ALGERIE

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DJERRAD AMAR : DE LA REFUTATION ABSOLUE DES « FINANCEMENTS ETRANGERS » A « SEULEMENT DES PETITES SOMMES »


De la réfutation absolue des « financements étrangers » à « seulement des petites sommes »

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Par DJERRAD Amar

        Ce qui est drôle et curieux à la fois, c’est que les publications-révélations du Dr Ahmed Bensaada visent une catégorie de « démocrates » algériens impliqués dans les programmes de financements étrangers (de la NED américaine et aussi de l’UE en particulier de la France), ayant reçus des fonds pour le fonctionnement de leurs associations et/ou de leurs médias, mais c’est le mouvement islamiste Rachad qui vient, en tête, à la rescousse pour les défendre en niant les faits, tout en feignant d’en être éprouvé !

        Ce qui est autant intéressant à observer c’est qu’ils interviennent, aussi bien ce clan des « démocrates » que celui de Rachad, suivant le même timing avec presque les mêmes arguments, pour espèrent-ils contrer les révélations, par des preuves, du Dr Bensaada !

        Rachad publie, en 4 mois seulement, en mobilisant une dizaine de « compétences académiques » (dit-il), un livre de 300 pages - intitulé « En défense du Hirak : déconstruction du complotisme contre-révolutionnaire » préfacé par le tunisien Moncef Marzouki un adepte des « frères » et ami du Makhzen - pour contrer le « kouteyb » (Qui sont ces ténors autoproclamés du Hirak algérien) de Bensaada ! Il vient en soutien à ces « démocrates » mis à nus et, dans la foulée, faire la promotion de Rachad et d’Al Karama leurs instruments d’actions politico-religieux. Par ce livre, les dirigeants de ces mouvements, les mêmes, espèrent « déconstruire » le livre de Bensaada tout en s’évertuant à le présenter comme « complotiste » et « contre-révolutionnaire » ! En fait, il s’agit d’un fourre-tout, un galimatias, où se mélangent politique, histoire, religion et surtout médisances contre l’auteur, contre les auteurs de la préface/postface, contre l’éditeur et contre tous ceux qui soutiennent ce satané et déprimant livre !

        La catégorie qui se considère « démocrate », visée nommément avec leurs associations ou médias écrits et/ou radio, semble engourdie par les révélations, se contentant soit de répliquer par des « formules » générales et équivoques, soit en mobilisant leurs ouailles journalistes-bobos pour tenter de nier sans apporter les preuves, de diaboliser l’auteur d’alerte, de minimiser autant que faire se peut la gravité des faits et gestes révélés. Aucun, à ce jour, n’a apporté la moindre preuve que ce que dit Bensaada, sur tous ceux qui en ont bénéficié en secret (surtout par la NED américaine), est faux !

        Ils en sont arrivés, devant les preuves incontestables, jusqu’à affirmer que les financements de ces « gens » sont dérisoires pour influer sur quoi que ce soit et qu’il est ridicule même d’en parler ! Ah bon ? « Des petites sommes ? » Avant le financement "étranger" était de la "propagande", du "mensonge" des "services" et maintenant que les preuves sont là, irréfutables, c'est devenu des "petites sommes" ? Est-ce sensé comme arguments pour dénaturer un délit grave en acte licite, régulier ? Est-ce bien « correcte et patriote » que des « gens » qui font de la politique dans leur pays bénéficient secrètement de fonds “étrangers” ? Est-ce « hallal » en Europe et en France en particulier ? On use même du conditionnel « auraient bénéficié » ; si « oui » est-ce condamnable ? Certains argumentent que ces financements des ONG et des institutions étrangères sont "publics" et donc accessibles à tous, comment expliquer alors que la NED ait supprimé les noms des personnes et associations bénéficiaires, qui étaient pourtant affichés depuis des années, juste après la sortie du livre de Bensaada ?

        D’autres, pour les réhabiliter ou les innocenter, avancent comme autre argument, en guise de pendant, ceux du pouvoir qui ont volé en transférant de grosses sommes vers l’étranger alors qu’eux, plus « estimables », font venir des fonds. Raisonnement absurde ! En fait, les deux sont condamnables. La réalité est que ceux qui ont volé et/ou « transféré vers l'étranger » leur sort, actuellement, est entre les mains de la justice, recherchés ou en prison. Ceux qui reçoivent des fonds étrangers pour faire de la politique dans leur pays, selon les intérêts de ces étrangers, sont des félons, leur cas doit être aussi traité selon la loi.

        On retient que c’est Rachad (par un livre, des vidéos et des écrits) et le clan des « journalistes-bobos » (agissant par cupidité et corporatisme négligeant la morale et les principes du métier)  qui viennent au secours de la caste des « démocrates » partisans de la sournoise « phase de transition » (sans vote du peuple) ! Ils agissent donc pour les mêmes objectifs et intérêts, bien loin des intérêts de l’Algérie et du peuple ! Beaucoup de ceux-là qui polémiquent, avec fracas, sur ces « financements d’officines étrangères » doivent se sentir concernés sinon pourquoi ces craintes ! Le temps nous le dira.  L’un d’eux a poussé l’affront jusqu’à traiter le Dr Bensaada de « barbouze » oubliant que lui aussi traîne des « casseroles » ! On croit toujours que l’on ne nous voit pas !

        A propos des sommes reçues, elles ne sont pas aussi « ridicules » pour ne pas influer sur la politique et la stabilité ! Un rappel et des exemples :

Les ONG algériennes qui ont bénéficié de financement américain par le biais de la NED (National Endowment for Democracy)

• Le financement de la NED est voté par le Congrès …consacré à l'Agence des États-Unis pour le développement international (USAID). La NED reçoit également des moyens de multinationales américaines, telles que Chevron, Coca-Cola, Goldman Sachs, Google, Microsoft, etc. ainsi que d'institutions publiques comme la Chambre de commerce des États-Unis.

• L'ancien directeur de la CIA, William Colby, déclarait en 1982, …« Il n'est pas nécessaire de faire appel à des méthodes clandestines. Nombre des programmes qui [...] étaient menés en sous-main, peuvent désormais l'être au grand jour… ».

Selon les publications du Dr Bensaada :

1. Le Collectif des Familles de Disparus en Algérie (CFDA)….a bénéficié de la NED de la somme de 462 900 dollars (entre 2001 et 2014)…… À préciser que le CFDA et « SOS Disparus » mènent souvent leurs actions ensemble, dans des coalitions qui regroupent d’autres associations au profil similaire comme « Soumoud » et « Djazaïrouna ». En faisant un calcul d’épicier, en Algérie, cela fait en monnaie locale plus de 6 milliards de centimes !

2. Le RAJ-Algérie (rassemblement-actions-jeunesse) a bénéficié de la NED d’un financement de 427 000 dollars entre 1997 et 2019. Soit plus de 5,6 milliards de centimes.

3. La LADDH (Ligue des droits de l’homme Algérie) a bénéficié d’un financement de 117 000 dollars de la NED entre 2002 et 2010 (sauf en 2004). Soit plus de 1,5 milliards de centimes.

4. Radio M financée par "Canal France International (CFI)" qui dépend du Quai d'Orsay. Entre 20 000 et 80 000 euros (soit entre 300 millions et 1 milliards de centimes). Pour cette radio, la somme est plus proche de 80 000 (selon Bensaada).

Ces organismes ne donnent pas « gratuitement » de l’argent sans retour (même des « petites sommes »). Peut-être pour les « beaux yeux » de ceux ou celles qui les perçoivent ? Notre M.B le formule ainsi « Sur les sophismes de … sur Bensaada : ‘‘qui paye l’orchestre choisit la musique’’ et la musique mercenaire n’est ni libre ni libératrice. Et ceux qui reçoivent de la NED/CIA, chantent l’air du FMI ! »

        Nous vivons en pleine propagande, mensonges et ruses. Les guerres dites de 4ème génération utilisent la « matière » locale ; les enfants et les moyens des pays visés pour espérer dominer sans trop débourser. On use pour cela des techniques de la propagande militaire moderne, du mensonge « scientifié » et de la ruse pour tromper, cacher la vérité, emporter un soutien, abuser de l’adversaire.

Après la 2ème guerre, les USA avaient créé et financé des radios, dont celle baptisée « Radio Free Europe », à destination des peuples soviétiques. En même temps, ils créèrent des organismes dits « privés et scientifiques » qui sont en fait des « think-tanks » (laboratoires d’idées) dont l’objectif est de manipuler, manier la parole afin de persuader du bien-fondé de leurs actions tout en cachant la vérité !

Il se trouve toujours des félons, comme ailleurs, qui par revanche, frustration, cupidité ou engagement adhèrent consciemment à ces projets hégémoniques. L’Etat doit les mettre hors d’état de nuire !
Il se trouve aussi des gens crédules (par confiance excessive et naïve), des stupides, des ignorants qui, croyant défendre leur pays, les suivent aveuglément. Ils sont victimes des premiers amateurs de l'adage : « Que Dieu multiplie les idiots pour que vivent les malins ». Ceux-là, l’Etat doit les protéger de la manipulation pour leur éviter de devenir, inutilement, de la « chair à canon » !
 
A. D 

LES MISSILES IRANIENS EN ALGERIE?

Et si les Su-34 E se faisaient remplacer par Fateh-110?

Tuesday, 16 March 2021 7:30 PM  [ Last Update: Tuesday, 16 March 2021 7:34 PM ]

US Rep. Ilhan Omar (D-MN) (L) talks with Speaker of the House Nancy Pelosi (D-CA) during a rally with fellow Democrats before voting on H.R. 1, or the People Act, on the East Steps of the US Capitol on March 08, 2019 in Washington, DC. (AFP photo)

Lancement d'un missile Fateh-110. ©Tasnim

Auparavant, il était supposé que ce pays d’Afrique du Nord recevrait environ 20 chasseurs-bombardiers, cependant, le Service fédéral de coopération militaro-technique a noté que la production de chasseurs Su-34 pour les besoins de l’armée de l’air algérienne a été suspendue.

Le Service fédéral de coopération militaro-technique n’a pas commenté non plus les informations précédemment rapportées selon lesquelles l’Algérie aurait commandé des chasseurs Su-57.

En effet, les Su-34E, bombardiers possédant des capacités d’autodéfense équivalentes aux meilleurs chasseurs, gardent même chargé un rayon d’action allant jusqu’à 1 000 kilomètres sans ravitaillement aérien. Il s’agit d’appareils qui ont la capacité de transporter jusqu’à 12 tonnes de bombes, missiles et roquettes avec de multiples configurations de combat ».

Double coup signé Algérie-Russie!

Double coup signé Algérie-Russie !

A quoi rime une opération sous-marine pro Algérie de Moscou conjuguée à la vente de Su-34E 

Le fait de vouloir se doter de ces bombardiers à longue portée renvoie à la doctrine militaire algérienne basée sur des bombardements massifs, doctrine qui par les temps qui courent a tout lieu d’être soutenue et développée les Otaniens et Israël ayant quasi-encerclés le pays via de multiples bases aériennes implantées en Libye au Sahel et au Maroc. Mais le refus probable de la Russie de fournir a l’Algérie des bombardiers à longue portée, quel qu’en soit la raison devrait pousser les responsables du secteur à amender leur doctrine aérienne, soutient un expert arguant qu’en cas de conflit des frappes aéronavales de l’ennemi demandent a être repoussés par une forte DCA, ce qui risque de pousser l’Algérie dans une posture défensive. C’est le cas de la Syrie où l’aviation n’a pas suffi à repousser les frappes israéliennes et où la DCA n’a toujours pas été à même de neutraliser les rais au missile sioniste, souligne l’expert. Alors que faire ? « Développer le secteur balistique. L’Iran pourrait servir d’exemple. Les missiles balistiques de précision que l’Iran teste avec succès et qui parvenus aux alliés de l’Iran font en ce moment tabac au Yémen devraient donner bien à reflechir aux Algériens en termes d’effets de dissuasion. Fateh-313 tout comme Qiam ont été de loin les missiles balistiques de précision qui ont mis au pas l’armée US dans sa propre base à Aïn al-Asad. Et ce ne sera pas l’Iran qui dirait non à l’Algérie, bastion de l’anti sionisme au Maghreb, ajoute le spécialiste. 

Ainsi, rappelant que l’Algérie a toujours misé sur le développement d’une importante capacité de bombardement, “conformément à sa doctrine militaire et contrairement à la Tunisie et au Maroc par exemple”, M.Kharief informe que dans l’optique d’“équiper ces aéronefs de missiles supersoniques antinavires, avec le Yakhont russe ou le Brahmos russo-indien, les Su-34E algériens auront la capacité de couvrir à une bonne distance de sécurité toute la Méditerranée occidentale et une partie de l’orientale, avec peu d’équivalents ailleurs”. “Cela remettra en cause les équilibres”, estime-t-il.

