CUBA : "LORSQUE J'AI APPRIS LA CHUTE DU REGIME DE BATISTA"

4 Janvier 2021

Fidel avait prédit que la caserne Moncada se rendrait à ses forces dans les premiers jours de janvier 1959. J'étais entré dans cette forteresse en 1953, en tant que prisonnier, avec d'autres compañeros avec lesquels nous avions attaqué la caserne. Fidel avait été conduit directement au bivouac de Santiago de Cuba

Auteur:  | internet@granma.cu

4 janvier 2021 10:01:37

 

Raul entre seul avec son escorte dans la caserne Moncada, et là, il parle au colonel Rego Rubido, chef de la place militaire de Santiago de Cuba. Photo: Granma Archive

Fidel avait prédit que la caserne Moncada se rendrait à ses forces dans les premiers jours de janvier 1959. J'étais entré dans cette forteresse en 1953, en tant que prisonnier, avec d'autres compañeros avec lesquels nous avions attaqué la caserne. Fidel avait été conduit directement au bivouac de Santiago de Cuba.

L'histoire s'est déroulée ainsi. J'étais à la centrale sucrière Soledad, aujourd'hui appelée El Salvador, lorsque j'ai appris la chute du régime de Batista. À l'époque, j'organisais, sur les instructions de Fidel, l'attaque de la ville de Guantanamo. Dès que les premières nouvelles en provenance de la République dominicaine sont tombées, je suis allé à la rencontre de Fidel et nous avons réussi à nous retrouver entre San Luis et Palma Soriano. Ensemble, nous sommes allés jusqu’aux contreforts des collines situées autour de Santiago de Cuba, dans le lieu connu sous le nom d'El Escandel. De là, un contact a été établi avec une représentation de la garnison de Santiago de Cuba, composée de quelque 5 000 hommes. Elle était dirigée par le chef de la place, le colonel Rego Rubido. Fidel a ordonné que tous ces officiers soient emmenés à El Escandel et, si je me souviens bien, je pense que Rego Rubido a proposé qu'un membre du commandement révolutionnaire s’adresse d'abord aux officiers, et je me suis proposé pour le faire.

Deux officiers de l'armée rebelle m’ont accompagné à Santiago de Cuba, où nous sommes arrivés au coucher du soleil. Le peuple était dans la rue. L'armée, bien que déjà vaincue, avait encore ses armes. Nous sommes entrés par la porte principale de la Moncada, la même porte par laquelle, en 1953, j’avais été conduit aux arrêts, sous les regards menaçants et les insultes des officiers et des soldats. Dans le bâtiment du quartier général, j'ai salué deux ou trois officiers de la guérilla du 3e Front qui se trouvaient déjà là et qui, par d'autres voies, sous les ordres du commandant René de los Santos, étaient arrivés à la Moncada avant moi.

Ils m'ont emmené au bureau du chef de régiment, où j'avais également été interrogé en 1953, à cette occasion par le général Diaz Tamayo. Là, dans le bureau, j'ai parlé aux officiers, debout sur le bureau de travail du chef du régiment. J'ai observé que sur le mur, à portée de mes mains, se trouvait un portrait du général Tabernilla, le chef de l'armée, et un autre de Batista.

Après m’être adressé aux officiers, et leur avoir communiqué la décision de Fidel que je devais les conduire à El Escandel pour qu’ils aient un entretien avec lui, j'ai arraché le portrait du général Tabernilla du mur et l'ai donné au colonel Rego Rubido, qui l'a pris avec indécision, ne sachant pas quoi en faire, ignorant quel était mon but. Immédiatement après, j'ai arraché le portrait de Batista, je l'ai levé au-dessus de ma tête devant les officiers, et j'ai crié : « Vive la Révolution ! », tout en jetant le portrait du tyran sur le sol. Tous les officiers de l'armée, de la marine et les principaux chefs de la police qui se trouvaient là également, se sont écriés à l'unisson : Vive la Révolution ! en réponse au mien. L'officier qui était à côté de moi sur le bureau avait encore la photo de Tabernilla dans les mains, il me regardait sans savoir quoi faire, et c'est alors que je lui ai demandé : "Que se passe-t-il, mon vieux ?" Il a compris, et il a aussi jeté au sol le portrait de son ancien général.

