CONTRE LE RACISME ET LA DISCRIMINATION, UN AN APRES

26 Novembre 2020

La pensée antiraciste du commandant en chef Fidel Castro, profondément inspirée de José Marti et d’Antonio Maceo, les contributions du général d'armée Raul Castro, et la tradition combative incarnée par l'avant-garde révolutionnaire et intellectuelle, constituent les points forts du programme mis en œuvre à Cuba, également soutenu par la Constitution et le Code pénal en vigueur

Auteur:  | pedro@granma.cu

25 novembre 2020 18:11:59

 

La vie que je vis, de Roberto Diago

Un an après son adoption par le Conseil des ministres en novembre 2019, le Programme national contre le racisme et la discrimination raciale a élaboré un plan pour faire face à un problème qui ne saurait être éradiqué que par la nature intégrale de ses propositions et la responsabilité partagée de tous les acteurs concernés.

Il convient de signaler en premier lieu la volonté politique des dirigeants du pays. La commission gouvernementale à la tête du programme est pilotée par le président de la République, Miguel Diaz-Canel Bermudez, avec la collaboration de 18 organismes de l'État et un nombre égal d'organisations de la société civile. Les ministères de la Culture, des Relations extérieures, des Sciences, de la Technologie et de l'Environnement, ainsi que l'Union des écrivains et artistes de Cuba, participent à la coordination directe des actions.

Tout aussi importantes sont les bases scientifiques et conceptuelles sur lesquelles le programme a été construit, à partir d'un diagnostic dont la version initiale a été soumise à l'analyse des membres de la commission.

Le diagnostic a pris en compte les contributions des Sciences sociales, d'abondantes informations statistiques provenant de diverses sources, de nombreuses observations d'organismes et d'organisations, ainsi que l'expérience et les critères de spécialistes, d'intellectuels et de militants.

Il a également intégré les preuves fournies par l'étude de la population cubaine entreprise par le Centre national de génétique médicale, qui démontre scientifiquement que, si ethniquement et culturellement nous sommes un peuple métis, quelle que soit la couleur de notre peau, la présence de gènes ancestraux européens, africains et amérindiens asiatiques dans notre génome est la preuve irréfutable que biologiquement nous sommes également des métis.

Il s'agit d'une vision globale et intégrale de problèmes qui touchent transversalement l'ensemble de la société cubaine et qui nécessitent des politiques publiques et des mesures spécifiques pour leur éradication définitive.

Le racisme, nous le savons bien, est une construction culturelle ancrée depuis très longtemps dans l'évolution de l'humanité. Il a été et reste un système d'idées qui prétend justifier l'exploitation et l'oppression d'un groupe humain par rapport à un autre.

À Cuba, comme aux États-Unis et dans d'autres pays du continent, l'utilisation forcée et brutale d’une main-d’œuvre esclave, arrachée à la force d'Afrique pour le démarrage économique des colonies, au profit des métropoles européennes et des oligarchies locales naissantes, devait nécessairement être soutenue sur des bases racistes : une couleur de peau sur une autre présupposait la dichotomie irrévocable et irréversible entre supériorité et infériorité, intelligence et incapacité, vertus et vices, beauté et laideur.

Mais à Cuba, à la différence des États-Unis, les bases structurelles et institutionnelles du racisme ont reçu un coup fatal avec le processus de transformations révolutionnaires à partir de 1959, qui s’est nourri de l'héritage antiraciste de Carlos Manuel de Céspedes, José Marti et Antonio Maceo – les pères fondateurs de notre voisin du Nord ne s’étaient pas posés la question de l’abolition l'esclavage –, d'intellectuels et de combattants sociaux – impossible de ne pas rappeler Juan Gualberto Gomez, Gustavo Urrutia, Nicolas Guillén et Fernando Ortiz – qui, au cours des six premières décennies du 20e siècle, se sont engagés dans des actions et des réflexions contre le racisme, ainsi que nombre de Cubains qui, au cours des différentes étapes des guerres de libération, y ont contribué sans que la couleur de leur peau ne soit une raison d’exclure.

Contrairement aux États-Unis, à Cuba, la nation se forge et se reconnaît, de par sa diversité d'origines, pour son caractère unique, en tant que construction culturelle.

La pensée antiraciste du commandant en chef Fidel Castro, profondément inspirée de José Marti et d’Antonio Maceo, les contributions du général d'armée Raul Castro, et la tradition combative incarnée par l'avant-garde révolutionnaire et intellectuelle, constituent les points forts du programme, également soutenu par la Constitution et le Code pénal en vigueur.