Les missiles Yakhont ou Brahmos permettent d’attaquer une cible au-delà de l’horizon tout en étant capables de choisir parmi de nombreux types de trajectoires de vol (haute ou basse altitude, ou un mélange des deux). Ils sont également très résistants aux contre-mesures électroniques. Ils sont supersoniques durant toutes les phases du vol, ne laissant pas le temps à la cible de se défendre. De plus, ils peuvent être tirés depuis la terre ferme, les airs, la surface de la mer ou encore depuis un sous-marin. Enfin, une version hypersonique Brahmos-II est en cours de développement. La Russie a confirmé mardi l’exclusion de l’Algérie du programme d’avions Su-34.

https://french.presstv.com/Detail/2021/03/16/647423/Russie-Alg%C3%A9rie-Su-35-Su-57

1871 : EN ALGERIE, LES COMBATS DIVERGENTS DES INSURGES ALGERIENS ET DES COMMUNARDS

16 Mars 2021

Publié par Saoudi Abdelaziz

1871. EN Algérie, les combats divergents des Insurgés algériens et des Communards

Il y a 150 ans, le 16 mars 1871 s'engageait l'insurrection algérienne. Deux jours plus tard, le 18 mars, c'est la Commune de Paris qui était proclamée. Analysant l'extension de l'insurrection communarde parisienne à Alger, Oran et Constantine,  l'historien  Quentin Deluermoz note dans El Watan : "Le mouvement algérois est «coloniste», c’est-à-dire qu’il prône l’assimilation de la colonie et l’accaparement des terres". Il résume : "insurgés colons et algériens sont plus en opposition qu’en communion dans le combat. Là où il y a rencontre, c’est surtout en Nouvelle Calédonie en déportation où les principaux chefs sont envoyés après le procès de Constantine."

 

Quentin Deluermoz, historien : «1871 : la plus grande insurrection de l’histoire de l’Algérie coloniale»

Il y a exactement juste 150 ans, le 16 mars 1871, l’Est algérien entrait en insurrection contre la puissance coloniale. A Paris, la République naissante noyautée par les royalistes était contestée par les radicaux qui proclamaient le 18 mars 1871 la «Commune de Paris», massacrée lors de la semaine sanglante du 21 au 28 mai 1871.

Dans le livre Commune(s) 1870-1871 (Seuil), Quentin Deluermoz, dresse un tableau de bord novateur de cet événement sur les deux rives. Avec pour sous-titre Une traversée des mondes au XIXe siècle, l’historien dépasse le cadre parisien. De la rue Julien-Lacroix aux concessions de Shanghai en passant par l’insurrection «kabyle», la Croix-Rousse à Lyon ou la République des cultivateurs aux Caraïbes, le livre propose une histoire à différentes échelles, du local au global, en décrivant des interconnexions multiples. Une bonne partie est consacrée à la partie algérienne. «C’est un sujet très important qui est devenu finalement un axe fort de l’ouvrage», nous explique le chercheur qui a bien voulu déblayer un sujet dont les études n’ont pas fini de dégager tous les aspects.

Propos recueillis par Walid Mebarek, 16 mars 2021

En ce 150e anniversaire, en quoi le rappel de l’histoire de la «Commune de Paris» est-il utile, en France et dans le monde ?

Quentin Deluermoz. Cet événement continue de faire signification pour de nombreux acteurs et groupes, politiques ou des groupes au sens plus large. Pour le 140e anniversaire, en 2011, il n’y a rien eu sur la Commune de Paris. L’idée qui se développait, c’est que cet événement historique était devenu un peu comme froid, parce qu’il était lié à l’expérience communiste du XXe siècle et, qu’avec la chute du bloc soviétique et de l’Europe communiste, la charge symbolique s’était un peu effondrée. En réalité, ce qu’on observe depuis dix ans, c’est que l’objet s’est un peu réchauffé et qu’il est remobilisé dans de nombreuses luttes actuelles.

Votre question est appropriée de poser ce thème en France et à travers le monde car on a vu la «Commune» utilisée par les Gilets jaunes. Elle l’était aussi dans le mouvement d’occupation des places comme Occupy Oakland Commune, également en Espagne au Mexique avec la grève des instituteurs en 2006… Ce qui est intéressant, c’est que dans cette nouvelle configuration, la Commune ne renvoie plus comme dans les années 1970 à des questions de luttes des classes ou de révoltes urbaines, mais beaucoup plus à la souveraineté populaire réclamée par le bas et des territoires autonomes et alternatifs. Elle fait écho à tous ces mouvements sans leader comme le hirak algérien qui demande des rapports de pouvoirs plus horizontaux. La résurgence de la Commune fait sens dans ces combats là. Il n’y a pas de République démocratique et sociale si on ne change pas l’ordre des rapports sociaux.

Comment l’aspiration «communaliste» s’est jouée en Algérie et par quelles parties de la population coloniale a été porté le mouvement à Alger et dans d’autres villes algériennes ?

En Algérie, la plus importante manifestation de la Commune s’est déroulée à Alger. Elle débute bien avant Paris. L’insurrection commence en effet dès septembre. On a le même décalage à Lyon et Marseille. A Alger, Constantine et Oran, les mouvements se déploient dès la chute de l’Empire le 2 septembre 1870 et la proclamation de la République le 4 septembre. En utilisant le terme «commune», la référence rappelle un imaginaire de la Révolution française avec le Commune de 1793. Ces mouvements sont marqués par un fort républicanisme municipal. La figure qui s’impose est Romuald Vuillermoz. Ces mouvements sont menés surtout par les déportés de la répression de la Révolution de 1848, ceux du coup d’Etat napoléonien du 2 décembre 1851 et en 1858 après l’attentat d’Orsini. Ce sont des républicains français installés en Algérie malgré eux.

Est-ce que ce mouvement prend dans la population laborieuse algéroise ?

C’est à vérifier. Cela manque dans mon enquête. Ce que j’ai trouvé dans les archives c’est que le mouvement déborde le cadre de ceux qui l’initient. Les ouvriers de chantiers sont frappés par la crise économique. Les autorités municipales issues de cette commune organisent des aides sociales mais cela reste à étudier de plus près. Lorsque la commune de Paris se déclenche en mars 1871, le mouvement communaliste s’accélère et Alger s’y reconnaît et envoie une lettre d’adhésion publiée dans le Journal officiel de la commune. Un des chefs, Alexandre Lambert, qui se trouve en France à ce moment-là, sera promu délégué de l’Algérie à Paris.

Dans les revendications portées par les insurgés «français» d’Algérie, la question de l’injustice coloniale est-elle à l’ordre du jour ?

Pas dans le sens où on l’attendrait. Les insurgés algérois, liés à ceux de Constantine et d’Oran en fédération, s’opposent à la métropole sur la base d’une revendication d’autonomie très grande. C’est pourquoi dans mon livre j’ai parlé de «Commune coloniale» parce qu’on a un mouvement insurrectionnel qui reconnaît la sujétion à la France mais souhaite plus d’autonomie. La question des Algériens autochtones n’est pas à l’ordre du jour. Les populations colonisées sont oubliées. Cela montre les limites de l’universalisme républicain, fort à Paris, alors qu’à Alger on néglige l’essentiel des habitants. Le mouvement algérois est «coloniste», c’est-à-dire qu’il prône l’assimilation de la colonie et l’accaparement des terres contre laquelle les Algériens étaient méfiants. Cependant, j’ai découvert que certaines allocutions se faisaient en arabe.

L’insurrection des tribus de l’Est algérien, dont la date-clé est le 16 mars 1871 avant de s’étaler sur plusieurs mois, a des ressorts propres mais les recherches historiques ont-elles pu établir un lien entre le soulèvement de cette frange de la population coloniale et les Algériens ?

Il y a un lien, là encore pas dans le sens là où on l’attend. D’abord pour la guerre franco-prussienne Napoléon III a envoyé les troupes de l’«Armée d’Afrique» en métropole et du coup il y a une forte décrue de la présence militaire dans la colonie algérienne. Ce qui va faciliter le déploiement de l’insurrection dite kabyle qui n’ignore pas la faiblesse française. Et deuxièmement, comme les «Communes» d’Alger, Constantine et Oran sont très colonistes, les populations algériennes redoutent le message ; on le voit dans les échanges de courriers entre les tribus interceptés par l’armée et traduits. La phrase qui revient est «le civil va arriver», donc l’accaparement des terres va progresser.

Avec la fin des bureaux arabes ?

Exactement ! Enfin, dernier point, comme les «communards» sont anti-militaires, et ils gênent les capacités des militaires français sur place. Un autre aspect que vous avez posé dans votre question, c’est les «ressorts propres» de l’insurrection algérienne. C’est tout un autre champ de la recherche historique à désenclaver. Sortir du face à face entre France et Algérie. L’insurrection algérienne est fascinante à étudier. Au lieu d’y voir une révolte d’arriérés, comme l’ont fait les colons français, au contraire on est dans des dynamiques extra-européennes qui rentrent par exemple dans le renouveau du monde musulman au XIXe siècle, notamment avec l’entrée en scène de la Rahmaniyya.

En quoi ont consisté les relations entre insurgés algériens et français en Algérie ou en France ?

Louise Michel en parle un peu. Ce qui est sûr c’est que les troupes algériennes sont engagées dans la guerre franco-prusse. Que certains désertent ou se retrouvent avec les insurgés parisiens, ce n’est pas impossible. Il y a des traces dans les archives mais là aussi c’est un domaine à étudier.

Les archives permettent-elles de considérer une esquisse de formation révolutionnaire des Algériens à ce contact, particulièrement parmi les déportés de la Commune qui rencontrent ceux de l’insurrection algérienne ?

Elle ne se fait pas en Algérie puisque insurgés colons et algériens sont plus en opposition qu’en communion dans le combat. Là où il y a rencontre, c’est surtout en Nouvelle Calédonie en déportation où les principaux chefs sont envoyés après le procès de Constantine. Ils sont 120 à peu près. Il y a des amitiés qui se lient avec les communards parisiens et des contacts. Par exemple Rochefort, au retour à Paris va se battre pour que le gouvernement prononce l’amnistie des condamnés et des déportés algériens du Pacifique.

La puissance du mouvement d’émancipation des tribus est suivie d’une répression féroce coloniale extrême contre les Algériens en 1871-1872 et après. Avec le recul, cette violence algérienne contre l’occupant et la dépossession qui s’en suit peuvent-elles être considérées, non pas seulement comme une simple résistance à l’envahisseur, comme c’était le cas de 1830 à 1860, mais comme le premier acte du combat pour l’indépendance ?

Ce qui est sûr c’est que la répression est terrible avec 500 000 hectares de terres spoliés. On estime que 70% du capital des tribus a été ponctionné avec une volonté explicite de détruire l’organisation des tribus, affecter en profondeur l’environnement et la structure sociale antérieure. De fait la colonisation s’accentue. Il y a un basculement et un choc pour les populations «indigènes».

Avec peut-être, dès lors, cette idée que la révolte a été si forte qu’il est possible de recommencer, comme le chantent les poèmes transmis par la tradition orale…

Il y a, il est vrai, une mémoire. Mais dire que c’est un premier acte de la lutte pour l’indépendance, c’est un débat ouvert dans l’historiographie algérienne. On manque de travaux. Cette piste d’un patriotisme rural est à creuser. Mais lorsque le nationalisme se révèle au début du XXe siècle, il y a une relecture de cet événement comme étant un moment fondateur. C’est la plus grande insurrection de l’histoire de l’Algérie coloniale au XIXe siècle. 1871, c’est 800 000 personnes impliqués dans les combats côté algérien.

N’y a-t-il pas un parallèle entre la déconsidération des communards français réprimés dans le sang comme des ennemis et des moins que rien et la destruction par le glaive et la famine de milliers d’Algériens ravalés à l’état de non-humains ?

C’est la même armée qui réprime en France puis en Algérie après avoir détruit la «Commune» à Paris, Lyon et Marseille. Par ailleurs, on a utilisé la même loi du 23 mars 1872 qui a été utilisée pour condamner les communards au procès de Paris et les insurgés à Constantine d’Algérie. La vocation est de rejeter toute aspiration politique à la révolte et d’en faire un acte criminel et antisocial.

Cela explique-t-il la main lourde contre un ennemi auquel on dénie toute humanité?

Ce sont des tueries menées par des armées de mieux en mieux organisées mais il y a une différence entre Paris et l’Algérie : en France on veut sauvegarder le tissu économique alors qu’en Algérie il y a une volonté de détruire. La différence de répression ne joue pas dans l’animalisation de l’ennemi qui est la même pour ces «moins que rien», mais l’impact humain est plus lourd en Algérie.

Source : El Watan

https://www.algerieinfos-saoudi.com/2021/03/1871.les-combats-divergents-des-insurges-algeriens-et-des-communards.html?utm_campaign=_ob_pushmail&utm_medium=_ob_notification&utm_source=_ob_email

EN MARGE DU RAPPORT STORA : LITTERATURE, HISTOIRE ET DEPENDANCE NEOCOLONIALE

En marge du rapport Stora : Littérature, Histoire et dépendance néocoloniale

En marge du rapport Stora : Littérature, Histoire et dépendance néocoloniale

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 Contribution| 04 Mars 2021 | 15:48

Par Abdellali MERDACI

Le rapport de Benjamin Stora au président Macron sur « les questions mémorielles portant sur la colonisation et la guerre d’Algérie » comporte une série de préconisations sur la réception de l’histoire coloniale et un volet culturel assez étriqué pour mériter d’amples débats. La littérature en est absente, parce qu’elle n’est pas ressentie comme un phénomène conflictuel. Entre la France et l’Algérie littéraires, il n’y a pas un conflit nommable mais une pernicieuse situation de domination néocoloniale, suffisamment enracinée. 

