INCURSION PARMI LES COMPLOTISTES CUBAINS DISSIDENTS DU 15 NOVEMBRE : DECORTIQUER LE GROUPE FACEBOOK ARCHIPIELAGO

tourtaux-jacques Par Le 18/11/2021 0

Dans CUBA

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Incursion parmi les complotistes cubains dissidents du 15 novembre: décortiquer le groupe Facebook Archipiélago

Par Arnold August

Mondialisation.ca, 15 novembre 2021

The Canadian Files 14 novembre 2021

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Préambule paru dans The Canada Files (publié en anglais le 9 novembre, 2021) — The Canada Files a la chance de compter parmi ses chroniqueurs Arnold August, reconnu depuis 1997 comme l’un des plus importants experts anglophones non cubains au sujet des débats entourant les systèmes politiques et culturels de Cuba. M. August a obtenu l’accès au groupe Facebook Archipiélago, dirigé par des dissidents cubains. Grâce à sa maîtrise de l’espagnol, il a pu sonder en profondeur le contenu du site, divulguant des publications étonnantes accompagnées d’analyses originales publiées en version inédite anglaise. Ce contenu est désormais également disponible en français.

 

 

Le présent article se répartit comme suit :

·       Pacifiques?

·       Des exilés « pacifiques » basés à Miami?

·       Une version cubaine des barricades violentes au Venezuela?

·       Faire retentir le 15 novembre à l’échelle internationale

·       L’archipiélagisme et l’annexionnisme peuvent-ils se réclamer du « gauchisme »?

·       Qu’en est-il de la gauche en Amérique du Nord?

·       15 novembre : qu’en pensent les Cubains de la base à l’heure actuelle?

Les 10 et 11 juillet 2021, des manifestations pour un changement de régime du type « révolution de couleur » ont eu lieu dans plusieurs villes de Cuba, faisant parfois place à la violence. Ces manifestations étaient principalement motivées par des messages pro-étatsuniens relayés dans les médias sociaux. Certains citoyens cubains y ont participé pour des raisons légitimes dans le contexte du système actuel, et non contre celui-ci. Depuis lors, les mêmes forces, opérant sous une nouvelle bannière et un groupe Facebook privé créé il y a deux mois sous le nom d’« Archipiélago », se rassemblent pour une deuxième série de manifestations qui auront lieu le 15 novembre. Pour en savoir davantage, j’ai demandé à devenir membre de ce groupe et — à mon propre étonnement — ma requête a été acceptée.

Pacifiques?

Plusieurs éléments en ressortent. Malgré ce que professent ses membres, Archipiélago est loin d’être une organisation pacifique. Ce groupe Facebook de prétendus « pacifistes » n’hésite pas à mettre en évidence une émeute où un véhicule a été renversé.

De façon encore plus explicite, ils demandent (voir ci-dessous) : « S’il n’est pas permis d’exiger la justice par la violence, pourquoi peut-on s’en servir pour établir “l’ordre”? »   [traduction] Pour peu, s’agit‑il d’une justification à peine voilée de l’usage de la violence?

Par ailleurs, la publication suivante appelle à « une marche mensuelle pacifique, et si le peuple n’a pas de répit, la dictature n’en aura pas non plus ».  [traduction]

L’incitation à la désobéissance est évidente, tout comme il est évident qu’ils attisent la haine, notamment lorsque ce membre du groupe plaide dans un commentaire : « Attendre un mois, c’est trop long; mieux vaut une semaine, car ils mourront plus rapidement ».  [traduction]

L’incitation à la simple violence individuelle cède même le pas à une volonté collective de politique génocidaire. En écho à la menace états-unienne de sanctionner Cuba si le gouvernement cubain s’immisçait dans la marche prévue le 15 novembre, Archipiélago fait monter la tension d’un cran en demandant que « les sanctions ne se limitent pas à des individus insignifiants », c’est‑à‑dire en appelant à plus de sanctions « contre le régime ».   [traduction] Cela reviendrait à punir davantage le peuple cubain par un renforcement drastique du blocus de l’administration Biden par rapport à celle de Trump.