Cependant, Fidel lui-même, s'adressant au public réuni le 8 septembre 2000 lors d'un meeting de solidarité organisé à l'église Riverside, dans le quartier de Harlem à New York, a reconnu : « Je ne prétends pas présenter notre pays comme un modèle parfait d'égalité et de justice.Nous pensions au départ qu'en établissant l’égalité la plus absolue devant la Loi et l’intolérance absolue de toute manifestation de discrimination de genre, comme c'est le cas de la femme, ou raciale, comme c'est le cas des minorités ethniques, elles disparaîtraient de notre société. Il nous a fallu du temps pour découvrir, je vous le dis, que la marginalité, et avec elle la discrimination raciale, est en fait quelque chose que l’on n’élimine pas par une loi ou par dix lois, et même en 40 ans, nous ne sommes pas parvenus à l'éliminer complètement. »

Deux ans plus tôt, lors du 6e Congrès de l'Uneac, dans un dialogue avec plusieurs écrivains et artistes qui soulevèrent la question, Fidel l'aborda par ces mots : « Il semblait qu'en donnant des chances à tous et en ouvrant ces clubs aristocratiques à toute la population et l'accès aux plages et aux écoles, aux universités à tous, toutes les possibilités, nous parvenions à faire disparaître la discrimination. Mais nous avons compris que le problème est beaucoup plus grave. Nous pensions y compris qu’avec la disparition des classes, des exploiteurs et des riches, la véritable égalité des chances serait créée pour tous. Mais ensuite, nous nous sommes rendu compte que la discrimination était un problème social et culturel. »

Le diagnostic met en évidence les désavantages historiquement accumulés liés à la couleur de la peau : les points de départ des personnes noires ou brunes de peau pour réaliser leur projet de vie ont été différents et éloignés, dans la grande majorité des cas, de ceux des personnes à la peau blanche. De ces désavantages découlent des asymétries économiques et sociales, ainsi que des vulnérabilités mesurables et perceptibles dans la réalité cubaine actuelle, bien qu'elles nécessitent des enquêtes plus exhaustives, comme l'a conclu la session de la commission consacrée à l'examen de l'état des enquêtes sociales.

Parmi les facteurs subjectifs, on note une prise de conscience insuffisante du poids des préjugés et des perceptions déformées du véritable profil de l'ethnie cubaine, ainsi que des déficiences et des lacunes dans la systématisation et la cohérence de l'introduction de l'antiracisme comme valeur substantielle dans le travail politique et idéologique révolutionnaire, ce qui contribuera à la prise de conscience que les préjugés, les différences à motivation raciale sont totalement incompatibles avec le projet socialiste cubain. Ce n'est pas un hasard si, à l'heure actuelle, la question est analysée par les organismes responsables de l'éducation des générations actuelles et futures.

Avant la fin de 2020, le programme aura une expression territoriale dans les provinces du pays, et il est proposé d'avancer dans la mise en œuvre de la stratégie de communication adoptée. Ces deux tâches visent à la plus large socialisation et diffusion des objectifs du programme et de son application.

Comme référence pour le travail réalisé, mais plus encore pour tout ce qui reste à faire, on peut citer les paroles prononcées par le président Diaz-Canel lors du lancement du programme : « Tout le monde reconnaît que notre Révolution a sans doute été le processus social et politique qui a le plus contribué à l'élimination de la discrimination raciale, mais il reste encore quelques vestiges, qui ne sont pas dus à la politique dans notre société, mais sont plutôt ancrés dans la culture d'un groupe de personnes. Nous avons tout à fait le droit et la possibilité de faire quelque chose de cohérent, qui ait un impact, qui nous aidera à résoudre ces problèmes dans notre société et à montrer une fois de plus le niveau de justice et d'humanisme de la Révolution. »

PRÉCISIONS

- Le programme national contre le racisme et la discrimination raciale a été conçu pour combattre et éliminer définitivement les derniers vestiges du racisme, des préjugés raciaux et de la discrimination raciale.

Le programme comprend la lutte contre le régionalisme et la discrimination sur la base de l'origine ethnique et nationale, qui sont également des manifestations associées au racisme.

Conçu comme un programme gouvernemental, son suivi est intégré au système de travail du président Diaz-Canel. Une commission gouvernementale, dirigée par le président, a été mise en place pour coordonner les travaux.

Ses objectifs consistent notamment à identifier les causes qui encouragent les pratiques de discrimination raciale ; à diagnostiquer les actions possibles à développer par province, localité, branche de l'économie et société ; à diffuser l'héritage historique et culturel de l'Afrique, de nos peuples autochtones et autres peuples non blancs de peau dans le cadre de la diversité culturelle de Cuba et à encourager le débat public organisé sur le problème racial au sein des organisations politiques, de masse et sociales, ainsi que sa présence dans les médias.

source : http://fr.granma.cu/cuba/2020-11-25/contre-le-racisme-et-la-discrimination-un-an-apres

 

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