S’il évoque quelques noms (Jean Pélégri, Emmanuel Roblès, Marie Cardinal, Alain Vircondelet et André Rossfelder, pp. 37-38) et quelques titres de la littérature française sur le thème très proche de l’Algérie coloniale (ainsi « Les Chevaux du soleil » [1968-1975] de Jules Roy et « Fort Saganne » [1980] de Louis Gardel), Stora se contente d’une notation lapidaire pour solder un passif littéraire colonial qui fut contraignant : « (…) la figure de l’ancien colonisé est rarement présente, presque comme des étrangers sur leur sol natal » (p. 74). Bien avant « L’Étranger » (1942) d’Albert Camus, texte typique de cette éviction de l’Indigène, il y a la littérature coloniale des Européens d’Algérie dans sa signalée radicalité qui l’a précédé, dont l’École d’Alger, à laquelle il a appartenu, achève le cycle : du pittoresque Cagayous, inventé par Musette, rugissant les clameurs d’une époque raciste et antisémite, à Louis Bertrand, sur les traces de Stéphane Gsell et d’une Algérie résolument latine, Robert Randau, vague adepte de Jules Ferry, pratiquant un paternalisme honteux envers la « race soumise », et Charles Courtin (« La Brousse qui mangea l’homme », 1925), opérant une géographie ségrégationniste des espaces dévolus aux communautés de la colonie, et leurs nombreux épigones. Si l’occupation française de l’Algérie a été une affaire de militaires, de gendarmes et de policiers, la littérature qu’en ont donnée les colons européens a été à la mesure d’un encadrement sans faille du mythe colonial, tout en s’érigeant en lieu de toutes les exclusions. Signe symptomatique de cette séparation, l’Algérie coloniale créait pour les Européens et les Indigènes deux sections du Grand Prix littéraire de l’Algérie, financé par le gouvernement général. On ne mélangeait ni les populations ni leurs littératures.

S’il accorde une soigneuse attention au cinéma largement référencié dans son argumentaire, Benjamin Stora s’en remet au cinéaste Lucas Belvaux, adaptant le roman de Laurent Mauvignier « Des Hommes » (Paris, Minuit, 2009), pour marquer l’importance de la fictionnalité dans la construction des imaginaires des groupes sociaux, dans ce qui forge leur rapport à l’Histoire vraie : « La fiction permet de mélanger l’Histoire collective et les histoires individuelles. Raconter des histoires individuelles, même si elles sont fictives, permet de multiplier les points de vue sur l’Histoire. Parce que la fiction a besoin de confrontations, de regards opposés, de dialectique pour intéresser et cette multiplication de points de vue permet au spectateur (ou au lecteur) d’élargir son horizon, de se faire sa propre idée. L’autre intérêt de la fiction, c’est de pouvoir raconter l’intime, l’explorer, fouiller la matière sombre, enfouie de chaque individu et, qui, parfois, permet de comprendre l’inexplicable » (p. 71). 

Affirmation de principe. Toutefois, Benjamin Stora ne s’exprime pas sur ce que peuvent dévoiler la littérature et les arts algériens des blessures de la guerre, de leur guerre, puisqu’ils lui demeurent opaques. Alors que les récits de Français sur la guerre d’Algérie, sur leur guerre d’Algérie, abondent, la fiction littéraire, nécessairement algérienne, est simplement évacuée dans la réflexion de l’historien de l’Algérie contemporaine. Si le chargé de mission du président français devait confronter les imaginaires français et algérien de la Guerre d’Indépendance (1954-1962) dans l’édition française, il aurait recensé des dizaines d’ouvrages français, tous genres confondus, face au seul roman « L’Opium et le bâton » (Paris, Plon, 1965) de Mouloud Mammeri, adapté au cinéma par Ahmed Rachedi, en 1971. Il mentionne, certes, en exergue de son rapport un texte de Mouloud Feraoun, extrait de son « Journal, 1955-1962 » (Paris, Seuil, 1962) et pour le premier chapitre de sa réflexion un texte équivoque – on y reviendra – de Kateb Yacine sur les « Ancêtres », mais il manque dans son propre pays de l’appui d’un récit algérien de la guerre, qui n’a plus droit de cité en France. Il est clair, après l’indépendance de l’Algérie, que les créations littéraires d’Algériens sur la guerre de libération nationale, lointainement imagée dans les romans publiés à Paris de Malek Haddad (1958, 1960, 1961), Mohammed Dib (1959, 1962), Mourad Bourboune (1962), Assia Djebar (1962 ; exceptionnellement et tardivement en 1967), n’entraient plus dans la perspective de l’édition française. Le regard algérien sur la Guerre d’Indépendance a été particulièrement barré : cela ne sera pas sans effets néfastes. Dans le même temps, les Algériens étaient dépossédés de l’écriture de leur histoire littéraire, qui va échoir à des Français, un curé défroqué (sans aucun titre universitaire), aide-bibliothécaire au Centre diocésain d’Alger, et un coopérant tout juste licencié en lettres, enseignant d’ancien français, qui en assureront un long règne et une évidente charge politico-idéologique. 

Dans les années 1960-1970, le thème de la guerre était abondamment stigmatisé et isolé dans ce qu’un universitaire français regroupait sous le vocable, volontairement péjoratif, de « romans de la SNED », du nom de l’unique éditeur algérien. Ces spécialisations éditoriales, d’un côté, le récit de la guerre en Algérie, de l’autre, la description, souvent critique, de la société algérienne confrontée aux premiers déchirements de l’indépendance, en France, engageaient une spécifique rupture entre ce qui pouvait s’écrire par des Algériens dans un pays et dans l’autre. La thèse « un pays, deux littératures » que j’ai exposé dans plusieurs contributions, mise en œuvre par l’Université, l’édition et les médias français, s’inscrivait dans la durée. Elle est la raison d’une nette scission dans la littérature des Algériens, qui perdure et retarde l’avènement d’une littérature nationale unie et autonome. Si l’Algérie, sortant du joug colonial français au gré de sacrifices humains, n’est pas formellement dominée politiquement par la France, sa littérature le reste pleinement.  

Une domination littéraire française 

Ce dualisme littéraire algérien, confirmé à l’indépendance, prolonge une séparation coloniale. À l’opposition « Littérature coloniale VS Littérature indigène » succède l’opposition « Littérature éditée en France VS Littérature éditée en Algérie ». Comme hier, la littérature indigène de la colonie, la littérature algérienne éditée en Algérie est une littérature dominée, écrasée par le double encerclement de l’institution littéraire française et de ses auteurs algériens (ces navrants « Arabes de service », selon la formule célèbre de Malek Haddad). Expression d’un pays indépendant, la littérature des Algériens,  spécialement celle qui est écrite en français, est considérée à Paris comme une périphérie de la littérature nationale française. Dans nombre de manuels scolaires et de traités d’histoire littéraire français édités dans les années 1960-1970, dont certains continuent à circuler dans les écoles et les universités, les auteurs algériens de langue française de la période coloniale sont recensés au crédit de la littérature française. Et, bien des décennies après, ce phénomène d’accaparement ne s’est pas tari : lors d’un colloque dans un pays nordique, en 2016, ce sont Boualem Sansal et Kamal Daoud (qui n’était pas encore naturalisé français), censément Algériens, qui représentaient la France littéraire et débattaient en son nom. De la colonie française à l’État algérien indépendant et souverain, rien n’aura donc changé.

Cette francisation des écrivains algériens, précédant leur naturalisation, agie en toute conscience par les éditeurs, est admise par le champ littéraire français, vindicativement assimilateur. Si la France sait attirer de potentiels écrivains algériens, qu’elle naturalise sans délai, il est tout autant vrai que la liberté de choix d’un pays, d’une nationalité, doit être reconnue à tous. Le problème qui est posé ici est celui de l’indispensable loyauté des auteurs français d’origine algérienne envers le pays – et la littérature – qu’ils ont quitté. Ce qui est insupportable, c’est que tel ou tel écrivain, Français par choix personnel, puisse encore parler de l’Algérie, rabaisser son peuple et son histoire, tout en prétendant en être le représentant qualifié. Moralement, intolérable : lorsqu’on a consciemment tourné le dos au pays de « Quassaman » et du 1er-Novembre, il est odieux de prétendre en parler et, surtout, parler en son nom.

De même, la loyauté de la France littéraire envers la littérature d’un pays dont elle devrait accepter l’indépendance et l’autonomie littéraire, n’est pas acquise. Il n’y a pas, il n’y a jamais eu, entre la France et l’Algérie littéraires, une reconnaissance mutuelle qui garantirait une saine égalité et des échanges apaisés. Depuis les années 1950, les écrivains algériens reçus en France sont spécialement ceux qui sont adoubés par le champ littéraire français et ses indécrottables gourous et agents de lobbies divers dont celui, désormais très influent, du sionisme international. Un écrivain algéro-algérien, écrivant en Algérie et publiant en Algérie, nonobstant son savoir-faire, n’a pas, à l’instar de tous les écrivains du monde, sa place en France. L’édition française serait en mal d’aligner un seul contrat d’achat de droits d’une œuvre algérienne intégrale. Lorsqu’un auteur ou une œuvre l’intéresse, elle les prend dans un insensé piratage. En cinquante-neuf années d’indépendance, l’institution littéraire française et ses différences ordres de l’édition, de l’École, de l’Université, des Académies, de la critique spécialisée, ignorent la littérature nationale algérienne dans ses différentes langues (arabe, tamazight, français) : aucun auteur de langues arabe ou tamazight, issu de l’édition algérienne, n’a été traduit et diffusé par l’édition française au moment où les écrivains de langue française (il s’en trouve de plus grande qualité que les têtes d’affiche actuelles de l’édition française) et leurs œuvres sont rejetés. Viendra-t-il le temps où l’édition parisienne acquerra auprès des éditeurs nationaux des œuvres d’authentiques auteurs algériens, comme elle le fait avec plusieurs pays de tous les continents, sans recourir à des cadres de soumissions abjects et répulsifs ?

Le système de domination que des capitales de la littérature mondiale, ainsi Londres et Paris, imposent à plusieurs pays anciennement colonisés, les accule politiquement et littérairement à une infinie dépendance. S’il est établi qu’un écrivain russe, chinois, américain, allemand, italien, n’attend rien de ces puissances littéraires impériales, un écrivain de langue française du continent africain n’a aucune chance de se faire connaître hors de son territoire sans  s’agenouiller devant la France. Jusqu’à quel point Alain Mabanckou, Léonora Miano, Fatou Diome, Abd Al Malik, Calixte Beyala et le groupe des « négropolitains » – et même la « décoloniale » Rokhaya Diallo – expurgeant de leur profil leur nationalité d’origine, devenus Français, expriment-ils leur pays de naissance abandonné ? Ces auteurs du Congo, du Mali, du Cameroun, du Sénégal, de la Côte d’Ivoire et des anciennes entités de l’Afrique équatoriale et occidentale française, constituent une périphérie africaine de la littérature française. Il en va de même pour les auteurs venant d’Algérie, dénationalisés, animant une autre périphérie surpeuplée et remuante de la littérature française. Ces auteurs de l’Afrique subsaharienne et du Maghreb, Français, tourbillonnant dans le marais de la littérature française, sont artificieusement promus tuteurs de la littérature de leur pays d’origine. Exemple, plusieurs fois observé : en cas de besoin d’un écrivain dans une quelconque manifestation internationale, et par la volonté de l’institution littéraire française, relativement à l’Algérie, c’est le Français Anouar Benmalek (ou Salim Bachi ou un autre) ou, relativement au Congo, le Français Alain Mabanckou, qui parleront au nom de la littérature de pays (et même du continent !) avec lesquels ils n’ont plus aucune attache. Cette pesante mainmise de la France littéraire sur les littératures nationales de langue française subjuguées les confine dans un statut de littératures mineures, irrémédiablement mineures, dépouillées de leur destin, et les condamne, à terme, à disparaître. 

Une littérature de valetaille 

En France, dans le milieu littéraire, l’hypocrisie est de mise, insurmontable. Les spécialistes de la littérature française savent que la grande édition française, regroupée dans le Quartier latin, ne publierait pas la plus originale des œuvres littéraires, d’où qu’elle vienne, quel qu’en soit l’auteur, si elle n’en ressentait pas la singulière et pressante attente de son lectorat français. Ce lectorat symbolisé par le typique notaire de Carpentras, une cité du sud de la France, constitue une force économique indépassable : il est politiquement proche du Rassemblement national, historiquement marqué par son fourvoiement dans la collaboration pétainiste et son engagement pour l’Algérie française. C’est au nom de ce lectorat, et pour ne pas en troubler les fortes convictions, que l’éditeur germanopratin Gallimard a rompu les ponts avec l’écrivain anglais Martin Amis, refusant de publier son roman sur Auschwitz et la Shoah (« La Zone d’intérêt », 2014-2015, édité en seconde main par Calmann-Lévy). Car avant d’être une expression esthétique, l’œuvre littéraire est principalement une marchandise, et dans les antres germanopratins, la morale s’exerce dans une géométrie variable. C’est ce même éditeur parisien, autrefois collaborateur de l’occupant nazi, revendiquant une « direction aryenne », censurant la prose de Martin Amis, qui attend de publier les tracts rageusement antisémites de Louis-Ferdinand Céline, de l’or en barre. 

