CUBA : CETTE REVOLUTION DE TITANS N’A PAS ETE FAITE POUR ACCOUCHER DES SOURIS

Cette Révolution de Titans n'a pas été faite pour accoucher des souris

Aux États-Unis, c'est un péché politique inacceptable que de mentionner la lutte des classes, d'où l'hérésie de Warren Buffet. Or, la lutte des classes, nous la voyons tous les jours dans les rues et dans les campagnes de ce pays, le reste est un divertissement pour les tribunes

Auteur: Ernesto Estévez Rams | internet@granma.cu

17 novembre 2020 11:11:07

Œuvre de Sandor Gonzalez Vilar

Les sociétés ne se polarisent pas sur le plan politique, la polarisation n’étant que le reflet de causes sous-jacentes. Trump n'a pas polarisé les États-Unis ; cette polarisation existe depuis qu’il est devenu évident, du fait d’une ambition oligophrénique, que ce système était incapable d’assurer le maintien de ce qu'il avait d'État providence. Couvant depuis bien longtemps, elle a pointé son nez durant la crise qui a ruiné Carter. La réponse de Reagan a été d'introduire le néolibéralisme dans son pays afin de briser les digues qui retenaient la soif effrénée de capitalisme. La polarisation que nous constatons est le résultat de l'incapacité de cette société à se soutenir en tant qu'empire, et donc à reproduire ses dynamiques de profit des entreprises, tout en maintenant un niveau de satisfaction acceptable pour sa population. Lorsque cette incapacité devient irréversible, les empires ont recours au fascisme qu'ils ont pratiqué pendant des décennies comme un exercice impérial dans les territoires d'outre-mer et d’outre-terre.

Du fait qu’ils ne résoudront pas ces causes sous-jacentes, la polarisation sera, tout au plus, réorientée, aussi longtemps que possible, de diverses manières, en contournant une position fasciste extrême. Il s’agit en fait du vieil et irréconciliable dilemme de la civilisation contre la barbarie. Le capitalisme n'est plus capable de satisfaire, pas même dans sa propre cathédrale. Les républicains et les démocrates auront beau brailler, les problèmes des États-Unis ne viennent pas d'agressions extérieures. Ce n'est ni la Chine, ni la Russie qui sont à l'origine de leur spectacle décadent et dangereux, ce n'est ni le Venezuela, ni Cuba.

Partout, les sous-fifres de la bourgeoisie, de manière explicite et implicite, se plaignent systématiquement des polarisations lorsque la classe qu'ils défendent se sent en danger ou qu’ils se voient perdre leurs privilèges dans la défaite. Un stratagème persistant qui consiste à ne placer que sur le plan politique ce qu'ils savent déterminé dans la sphère des relations de production. La polarisation sera inévitable tant qu'il y aura des exploités et des exploiteurs, car aucune réconciliation n’est possible entre eux. Les communistes ne sont pas les seuls à le dire, les bourgeois, dans des accès d'honnêteté occasionnels, ne se privent pas de le reconnaître.

En novembre 2006, dans une interview désormais célèbre pour le New York Times, Warren Buffett, l'un des bourgeois les plus riches de la planète, l’admettait : « Il y a une guerre de classes, c’est un fait, mais c'est ma classe, celle des riches, qui mène la guerre et qui est en train de la gagner. » Buffett n’aurait pas dû rendre la tâche aussi difficile aux scribouillards à genoux. Il faut voir comment ils s’efforcent de démontrer, derrière des montagnes d'euphémismes, que la polarisation est le fait d'individus extrémistes et dogmatiques, qui est leur façon de nommer les incorruptibles Jacobins. Derrière les solutions qu'ils nous proposent, se cachent toujours un traité de Zanjon. Nous, les révolutionnaires de l'extrême qui puisons dans nos racines, avons une proposition plus radicale : faisons que les exploiteurs disparaissent et les exploités disparaîtront. En d'autres termes, nous proposons un Baragua. [référence au lieu où Antonio Maceo refusa de signer le Pacte de capitulation qui mettait fin à la Guerre des 10 ans [1868-1878]

Le métier de scribouillard de bureau est aussi vieux que la société où quelques-uns s'appuient sur le travail des autres. Justifier un tel état de choses est le mécanisme de pouvoir le plus efficace. Homère, avouons-le, fut l'un d'entre eux. Nous venons de ces siècles où l’on nous a vendu l'agression contre Troie comme un fait héroïque, et son mercenaire le plus efficace comme un héros de légende. Depuis cette époque jusqu'à nos jours, l'exercice qui fabrique l’opinion publique surfe sur plusieurs vagues. Je n'en relèverai que deux : le traducteur du pouvoir de quelques-uns qui rend acceptable l'arbitraire de cette hégémonie, et ceux qui préfèrent devenir les porte-parole des opprimés, avec le coût que cela implique. L'erreur est possible et, en fait, se produit fréquemment dans les deux cas, mais dans le premier, elle est consubstantielle à l'immoralité de leur exercice.

