ALGERIE - ARABIE SAOUDITE : UN RAPPROCHEMENT DICTE PAR LE PRAGMATISME ?

Algérie – Arabie saoudite : un rapprochement dicté par le pragmatisme ?

09:23  jeudi 2 février 2017 | Par Lina Kennouche | Actualité 

DANS UN CONTEXTE MARQUÉ PAR SON ENLISEMENT AU YÉMEN, LA CONCURRENCE FÉROCE EN AFRIQUE QUI MINE SES RELATIONS AVEC L’ÉGYPTE, ET LA CRAINTE D’UN RENFORCEMENT DES CONTRADICTIONS AVEC L’ALLIÉ STRATÉGIQUE AMÉRICAIN DEVENU IMPRÉVISIBLE DEPUIS L’ÉLECTION DE DONALD TRUMP, RIYAD CHERCHE À ÉVITER L’ISOLEMENT DIPLOMATIQUE. (CRÉDITS : DR)

La visite du vice-Premier ministre et ministre de l’Intérieur saoudien Mohamed Ben Nayef Ben Abdelaziz Al-Saoud début janvier à Alger a marqué un pas de plus dans le réchauffement des relations entre les deux pays alors que depuis deux ans la relation s’était fortement dégradée en raison de profondes divergences à l’Opep, d’une gestion offensive de Riyad sur le dossier syrien, et de l’intervention militaire au Yémen.

En mauvaise posture, l’Arabie saoudite a opéré un infléchissement politique vis-à-vis d’Alger. Dans un contexte marqué par son enlisement au Yémen, la concurrence féroce en Afrique qui mine ses relations avec l’Égypte et la crainte d’un renforcement des contradictions avec l’allié stratégique américain devenu imprévisible depuis l’élection de Donald Trump, Riyad cherche à éviter l’isolement diplomatique. 

Réticente depuis 2014 à la réduction de sa production pétrolière pour redresser les prix dans une conjoncture d’effondrement du cours des hydrocarbures, l’Arabie saoudite se résout finalement à réviser sa position et répond favorablement aux incitations d’Alger. Si l’Algérie n’est pas un poids lourd de l’Opep, elle a cependant déployé d’importants efforts diplomatiques qui ont abouti à un accord signé en décembre dernier entre les pays producteurs de pétrole avec comme objectif fixé une réduction globale de 1,8 million de barils par jour. 

L’Arabie saoudite a rigoureusement respecté cet accord. Elle a exprimé sa satisfaction le 22 janvier dernier lors d’une réunion de l’Opep. « Le respect (des accords) est excellent », s’est félicité le ministre saoudien de l’Énergie Khaled al-Falih, accordant ainsi ses violons avec Alger. 

Riyad semble par ailleurs sur le point d’accréditer la diplomatie algérienne afin qu’elle joue une médiation discrète pour une sortie acceptable du bourbier yéménite. Ce rapprochement intervient quelques mois seulement après les tensions qui ont opposé les deux pays sur le dossier syrien et le Hezbollah.

Tributaires du contexte géopolitique et qualifiées de pragmatiques, les relations algéro-saoudiennes connaissent des convergences ponctuelles mais n’ont jamais constitué une alliance stable pour des raisons historiques et stratégiques.

Si les impératifs du nouveau contexte sécuritaire régional ont amené l’Algérie à redynamiser sa politique régionale et endosser le rôle de médiateur dans les conflits, le principe de non-ingérence a toujours été le levier indispensable de sa diplomatie. Historiquement, l’État algérien est né de l’aspiration à l’indépendance et au développement économique et social. Tandis que l’Algérie nationalise en 1971 ses richesses et affirme sa souveraineté, l’Arabie saoudite depuis le pacte du Quincy, scellé en février 1945, n’a cessé d’être le pourvoyeur de ressources énergétiques des Américains en contrepartie d’une protection contre toute menace extérieure. 

Face au régime de Riyad, gardien du puritanisme religieux, cheville ouvrière de l’organisation de la conférence islamique en 1969 et exportateur de l’idéologie wahhabite pour battre en brèche le nationalisme arabe, l’Algérie répond en 1974 par la voix de son président que le recours à l’ordre moral islamique ne peut éviter le débat sur la question sociale. Lors du sommet de Lahore, Houari Boumédiene, défenseur du nationalisme arabe et de l’islam, déclare alors que « les expériences humaines dans bien des régions du monde ont démontré que les liens spirituels (…) n’ont pas pu résister aux coups de boutoir de la pauvreté et de l’ignorance pour la simple raison que les hommes ne veulent pas aller au Paradis le ventre creux. (…).  Les peuples qui ont faim ont besoin de pain, les peuples ignorants de savoir, les peuples malades d’hôpitaux ». 

Houari Boumédiène a toujours porté un regard circonspect sur l’Arabie saoudite, royaume très peu solidaire des autres pays arabes, non engagé sur le terrain de la cause palestinienne et peu coopératif sur la question du prix du pétrole. Si les relations algéro-saoudienne s’améliorent sous Chadli Benjedid, elles n’en demeurent pas moins très pragmatiques et essentiellement de nature économique.

L’Algérie a en effet toujours su se préserver des tentatives de déstabilisation  saoudienne, y compris dans le contexte de la guerre civile sanglante des années 1990. L’influence idéologique du wahhabisme sur la mouvance islamiste en Algérie est restée très réduite pour deux raisons principales : premièrement, la tradition musulmane en Algérie est historiquement anticoloniale et badissienne (Ibn Badis) et, par ce fait, elle renferme une dimension nationale très marquée. Deuxièmement, une composante importante de l’islamisme algérien est issue des frères musulmans, hostiles au wahhabisme. 

En dehors de quelques groupuscules armés se revendiquant du wahhabisme et composés de vétérans du djihad en Afghanistan, l’Arabie saoudite n’a pas pu jouer cette carte pour exercer une pression sur l’Algérie. 

Par ailleurs, en apportant un ferme soutien diplomatique et financier au Maroc, notamment à son annexion du Sahara occidental (aujourd’hui son principal partenaire dans la conquête des marchés économiques en Afrique), l’Arabie saoudite s’est inscrite en faux avec les orientations stratégiques de l’Algérie.

Néanmoins, sans former d’alliance stratégique, Alger et Riyad ont pu développer leurs relations économiques. La visite, en novembre dernier, du Premier ministre Abdelmalek Sellal en Arabie saoudite préfigurerait d’un « nouveau souffle » dans l’approfondissement et la diversification de la coopération économique entre les deux pays. 

Aujourd’hui, dans un contexte où la relation entre l’Arabie saoudite et l’Égypte a du plomb dans l’aile avec la concrétisation de la coopération saoudo-marocaine pour accroître leur influence en Afrique, Riyad pourrait mettre en sommeil ses divergences avec l’Algérie.

De son côté, Alger se heurte à l’opposition du Caire dans sa recherche d’une solution politique à la crise libyenne, élément clé de la stabilité dans la région, et pourrait avoir intérêt à neutraliser ses divergences avec Riyad. Encore une fois, cette loi historique des relations entre les États est confirmée : la politique ne connait pas de sentiments mais uniquement des intérêts. Le rapprochement algéro-saoudien n’y échappe pas.

http://www.tsa-algerie.com/20170202/algerie-arabie-saoudite-rapprochement-dicte-pragmatisme/

Transmis par Lina Kennouche



 

 

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