Concernant spécialement l’Algérie, l’édition française ne déroge pas à la règle sacrée de ne publier que des textes qui n’effarouchent pas son lectorat traditionnel et ne  froissent pas ses penchants idéologiques. En fait, une littérature de valetaille, saluée à Carpentras. L’Algérie a souffert, et souffre toujours, de ces écrivains algériens ou Français d’origine algérienne entrés dans les sillons dépravés de l’édition germanopratine et des ses ombreuses coulisses. Observons-en le résultat : la France littéraire (et, instinctivement, politique) a créé un Boualem Sansal, allié actif du sionisme international, dineur patenté du CRIF, piétinant les sépultures de martyrs palestiniens ; un Kamel Daoud, avorton littéraire lancé par Bernard-Henri Lévy, Alain Finkielkraut (avant son actuelle et momentanée disgrâce médiatique) et Pierre Assouline, puissant lobbyiste sioniste, allègrement naturalisé français, en quête présentement du « Français du futur », qu’il entend symboliser ; un Abdelkader Djemaï, Oranais de naissance, qui  persiste indignement à prêcher depuis Paris qu’un écrivain n’a ni nationalité ni frontières, prenant la suite dans cette revendication immonde défendue autrefois par l’académicienne française Assia Djebar (1936-2015) ; un Salim Bachi, aujourd’hui haut-fonctionnaire culturel français, qui se félicite d’avoir échappé à la tourbe algérienne ; un Anouar Benmalek, invétéré donneur de leçons aux Algériens, à la fois Suisse et Marocain, qui se vante d’entrer en Algérie et de narguer les Algériens avec son passeport français ;  enfin, pour ne pas allonger cette liste, un Slimane Benaïssa, utilement traité par les « services » français, traversant la Méditerranée, au mitan de la guerre islamiste des années 1990, dans une malle diplomatique de l’ambassade de France à Alger, pour se faire assurément Français, nommé par un gouvernement des frères Bouteflika commissaire du Festival international du théâtre de Bejaia et oublié, jusqu’à nos jours, dans cette sinécure. À l’exception de Sansal, qui attend une nationalité française octroyée par l’État français, qui ne s’en cache pas, tous ces écrivains sont français, résident en France et l’unique lien qu’ils ont avec l’Algérie est d’en faire un scandaleux commerce et de s’en proclamer comme les justes délégataires littéraires investis par la France. 

Ajoutons à ces scabreux profils d’auteurs que la France souhaite (et a toujours souhaité) imposer à l’Algérie et aux Algériens, le funambulesque Yasmina Khadra, impétueux athlète de la course aux honneurs français (il est en effet piquant qu’un ancien commandant de l’Armée nationale populaire, gardienne des valeurs de la Glorieuse Armée de libération nationale, soit décoré de la Légion d’honneur française et qu’il en attende la rosette de Grand Commandeur !) et aux prix littéraires, guerroyant récemment contre le crapuleux Français d’origine marocaine Tahar Ben Jelloun, qui a mis l’académie des frères Goncourt au service du roi de l’Ouest et les riads de Marrakech à la discrétion de ses jurés, qui lui ferme opiniâtrement les portes d’un prix littéraire, dorénavant fortement dévalué. Pathétique panade pour un prolifique et emprunté faiseur de commodes bluettes aux tirages pharamineux, facétieusement traîné dans le caniveau par le feuilletoniste littéraire du « Monde » Éric Chevillard pour son improbable français de fantassin zouave, agité de rugueux solécismes (« Yasmina Khadra écrit faux comme une casserole »). Mais pour l’historien et le critique de la littérature algérienne, Yasmina Khadra, écrivain algérien coursant avidement les honneurs de la France, qui n’est pas son pays, où il est un étranger, de surcroît ancien officier supérieur de l’Armée nationale populaire, est indéfendable. Il est patent que la gueuserie des harkas, inféodés à l’ordre colonial français, était une spécialité algérienne. Il en reste dans la littérature des Algériens de malheureuses survivances. 

Autre agacerie de l’édition française : Kamel Daoud a été vendu par son éditeur algérois au français Actes Sud (Arles) et payé en vile bimbeloterie, comme dans la traite négrière de jadis. Son bref opus « Meursault, contre-enquête » est récrit par l’éditeur arlésien sous le contrôle des ayants-droit d’Albert Camus, dont il a repris la trame de « L’Étranger », sans aucune considération pour un auteur abdiquant sa dignité de créateur libre. Mme Françoise Nyssen, achetant à Alger de la matière littéraire brute, en a fait un produit purement français, commercialisé en tant que tel dans le monde, sous les oripeaux hantés de l’écrivain pied-noir, prix Nobel de littérature 1957.

Voici, relativement à l’Algérie, ce que sait faire et à quoi se prête la France littéraire et, derrière elle, la France officielle.

Écriture de l’histoire coloniale et estampille française

Il est vrai que la France d’aujourd’hui a passé l’âge de sublimes penseurs et écrivains qui ont fait son renom. Accrochant, comme des marques de lessive, ses écrivains aux mâts-drapeaux publicitaires de Paris, elle est plus dans le spectacle que dans la littérature. Elle n’est plus une nation littéraire respectable. Car, elle n’envisage plus la littérature qu’à l’aune du bruit médiatique que savent répandre d’indélicats imposteurs, qu’elle campe en bretteurs d’opérette, qu’elle arme contre le pays d’origine qu’ils ont renié. C’est dans les colonnes d’un quotidien d’Alger qu’un membre de la harka littéraire, levée dans les soues de l’édition et des médias français, vient de déclarer que la nationalité algérienne est une terre violente et inhabitable. C’est aussi vrai que ce « Français du futur » a lancé un appel aux Algériens pour retourner à la France et à la nationalité française, qu’ils ont massivement répudiées le 1er juillet 1962. Ce petit soldat sans vergogne, à l’enseigne d’une « autre Algérie » vendue à la France, coutumier du buzz et des basses œuvres, adoubé à Paris par les porte-voix du sionisme international lorsqu’il martelait, en 2014, son indifférence aux Palestiniens et à Gaza sous un déluge de feu israélien, missionné de la France néocoloniale, sape la confiance des Algériens envers leur patrie et leur nation. 

La France de MM. Stora et Macron, songera-t-elle à en rameuter une foule d’épigones, qui fantasmeront, à la ressemblance du cinéaste français d’origine algérienne Lyès Salem, sur « une France de  Dunkerque à Tamanrasset » renaissant des décombres d’une décolonisation déchue ? Une des préconisations du rapport Stora y invite incidemment : « Favoriser la diffusion des travaux des historiens par la création d’une collection ‘‘franco-algérienne’’ dans une grande maison d’édition. Cela  afin de poser des bases communes aux mémoires particulières, de définir un cadre acceptable par tous, des deux côtés et de chaque côté de la Méditerranée » (p. 96). Une collection dédiée à l’histoire de la colonisation française de l’Algérie dans une grande maison d’édition parisienne, accueillant des historiens algériens ? Cependant, rien ne ressemble à un éditeur parisien qu’un éditeur parisien et à un notaire de Carpentras, un notaire de Carpentras : on sait de quoi ils sont capables dans le domaine de la fiction littéraire. 

Les expériences passées et récentes d’écrivains, d’artistes, de musiciens, de dramaturges, de cinéastes, de comédiens, d’universitaires, d’ingénieurs et de spécialistes des corps de santé, le soulignent, ces historiens algériens le resteront-ils longtemps sous les fourches caudines de leurs nouveaux garants ? Ne répondront-ils pas à leurs desiderata pour tenir le discours et incarner la posture qu’ils en attendent ? Immanquablement, Sansal, en première ligne, donne le ton : « Il n’a jamais été possible, après 1962, de nous approprier l’histoire du pays. Elle est la propriété exclusive du pouvoir FLN. On a été nourri de sa doxa, une histoire d’héroïsme et de vérités absolues, dès la maternelle » (« L’Obs », 28 janvier 2021). La cinéaste française d’origine algérienne Sofia Djama (39 ans et « Algérienne libre », semble-t-il) peut surenchérir  dans cette même publication : « On est très abîmés par le devoir de porter la mémoire de nos parents et grands-parents, qui ont lutté pour la libération […] On a été tellement soulés par le récit officiel… ». 

Rébellion juvénile lue dans le rapport Stora ? Pourquoi le chargé de mission du président Macron, citant  Kateb Yacine (p. 4), convoque-t-il cette curieuse thématique de l’impossible passé et de la quête des origines perdues des Keblout ? Précisément, ce malaisé et fragmenté ressouvenir des Anciens : « Ce sont des âmes d'ancêtres qui nous occupent, substituant leur drame éternisé à notre juvénile  attente, à notre patience d'orphelins ligotés à leur ombre de plus en plus pâle, cette ombre impossible à boire ou à déraciner, – l'ombre des pères, des juges, des guides que nous suivons à la trace, en dépit de notre chemin. » L’auteur de « Nedjma » (Paris, Seuil, 1956) ne manquait pas d’épiloguer sur l’échec d’une généalogie coupable d’avoir raté les rendez-vous de son histoire, d’avoir trahi sa propre histoire (« […] quatorze mâles, qui ont à cœur de s’illustrer en arrachant leur père au voisinage du chacal, du tigre, du lion » ; Cf. « Le Fondateur », « Les Lettres nouvelles » (Paris), n° 40, juillet-août 1956). Avant et après « Nedjma », la littérature de Kateb n’excluait pas le trauma des Ancêtres, notamment, pour le reprendre, « l’ombre » du « Fondateur », « en son maquis », de ses descendants recomposant la mythologie de la tribu dans le présent colonial. 

Les héros de la Guerre d’Indépendance sont aussi des fondateurs, semant dans leur pacte de sang et dans leur martyr une inaccoutumée espérance de liberté. Ils n’ont pas failli. Mais ce ne sont ni une famille ni un avenir pour Sofia Djama (et ses cousinages désespérés), qui veut en  proscrire la mémoire. Au point qu’une historienne française, d’origine algérienne bien entendu, exige un « déverrouillage » de l’Histoire algérienne : en fait, enlever du récit national algérien tout ce qui empêche de jeunes Algériens d’aller à la rencontre de la France et devenir Français sans aucun passif tumultueux, expurger cette dérangeante mémoire de la Guerre d’Indépendance. Voila les  attentes de soudards habilités en France. Et, ce n’est qu’un début : la troupe haletante de demi-lettrés des troquets de France, de sécessionnistes makistes, d’illuminés de la « Tamazgha » et d’enturbannés de Londres et Genève, sur le même front de destruction de l’État algérien indépendant, n’est pas lâchée.

Ni l’Université, ni l’édition, ni les médias français ne sont disposés à entendre d’autres paroles que celles d’« Algériens libres », zélateurs d’une « histoire libérée ». Ces historiens, affranchis des universités algériennes, formés dans les Instituts d’histoire de France, boursiers de MM. Stora et Macron, s’aviseraient-ils de dénoncer dans leurs ouvrages, principalement destinés aux Français, les crimes imprescriptibles de l’Armée française pendant une atroce colonisation ? Il faut plutôt craindre qu’ils soient totalement retournés, plaidant après le nébuleux publiciste Éric Zemmour, la réhabilitation de Bugeaud et de Bigeard et de leurs acolytes, de sinistre mémoire. Car, le sentiment de déroute face à la résurgence d’une  Algérie française ne les a-t-il pas précédés ? N’est-ce pas Abdelkader Djemaï, célébrant l’abbé Lambert, le fougueux maire « anti-arabe » et « anti-juif » d’Oran, Boualem Sansal, traitant à grand bruit de « terroristes » les héros et martyrs de la Bataille d’Alger (1957), au lendemain d’un attentat islamiste, à Nice, en 2016, comme cela se comprenait et s’écrivait dans l’Algérie française du dernier quart d’heure ? Les exemples d’une rédemption quasi-obsessionnelle de la colonie française d’Algérie, de ses figures, désormais auréolées (Edmond Charlot, Yves Saint-Laurent, Fernand Pouillon et bien d’autres), et les récits d’une guerre anticoloniale volontairement entachée sont nombreux. L’édition française, la grande édition française (Gallimard, Grasset, Seuil), que compte requérir Stora, ne peut susciter que des écrivains et des œuvres révisionnistes (à la sauce Sansal, Daoud et Cie), qui n’inquièteront pas sur les sujets de l’Algérie, du colonialisme, de la Guerre d’Indépendance, les cercles algérianistes de France et leurs contingents de lecteurs qui passent à la caisse. 

