AHMED AKKACHE : LA RESISTANCE ALGERIENNE DE 1845 A 1945

  • Par
  • Le 03/01/2017
  • Commentaires (1)
  • Dans ALGERIE

RÉSISTANCE ALGÉRIENNE

AHMED AKKACHE LA RÉSISTANCE ALGÉRIENNE DE 1845 À 1945 (ESSAI), SNED, ALGER, 1972

31 DÉCEMBRE 2016

Rédigé par Polygone étoilé et publié depuis Overblog

 

Après la reddition de l’Emir Abdelkader, en 1847, et la défaite des principaux chefs de la résistance, Bou Maaza, Ben Salem et Ahmed Bey de Constantine, la conquête de l’Algérie semblait terminée. « La guerre sérieuse, comme disait Bugeaud, était finie ». Les généraux français pouvaient célébrer leur victoire.

Mai un an à peine après l’emprisonnement de l’Emir, le feu se rallumait aux quatre coins du pays, sous la direction de chefs nouveaux, souvent inconnus, sortis du peuple. La longue guerre de dix-sept ans qui venait de se terminer n’était en réalité que la première étape d’une lutte séculaire qui n’allait prendre fin qu’en 1962 dans les you-you victorieux et les chants de l’indépendance.

Il est sans doute peu d’exemples, dans l’histoire de l’humanité, d’une résistance aussi acharnée et d’une opposition aussi intransigeante à la domination étrangère. A peine l’incendie semblait-il éteint quelque part qu’il se rallumait ailleurs, encore plus violent. A peine un combattant était-il tombé qu’un autre se levait à sa place.

Que d’hommes valeureux, cachés sous l’anonymat émouvant de surnoms populaires : Bou Baghla, Bou Borma, Bou Choucha, ou abrités modestement derrière un nom prestigieux à force d’être simple : Si Ahmed, Si Kaddour, Boucif ou Arezki, ont préparé tout au long de la nuit coloniale, sans cesse illuminée de l’éclat des sabres et des lueurs fulgurantes des fusils, les chemins du 1et Novembre 1954.

Résistant pied à pied à la pénétration française défendant avec acharnement la moindre parcelle de leurs terres, s’insurgeant contre les spoliations, refusant les impôts écrasants et les corvées humiliantes, jamais ces combattants intrépides n’ont accepté de se soumettre. Ni la terreur militaire, ni les enfumades du Dahra, ni le massacres des prisonniers enchaînés d’Aïn Yagout, ni les têtes de combattants découpées et exposés aux yeux des foules, ni les atrocités permanentes qui constituent le plus clair de l’œuvre française de « pacification » n’ont pu avoir raison de leur volonté inébranlable.

Le peuple algérien peut être fier de cette épopée de plus d’n siècle. Des rives de la Méditerranée aux montagnes lointaines du Hoggar, des vertes cerisaies de Tlemcen aux collines fauves de N’gaous, des générations entières ont lutté et souffert pour la liberté et la justice.

On trouvera dans les pages qui suivent une brève énumération des principaux faits d’armes qui illustrèrent leur résistance héroïque, liste certainement très incomplète, mais que les jeunes chercheurs algériens, interrogeant scientifiquement les vestiges du passé, auront sans aucun dote à cœur de reconstituer bien mieux que ce modeste travail.

 

1848

 

Soulèvement de nombreuses tribus dans le Sud Oranais, les Aurès, et les Ziban. Au cours d’un combat près de Biskra, les Français perdent 30 tués et 105 blessés. Dans la région de Tlemcen les tribus Bni Snouss refusent de payer l’impôt et subissent une répression impitoyable.

Les habitants de l’Ouarsenis, du Titteri et du Dahra refusent également de payer et chassent les caïds qui leur sont imposés par les troupes françaises. Les M’zaïa, dans la région de Bougie font de même.

A Palestro un bataillon français est attaqué et son chef, le capitaine Castex, tué. Le caïd Ben Yahya, des Oulad Bellil et son goum de 14 cavaliers sont attaqués et tués par les Beni Yala.

 

1849

 

Les combattants de l’Oasis de Zaâtcha, dans les Ziban soutiennent un siège héroïque de plusieurs semaines. Ayant succombé sous le nombre ils sont littéralement exterminés par les troupes françaises.

Des scènes horribles ont lieu : les têtes des combattants sont coupées et exposées sur les remparts. Des femmes sont massacrées avec leur enfant au sein.

Après de violents combats le village de Nahra dans l’Aurès est complètement rasé par Canrobert, et tous ses habitants tués.

Bou-Saâda s’entoure de barricades et résiste avec l’appui des Oulad Ferradj et des autres tribus de la région.

Le refus de payer les contributions de guerre s’étend dans tous le pays, et les troupes françaises procèdent, après des accrochages sanglants, à l’enlèvement de troupeaux et de biens dans l’Ouarsenis, les Nementcha et le Dahra.

En Kabylie, on signale l’insurrection des Oulad Soltan et des Oulad Ameur, qui tuent leurs caïds.

Un nouveau chef de partisans, nommé Boucif, organise des incursions en territoire occupé. Après une mêlée sanglante, qui coûta plusieurs morts à l’ennemi, il est lui-même tué : sa tête, son cheval et ses armes sont envoyés à Alger.

