ALGERIE : DECES DE LAKHDAR BOUREGAA, HEROS DE L’INDEPENDANCE ET FIGURE DU « HIRAK »

Algérie: décès de Lakhdar Bouregaâ, héros de l'indépendance et figure du "Hirak"

Des personnes portent le cerceuil de Lakhdar Bouregaâ, héros de l'indépendance algérienne et figure de la contestation, dans la capitale Alger, le 5 novembre 2020
Des personnes portent le cerceuil de Lakhdar Bouregaâ, héros de l'indépendance algérienne et figure de la contestation, dans la capitale Alger, le 5 novembre 2020
afp.com - RYAD KRAMDI
 

Lakhdar Bouregaâ, vétéran très respecté de la Guerre d'indépendance contre la France et figure du soulèvement populaire du "Hirak", est décédé mercredi à l'âge de 87 ans, a annoncé son fils sur sa page Facebook.

"Lakhdar Bouregaâ est sous la protection d'Allah", a écrit mercredi soir Hani Bouregaâ.

Sa famille avait annoncé le 21 octobre qu'il était atteint du coronavirus. Sa femme a également été hospitalisée.

L'opposant a été inhumé jeudi au cimetière de Sidi Yahia, à Hydra, sur les hauteurs d'Alger, au milieu de centaines de personnes venues lui rendre hommage malgré les restrictions sur les rassemblements.

"Etat civil et non militaire!", "nous allons continuer le combat", scandait la foule, brandissant des drapeaux algériens, a constaté un photographe de l'AFP.

La télévision publique avait annoncé qu'il serait enterré au carré des martyrs du cimetière El Alia, où reposent les grandes figures de la guerre d'indépendance (1954-1962) et les ex-chefs d'Etat.

Sur les réseaux sociaux, de nombreux messages ont salué son parcours.

"Bouragaa nous a quittés. Il a donné sa vie pour sa patrie. Honorons-le en continuant son combat, en nous battant pour la liberté et pour une Algérie meilleure !", a écrit Ahmed sur Twitter.

"On retiendra de lui sa volonté à aller de l'avant, à transmettre le flambeau aux jeunes. Ils sont rares à être héros de l'indépendance et citoyens de l'Algérie moderne sans être figés dans le passé", a renchéri Ouamrane.

Dans un tweet, le Premier ministre Abdelaziz Djerad a salué "un combattant qui a défendu ses convictions pour le changement sa vie durant", première réaction d'un dirigeant algérien. Le président Abdelmadjid Tebboune, atteint du coronavirus, est hospitalisé depuis une semaine en Allemagne.

Le chef d'état-major, Saïd Chanegriha a présenté "en son nom et au nom de l'ensemble des personnels de l'Armée nationale populaire", ses condoléances à la famille, dans un communiqué.

Haut responsable de l'Armée de libération nationale, le commandant Bouregaâ avait été le chef de la zone 2 de la wilaya IV, couvrant l'algérois (nord), pendant le sanglant conflit contre la puissance coloniale française.

"La guerre de libération ne fut pas seulement le début d'une nouvelle vie, d'une nouvelle époque, mais un acte fondateur de ce que nous sommes, de ce que nous devions être, ce que nous n'aurions jamais dû cesser d'être: des hommes libres, des Algériens vivant librement dans un pays libre", avait écrit Bouregaâ dans ses mémoires.

Après l'indépendance, opposant au Front de libération national (FLN), parti unique, il avait été torturé et emprisonné de 1967 à 1975 sous la présidence de Houari Boumédiène.

Bouregaâ fut l'un des membres fondateurs du Front des forces socialistes (FFS), plus ancien parti d'opposition, en 1963.

- "Héros" -

Il avait été à nouveau jeté en prison du 30 juin 2019 au 2 janvier 2020 après s'être engagé aux côtés du "Hirak".

Bouregaâ avait été inculpé d'"outrage à corps constitué" et "de participation à une entreprise de démoralisation de l'armée ayant pour objet de nuire à la Défense nationale".

Il avait payé ses sévères critiques à l'encontre de l'ex-chef d'état-major de l'armée, le général Ahmed Gaïd Salah, qui apparaissait alors comme l'homme fort de l'Algérie après la démission le 2 avril 2019 du président Abdelaziz Bouteflika sous la pression du "Hirak". Le général Gaïd Salah est décédé le 23 décembre.

L'arrestation puis le placement en détention préventive de Bouregaâ -- considéré comme un "héros" -- avaient suscité l'indignation. Il participait régulièrement aux marches hebdomadaires du "Hirak".

Son portrait était brandi dans les cortèges et il était devenu un symbole des détenus d'opinion du "Hirak".

Ce mouvement inédit, pacifique et sans véritable leadership réclame depuis février 2019 un profond changement du "système" en place depuis l'indépendance en 196

 

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