Dans ce canevas éditorial du rapporteur français, le risque est de constater, comme pour le roman, deux discours historiques clivés : une histoire de l’Algérie, conçue, écrite et éditée en Algérie, strictement réservée à la consommation locale, et une histoire autre, pensée à Paris, publiée par une grande maison d’édition, sous le label d’une pseudo-pensée critique, qui recevra l’estampille française, lui ouvrant les portes des universités occidentales et, accessoirement, du reste du monde, sûrement soumise à des directives politiques et académiques françaises. Plus distinctement, il y aura les historiens algériens d’Alger et les historiens (provisoirement) algériens ou Français d’origine algérienne de Paris. Convient-il de rappeler que depuis les années 1990, la France a naturalisé plusieurs centaines d’auteurs algériens, toutes spécialités confondues ? Il y aura, nécessairement, de nouvelles et impétueuses fournées.

MM. Stora et Macron auront à cœur, au nom de l’incontournable credo de la « libre expression » (l’est-elle vraiment dans l’édition et les médias français ?), de révéler, en Algérie, des « historiens libres », qui seront exclusivement jugés aux coups de boutoir qu’ils sauront donner à une conception académique et algérienne de l’écriture et de l’enseignement de l’histoire, qui n’a jamais été l’otage d’un néo-FLN délégitimé, qui n’en a que la lettre, ramassis d’héritiers présomptifs connus pour leurs sacs d’argent délictueux, affreux croquemitaine dont le chef était ordinairement domicilié à Neuilly-France, qui n’a aucune parenté avec celui qui a porté la marche libératrice et l’enfantement d’une nation, qui reste un acteur irrécusable de l’histoire algérienne contemporaine.

Que la France  se rende à l’exigence d’une histoire de l’Algérie coloniale et de la Guerre d’Indépendance écrite par des Algériens, hors de son emprise académique et éditoriale, sans rajouter de la confusion à la confusion. Et, qu’elle écrive sa propre histoire à sa guise, comme elle sait le faire. S’il advenait, l’injurieux projet éditorial de Benjamin Stora renforcerait davantage l’impérium de la France sur la création et la pensée d’un État souverain. Les Algériens dont la littérature de langue française, la plus visible sur le plan international, reste à la fois proprement effacée ou corrompue par la France devront-ils accepter l’infamie d’une historiographie algérienne compromise. Si la proposition de Stora ne devait qu’agrandir le camp des Daoud-Sansal, répétant de vieilles félonies de bachaghas et de harkis d’antan, la menace serait d’aller non pas vers l’apaisement des mémoires mais vers un conflit politique durable avec les Algériens et leurs pouvoirs politiques de quelque obédience qu’ils soient. Il n’est pas certain que les Algériens, de toutes sensibilités politiques, encouragent une histoire de la colonisation et de la Guerre d’Indépendance sous influence française, qui remette en cause un passé révolutionnaire qui les unit, qui reste l’inaltérable socle de leur solidarité. 

Abdellali MERDACI

https://www.algerie1.com/focus/en-marge-du-rapport-stora-litterature-histoire-et-dependance-neocoloniale-22

POURQUOI LE SU-57 ALGERIEN FAIT PEUR ?

Une armée de l'air "indomptable", voilà pourquoi le Su-57 algérien provoque la crainte

US Rep. Ilhan Omar (D-MN) (L) talks with Speaker of the House Nancy Pelosi (D-CA) during a rally with fellow Democrats before voting on H.R. 1, or the People Act, on the East Steps of the US Capitol on March 08, 2019 in Washington, DC. (AFP photo)

Le SU-57 russe. ©DFNC

Cet encerclement aérien que l'OTAN croit avoir imposé à l'Algérie, avec un Mali dont le ciel est désormais contrôlé par les entreprises israéliennes, une Libye où al WAlid sert de base aérienne à l'OTAN et un Maroc qui a normalisé avec l'entité sioniste rien que pour faire annexer son armée par "Tsahal", a-t-il une quelconque chance de faire reculer l'Algérie? La récente mise en garde de l'armée où celle-ci appelle les Algériens à l'unité et refuse d'emblée tout engagement sous au titre de quelques traités et accords occidentaux que ce soit, y compris le G5 Sahel, devrait bien avoir fait des remous au sein des milieux militaires Israël / US / Israël. Sinon comment comprendre cette angoisse de voir l'Algérie se doter d'un avion de 5e génération pas otanien, pas américain, le Su-57.C'était la première preuve officielle que ce pays africain a en effet conclu un contrat d'achat du chasseur de cinquième génération avec la Russie. A peine 5 mois après, la revue américaine Military Watch Magazine s’est interrogée sur l’achat par l’armée de l’air algérienne de l’avion de guerre russe Su-57.

Selon le média russe Russia Today Arabic, qui rapporte l’information, le magazine spécialisé dans les affaires militaires et d’armement s’est interrogé si l’Algérie faisait partie des pays qui ont émis le souhait d’acquérir auprès de la Russie le chasseur furtif «le plus sophistiqué au monde».

«Cette interrogation fait suite à une déclaration attribuée par le magazine à un responsable russe lors du Salon international Idex 2021 [qui se tient à Abu Dhabi, aux Émirats arabes unis], selon laquelle Moscou a reçu les premières demandes pour l’achat de son avion furtif Su-57, fleuron de l’industrie militaire russe, de la part de clients hors Moyen-Orient.»

Le représentant russe du Service fédéral de la coopération militaire et technique a expliqué que son pays a effectivement reçu des demandes, mais il a indiqué qu’aucun pays du Moyen-Orient n’en faisait partie. Il a ajouté que cela ne signifiait pas que ces pays n’étaient pas intéressés par ce modèle.

Le magazine américain a estimé qu’il «est probable que l’Algérie, connue pour ne pas trop communiquer sur ses nouvelles acquisitions militaires, soit le premier client étranger à se doter du Su-57 pour moderniser et développer sa flotte militaire aérienne».

Military Watch a ajouté qu’«il existe des indices qui tendent à confirmer que l’Algérie pourrait avoir commandé quatorze avions de ce type. «L’Algérie, plus grand client de la Russie aux côtés de l’Inde, ne divulgue ses acquisitions militaires qu’une fois que celles-ci entrent en fonction sur son territoire», a souligné la revue spécialisée.

Le magazine américain rappelle que d'autres pays espèrent pouvoir se doter de ce bijou technologique, à l'instar de l'Inde, du Vietnam et de la Malaisie et que l'avion furtif Su-57, dernier-né de Soukhoï, l 'un des principaux constructeurs d'avions militaires russes, équipé des dernières technologies électroniques et informatiques, a commencé à être fabriqué en 2019 et que l'armée de l'air russe a reçu le premier exemplaire en décembre 2020.  Il prévoit une accélération exponentielle de la production à partir de 2027 avec des améliorations en termes d'intelligence artificielle et de missiles balistiques supersoniques. Et bien par tous ces clients aucun ne fait autant peur aux USA que l'Algérie dont l'armée échappe totalement à son contrôle. 

L’ALGERIE ET LE VENEZUELA : DEUX PAYS OU LA RUSSIE INTENSIFIE SON ASSISTANCE MILITAIRE

Deux pays où Moscou intensifie son assistance militaire

Friday, 12 February 2021 7:28 PM  [ Last Update: Friday, 12 February 2021 7:28 PM ]

US Rep. Ilhan Omar (D-MN) (L) talks with Speaker of the House Nancy Pelosi (D-CA) during a rally with fellow Democrats before voting on H.R. 1, or the People Act, on the East Steps of the US Capitol on March 08, 2019 in Washington, DC. (AFP photo)

Les présidents russe et vénézuélien Vladimir Poutine et Nicolas Maduro. (Archives)

La Russie a fait du Venezuela une véritable puissance militaire afin qu'elle domine ses voisins ; elle a également renforcé la puissance du gouvernement en place en Algérie, pour que le pétrole reste entre les mains d'une puissance alliée à la Russie et à la Chine et ne tourne pas autour des États-Unis.

Le journal Al-Quds Al-Arabi a écrit que la Russie a adopté une nouvelle stratégie qui se cristallise en le renforcement des capacités militaires de ses alliés, en particulier des puissances qui disposent de ressources énergétiques telles que le gaz et le pétrole. Moscou a réussi à faire du Venezuela une véritable puissance militaire en Amérique latine malgré l’embargo, de manière à ce qu’il possède la force aérienne la plus importante de la région. La Russie a mis en œuvre la même stratégie en Algérie ces dernières années.

Venezuela: le méga coup russe?

Venezuela: le méga coup russe?

Des troupes russes ont aidé le Venezuela à déjouer une incursion contre le gouvernement de Nicolas Maduro.

Le magazine électronique américain spécialisé dans l'industrie militaire et de guerre, Military Watch, a récemment consacré un dossier au niveau de capacités des armées de l'air en Amérique latine et a annoncé par une étude comparative que l'armée de l'air vénézuélienne occupe la première place en Amérique latine et que les États-Unis eux se trouvent en deuxième position.

Ce dossier révèle comment le Venezuela a acquis des dizaines d'avions de combat russes avancés Soukhoï-30 et deux escadrons américains F-16, puis réduit sa dépendance à l'égard des chasseurs américains ; en effet la Russie a parié sur la modernisation des installations militaires du Venezuela, selon Military Watch.

Le Venezuela a réussi à acquérir un arsenal anti-aérien et des missiles composé de deux systèmes Buk-M2, puis S-300 d'une portée de 250 km, et il souhaite maintenant acquérir le système russe avancé S-400. Et si l’armée vénézuélienne se dote de ce système antimissile russe, cela rendra les choses difficiles même pour l'US Air Force.

La Russie a fait du Venezuela une véritable puissance militaire pour deux raisons; premièrement, le Venezuela devrait être supérieur à ses voisins, dont la Colombie et le Brésil, afin que ceux-ci ne s'engagent dans aucune guerre militaire contre le Venezuela, car il y a eu des rumeurs ces deux dernières années selon lesquelles depuis la reconnaissance par Washington de Juan Guaido comme président par intérim du Venezuela, la guerre contre le Venezuela a commencé sur les territoires brésilien et colombien.

Iran: Navires russes au Venezuela?

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Le corridor maritime anti-sanction Iran-Venezuela, protégé par la flotte russe?

Le deuxième objectif est de renforcer le régime au pouvoir au Venezuela afin que les ressources naturelles du pays, en particulier le pétrole, restent entre les mains d'une puissance alliée avec la Russie et la Chine et ne tournent pas autour des États-Unis, d'autant plus que le Venezuela possède les plus grandes réserves de pétrole du monde.

Cette stratégie de la Russie ne date pas d’aujourd’hui, elle remonte à la guerre froide avec l'Union soviétique, mais cette fois-ci elle est liée à la politique pétrolière et gazière.

En ce qui concerne l'Algérie, Moscou pensait que celle-ci serait la deuxième puissance du Maghreb arabe après la chute de Mouammar Kadhafi, ancien dirigeant libyen.

Libye: Alger-Moscou coordonnent

Libye: Alger-Moscou coordonnent

Pour cette raison, il a fourni des armes avancées à l'Algérie après la chute de Kadhafi, et l’a dotée du système de défense aérienne S-400 pour empêcher les chasseurs étrangers de s'approcher de l'espace aérien algérien. La Russie a également équipé l’Algérie de missiles de haute précision Iskander, de manière à ce que les sous-marins algériens soient capables de frapper toute cible ennemie du fond de la mer; un pouvoir dont peu de pays disposent.

Le 26 octobre 2014, le président russe Vladimir Poutine a dévoilé une nouvelle doctrine militaire, qui consistait à défendre les alliés de Moscou et à les équiper d'armes de pointe. Ces mesures sont doublées dans le cas de l'Algérie et du Venezuela en raison des avantages que Moscou pouvait obtenir sur le plan militaire, mais aussi et surtout, en raison des possibilités de coordination dans les dossiers de l'énergie pétrolière et gazière afin de pouvoir contrôler les prix du marché mondial et défier la liberté entière que se sont octroyés des pays comme les États-Unis et l'Arabie saoudite pour jouer avec les prix du pétrole.

Siège aérien, le Su-57 arrive en Algérie...

Siège aérien, le Su-57 arrive en Algérie...

https://french.presstv.com/Detail/2021/02/12/645139/Russie-Venezuela-Alg%C3%A9rie-Chine-USA

GUERRE D'ALGERIE : POUR PIERRE AUDIN, LA VERITE EST PLUS IMPORTANTE QUE DES EXCUSES

Guerre d'Algérie : pour Pierre Audin, la vérité est plus importante que des excuses

Pierre Audin est le fils de Maurice Audin, figure de la lutte pour l'indépendance de l'Algérie, assassiné en 1957 lors de la bataille d'Alger.

Pierre Audin est le fils de Maurice Audin, figure de la lutte pour l'indépendance de l'Algérie, assassiné en 1957 lors de la bataille d'Alger.

TV5MONDE

22 JAN 2021

 

Mise à jour 23.01.2021 à 13:50

 par 

Pierre Desorgues

Entretien. Pierre Audin est le fils de Maurice Audin, militant de l'indépendance algérienne. Son père a été assassiné en 1957 par l'armée française et son corps n'a jamais été retrouvé. Il revient sur la question des disparus, un enjeu important de la  réconciliation des mémoires entre la France et l'Algérie. Au delà des morts et des disparus, Pierre Audin plaide d'abord pour un rapprochement entre les vivants et les peuples.

