MOHAMED BOUHAMIDI : LE YEMEN PLONGE DANS LA GUERRE CIVILE

Transmis par Mohamed Bouhamidi

Le Yémen plonge dans la guerre civile

Tous les médias et correspondants de presse, notamment les chaînes d’informations  du Moyen-Orient, alertent sur le risque élevé et imminent de guerre civile au Yémen. Cette qualification de guerre civile laisse perplexe pour un pays en proie aux violences sur des bases tribales ou confessionnelles ou politiques depuis la guerre de 1962-1970 entre royalistes mutawakkilites soutenus par les Saoudiens et les Anglo-américains et les forces républicaines rassemblées autour de la République Arabe du Yémen [du nord] fondée par le coup d’Etat d’Abdullah as-Sallal et soutenu par l’Egypte de Nasser et l’URSS. Par Mohamed Bouhamidi

Au centre d'intérêts stratégiques, le Yémen est entré de plein pied dans la guerre civile. Photo: D.R

Dès ces années, le Yémen a été le théâtre d’affrontement entre wahhabisme et nationalisme arabe sous différentes appellations et dans des formes immatures jusqu’à l’actuelle  revendication d’Ansarallah (expression  politique des houthis) d’un Etat laïque et démocratique, donc clairement anti-wahhabite.

Les interférences étrangères sont aujourd’hui plus nombreuses mais avec la même constance saoudienne à combattre le nationalisme yéménite dont la base chiite est une raison supplémentaire de sa haine.  Aujourd’hui, les USA et la Grande-Bretagne sont militairement présents  « pour combattre El Qaeda »  et contraindre les gouvernements yéménites à adopter et mener les politiques compatibles avec ce but.

El Qaeda est ancrée dans le pays tissant des alliances avec des tribus et contrôle des régions entières. Daesh s’est invité bruyamment avec les attentats de Sanaa qui ont fait 142 morts et plus de 400 blessés. Les pays du Golfe obsédés par leur haine du chiite,  accusent l’Iran de soutenir Ansarallah et d’être le « mal absolu » au Yémen autant qu’en Irak ou en Syrie ou à travers le Hezbollah.

L’avancée fulgurante d’Ansarallah depuis trois mois a remis en cause tous les échafaudages construits depuis le départ Ali Abdallah Salah balayé par un étrange « printemps »porté une étrange  coexistence d’El Qaeda et de la doxa démocratique avec, à la clé, un prix Nobel  pour Tawakkol Karman militante d’un mouvement islamiste et fervente défenseur des frères musulmans d’Egypte et de Tunisie.

Cette avancée a démoli  le plan de « démocratie tribale » et de fédéralisme à  l’irakienne qui allait démembrer le Yémen et abouti à la démission forcée du président Mansour Hadi et sa fuite « inspirée » à Aden, base du séparatisme sudiste, et à son appel depuis sa nouvelle base territoriale, à un soutien militaire des pays du Golfe ? Ces derniers  n’attendaient que ce prétexte après avoir créé leur force militaire conjointe du « Bouclier de la Péninsule ». C’est sur ce fond de tension que Daesh a fait son apparition et rajouté du piment à la recette.

La crise ne s’arrête pas sur ces  composantes. Ali Abdellah Salah, allié corrompu des USA mais  farouchement opposé à toute atteinte de l’unité du Yémen, est de retour et se retrouve avec les Houthis qu’il a longuement combattus aux côtés du richissime El Ahmar, chef de tribu et allié des wahhabites et contre Mansour Hadi l’homme de ses ancien alliés saoudiens et américains.

D’importantes unités de l’armée qui lui sont encore fidèles, dans l’aviation, les forces spéciales et l’armée de terre, s’opposent aux paramilitaires de Mansour Hadi et ouvrent la route d’Aden pour les unités militaires d’Ansarallah.

Les clivages tribaux, culturels et confessionnels, pain béni pour les Etats-Unis et les wahhabites, laissent clairement place à un clivage politique majeur entre partisans pluralistes de l’unité du Yémen, de sa souveraineté et du rejet des ingérences étrangères et partisans de la division territoriale et confessionnelle et du « soutien étranger » contre « les menaces de l’Iran ».

Face à cette crise, le Conseil de Sécurité de l’ONU unanime a confirmé, hier,  son soutien au président élu Abd Rabbo Mansour Hadi réfugié à Aden. , menacé Ansarallah de sanctions imprécises et appelé « tous les États membres à s’abstenir de toute ingérence qui attiserait le conflit et aggraverait l’instabilité ».

Mansour Hadi  a immédiatement donné de la précision à cette motion en appelant à une intervention des pays du Golfe et de leur « Bouclier de la Péninsule ». Qatar et Arabie Saoudite avaient déjà appelé à une intervention militaire directe en espérant une implication de la Turquie ou de l’Egypte qui ont refusé.

La Russie et la Chine en guerre contre tous les « Maïdan » de Kiev à Hong Kong ne pouvaient rater l’occasion yéménite pour frapper tout renversement de pouvoir par la rue mais ils n’allaient pas offrir aux alliés Golfe-USA le cadeau d’autoriser une intervention militaire.

Ansarallah a pris Taëz, troisième ville du pays et porte d’accès à Aden aux côtés des militaires partisans d’Ali Abdallah Salah. Ils avancent rapidement vers Aden où les attendent les paramilitaires de Mansour, les milices tribales anti-chiites et …El Qaëda, le tout conforté par la perte d’un stock d’armements américain colossal d’un demi-milliard de dollars, dont trois avions, quatre hélicoptères,  deux bateaux-patrouilleurs, 12 drones, 160 humvees  selon le Washington Post  et d’autres accessoires utiles à la formation d’une véritable armée (1). Ce stock représente l’équivalent de toutes les aides militaires US au Yémen depuis l’année 2007.

Les Etats-Unis,  qui avaient déjà fermé leur dernière base militaire, annoncent avec la Grande-Bretagne le retrait de tous les militaires et les derniers diplomates   encore en place après la fermeture des ambassades occidentales et « golfistes ».

La presse occidentale toujours bien inspirée, qualifie ce retrait de coup dur pour l’influence américaine au Yémen. Pour certains analystes arabes habituellement  clairvoyants, Grande-Bretagne et Etats-Unis  font place nette à la guerre de tous contre tous au Yémen après avoir amené ce pays en phase terminale du cancer des divisions et des luttes fratricides.

Désormais, ils peuvent regarder le spectacle de la démolition et laisser aux Saoudiens  l’occasion de prendre leur revanche sur l’humiliante défaite, en janvier 2010,  face aux Houthis, en 2010 et son bilan de 133 soldats saoudiens morts et six disparus. Ils entretiendront le brasier comme ils savent si bien le faire sauf si le renouveau de l’identité nationale du Yémen arrive à rassembler les forces nationales et construire leur unité nécessaire à la mise en échec des paris golfo-américains.  Cela se voit déjà en Irak. Il y a encore plus de chance de le voir au Yémen.

M.B.

http://www.impact24.info/?p=6363

 

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