Il faut rappeler ici le fondement génocidaire du blocus états-unien contre Cuba selon le mémorandum de 1960 du sous-secrétaire d’État adjoint aux affaires interaméricaines (Mallory) à l’intention du secrétaire d’État adjoint aux affaires interaméricaines (Rubottom) : « refuser l’argent et les fournitures à Cuba pour diminuer les salaires monétaires et réels, et pour provoquer la faim, le désespoir et le renversement du gouvernement. »  [traduction]

Des exilés « pacifiques » basés à Miami?

Au cours d’une édition spéciale de la populaire émission de télévision cubaine Mesa Redonda, le chef du département idéologique du Comité central du Parti communiste de Cuba, Rogelio Polanco Fuentes, a rendu public l’enregistrement d’une conversation téléphonique entre Ramón Saúl Sánchez et le coordinateur d’Archipiélago, Yunior García Aguilera.

Qui est Ramón Saúl Sánchez? Voici une liste très abrégée de ses activités terroristes :

« Né en 1954 à Cuba, il est parti vivre aux États-Unis à l’âge de 13 ans.

Plusieurs rapports déclassifiés du FBI soulignent le danger que représente ce terroriste. On peut lire dans l’un de ceux-ci que Ramón Saúl Sánchez Rizo a été arrêté en décembre 1980 à la frontière canado-états-unienne avec d’autres auteurs présumés d’un attentant à la bombe perpétré quelques heures plus tôt au consulat de Cuba à Montréal.

Un autre rapport du FBI de 1982 évoque une tentative d’attentat contre l’ambassadeur cubain auprès de l’ONU, où l’on aurait fait exploser une bombe dans sa voiture : “Ramón Saúl Sánchez avait fabriqué la bombe télécommandée, avec l’aide d’autres membres du groupe Omega‑7.” Le FBI a fini par considérer ce groupe comme “l’organisation terroriste la plus dangereuse des États-Unis”.

En 1984, Ramón Saúl a été condamné à une peine de quatre ans d’emprisonnement pour avoir refusé de se présenter devant un grand jury nord-américain à New York, qui tentait de faire la lumière sur les activités d’Omega‑7.

Il a été l’un des protagonistes du naufrage des bateaux de pêche près des Bahamas, blessant deux pêcheurs. Il a également été parmi les partisans de l’enlèvement de personnes au Venezuela, au Mexique et aux États-Unis.

Ramón Saúl est le chef de l’organisation terroriste Jóvenes de la Estrella, un groupe avec lequel il a perpétré un attentat à la dynamite à l’aéroport de Miami, le 17 octobre 1975.

Il est commandant en second de la CORU, un groupe qui a mené plus de 90 attaques terroristes contre des installations cubaines dans différents pays, y compris sur le territoire états-unien, dont la plus notable demeure l’explosion de l’avion de Cubana de Aviación au‑dessus de la Barbade, qui avait fait 73 morts.

Il a été un élément très actif parmi les promoteurs de la collecte de fonds pour aider Luis Posada Carriles et les autres terroristes arrêtés au Panama pour avoir planifié un attentat contre le président cubain (Fidel Castro) pendant le Xe Sommet ibéro-américain. »  [traduction]

Voici la transcription complète de la conversation entre Ramón Sánchez (RS) et Yunior García (YG) (à partir d’une traduction initiale de l’espagnol vers l’anglais).

RS : Yunior ?

YG : Oui?

RS : C’est Ramón Saúl, comment allez-vous?

YG : Salut, comment vas-tu, Ramón? Je ne sais pas si tu as vu l’annonce que nous avons faite pour avancer le rendez-vous au 15.

RS : Au sein du Movimiento Democracia et du Movimiento de Opositores por una Nueva República, nous sommes entièrement d’accord avec les affirmations d’Archipiélago, avec vos déclarations. Nous sommes donc avec vous. J’ai une question : pensez-vous qu’il serait utile ou plutôt contre-productif de faire briller les lumières de la liberté au large de Cuba ce jour-là?

YG : C’est compliqué, je crois que ça mérite réflexion. Je suis d’accord pour dire que nous avons besoin du soutien de toute la communauté des exilés, où qu’ils soient.