 

TV5MONDE : Le rapport de l'historien français Benjamin Stora est riche, dense. Il préconise 22 recommandations pour apaiser la question mémorielle sur la guerre d'Algérie et la colonisation (1830-1962). Que retenez-vous de ce rapport Stora ?

Pierre Audin : On trouve dans ce rapport beaucoup de mesures, d'actions assez symboliques pour arriver à cette question de l’apaisement des mémoires entre la France et l’Algérie. C’est un sujet très sensible où les gens qui étaient dans un camp où dans l’autre sont toujours à cran sur cette histoire. On trouve dans ce texte des préconisations comme l’entrée de Gisèle Halimi au Panthéon où une stèle à Amboise pour l’émir  Abdelkader (NDLR : chef religieux (1808-1883) et militaire algérien qui a mené la lutte contre la conquête coloniale française au milieu du XIXe siècle. Il a été enfermé par les Français dans le chateau d'Amboise).

Lire : Guerre d'Algérie : les principales propositions du rapport Stora

Ces symboles ne vont pas forcément être bien perçus par l’ensemble de la population. Beaucoup de gens ne savent pas qui est au Panthéon. Et malgré l'entrée de Gisèle Halimi, ils ne continueront pas à savoir qui y repose. On a des choses qui sont importantes sur le plan symbolique comme la vérité sur l'assassinat de l'avocat Ali Boumendjel (NDLR :  avocat et militant politique algérien, torturé et exécuté par les parachutistes de l'armée française en 1957) mais dans ce cas là, il faudrait aussi alors des milliers de préconisations car on ne connait pas la vérité sur la mort et la disparition de milliers de gens, Français ou Algériens.

Retrouver en intégralité l'entretien de Pierre Audin, par Pierre Desorgues et Guillaume Gouet :

Volume 90%

 

Lire aussi : France : le rapport Stora passé au crible par la presse algérienne


 Parmi ses propositions pour une "réconciliation des mémoires" entre Paris et Alger, l'historien français Benjamin Stora recommande la reconnaissance par la France de l'assassinat, maquillé en suicide, de l'avocat et dirigeant nationaliste Ali Boumendjel pendant la "bataille d'Alger" en 1957.

Parmi ses propositions pour une "réconciliation des mémoires" entre Paris et Alger, l'historien français Benjamin Stora recommande la reconnaissance par la France de l'assassinat, maquillé en suicide, de l'avocat et dirigeant nationaliste Ali Boumendjel pendant la "bataille d'Alger" en 1957.

DR

Le but du rapport est de vouloir réconcilier les mémoires algériennes et françaises. Mais n'est-ce pas une mission impossible ? Toutes ces mémoires (Pieds noirs, Harkis, anciens combattants de l’Indépendance..) sont contradictoires et conflictuelles.

Pierre Audin : Effectivement, beaucoup de mémoires sont contradictoires et la réconciliation franco-algérienne n'est pas aussi simple que celle qui a été imaginé par exemple entre la France et l'Allemagne. Mais il faut avancer, penser à l'avenir. Et cela ne peut être que rendu possible par un accès beaucoup plus libre des archives pour mieux appréhender quelles ont été les responsabilités des uns et des autres. Il faut trouver des coopérations scientifiques, universitaires, sportives... Cette coopération entre les deux pays doit passer par les peuples. Elle ne peut pas se résumer à un seul dialogue entre chefs d'Etats et de gouvernement.

Et pour permettre une telle coopération dans ce sens, il faut régler la question des visas. Pourquoi une telle complication sur cette question des visas entre les deux pays ? Les Français rendent les choses compliquées pour les Algériens. Et les Algériens, en retour, rendent les choses compliquées pour les Français. Il faut que ceux qui font du cinéma, du théâtre, de la culture puissent se rencontrer et échanger. Le rapport de Benjamin Stora préconise, il est vrai des facilités de visas pour les chercheurs, mais il faut aller au-delà. Le rapport demande à Alger d'entretenir les cimetières des Européens et des Juifs en Algérie. Mais pourquoi restaurer de tels lieux si les gens ne peuvent pas se rendre sur place, faute de visa ?

Pourquoi restaurer les cimetières juifs et européens en Algérie si les gens ne peuvent pas se rendre sur place, faute de visa ?Pierre Audin, fils de Maurice Audin

La présidence de la République française a clairement indiqué qu'il n'y aurait « ni repentance, ni excuses». L'Etat algérien demande des excuses à la France pour les crimes commis lors de la colonisation et lors de la guerre d'Algérie. La France doit-elle s'excuser ?

Pierre Audin : La repentance fait partie d'un vocabulaire religieux et ce n’est pas mon vocabulaire. En ce qui concerne les excuses, ce sont surtout ceux qui ont commis les exactions qui doivent s'excuser ou du moins ils auraient dû être poursuivis en justice pour ce qu’ils ont fait. Est-ce que le président français actuel doit faire des excuses au président algérien ? Ce qui est important, c'est la vérité. Ce qui est important, c'est par exemple la déclaration qu'a faite à ma mère Emmanuel Macron. Ce que l'on attendait de lui, c'est qu'il dise un certain nombre de choses, sur la mort de Maurice Audin.

Bien plus que des excuses à ma mère, la parole d’Emmanuel Macron a été importante lorsqu’il a affirmé qu’il existait bien un système de répression à Alger avec ses arrestations, sa torture, ses exécutions sommaires. L’objectif de cette répression n’était pas de déjouer des attentats mais bien de terroriser la population et d’empêcher les gens de rejoindre le combat de l’indépendance. Ce type de reconnaissance est bien plus important que des excuses.

Maurice Audin et la question des disparus

Maurice Audin était un membre du parti communiste algérien, partisan de l'indépendance de l'Algérie. Son arrestation par des soldats français a lieu le 11 juin 1957, lors de la bataille d'Alger. Il disparaît et meurt assassiné à une date inconnue. Son corps n'a jamais été retrouvé. La première reconnaissance officielle par la France de la mort en détention de Maurice Audin est faite en 2014. En 2018, le président Emmanuel Macron reconnaît officiellement les responsabilités de l'État français et de l'armée française dans son assassinat.


Maurice et son épouse Josette Audin à Alger en 1957. Le président français Emmanuel Macron a reconnu la responsabilité de la République française dans son assassinat.

Maurice et son épouse Josette Audin à Alger en 1957. Le président français Emmanuel Macron a reconnu la responsabilité de la République française dans son assassinat.

DR



Le cas de Maurice Audin n'est pas un cas isolé. Ils seraient des milliers, Algériens et Français, à avoir disparu. Le décompte semble impossible. En 1957, lors de la bataille d'Alger où les exécutions sommaires étaient légions, le secrétaire général de la préfecture de police, Paul Teitgen, a compté 3 024 disparus. Le rapport Benjamin Stora propose que Français et Algériens travaillent ensemble pour compter, identifier et exhumer les corps des disparus.

La  commission « Mémoires et vérité » que préconise Benjamin Stora dans son rapport aborde la question des disparus. L’idée est de localiser les sépultures, d’identifier les corps des disparus algériens et français. Votre père a été assassiné en 1957.  Son corps n’a jamais été retrouvé. Espérez-vous que l’on puisse un jour exhumer sa dépouille ?

Pierre Audin : On peut toujours espérer. J’espère que si cette commission est mise en place, elle ne servira pas à enterrer cette question des disparus. Pour que l’espoir devienne réalité, il faudrait que les deux pouvoirs, les deux chefs de l’Etat se mettent d’accord. Il faut que ceux qui savent où aller chercher, les Français, le disent aux Algériens, c’est-à-dire ceux qui vont creuser, chercher, déterrer. Le territoire est désormais algérien. Il faut des tests ADN pour identifier les victimes. C’est important pour les familles, notamment en Algérie. Mais cela demande une vraie collaboration entre les deux pays. Hélas, Khaled Drareni, correspondant de TV5MONDE en Algérie, est en prison parce que le chef de l’Etat algérien l’a dénoncé comme étant un espion au service des Français. Et la France n’a pas réagi. Ce n’est pas comme cela que nos peuples vont pouvoir travailler ensemble.

L’Algérie demande à la France de rendre les archives datant de la période coloniale (1830-1962). La France doit-elle donner ces archives à Alger ?

Pierre Audin : Le plus simple serait que les archives soient communes entre les deux pays. Il faudrait les numériser. Le problème de ces archives ne réside pas dans leur localisation mais bien dans la liberté d'accès à ses archives. Peut-on accéder à certaines archives en Algérie ? Peut-on y avoir accès en France ? Actuellement, le Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale, qui est une officine qui travaille auprès du premier ministre français, considère que la loi n’a pas à s’appliquer sur la question de l’accès aux archives. La loi de 2008 affirme que la liberté d’accès aux archives doit être la règle au bout de 50 ans. Le SGDNS a ce pouvoir de classifier des documents. Pour tout ce qui concerne l’Algérie, il faudrait déclassifier. Le pays est indépendant depuis plus de 50 ans. Les archives doivent être accessibles. Un étudiant ne va pas attendre 3 ans, 4 ans, 5 ans pour consulter un document. Et ce sont souvent les étudiants dans leurs travaux de thèses qui font avancer la recherche historique.
 

La reconnaissance par la France de la vérité est bien plus importante que celle des

Audin, fils de Maurice Audin

Un autre problème autour des archives est posé. En ce qui concerne la disparition mon père, les archives nationales ont livré ce qu’elles possédaient.  Mais de nombreux officier de l’armée française, des colonels notamment, ont des archives privées. Les héritiers doivent rendre publics ces archives et les donner aux archives nationales. Pour la grande majorité des disparus, on peut encore trouver de nombreuses choses dans des archives privées. Et il faudrait les donner aux archives nationales et espèrer qu'elles ne soient pas classifiées.

Le président Emmanuel Macron veut multiplier les gestes vers Alger. Peut-on espérer un apaisement sur ces questions entre l'Algérie et la France ?

Pierre Audin : Il faut travailler sur ce passé, reconnaître ce qui s'est passé et avancer. Et il faut mettre en avant des coopérations entre les deux pays et mettre de l'argent dans ces échanges. Je crois que ce qui va réellement apaiser les choses, c'est le temps. Le conflit mémoriel va peu à peu s'effacer.


Voir aussi : le rapport Stora mettra-t-il fin au tabou de la guerre d'Algérie ?
 

Volume 90%

 


Lire aussi : L'affaire Audin, à l'ombre de la France-Algérie


 

Pierre Desorgues

 

Mise à jour 23.01.2021 à 13:50

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https://information.tv5monde.com/afrique/guerre-d-algerie-pour-pierre-audin-la-verite-est-plus-importante-que-des-excuses-392723

L'ALGERIE ENTRE AU CONSEIL DE SECURITE DE L'ONU

 

Bonne nouvelle pour le monde libre...

Sunday, 07 February 2021 7:29 PM  [ Last Update: Sunday, 07 February 2021 7:29 PM ]

US Rep. Ilhan Omar (D-MN) (L) talks with Speaker of the House Nancy Pelosi (D-CA) during a rally with fellow Democrats before voting on H.R. 1, or the People Act, on the East Steps of the US Capitol on March 08, 2019 in Washington, DC. (AFP photo)

Une session du Conseil de sécurité de l'ONU. (Photo d'archives)

L’Union africaine (UA) a approuvé, jeudi 4 février, la candidature de l’Algérie au poste de membre non permanent au Conseil de sécurité de l’ONU pour la période 2024-2025, a indiqué le ministre des Affaires étrangères algérien, Sabri Boukadoum.
« Les travaux de la 38e session du Conseil exécutif de l’UA ont été clôturés par la validation de la candidature de l’Algérie au poste de membre non permanent du Conseil de sécurité de l’ONU pour la période 2024-2025 », a tweeté Boukadoum, rapporte l’APS.
Le Conseil exécutif a mis l’accent sur « l’impératif attachement aux principes fondateurs de l’UA », a ajouté Boukadoum dans son tweet, cité par Algérie Patriotique.

Algérie: Paris défend la guerre

Algérie : Paris défend la guerre

La France envisage des « actes symboliques » par rapport aux crimes commis à l’époque de la colonisation et de la guerre d’Algérie, mais annonce qu’il n’y aura « ni repentance ni excuses », a annoncé ce mercredi l’Élysée dans un communiqué.

Dans son intervention lors des travaux du Conseil exécutif de l’UA, Boukadoum a affirmé que « l’Algérie, fermement convaincue du principe de solidarité et du partage équitable des charges et soucieuse de la concrétisation des objectifs du continent africain, sur tous les plans, tient à s’acquitter, à temps, de ses contributions financières au budget de l’UA et au Fonds pour la paix », indique un communiqué du ministère des Affaires étrangères.

Lire aussi : Algérie : Paris minimise ses crimes

Cette session a été consacrée à l’examen d’une série de rapports, dont celui relatif à la mise en œuvre de la stratégie continentale commune de lutte contre la COVID-19 et d’exposés sur les activités de différents organes de l’UA au titre de l’exercice écoulé.
Le Conseil exécutif s’est également penché sur le progrès réalisé dans la mise en œuvre des réformes structurelles de l’UA.

Les AWACs US contre l'Algérie?

Les AWACs US contre l’Algérie ?

