Aden va leur permettre de contrôler le détroit de bab el Mendeb. Photo: D.R

Quelques heures plutôt, le ministre de la Défense de Mansour Hadi a été arrêté dans la ville de Houta, chef-lieu de la province de Lahej, et transféré à Sanaa. Ensuite, plusieurs quartiers d’Aden tombaient à leur tour et il ne restait qu’une faible résistance dans la partie Ouest de la capitale du Sud Yémen.

L’armée et les comités populaires ont également pris le contrôle du port de Moka, ce qui leur ouvre la voie au détroit stratégique de Bab-El-Mandeb, à l’entrée de la mer Rouge. Les missions diplomatiques arabes qui avaient suivi les conseils saoudiens de transférer leurs personnels à Aden pour en faire la capitale de la légitimité de Mansour Hadi ont évacué totalement la ville. Parmi elles, celle de l’Égypte.

Mansour Hadi a quitté Aden et les premières informations indiquent qu’il a été exfiltré par les USA vers Djibouti ou vers l’un de leurs navires.  Le président yéménite avait appelé, mardi 24 mars, « tous les pays qui le souhaitent à fournir un soutien immédiat à l’autorité légitime, par tous les moyens, pour protéger le Yémen et prévenir une agression des houthis » et sollicité avec insistance les monarchies du Golfe pour une « intervention militaire ».

Riad Yassin, son ministre des Affaires étrangères, a réitéré sur Al-Arabiya la demande d’un soutien aérien et naval du Conseil de Coopération du Golfe pour repousser les houthis. Il a accusé les rebelles chiites de préparer une prise de contrôle du pays pour le compte de l’Iran.

En parallèle des responsables américains ont vendu la mèche en annonçant, mardi, que les Saoudiens regroupaient du matériel militaire lourd près de la frontière yéménite. Mercredi, peu avant la chute d’Aden, les Saoudiens ont affirmé que la concentration de leurs troupes est strictement défensive. Ils seront suivis de l’Égypte et différents pays du Golfe qui ont nié toute intention d’action militaire

De leur côté, les Etats-Unis, par la voix de Jen Psaki, ont condamné les houthis et l’ex-président Ali Abdallah Salah mais ont appelé aussitôt au dialogue et à la négociation pour résoudre les tensions politiques.

Mansour Hadi n’a plus d’autres possibilités que de comprendre sa défaite totale, et les Saoudiens ont vite saisi que les Américains ne veulent pas de guerre sur les rives de Bab El Mandeb, entrée de la Mer Rouge, par où transitent quatre millions de barils de pétrole jour et 40% du commerce mondial.  En outre 50% du commerce extérieur israélien passe ce détroit. Tous ces chiffres donnent une idée du changement stratégique de ce qui est en train de se produire au Yémen.

Depuis plus d’un siècle, les Anglais, et maintenant les Américains, avaient le contrôle exclusif de cette ultra-stratégique voie du commerce mondial et de passage de matières énergétiques. Ils devront désormais traiter avec des forces nationales yéménites. L’Égypte réticente à toute aventure militaire savait aussi que la prospérité de son canal de Suez dépend de la stabilité du Sud de la Mer Rouge et du Golfe d’Aden.

L’unité de l’armée et des comités populaires, au-delà des appartenances ethno-religieuses et la proposition des houthis de construire un État civil séparé des questions confessionnelles, a fait la démonstration d’un retour en force de l’idée de nation yéménite unie, a démenti les accusations d’une prise de contrôle de ce pays, et donc de Bab El Mandeb par l’Iran et écarté l’hypothèse d’une « somalisation ».

Les Etats-Unis ne peuvent jouer la sécurité de la route commerciale et énergétique du Golfe d’Aden sur la seule base des projections politico-religieuses des pays du Golfe, effrayés par les progrès de l’Iran et le développement de son influence. Il est à prévoir que l’appel étasunien au dialogue inter-yéménite préfigure leur effort d’y être présent, sous une forme ou sous une autre.

M.B

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