RS : Nous vous appuyons sans réserve. Nous avons une grande admiration pour vous et Otero Alcántara [un autre dissident vedette]. Nous avons un très bon accès aux médias. Donc, transmettez-nous tout ce que vous voulez rendre public, et nous nous occuperons de faire passer le mot. Sinon n’hésitez pas à nous dire comment nous pourrions vous être utiles autrement. Je suis fier de pouvoir soutenir ce que vous faites.  [nous soulignons]  [traduction]

Yunior García a été forcé de réagir à la fuite de cette conversation téléphonique. Dans une entrevue en espagnol accordée à un média dissident, 14yMedio, il s’est plaint qu’il y avait « des parties manquantes de la conversation », sans dire toutefois ce qu’il manquait (d’après la version anglaise). Cependant, il n’a pas nié la partie la plus importante de la conversation enregistrée, à savoir son affirmation voulant que ses partisans avaient « besoin du soutien de toute la communauté des exilés ». De plus, Archipiélago prend effectivement position en faveur d’une collaboration inconditionnelle avec la communauté des exilés, en affirmant dans la publication ci‑dessous : « Quand les exilés contribuent à la cause, ce n’est pas du mercenariat, nous sommes tous des Cubains : ils font partie de la même nation et ont le droit de contribuer à la cause. »  [traduction]

Une version cubaine des barricades violentes au Venezuela?

Dans sa présentation à l’émission Mesa Redonda, Rogelio Polanco fait référence à « son expérience personnelle au Venezuela, un pays où il a été fonctionnaire diplomatique ». À ce titre, il rappelle qu’on avait installé ces fameuses guarimbas [barricades] en 2013, en 2014 et en 2017. Il s’agissait d’actions violentes menées par des représentants des secteurs d’opposition au Venezuela en vue de renverser le gouvernement bolivarien. Ces initiatives avaient causé d’importants dommages socioéconomiques et humains. (Ci-dessous, une scène des guarimbas au Venezuela, que l’Archipiélago cubain publie comme un « modèle ».)

M. Polanco poursuit :

« Il existe un rapport de l’État vénézuélien publié en septembre 2020 sous le titre La vérité du Venezuela contre l’infamie : données et témoignages d’un pays en état de siège. Ce rapport comporte des éléments en lien avec les actions que l’on veut mener dans notre pays. On y indique que le nombre total de morts lors des manifestations violentes de février 2014 s’élevait à 43 personnes, tandis que lors des manifestations d’avril à juillet 2017, le ministère public a enregistré 121 morts et 1958 blessés. Néanmoins, en ce qui concerne les manifestations de 2014, le secrétaire d’État des États-Unis de l’époque, John Kerry, avait publié une déclaration dans laquelle il affirmait que “les manifestations étaient pacifiques” et avait accusé le gouvernement vénézuélien d’affronter par la force les manifestants pacifiques. »

« Selon le rapport, un examen détaillé des événements révèle que la plupart des manifestations provoquées et promues par les dirigeants de l’opposition entre avril et juillet 2017 ont été réalisées en violation de la législation nationale et internationale en vigueur. Ces manifestations ont donné lieu à des actions d’une extrême violence où des armes à feu, des cocktails Molotov, des mortiers et des armes artisanales ont été utilisées, et où l’on a eu recours à des barricades, à des pièges mortels sur les voies publiques, en plus de dommages causés à des institutions, des écoles et des centres de santé, et d’assiéger des installations militaires et policières. Dans l’histoire récente du pays, trois pratiques sans précédent ont été observées, soit : incendier des personnes désignées comme des partisans du gouvernement; utiliser des enfants et des adolescents pour préparer des bombes incendiaires, garder des barricades et attaquer les forces de sécurité; recourir à la violence extrême conjointement avec des symboles religieux et patriotiques. »  [traduction]

Parmi les bénéficiaires du financement bien connu de la subversion d’État par la National Endowment for Democracy (NED) et l’USAID, M. Polanco explique que l’on retrouve notamment le CADAL (Centre pour l’ouverture et le développement de l’Amérique latine), qui est une organisation émanant de l’Amérique latine. Ce groupe fait partie d’un vaste réseau d’organisations non gouvernementales mises à contribution par les États-Unis pour canaliser le financement de leurs opérateurs politiques par l’entremise de la NED et de l’USAID. Les liens entre les États-Unis et leurs opérateurs politiques à Cuba sont patents.