La 38e session du Conseil exécutif de l’UA a été tenue, rappelle-t-on, en préparation des travaux de la 34e session ordinaire du Sommet des chefs d’État et de gouvernement de l’UA, prévue les 6 et 7 février courant par visioconférence et placée sous le thème « Arts, culture et patrimoine : des leviers pour construire l’Afrique que nous voulons ».
Il sera procédé, lors du Sommet, à l’élection de nouveaux membres de nombre d’organes de l’organisation continentale, à leur tête les six commissaires du Conseil exécutif de l’UA.

Lire aussi: Le Maghreb « résistant » n’est pas une proie facile, les revers cuisants de l’axe Mossad/CIA

De même qu’il est prévu, lors de cette élection et, pour la première fois, la fusion des deux Départements affaires politiques (DAP) et Paix et Sécurité (DPS), le but étant de conférer plus de poids au poste de président du Conseil de paix et sécurité (CPS), de manière à permettre au commissaire de gérer les différends politiques et les questions relatives à l’instabilité dans le continent, telles que les protestations contre les résultats des élections, ajoute Algérie Patriotique.

https://french.presstv.com/Detail/2021/02/07/644768/Algerie-ONU-Conseil-de-securite-

ALGERIE : UNE PETITION EST LANCEE POUR DENONCER LA HONTEUSE PRECONISATION DE STORA DE CREER UNE STELE A L’EFFIGIE DU RESISTANT ABDELKADER EN FRANCE

L'émir Abdelkader, résistant algérien contre la colonisation française (1852)

Rapport Stora: le projet d’une stèle de l’émir Abdelkader en France ne passe pas en Algérie

© AFP 2020

AFRIQUE

14:58 05.02.2021URL courte

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Une pétition a été lancée pour dénoncer la préconisation de Benjamin Stora de construire une stèle à l’effigie d'Abdelkader en France. Ses initiateurs s’élèvent contre l’idée d’ériger une statue «sur la terre où il fut retenu en otage». La proposition est également condamnée par son arrière-petit-neveu et président de la fondation Émir Abdelkader.

Le rapport de Benjamin Stora sur les questions mémorielles portant sur la colonisation et la guerre d’Algérie commandé par le Président français Emmanuel Macron ne cesse de faire réagir, notamment en Algérie.

Cette fois-ci, c’est la recommandation de l’historien aux autorités françaises d’ériger une stèle à l’effigie de l’émir Abdelkader (1808-1883), résistant contre la conquête de l’Algérie par la France, qui soulève de vives critiques. Dans son chapitre «Préconisations», Benjamin Stora écrit: «La construction d’une stèle, à Amboise, montrant le portrait de l’émir Abdelkader, au moment du 60e anniversaire de l’indépendance de l’Algérie en 2022. Restitution de l’épée d’Abdelkader à l’Algérie.»

Cette proposition a fait réagir un groupe de citoyens et d’intellectuels algériens qui ont lancé, lundi 1er février, une pétition en ligne.

«Nous, signataires de cette pétition, nous nous élevons de la façon la plus ferme et la plus déterminée pour dénier à cet État de jouer encore avec la haute figure de notre émir. Nous demandons de la façon la plus énergique à notre propre État de se positionner clairement contre cette manœuvre néocoloniale et de peser de tout son poids pour refuser ce crime supplémentaire contre notre mémoire nationale», peut-on lire.

Otage

Les initiateurs de la pétition considèrent que la proposition de Benjamin Stora de construire cette stèle à Amboise, «terre où il fut retenu en otage», constitue un «détournement du nom et du prestige de l’émir Abdelkader par l’État français parjure».

Alger

© SPUTNIK . VLADIMIR PERVENTSEV

Françoise Vergès, politologue: «Le rapport Stora sert des objectifs macronistes»

 

«L’État français a parjuré l’armistice signé par le général Lamoricière et l’émir Abdelkader. Il a détourné le bateau censé le conduire en Palestine, sur la base de cet armistice, et l’a pris en otage avec sa famille et sa suite», rappellent-ils.

Mohamed Lamine Boutaleb, président national de la fondation Émir Abdelkader et arrière-petit-neveu du résistant algérien, fait partie des pétitionnaires. Contacté par Sputnik, il souhaite que cette initiative «reçoive le soutien et la signature du plus grand nombre de nos compatriotes» et qu’elle devienne «l’impulsion de campagnes de la mémoire et du souvenir des symboles, des héros et des dirigeants des longues résistances du peuple algérien».

«La fondation Émir Abdelkader s’oppose naturellement à cette proposition d’élever une statue à l’émir comme projet d’État. Elle s’oppose au détournement d’un de nos symboles nationaux les plus forts pour faire passer un projet de reconquête par la culture. Elle s’oppose encore plus à la distorsion des faits et de la réalité coloniale.»

«La fondation affirme la solidarité et la cohérence logique de toutes les oppositions à ce rapport. Elle salue et exprime sa gratitude aux réactions des historiens algériens et français qui ont opposé à ce rapport la rigueur d’un examen scientifique qui en a dévoilé les présupposés idéologiques», poursuit-il.

Reconquête par la culture

Mohamed Lamine Boutaleb se montre particulièrement critique envers l’enquête commandée par l’Élysée. Il estime que le projet d’État d’élever cette stèle à Amboise ne doit pas être isolé de l’ensemble des autres propositions.

Emmanuel Macron et Benjamin Stora

© AFP 2020 CHRISTIAN HARTMANN

Le rapport Stora vu d’Alger: un travail «francocentriste» destiné aux «algéronostalgiques»

«Cette atteinte à notre mémoire, cette variante "Stora" du récit colonial est la méthode la plus appropriée, celle de la reconquête par la culture», relève le président de la fondation en rejetant le principe de «mémoire partagée» mis en avant par l’historien originaire de Constantine.

 

«Ce rapport a une importante fonction politique interne en France même. Il présente une version "honorable" de la conduite coloniale pour anesthésier la vigilance des courants populaires français quant aux projets de reconquête en ces temps de crise aussi bien en direction de notre pays qu’envers ceux de la région. Il poursuit, dans des formes différentes et moins brutales, la thèse des "bienfaits" du colonialisme et du Discours de Dakar. Selon cette variante Stora, le colonialisme ne serait pas une "abomination"», ajoute Mohamed Lamine Boutaleb.   

Pour l’heure, les autorités algériennes n’ont pas réagi officiellement au contenu du texte rédigé par Benjamin Stora. Au mois de juillet 2020, le Président Abdelmadjid Tebboune avait désigné Abdelmadjid Chikhi, son conseiller chargé des archives et de la mémoire nationales, «pour mener le travail en cours avec l’État français sur les dossiers inhérents à la mémoire nationale et à la récupération des archives nationales». Celui-ci, qui occupe également le poste de directeur général du Centre national des archives algériennes, n’a pas encore rendu public son propre rapport.

https://fr.sputniknews.com/afrique/202102051045182078-rapport-stora-le-projet-dune-stele-de-lemir-abdelkader-en-france-ne-passe-pas-en-algerie/

GUERRE D’ALGERIE – FRANCOISE VERGES, POLITOLOGUE : « LE RAPPORT STORA SERT DES OBJECTIFS MACRONISTES »

Alger

Françoise Vergès, politologue: «Le rapport Stora sert des objectifs macronistes»

© Sputnik . Vladimir Perventsev

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18:47 02.02.2021(mis à jour 18:50 02.02.2021)URL courte

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Politologue et militante féministe, Françoise Vergès fait pour Sputnik une lecture critique du rapport sur les questions mémorielles portant sur la colonisation et la guerre rédigé par l’historien Benjamin Stora à la demande du Président de la République française. Elle estime que la démarche «révisionniste» sert des «objectifs macronistes».

Dans cette interview accordée à Sputnik, Françoise Vergès dresse un bilan particulièrement critique du travail réalisé par Benjamin Stora pour le compte du Président Emmanuel Macron. Selon elle, le rapport de l’historien originaire de Constantine vise à «pacifier et à neutraliser la dimension et les conséquences du passé colonial français en Algérie».

Françoise Vergès

© AFP 2020 FRANCOIS MORI

Françoise Vergès

La politologue et militante «féministe décoloniale» connaît parfaitement l’histoire coloniale de ce pays du Maghreb pour l’avoir étudiée, mais aussi pour avoir passé une partie de sa jeunesse à Alger, au sein du foyer de son oncle, Jacques Vergès, alors époux de la militante du FLN Djamila Bouhired. Ancienne présidente du Comité national pour la mémoire et l’histoire de l’esclavage (CNMHE), Françoise Vergès estime que la France officielle doit abandonner sa posture paternaliste pour parvenir à se décoloniser. Un entretien sans concession, dans la pure tradition des Vergès.

Sputnik: Vous dénoncez depuis des années l’histoire officielle, celle du «pouvoir français et de l’homme blanc». Le rapport de Benjamin Stora s’inscrit-il dans cette lignée?

Françoise Vergès: «Je dirais, avec tout le respect que j’ai pour Benjamin Stora, que son rapport s’inscrit dans la lignée d’un révisionnisme de l’histoire. Le pouvoir français n’en est plus au refoulement et au fait de dire "ça ne s’est pas passé". Son objectif est de pacifier et de neutraliser la dimension et les conséquences du passé colonial. Nous sommes face à une politique de pacification.»

Sputnik: Cette pacification permet-elle de minimiser les crimes coloniaux en Algérie?

Françoise Vergès: «Tout à fait. À la lecture du rapport, j’ai été frappée par le vocabulaire: mémoire enflammée, mémoire blessée… Et également par le fait de mettre sur le même plan les mémoires des colons, des Algériens et des nationalistes. Je reprends la phrase d’Aimée Césaire: "La colonisation est un crime." Il n’y a jamais d’échanges ni de rencontres dans la colonisation. Dès le départ, c’est le viol, le vol, la dépossession et l’exploitation. Et ça continue ensuite.

 

Emmanuel Macron et Benjamin Stora

© AFP 2020 CHRISTIAN HARTMANN

Le rapport Stora vu d’Alger: un travail «francocentriste» destiné aux «algéronostalgiques»

Lorsque l’on nous dit qu’il y avait des pieds-noirs pauvres, c’est un faux débat. La question n’est pas là. Cela ne justifie pas la colonisation, ni même le fait que des pieds-noirs aient choisi de rester en Algérie après l’indépendance du pays. Rien ne justifie la colonisation, absolument rien. Le phénomène a été une catastrophe pour l’Algérie, du début à la fin, en matière de développement, de culture, de pillage des ressources, de la santé des populations. La colonisation doit être condamnée, c’est tout.»

 

Sputnik: Le rapport de Benjamin Stora, historien originaire de Constantine en Algérie, est destiné à l’État français puisqu’il a été commandé par le Président de la République Emmanuel Macron. Pourquoi a-t-il fait autant réagir en Algérie?

Françoise Vergès: «Car il parle de l’Algérie et que certaines de ses recommandations sont adressées directement aux Algériens, notamment lorsqu’il évoque la question des harkis et celle des archives du FLN. Benjamin Stora cite également des dirigeants algériens. À ce propos, je relève qu’il n’y a pas un seul mot sur le Hirak: Stora aurait dû démontrer que le peuple algérien n’est pas dupe et qu’il ne croit pas au récit qu’on lui fournit depuis des années, qu’il est tout à fait capable de faire la différence. Le Hirak a établi l’incroyable maturité du peuple algérien. Celui-ci est parfaitement au courant de la corruption de ses gouvernants. Les Algériens se font arrêter et jeter en prison, ils sont pleinement conscients de la situation et ils disent que c’est la seconde révolution.

Il y a un côté paternaliste dans ce rapport et je pense que c’est ce qui a fait réagir. Dans ce document, on évoque ‘des exactions, des sujets sensibles, du ressentiment’ au lieu de parler clairement de crimes. Il n’y a aucune référence aux enfumades, aux villages déplacés, à la séparation des communautés, au napalm, à la torture... Depuis la conquête jusqu’à l’indépendance, les Algériens ont subi une succession de crimes. Il y a des faits. Au lieu de cela, Benjamin Stora nous a offert un récit édulcoré qui met en avant des amitiés entre les Algériens et les colons. Mais ces amitiés se sont nouées contre et non pas grâce à l’ordre colonial. Moi qui viens de La Réunion, je peux vous dire que l’ordre colonial français est pour la division. Les amitiés sont une forme de résistance. Ensuite, qui en France peut se permettre de faire la leçon aux Algériens?»

la manifestation contre la guerre en Algérie

© SPUTNIK

Commission mémorielle Algérie-France: l’historien Benjamin Stora «n’est pas le représentant de l’État français»

 

Sputnik: Pourquoi le Président Macron a-t-il fait porter la responsabilité du dossier colonial sur les épaules d’un seul homme?

Françoise Vergès: «Je ne sais pas pourquoi Benjamin Stora a accepté cette mission. Ce qui est sûr, c’est que nous sommes confrontés à des pièges. Je le sais pour avoir été membre du Comité national pour la mémoire et l’histoire de l’esclavage, même s’il est vrai que je n’étais pas seule. Les dirigeants français –Sarkozy, Hollande et Macron– veulent mettre sur le tapis ces sujets. À travers des missions et des annonces, ils arrivent à faire en sorte que le thème de la responsabilité de la France soit minimisé pour aboutir à une question de réconciliation. Pas une seule fois le mot réparation n’est prononcé. C’est systématique. Vous ne pouvez pas demander à une femme battue de se réconcilier avec son époux. C’est totalement asymétrique. La France est partie avec les archives de l’Algérie, ce qui est en réalité un vol. On nous dit que Paris a rendu les crânes des premiers résistants, alors que c’est le minimum! Nous en sommes à saluer des actes minimes.

