FRERE DOMINICAIN FREI BETTO : « LA CRISE EXISTE MAIS IL FAUT DEFENDRE CUBA »

tourtaux-jacques Par Le 22/07/2021 0

Dans CUBA

Frei Betto : “La crise existe mais il faut défendre Cuba”

Par Frei Betto et Claudia Fanti

Mondialisation.ca, 22 juillet 2021

ilmanifesto.it

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Peu de gens connaissent Cuba mieux que l’écrivain et théologien de la libération brésilien Frei Betto. Pendant quarante années, comme il le rappelle lui même dans son récent article sur les protestations qui ont eu lieu sur l’île, intitulé “Cuba résiste”, il s’est rendu dans le pays pour divers “engagements de travail et invitations”. “Je connais en détail la vie quotidienne cubaine, y compris les difficultés auxquelles la population fait face, les défis à la Révolution, les critiques des intellectuels et des artistes. J’ai visité des prisons, parlé avec les opposants, vécu avec des prêtres et des laïcs cubains hostiles au socialisme”.

 Pourtant, pour le frère dominicain, Cuba reste une source d’inspiration pour tous ceux qui “luttent pour un monde plus juste”. Car il est vrai, écrit-il, que celui qui est riche et va vivre à Cuba “connaîtra l’enfer”, ne pouvant pas se permettre tous les luxes auxquels il est habitué ni “exploiter le travail des autres”, et celui qui appartient à la classe moyenne “vivra le purgatoire”. Mais pour qui est pauvre, sans maison et sans terre, ce sera comme aller “au paradis” : nourriture, maison, travail, instruction et assistance sanitaire. Et c’est pour cela, nous dit-il, que Cuba mérite la solidarité des militants et militantes du monde entier.

As-tu été surpris par les manifestations contre le gouvernement ?

Cuba fait face, en ce moment, à une conjoncture extrêmement difficile. En plus de l’embargo, criminel et génocidaire, imposé par la Maison Blanche, exacerbé par les 243 nouvelles mesures restrictives adoptées par Trump et non encore révoquées par Biden, on enregistre un déclin de l’activité économique provoqué par la pandémie, surtout avec l’écroulement du tourisme qui était une des principales sources de revenus du pays. Pour autant, je considère comme normale l’insatisfaction d’une partie de la population, due surtout à la rareté de certains produits des habitudes alimentaires cubaines. Ce n’est pas un hasard si le président Diaz-Canel a été dans la rue dialoguer avec les manifestants, en reconnaissant que leurs revendications sont justes. Toutefois il a rejeté ceux qui, sous l’impulsion de la contre-révolution installée à Miami, visent la déstabilisation du pays, en craignant que Biden n’adopte la même politique de flexibilité de l’embargo qu’avait lancée Obama, lequel avait repris les relations diplomatiques entre les deux pays et favorisé l’amélioration du tourisme et du commerce.

Mais il ne semble pas que Biden ait pour le moment cette intention. L’acharnement des USA contre Cuba continue…

Les États-Unis ont toujours essayé de saboter la Révolution cubaine, que ce soit par l’embargo, qui dans les dernières soixante années a provoqué dans le pays un dommage de 144 milliards de dollars (dont 5 milliards durant la pandémie), ou par l’invasion ratée de la Baie des Cochons et les successifs attentats terroristes à l’intérieur et à l’extérieur de l’île. Le gouvernement a déjà fait la démonstration de l’existence d’agitateurs professionnels financés par les contre-révolutionnaires de Miami. Heureusement, cependant, malgré les difficultés, la majorité de la population reste ferme dans la défense du socialisme et de la souveraineté de Cuba.

Comment évalues-tu la situation économique actuelle de l’île ?

Cuba avait deux monnaies : le Cuc, le peso cubain convertible équivalent au dollar, qui était utilisé par les touristes, et le peso (Cup), utilisé par la population. 1 Cuc valait 24 pesos. Maintenant, avec l’unification des deux monnaies, on enregistre une croissance de l’inflation comme c’est arrivé en Europe quand toutes ses monnaies ont été unifiées autour de l’euro. Et cela, aggravé par la pandémie, et en considérant que Cuba importe plus de 60% des aliments qu’elle consomme, crée de nombreuses difficultés, surtout face aux obstacles que l’embargo impose aux importations et aux exportations de l’île. Et, pour finir, on assiste à une crise énergétique, qui frappe la production, les écoles et toute la population cubaine.

Penses-tu que la réponse du gouvernement aux protestations aurait dû être différente ? Le fait qu’il y ait eu un mort, en plus de nombreuses arrestations, n’a-t-il pas terni l’image du gouvernement ?

J’ignore les circonstances de cette mort mais je sais que la police a agi avec respect à l’égard des manifestants, en procédant à des arrestations seulement chez ceux qui ont commis des actes de vandalisme, par exemple en brisant les vitrines de magasins et en s’attaquant à des édifices publics. Rien à voir avec les répressions auxquelles on assiste dans les soit-disants démocraties de l’Amérique latine, comme au Brésil et comme dans de nombreux autres pays.

Que réponds-tu à ceux qui accusent Cuba de manquer de démocratie ?

Le changement par les élections ne fait pas en soi la démocratie. Le Brésil et l’Inde sont considérés comme des pays démocratiques, et pourtant ils sont un modèle de misère, d’exclusion et d’oppression. La Révolution, au contraire, assure les trois droits fondamentaux de l’être humain : nourriture, éducation et assistance sanitaire, outre la maison et du travail. Cuba, par ailleurs, est le seul pays latino-américain qui a réussi, grâce à son progrès scientifique, à créer deux vaccins contre le Covid : Soberana 2 et Abdala, nom tiré d’un livre de José Marti où le jeune Abdala part à la guerre pour défendre sa patrie. Abdala présente 92,28% d’efficience en trois doses. D’ici août, 70% des 11 millions d’habitants de l’île seront vaccinés. Les États-Unis enregistrent 1.724 morts par millions d’habitants contre les 47 seulement de Cuba.

Tu as écrit que la résilience du peuple cubain, nourrie d’exemples comme Marti, Che Guevara et Fidel, s’est démontrée invincible. La Révolution y arrivera-t-elle cette fois aussi ?

Vivre dans un pays socialiste est comme vivre dans ces micros sociétés socialistes que constituent des couvents et monastères, où je vis. Il faut penser, en premier lieu, à la collectivité. Ce qui n’est pas facile. Alors il est normal qu’il y ait des gens qui placent leurs intérêts individuels au-dessus de ceux de la communauté, en gravitant dans l’orbite du rêve américain. Et c’est là que, dans le cas de Cuba, intervient la contre-révolution financée par les États-Unis, dont les initiatives et les millionnaires n’ont jamais accepté, jusqu’à présent, d’avoir perdu leurs propres bien avec le succès de la Révolution. Tous ceux qui luttent pour un monde plus juste doivent exprimer leur solidarité à l’égard peuple cubain.

Claudia Fanti

Édition de mardi 20 juillet 2021 d’il manifesto

https://ilmanifesto.it/frei-betto-la-crisi-ce-ma-cuba-va-difesa/

Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio

La source originale de cet article est ilmanifesto.it

Copyright © Frei Betto et Claudia Fantiilmanifesto.it, 2021

https://www.mondialisation.ca/frei-betto-la-crise-existe-mais-il-faut-defendre-cuba/5658529

 
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