Il révèle que deux citoyens cubains font partie des généreux bénéficiaires des fonds de ces organisations états-uniennes, soit Manuel Cuesta Morúa et Yunior García Aguilera, signataires des documents remis aux autorités cubaines pour les défilés prévus dans différentes villes du pays. Tous deux, explique M. Polanco, se sont rendus en Argentine, en 2018, pour participer à un événement soutenu par le CADAL poussant à la subversion à Cuba par les forces armées (une chimère s’il en est).

M. Polanco dénonce le fait que le CADAL et son directeur, Gabriel Salvia, ont soutenu très activement les provocations ayant mené aux manifestations prévues le 15 novembre à Cuba.

« En 2019, Cuesta Morúa et García Aguilera ont poursuivi leurs préparatifs dans le cadre d’un atelier parrainé par le campus Madrid de l’Universidad San Luis. Ils y ont reçu les enseignements de Richard Youngs, un expert des manifestations publiques comme vecteur de changement politique. »  [traduction]

M. Youngs souligne d’ailleurs que les émeutes représentent une voie de plus en plus privilégiée pour les gens ordinaires afin d’obtenir des transformations sociales, politiques et économiques. « Les manifestants doivent prendre des décisions difficiles : se désengager de la politique ou lancer de nouveaux types de campagnes civiques? Grossir les rangs des partis politiques existants ou s’éloigner complètement de la politique dominante? »  [traduction]

« Le fonctionnaire [Rogelio Polanco] souligne également — non sans s’en inquiéter — que les médias ont l’intention de présenter ces événements comme des manifestations pacifiques. “Certains ici commencent à chercher des méthodes de lutte prétendument non violentes et sollicitent des conseils pour mener certaines de ces actions à Cuba.” »

Au cours des manifestations du 11 juillet, nous avons assisté de fait à la genèse de ce que les États-Unis et leurs alliés aimeraient voir se produire partout à Cuba et de manière durable. Ainsi, une émeute a éclaté à Cárdenas, où des pierres et des projectiles ont été lancés, une voiture renversée et des pillages perpétrés, alors que les médias ont persisté à présenter la situation comme des « manifestations pacifiques » tout en ne manquant pas de souligner la « répression » du gouvernement cubain.

Le terme pacifique est bel et bien à l’honneur dans le discours visant à tenir Cuba responsable de la mise en échec des éléments violents de juillet. D’autant, à l’approche du 15 novembre, ce n’est pas par hasard que la presse de Miami publicise le renversement d’une voiture à Cárdenas, le 11 juillet : les médias grand public savent très bien que l’érection de barricades et la militarisation d’objets tels que des voitures constituent un ingrédient clé pour déstabiliser l’État, engendrer le chaos et faire des blessés et même des morts, comme cela s’est produit au Venezuela. On se plaît ainsi à rapporter qu’une « grande foule de personnes a renversé une voiture lors d’une manifestation ».  [traduction]

Il ne fait aucun doute que Yunior García Aguilera est un agent des États-Unis, qui joue le rôle pour lequel il a été formé par ces derniers. Voici d’autres renseignements publiés le 1er novembre.

Ce jour-là, le Dr Vázquez González, un Cubain qui a été l’« agent Fernando » des organes de sécurité de l’État cubain pendant plus de 25 ans, s’est présenté en public après avoir infiltré les groupes contre-révolutionnaires.

Le Dr Vázquez González confirme les affirmations de M. Polanco concernant les réunions à l’étranger auxquelles l’« agent Fernando » a participé avec Yunior García, son collaborateur Manuel Cuesta Morúa et d’autres personnes, dont deux généraux de l’armée non cubaine. L’« agent Fernando » a révélé des photos et des vidéos comme preuve irréfutable de la collaboration directe de Yunior Garcìa avec les États-Unis pendant plusieurs années. L’« agent Fernando » indique que le dramaturge Yunior García intègre parfaitement le rôle de promoteur du défilé provocateur du 15 novembre. Dans une nouvelle vidéo, l’« agent Fernando » s’explique en ces termes :