Immédiatement après les applaudissements, les officiers m'ont demandé de parler aussi aux troupes qui étaient en effervescence et sans aucune direction dans le polygone de la caserne Moncada. Je suis allé immédiatement sur le balcon. Je n'avais pas de micro. Après quelques applaudissements, le silence s’est fait, et j'ai commencé à parler.

Comme une faible rumeur, d'abord, pour devenir immédiatement une clameur, un peu comme un slogan général, ils scandaient : « Gerolan ! Gerolan ! Gerolan ! ». J'ai été surpris par ces cris et j'ai demandé à un officier de l'armée de Batista qui était à mes côtés ce qu'était le gerolan, et il m'a répondu qu’il l’ignorait; j’ai demandé à un autre, tandis que la revendication de gerolan se poursuivait au même rythme. Jusqu'à ce que, finalement, l’un des officiers s'approche de moi et me dise : « Commandant, le gerolan est le nom d'un médicament reconstituant pour les personnes âgées, et les soldats appellent cela la prime ou la gratification qu'ils recevaient quand ils étaient en campagne. » Cette revendication était due au fait qu’en réalité ils ne l’avaient pas touchée depuis des mois, car, tout simplement, certains officiers de l’état-major de ces troupes l’avaient volée. « Il y aura du gerolan pour tout le monde dès demain », leur ai-je dit, et les troupes ont applaudi mes paroles avec délire. J'ai enfin pu conclure mon message à l'armée qui s’était rendue.

Pendant que Raul regarde la mer au loin, il déclare :

—Messieurs, c'est une chose formidable de voir la chute d'un régime.

Note : Ce témoignage est publié dans le livre El pueblo cubano, de la collection La naturaleza y el hombre, d'Antonio Núñez Jiménez.

L'« HÉRITAGE » DU DICTATEUR BATISTA

Lorsque la Révolution a triomphé le 1er Janvier 1959, elle a trouvé un panorama désolant, qui nous plaçait parmi les pays les plus pauvres d'Amérique latine et du monde. C'est l' « héritage » laissé par le dictateur Batista.

LA TERRE

85 % des petits agriculteurs payaient un loyer et vivaient sous la menace perpétuelle de la dépossession de leurs parcelles.

LE TRAVAIL

En 1953, 51,5 % de la population en âge de travailler avait un emploi. Trois ans plus tard, la situation était pire.

LOGEMENT :

85% des maisons de paysans n'avaient pas l'eau courante.

90 % des maisons de paysans n'avaient pas l'électricité.

LA SANTÉ :

65 % des médecins se trouvaient dans la capitale, alors qu'elle ne comptait que 22 % de la population

En 1959, il y avait 2 026 infirmières

Le taux de mortalité infantile était de 60 enfants pour 1 000 naissances vivantes

62 % des lits d'hôpitaux se trouvaient à La Havane

L'espérance de vie à la naissance était de 58 ans.

8 % de la population rurale bénéficiait de soins médicaux gratuits.

- L'accès aux hôpitaux publics n'était possible que sur recommandation d'un magnat de la politique, qui exigeait que la personne vote pour lui et toute sa famille.

L'ÉDUCATION :

-45 % des enfants âgés de 6 à 14 ans n’étaient pas scolarisés. Dans les écoles publiques, sur cent enfants inscrits, seuls six atteignaient la fin de l’école primaire.

-500 000 enfants n’étaient pas scolarisés

-23,6 % de la population de plus de dix ans était analphabète et plus d'un million de personnes ne savaient ni lire ni écrire

- L'enseignement secondaire et supérieur était réservé à une minorité.

- Des dizaines de milliers d'enfants étaient contraints de travailler pour soulager la faim dans leurs foyers.

- L'enseignement secondaire ne concernait que la moitié de la population scolaire.

source : http://fr.granma.cu/cuba/2021-01-04/lorsque-jai-appris-la-chute-du-regime-de-batista

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