Aux États-Unis, c'est un péché politique inacceptable que de mentionner la lutte des classes, d'où l'hérésie de Warren Buffett. Or, la lutte des classes, nous la voyons tous les jours dans les rues et dans les campagnes de ce pays, le reste est un divertissement pour les tribunes. La bourgeoisie est la classe qui n'aime pas être nommée par les autres, car, comme l'Église catholique au Moyen Âge, elle reconnaît le caractère subversif d’être nommée en marge d’elle-même.

Comme ils reconnaissent désormais que nommer est inévitable, leurs scribouillards de bureau se chargent d'enterrer les vérités en exagérant, qui est la seule façon pour eux d’exercer leur pouvoir, dans une pratique continue de fausse anthropologie de l'image, en tentant inutilement de dissimuler les geysers sociaux qui explosent de façon incontrôlée. Trump est l’ultime continuité d'une tentative de canaliser cette vapeur, résultat du système lui-même, à travers les canaux de la xénophobie, du racisme, du chauvinisme, tous des ingrédients du fascisme, désormais en mode de spectacle postmoderne. Ils tenteront de calmer cette vapeur par d'autres moyens, sans altérer les causes qui reposent dans la relation intacte entre exploiteurs et surexploités. C'est sur ce fond d'objectifs que les démocrates et les républicains sont identiques.

Lorsqu’à Cuba, les conspirateurs de l'indépendance commencèrent à prôner l'insurrection armée, certains s’exclamèrent qu’un tel objectif allait provoquer une polarisation criminelle de la société sur l'Île. Aujourd'hui encore certains scribouillards de bureau recyclent l'autonomisme en accusant l'option radicale et extrême de l'indépendance comme étant la cause première de nos polarisations actuelles. Ne soyons pas surpris, car nous avons déjà vu que l'exercice d'écrire à genoux était aussi vieux qu'Homère et, encore aujourd'hui, dans les films, certains célèbrent Achille comme un héros, pour faire des parallèles avec les mercenaires actuels : l'originalité de l’enfileur de mots se réduit à la recherche de nouvelles façons de faire passer la tromperie.

À Cuba, il y aura polarisation tant qu'il y aura un empire étasunien, car il ne s’agit pas de l'exacerbation artificielle des luttes par de méchants radicaux, mais du reflet inévitable d'une lutte qui remonte dans le temps, lorsque Marti déclarait Cuba fidèle à l'Amérique et barrage de la Rome moderne. Dans la polarisation étasunienne, personne au sein de la Révolution n'a fait campagne aux États-Unis pour un vote en faveur de Biden, personne au sein de la Révolution n'a fait campagne pour un vote contre Trump. Aucun révolutionnaire sur l'Île ne s'est porté volontaire pour la campagne électorale de l'un ou l'autre des candidats. Nous, fils de mambis, ne nous porterons jamais volontaires pour les puissances impériales.

Ceux qui signalent, soyons honnêtes, dans un exercice médiocre, le doigt de celui qui pointe ces vérités comme des poings, veulent nous faire prendre des vessies pour des lanternes, et nous vendre l'idée que des conciliations sont possibles entre l'empire et la Révolution. Elles ne le sont pas. Ce qui est possible, c'est une coexistence respectueuse des antagonistes, et toute occasion qui la fasse progresser sera la bienvenue, qu'il s'agisse d'Obama ou de Biden, ou de tout autre. La Révolution ne se définit pas par ses ennemis, elle se définit par sa vocation de justice. Bienvenue à tout président des États-Unis qui souhaiterait canaliser nos antagonismes sur la voie civilisée du respect, en partant de la reconnaissance de notre droit à l'existence.

Toutefois, cette possibilité de respect de la république impériale qui nous agresse sera possible dans la mesure où nous, les patriotes cubains, ne cèderons pas un pouce dans la défense de la souveraineté nationale, car face aux Achéens des temps modernes, il n'est possible de vaincre que par le biais d’une révolution des exploités. Prends garde Cuba de laisser entrer l'ennemi dissimulé dans des chevaux de bois, poussés par ses serviteurs maison, annonçant des hommages sibyllins.

Déterminés à accomplir des progrès décisifs dans les transformations qui seront une rupture dans la continuité, nous n'avons pas mis notre avenir en suspens dans l’attente du sort du gouvernement du Nord. Nous ne l'avons pas fait lorsque nous avons adopté une Constitution à une majorité écrasante qui décide chaque jour à partir de la Révolution et à ses côtés.

Nous ne l'avons pas fait lorsque, avec une rapidité croissante et sans nous arrêter pour nous poser la question de savoir qui gouverne dans la capitale impériale, nous avons approuvé des mesures, élaboré des plans, mené des batailles pour l'économie du pays, construit des consensus. Et les scribouillards de bureau, qui se heurtent à cette vérité, tentent de dissimuler, derrière l'absence de portail et de terrasse, la vitalité de la Révolution qui leur fait défaut. Il y a quelques jours, alors que le sort des élections étasuniennes était encore inconnu, notre président a déclaré que nous allions vaincre le blocus depuis Cuba, afin de garantir notre développement. Cette Révolution de Titans n'a pas été faite pour accoucher des souris. Bourgeois et sous-fifres, bien sûr qu’il y a une lutte des classes et nous, les opprimés, nous la gagnerons, n’ayez aucun doute à ce sujet.

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