« La stratégie n’est pas nouvelle, puisque Yunior García Aguilera tente de rééditer un événement d’il y a trois décennies lorsqu’à une date similaire, le dramaturge Václav Havel, défenseur des visées hégémoniques de l’administration états-unienne, s’adressait au public à Prague, capitale de ce qui était alors la Tchécoslovaquie. Dans la nuit du 26 novembre de l’année dernière [2020], avant de comparaître devant le ministère de la Culture, Yunior Garcìa a publié sur son mur Facebook la question suivante : “Cuba, et que devons‑nous faire maintenant?”, [qui est similaire à] la déclaration de Havel lors des manifestations de Prague : “Il faut faire quelque chose.” Le 27 novembre 2020, Yunior Garcìa est apparu comme un agent du changement, un rôle que répètent les États‑Unis dans les révolutions de couleur. »  [traduction]

Le Dr Vázquez González ajoute que ce que l’on recherche en somme, c’est de « provoquer le chaos et la désobéissance sociale afin que les organisations internationales appliquent des sanctions, ce qui conduirait ensuite à une intervention militaire et à l’imposition d’un gouvernement de rechange dans notre pays. »  [traduction]

Voyez plutôt la publication d’Archipiélago ci-dessous : « Le communisme est tombé à Prague. Il doit en être de même à Cuba! »  [traduction]

Vaclav Havel saluant une foule immense sur la place Wenceslao, à Prague, le 10 décembre 1989.

Dans son éditorial du 15 octobre, le Washington Post fait le récit général des manifestations « pacifiques » à Cuba, sous le titre « Opinion : Cuba’s peaceful opposition mounts a comeback » [Opinion : recrudescence du mouvement d’opposition pacifique à Cuba]. Peu importe ce qui se passera le 15 novembre, le scénario est déjà arrêté : les « manifestants » seront les victimes tandis que le gouvernement sera fautif. Il n’en demeure pas moins que les expressions en vogue telles que « manifestations pacifiques » ou « manifestations en faveur de la démocratie » restent totalement arbitraires, au gré des objectifs des États-Unis et de leurs alliés.

Où que ce soit dans le monde, dès qu’un mouvement s’oppose à un gouvernement qui n’est pas du goût des États-Unis, il devient de facto un « mouvement pro-démocratie », ce qui suffit à justifier tous les moyens utilisés par ses protagonistes. En revanche, tout mouvement qui se porte à la défense d’un « gouvernement anti-étatsunien » est qualifié de « terroriste » ou d’« extrémiste ». Cette fausse dichotomie trouve son exemple le plus flagrant aux États-Unis même : on aura beau manifester par millions aux États-Unis pour dénoncer l’antidémocratisme et le racisme de l’État états-unien, jamais on ne parlera de « mouvements prodémocratie ».

Il importe donc que tous soient conscients du phénomène, et ne se laissent pas berner par le mantra cacophonique des « manifestations pacifiques » qui — quoi qu’il advienne — sera accolé aux événements du 15 novembre et à leur suite.

Faire retentir le 15 novembre au niveau international

L’un des principaux ingrédients des efforts de déstabilisation déployés par Archipiélago est d’internationaliser le mouvement de protestation. Les membres tiennent un tableau régulièrement mis à jour indiquant où sont prévues les marches pro-15 novembre à l’extérieur de Cuba. Ceux-ci sont presque tous situés en Amérique du Nord et en Europe, où se trouvent les exilés cubains.

Le plan de match est désormais le suivant : tabler sur le 11 juillet pour créer un mélange caustique d’incidents locaux à Cuba, qui pourront être amplifiés à l’extérieur du pays à l’aide des mots‑clics #15NovCuba et #15Nov (que les partisans du gouvernement cubain peuvent aussi s’approprier, soit dit en passant, pour attirer l’attention tout en dénonçant les forces contre‑révolutionnaires).

La contre-révolution mise sur de nombreuses années d’expérience et sur des relations à Cuba, aux États-Unis et ailleurs. À titre d’exemple, l’un des acteurs clés du mouvement, Manuel Cuesta Morúa, est l’un des proches collaborateurs de Yunior Garcìa. Il faisait partie d’un groupe restreint de dissidents qui ont rencontré le président de l’époque, Barack Obama, lors de son voyage à Cuba en mars 2016. Sur la photo, M. Cuesta Morúa est assis à la gauche du président Obama.