 

1850

 

De nombreux caïds et cheikhs, installés par les forces d’occupation, sont attaqués et tués par les gens de leur tribus. On en signale plusieurs dizaines en divers points du pays, plus particulièrement en Kabylie chez les Beni Mellikeuch et les Beni Yala.

Des compagnons de l’Emir Abdelkader, réfugiés au Maroc, rentrent e Algérie et se livrent à de nombreuses incursions autour de Tlemcen, Marnia, Nedromah. Ils sont aidés par d’importants contingents des Beni Snassen, des Beni Drar et des Mezaouir. De nombreux accrochages ont lieu avec les troupes du général de Mac-Mahon.

 

 

 

LA REVOLTE DE BOU BAGHLA

 

 

Sous la conduite d’un chef des tribus Maatka, surnommé Bou Baghla, les montagnards du Djurdjura et des Babor opposent une résistance acharnée à l’armée française, qui entreprend une véritable guerre d’extermination pour la conquête de la Kabylie.

Chaque village se transforme en forteresse, et fait payer chèrement leurs atrocités aux occupants. Malgré le blocus, l’interdiction des marchés et la construction de nombreux postes militaires, la guerre fait rage pendant plusieurs années.

Dans sa correspondance, le maréchal de Saint Arnaud explique de la façon suivante les méthodes de pacification utilisées : « j’ai laissé sur mon passage un vaste incendie. Tous les villages, environ deux cents, ont été brûlés, tous les jardins saccagés, les oliviers coupés ».

Signalons durant la même année, d’importants combats dans le Guergour, marqués par l’héroïsme de la qalâa des Beni Abbas (57 tués et blessés chez les Français), à Djidjel (28 tués et blessés), dans la vallée de la Soummam, chez les Zouaoua du Djurdjura, etc…

Le Chérif Bou Baghla se montre un excellent homme de guerre. Habile, courageux, connaissant parfaitement la montagne, il organisa un mouvement de résistance tel que l’armée française dut mobiliser à certains moments près de 80.000 soldats pour en venir à bout. Non seulement le Maréchal de Saint -Arnaud, mais aussi le général Pélissier, le général Camou, le général Cuty furent envoyés successivement contre lui.

Mais rien n’empêchait l’armée des insurgés de recevoir constamment de nouveaux contingents des tribus de la région. Voici comment par exemple un officier français raconte le ralliement des Flissa à l’insurrection et les combats qui s’ensuivirent.

« Aïn Faci, le 15 octobre 1851.

« Ce que nous devions le plus craindre vient d’arriver. Les Flissa, au moins pour la plus grande majorité, viennent de passer au Chérif…

« Les nouvelles étaient bien vraies : entre 9 et 10 heures j’étais à Tizi-Ouzou, où l’on m’avait envoyé, quand j’entendis les obus et la fusillade.

Comme vous devez le supposer, j’arrivai bientôt sur le lieu du combat et j’aperçus Bou Bar’la avec son infanterie, sa cavalerie, et tout cela en ligne, à une lieue et demie du pied des montagnes.

« Le Chérif avait du monde, beaucoup de monde. Son intention était de passer chez les Flissa. On était sorti pour l’en empêcher, on ne fut pas en force pour le rejeter dans la montagne des Maatka. Aussi opéra-t-il son mouvement sous nos yeux, bannières déployées, musique en tête.

« …La fusillade entamée assez chaudement, employait presque un tiers de notre infanterie, y compris notre réserve, et nos escadrons n’étaient pas encore rentrés de Dellys. Les choses en étaient donc là, Bou Bar’la paradait devant nous depuis deux ou trois heures quand, tout à coup, nous l’avons vu remonter avec tout son monde vers les Maâtka. Je ne m’expliquais pas trop ce mouvement, quand j’ai reçu la nouvelle que M. le colonel Bourbaki, sans doute prévenu que nous avions Bou Bar’la sur les bras avec tout son monde, était entrain de brûler les Azids des Maâtka du côté de Bor’ni… ».

 

« Signé : Pechot »

 

C’est évidemment avec des méthodes de ce genre, destinées à affamer et à détruire les populations, que les troupes coloniales menaient la guerre. Quoi qu’il en soit on signale des combats successivement à Dra El Mizan, Bordj Menaiel, Tizi-Ouzou, dans l’Oued Isser, le Sebaou, et dans bien d’autres régions encore tout au long des années 1852 et 1853 ;

 

1852

 

Insurrection des Beni Drar et des Beni Snassen dans l’ouest Oranais. Violents combats contre les troupes du général de Montauban.

Insurrection des Harrakta dans l’est constantinois.

 

 

Ahmed Akkache La Résistance Algérienne de 1845 à 1945 (essai), SNED, Alger, 1972

 

http://ahmedakkache.over-blog.com/2016/12/ahmed-akkache-la-resistance-algerienne-de-1845-a-1945-essai-apres-la-reddition-de-l-emir-abdelkader-en-1847-et-la-defaite-des-princi


 

 

5 votes. Moyenne 2.80 sur 5.

Commentaires (1)

fatiha khedim
  • 1. fatiha khedim | 13/11/2019
quelles sont les arguments avncés par ahmed akkache ?

Ajouter un commentaire