La France a tellement refoulé son passé colonial que lorsqu’elle consent un petit geste, tout le monde doit trouver ça formidable. Je ne vais pas m’ébahir sur des choses évidentes. D’ailleurs, nous le constatons clairement dans la conclusion de ce rapport puisqu’il est écrit que l’Algérie est le premier client économique de la France en Afrique et que ce pays doit jouer le rôle de gendarme contre les migrants et contre les terroristes. Ce n’est pas le travail d’un historien de dire cela. Et c’est là que se révèle l’objectif réel de cette fameuse réconciliation: les intérêts économiques et politiques de la France doivent être préservés. Donc pour régler ces questions politiques, le pouvoir français crée ce genre de mission.»

Sputnik: Le fait de confier ces missions à des personnes comme Benjamin Stora, historien originaire de Constantine, pour le passé colonial ou encore à vous pour la question de l’esclavage permet-il de crédibiliser ces initiatives politiques?

Françoise Vergès: «Sans doute. Il est vrai que le Comité national pour la mémoire et l’histoire de l’esclavage a été créé sous Chirac, à l’époque il y avait encore certaines possibilités. Mais très rapidement, nous nous sommes aperçus de la volonté d’imposer des entraves. Personnellement, je n’en pouvais plus, je suis partie et aujourd’hui je suis critique. Jean-Marc Ayrault, l’ancien Premier ministre, actuel président de la Fondation pour la mémoire de l’esclavage, a récemment reconnu que l’enseignement sur l’esclavage a régressé dans les manuels scolaires. Nous n’avançons pas, nous reculons.

 

Gisèle Halimi

© AFP 2020 JACK GUEZ

Gisèle Halimi, «un modèle» pour les féministes algériennes

À titre d’exemple, le rapport préconise de faire entrer Gisèle Halimi au Panthéon, cela permettra de faire féministe et anticolonialiste. D’une pierre deux coups. Mais qui a envie d’aller au Panthéon? C’est un truc de réactionnaires, "aux grands hommes la patrie reconnaissante". Personne ne doit être au Panthéon, surtout pas nos héroïnes et nos héros. Et puis ces choix! Gisèle Halimi plutôt que d’autres. Les avocats qui ont défendu les militants du FLN étaient engagés dans une lutte collective. On essaie chaque fois de sortir une personne du collectif pour l’opposer aux autres. Gisèle n’était pas seule. D’ailleurs, j’ai constaté chez Benjamin Stora cette volonté de ne pas mettre les noms de ceux qui étaient plus radicaux que Gisèle Halimi. J’ai bien noté que Jacques Vergès n’a pas été nommé car il reste le diable, ou même encore les Algériens membres du collectif d’avocats [qui ont défendu les militants du FLN, ndlr]. Les porteurs de valises n’ont pas été cités non plus.

 

Et ceux qui ont le plus payé, ce sont les Algériennes et les Algériens. Encore une fois, ce sont des stratégies de neutralisation et de pacification.»

Sputnik: Dans ce rapport, Benjamin Stora prend des crimes commis par l’empire du Japon en Chine et en Corée pour argumenter à propos du rejet de la repentance. Pourquoi est-il allé chercher si loin une telle référence et peut-on comparer la France coloniale au Japon?

Françoise Vergès: «C’est un détour complètement artificiel. C’est une nouvelle manière de refouler l’histoire. Il y a trop de documents, de récits de l’époque et actuels sur les crimes commis durant les 132 années de colonisation de l’Algérie pour faire l’impasse sur le passé colonial français.

 

Macron: «J'appartiens à une génération qui n'est pas celle de la colonisation»

© SPUTNIK . BRUNO MARTY

Macron: «J'appartiens à une génération qui n'est pas celle de la colonisation»

On nous a sorti également l’argument selon lequel Emmanuel Macron n’appartenait pas à la génération qui a fait la guerre d’Algérie et qu’il n’avait donc aucune responsabilité dans ce qui s’est produit dans le passé. Cet argument est sordide. Le pouvoir actuel porte le poids car le racisme et les inégalités sont restés. Vous n’avez pas tué dans les Aurès et en Kabylie, mais vous êtes responsables du contrôle policier et des inégalités qui persistent. Nous le constatons clairement dans le commerce puisque la France continue à profiter de l’Algérie et d’une partie de l’Afrique.»

 

Sputnik: À propos de la repentance, le rédacteur du rapport écrit: «On sait que depuis plusieurs années, les autorités algériennes réclament des excuses.» Pourtant, officiellement, l’État algérien n’a jamais exigé d’excuses ou de repentance, mais plutôt une reconnaissance des crimes coloniaux commis de 1830 à 1962. Une telle reconnaissance est-elle envisageable ?

Françoise Vergès: «Aucun dirigeant algérien n’a parlé de repentance ou d’excuses. La repentance est un terme créé par l’extrême droite française. Dans les mouvements antiracistes et anticoloniaux, je n’ai jamais entendu parler de repentance. Je me repens devant Dieu, c’est tout. C’est un argument profondément malhonnête qui révèle le refus de reconnaître les crimes. La repentance est une affaire française. Dans ce rapport, il y a une confusion entre ce que la France doit faire pour elle-même et ce que l’Algérie doit faire. Il y a cette volonté d’imposer la règle du donnant-donnant. Faites votre travail et les Algériens feront le leur. La reconnaissance est difficilement envisageable car ce serait reconnaître que la République française, depuis sa création, a les mains trempées de sang.

La question profonde est que c’est la République qui a trempé dans l’histoire coloniale post-esclavagiste. Les conquêtes de l’Algérie, de Madagascar, de l’Indochine, du Maroc et de la Tunisie commencent du temps de Napoléon III, mais c’est la IIIe République qui a pris le relais. La IVe République, ce sont les massacres de Sétif et Guelma, Madagascar en 1945, les guerres en Indochine et au Cameroun ainsi que le début de la guerre d’Algérie. Cette même République qui prônait l’Égalité, la Fraternité et la Liberté. C’est ce qu’a démontré Aimé Césaire lorsqu’il a démissionné du parti communiste français en octobre 1956 pour montrer que le racisme est entré dans ses idéologies. La République française doit reconnaître qu’elle a été raciale, qu’elle a institué le code de l’indigénat, le travail obligatoire, l’expropriation des terres, les déportations, l’enrôlement forcé dans les armées coloniales et le recrutement de la main-d’œuvre pour reconstruire la France. Tout ceci doit être reconnu par la République car elle s’est bâtie sur un amas de cadavres. Bien sûr, il y a les Français qui ont fait honneur à la France, mais ils se sont opposés à leur propre État.

 

Chaque fois, on nous ressort les harkis, les événements d’Oran et aussi la guerre civile des années 1990 car cela prouve que les Algériens ont continué à s’entre-tuer. Il faut comprendre que ce sont des guerres et que des choses effroyables se sont produites. Vous en connaissez une guerre propre? La violence qui s’est abattue sur le peuple algérien a été terrible.»

Sputnik: Le rapport recommande de permettre aux harkis de revenir en Algérie. Pourtant, aucune loi algérienne n’interdit aux supplétifs de l’armée française d’entrer sur le territoire algérien. D’ailleurs, beaucoup sont restés ici en Algérie…

Françoise Vergès: «C’est encore une manipulation de l’histoire en présentant des éléments qui ne sont pas vrais, comme si l’Algérie interdisait le déplacement des harkis et de leurs enfants.D’abord, il faut rappeler que c’est la France qui s’est mal comportée avec les supplétifs puisqu’elle les a laissés "crever" dans des camps. Maintenant, on recommande à l’Algérie de compenser toutes les souffrances subies par ces personnes sur le sol français. Cette réparation doit être assurée par l’État français. Ce que je reproche à ce rapport, c’est de montrer les communautés de façon homogène: les harkis, les pieds-noirs, les Français, les Algériens… Lorsque l’on est historien, on doit faire attention à ne pas homogénéiser. D’ailleurs je suis contre la création d’un musée sur l’histoire de la France et de l’Algérie car ce sera un musée de l’euphémisme et de la neutralisation. Le rapport de Benjamin Stora sert des objectifs macronistes qui concluront qu’"il y a eu des excès des deux côtés".»

Sputnik: Cette prise d’initiative franco-française en matière d’écriture de l’histoire coloniale est-elle la cause d’une forme d’immobilisme de la partie algérienne?

Françoise Vergès: «La France profite du comportement de l’État algérien. C’est un peu ce que fait l’Occident, qui évite d’évoquer ses propres crimes en mettant en avant les dictatures et les gouvernements corrompus du continent africain. Il y a presque un anti-anticolonialisme qui s’est construit autour de cela: on reconnaît que la colonisation c’était mal, mais "regardez maintenant qu’ils ont été incapables de faire quelque chose de leur indépendance". Je n’excuse pas du tout les gouvernements algériens qui se sont succédé. Au-delà du colonialisme, il y a l’impérialisme qui continue. Il faut se poser des questions sur le rôle de l’Organisation mondiale du commerce, de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international dans le maintien des inégalités nord-sud. Lorsque l’on analyse une situation, il est nécessaire de prendre en considération tous les éléments du puzzle. Pour l’Algérie, nous sommes face à un système qui a confisqué la victoire du peuple avec un incroyable pouvoir de l’armée qui étouffe une jeunesse.

 

Tunis

© CC BY-SA 3.0 / JOSIEHEN / AVE HABIB BOURGUIBA, TUNIS

«Nous ne voulons pas de relations entre colonisateur et colonisé», lance un député tunisien à la Banque mondiale

Nous sommes d’accord sur cela. Mais il est important de critiquer un système néolibéral global qui encourage et maintient la corruption. Les relations étroites qui existent entre l’Occident et l’Arabie saoudite, qui est loin d’être un modèle de démocratie, en sont le meilleur exemple.»

 

Sputnik: Vous êtes originaire de l’île de La Réunion, territoire dont la France a pris possession en 1642 et qui est un département d’Outre-mer depuis 1946. Doit-on voir l’histoire de tous les territoires conquis par la France à travers le monde sous le prisme de la colonialité?

Françoise Vergès: «La France possède le second empire maritime au monde après les États-Unis d’Amérique grâce à toutes ses colonies dispersées à travers la planète. Le fait de dominer ces terres lui octroie un avantage scientifique puisqu’elle peut étudier la forêt amazonienne en Guyane ou encore la vulcanologie à La Réunion. Cette position lui accorde également des avantages géopolitiques, militaires, financiers et culturels. Ces terres appartiennent soit à l’empire colonial esclavagiste (Réunion,Guadeloupe, Martinique et Guyane), soit à l’empire post-esclavagiste (Nouvelle-Calédonie, Mayotte et les terres du Pacifique). Partout, quand vous lisez les rapports gouvernementaux, on fait état d’une inégalité raciale et de classe très forte. Il n’y a presque pas d’accès à la terre pour les autochtones. Le chômage est élevé, les jeunes n’ont pas d’avenir et le taux d’illettrisme est important, qui atteint les 21% à la Réunion. Le message du gouvernement français c’est: "L’avenir est ailleurs." Mais cette situation n’est pas nouvelle. Dès 1947, le gouvernement français déclarait qu’il n’y aurait pas de développement de ces colonies et que les deux seules solutions seraient la migration et le contrôle des naissances.

 

Explosion d'une bombe nucléaire (image d'illustration)

© SPUTNIK

Question mémorielle entre l’Algérie et la France: «Il faut du courage en politique», affirme Tebboune

Il y a aussi la problématique des tests nucléaires qui se sont poursuivis dans le Pacifique après avoir été arrêtés en Algérie. Les taux de leucémies sont impressionnants et les atolls se sont remplis de déchets nucléaires. On constate également un phénomène de recolonisation, avec l’arrivée de Français de métropole qui préfèrent profiter de leur retraite sous le soleil. Sur le plan commercial, les compagnies françaises réalisent toujours des bénéfices conséquents en important 70% à 80% des biens de consommation depuis la métropole. À titre indicatif, sur l’île de La Réunion, s’il n’y avait pas de livraison par cargo, la population ne pourrait survivre au-delà de dix jours. Tout a été cassé. La France a détruit les liens de ces territoires avec leurs régions. La Réunion ne commerce pratiquement pas avec Madagascar qui est tout proche. En Guyane, les habitants disent que le café du Brésil va d’abord en France avant d’être vendu chez eux. En Martinique et en Guadeloupe, au sein de l’administration, les directeurs de services sont des Blancs. Bien sûr, nous sommes dans la colonialité, même si le régime a changé. Les principes d’inégalité, d’exploitation, de non-développement, de racisme sont toujours là. La France ne s’est pas décolonisée. Nous sommes dans "l’effet retour" décrit par Aimé Césaire. Les ségrégations raciale, sociale et professionnelle sont des réalités. Le paternalisme est une forme de racisme.»

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