 En l’occurrence, l’une des spécialités de M. Cuesta Morúa est d’amplifier le mouvement du 15 novembre auprès de la presse contre-révolutionnaire de Miami, qui soutient les activités terroristes de tout acabit. Ainsi, il retransmet ici un gazouillis publié pour remercier ADN Cuba (soit l’un des principaux organes de presse contre-révolutionnaires basés aux États-Unis et financés par ceux-ci) d’avoir donné de la visibilité au travail d’Archipiélago et aux manifestations du 15 novembre.

Voici la note de remerciement retweetée par M. Cuesta Morúa à CubaNet, une initiative financée par l’USAID, un autre média basé aux États-Unis qui sert de porte-voix au défilé du 15 novembre :

En l’occurrence, l’une des spécialités de M. Cuesta Morúa est d’amplifier le mouvement du 15 novembre auprès de la presse contre-révolutionnaire de Miami, qui soutient les activités terroristes de tout acabit. Ainsi, il retransmet ici un gazouillis publié pour remercier ADN Cuba (soit l’un des principaux organes de presse contre-révolutionnaires basés aux États-Unis et financés par ceux-ci) d’avoir donné de la visibilité au travail d’Archipiélago et aux manifestations du 15 novembre.

L’archipiélagisme et l’annexionnisme peuvent-ils se réclamer du « gauchisme »?

Formés avec le CADAL en Argentine et en Espagne, M. Cuesta Morúa et ses collaborateurs ont appris une autre stratégie importante : la nécessité de ne pas présenter leur mouvement comme étant ouvertement de droite, mais plutôt de pseudo-gauche. Croyez-le ou non : il a même repris le slogan populaire #DefundThePolice utilisé dans certains pays capitalistes occidentaux pour l’appliquer à la soi-disant violence de la police cubaine.

Pour le lecteur qui pourrait néanmoins penser qu’on exagère en prétendant que la contre‑révolution tente de se déguiser en faction « de gauche », voici une publication d’Archipiélago inspirée de la célèbre déclaration de Fidel Castro, qui disait que « la révolution, c’est changer tout ce qui doit être changé. »  [traduction]

À part les mots « La révolution, c’est… », Fidel Castro y est cité presque textuellement. On aurait tort de prendre la chose à la légère : après tout, M. Cuesta Morúa et Yunior Garcìa ont probablement été formés à utiliser des phrases à consonance « gauchiste » pour recruter au sein de sections de la société cubaine, en particulier des intellectuels.

Malheureusement, certains intellectuels et artistes « pro-Cuba » à Cuba utilisent eux aussi cette phrase de Fidel Castro pour promouvoir leur interprétation du changement, comme des réformes capitalistes, un système multipartite et une politique cubaine plus « ouverte » à l’égard des États‑Unis, comme si l’impasse qui dure depuis des décennies entre Cuba et les États‑Unis était la faute des États-Unis autant que de Cuba. On dirait bien que ces éléments se rallient déjà à la révolution de couleur, indirectement, puisqu’on s’arroge les « deux côtés » des événements : s’opposer à la violence de la révolution de couleur, mais aussi à celle du gouvernement cubain.

Pour une analyse très précise de la manière dont ces intellectuels opèrent à Cuba et à l’étranger, il faut voir la présentation vidéo sur Cuba donnée dans le cadre d’un récent webinaire du Geopolitical Economy Research Group, par le blogueur révolutionnaire cubain Iroel Sánchez (avec sous-titres en anglais). Cette vidéo d’une quinzaine de minutes sur YouTube vaut la peine d’être visionnée dans son intégralité, car Iroel Sánchez ne fait pas partie de ces Cubains « incontournables » dont sont friands les médias grand public et les universitaires. Le segment où il traite précisément de ces intellectuels se situe de 5:03 à 5:15 au compteur (en anglais et en espagnol).

En scrutant les pages du groupe Facebook Archipiélago, on y remarque aussi, par exemple, des citations de gauche de Martin Luther King prises hors contexte. Au surplus, son principal porte-parole, Yunior Garcìa, a déclaré dans une entrevue au Miami Herald : « J’en appelle à la gauche mondiale — qui est habituellement complice et qui, malheureusement, se comporte habituellement de manière hypocrite — à leur dire qu’il n’y a rien de tel qu’une dictature de gauche ou de droite, qu’il n’y a pas de bonnes ou de mauvaises dictatures. Il y a juste des dictatures tout court, et nous devons nous opposer à toutes. »  [traduction]

Pourquoi Yunior Garcìa n’hésite-t-il pas à faire appel à la gauche? Peut-on penser ici, comme le veut l’adage, qu’il n’y a pas de fumée sans feu, c’est-à-dire que certains membres de la gauche — pas seulement à l’étranger, mais aussi à Cuba — sympathisent avec le mouvement Archipiélago? C’est un fait, et nous avons vu précédemment que des intellectuels cubains dans l’île ont des affinités certaines avec la révolution de couleur. Cependant, comment peut-on se prétendre « progressiste » et « de gauche » tout en fréquentant ceux dont le programme politique est favorable à l’annexion de Cuba par les États-Unis?

Il faut analyser un pays pour ce qu’il est. En ce qui concerne Cuba, l’idée qu’être de gauche ou, plus précisément, qu’être communiste, procommuniste ou respectueux de l’héritage de Fidel Castro est bien ancrée chez la majorité de la population, mais pas toute, et ce, depuis le début des années 1960. Peu importe qu’Archipiélago crie des slogans anticommunistes, brandisse des pancartes « À bas la dictature » ou insulte grossièrement les dirigeants passés et présents, la majorité des Cubains s’en fichent éperdument. Au contraire, tout cela les pousse à apprécier encore plus fermement cette perspective idéologique et politique qu’ils considèrent comme essentielle à la sauvegarde de la précieuse souveraineté, du patriotisme et de la dignité de Cuba.

Les chiffres et les faits parlent d’eux-mêmes : voici à titre d’exemple les résultats obtenus lors du vote du référendum constitutionnel de 2019, qui comportait une clause pour sauvegarder l’objectif ultime du communisme (sur l’insistance de la base) :

Ainsi, plus de 86 % des votants ont penché en faveur de leur système économique ou politique dit « communiste ». Cette proportion corrobore ma propre expérience de vie à Cuba pendant de longues périodes depuis 1997 : la grande majorité de la population, mais pas la totalité, soutient le système cubain et travaille pour celui-ci. Même si Archipiélagio ne saurait l’admettre, cette situation est bien réelle, si bien qu’ils sont parfois contraints d’attaquer le système par la « gauche », comme le fait Yunior Garcìa ci-dessus, et Cuesta Morúa avec son mot-clic #DefundThePolice.

Bref, est-il exagéré de déduire, à partir des pages d’Archipiélago et de l’entrevue accordée par Yunior Garcìa au Miami Herald, qu’ils utilisent une rhétorique de gauche pour dissimuler leurs objectifs pro-étatsuniens de changement de régime? Tout porte à croire qu’il n’y a là aucune invention, mais les lecteurs pourront en tirer leurs propres conclusions : le 30 octobre (la veille de l’Halloween, comme il se doit), dans une autre tentative d’expliquer sa conversation téléphonique avec le terroriste Ramón Saúl, Yunior Garcìa s’est déguisé en véritable « gauchiste incendiaire ».

Dans l’enregistrement ci-dessus, tel un caméléon, il déclare être contre l’idée d’envisager le « capitalisme sauvage » pour Cuba. Du même souffle, il affirme qu’il n’y a « pas de socialisme » à Cuba, mais plutôt un « capitalisme d’État primitif et féroce ». Pour rendre son discours encore plus acceptable pour une partie de la gauche à Cuba et à l’étranger, il prétend avoir signé une pétition adressée au président Biden pour demander la levée du blocus. [Notes prises par l’auteur de ces lignes à partir de l’enregistrement d’El Toque, puis traduites d’abord en anglais.]

Cette révélation n’est pas très impressionnante. D’abord, dans l’entretien avec le Miami Herald cité plus haut, il déclare qu’« ils se plaignent toujours du “blocus” », en référence à l’embargo états-unien, et qu’« il n’y a pas de pire blocus que le blocus interne imposé à chaque citoyen cubain dans ce pays ».  [traduction] Ensuite, comme nous l’avons vu précédemment, Archipiélago a fait paraître une publication pour demander au président Biden d’intensifier les sanctions du blocus.

Pour ajouter à ses « références de gauche », Yunior Garcìa dit dans le même enregistrement être « contre l’apartheid ». D’accord, mais où? Dans l’État raciste états-unien? En Israël peut-être? Non, à Cuba, où il évoque un « apartheid idéologique » qui interdit de penser en dehors de l’idéologie officielle. [Notes prises par l’auteur de ces lignes à partir de la même entrevue audio avec El Toque, soit l’un des principaux médias subversifs et, peu s’en faut, pleinement impliqué dans les manifestions du 15 novembre, comme on peut le voir ci-dessous où il fait la promotion d’Archipiélago et de ses protagonistes, comme Yunior Garcìa.]

El Toque est basé aux Pays-Bas avec l’objectif avoué de cibler les pays où « la liberté d’expression est limitée ».  [traduction]

El Toque présente fièrement les visages d’Archipiélago dans la portion de droite de la publication :

Et alors qu’il est de plus en plus difficile de faire avaler cette prétendue « gauche » aux gens de Cuba, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays, devinez qui vient à la rescousse de Yunior Garcìa pour lui fournir des références de « gauche »? Le correspondant de CNN à La Havane, qui n’a pas hésité à le consacrer « dramaturge de gauche », le 4 novembre dernier. Et ce n’est pas tout : dans le reportage dont le fil est basé sur une entrevue avec Yunior Garcìa dans sa maison, on peut apercevoir ce dernier devant sa bibliothèque où trônent les deux volumes de l’ouvrage de Fidel Castro, The Strategic Counter Offensive, qui expose la lutte épique dans la Sierra Maestra ayant mené à la victoire du 1er janvier.

Or, en parcourant le site du groupe Facebook Archipiélago de Yunior Garcìa, on constate que l’une des caractéristiques les plus récurrentes du Yunior « de gauche » tient au mépris et à la haine totale qu’il entretient pour Fidel Castro, qui s’accompagnent de caricatures et de photos parmi les plus insultantes, surpassant tout ce que l’on peut voir même dans la presse extrémiste anti-Castro de Miami.

La posture du Yunior « ni de gauche ni de droite » (on parle aussi de « fin de l’idéologie ») est particulièrement minoritaire au sein de la culture politique cubaine. Elle ressurgit à chaque tournant important de l’histoire cubaine depuis quelques décennies. Mon article de 2017 intitulé « La fin de l’idéologie à Cuba? » à propos de cette controverse demeure plus pertinent que jamais. J’écrivais alors : « Objectivement, cette prétendue neutralité face aux extrêmes consiste à jeter un gilet de sauvetage en soutien au capitalisme. Par conséquent, c’est bel et bien le socialisme que l’on défie ainsi. »   [traduction]

Nous avons évoqué le rôle de la « face gauche » de la subversion cubaine. Qu’en est-il de l’annexion par les États-Unis? Chaque pays doit être analysé pour ce qu’il est, comme nous l’avons brièvement suggéré précédemment en ce qui concerne le socialisme et le communisme. Dès lors, s’agissant des aspirations dominatrices états-uniennes envers les pays d’Amérique latine par exemple, on peut affirmer que les États-Unis menacent la souveraineté du Venezuela, du Nicaragua, de la Bolivie et du Pérou.

Toutefois, pour des raisons géopolitiques évidentes, l’annexion pure et simple de ces pays ne fait pas partie de leurs plans. Cuba est confrontée à une situation très différente, peut-être similaire à celle de Porto Rico. Étant donné les liens historiques qu’entretient Cuba avec les États‑Unis depuis le XIXe siècle, même lorsqu’elle luttait contre le colonialisme espagnol, l’annexion par les États-Unis a toujours été une idée seconde dans la culture politique de l’île, et cet état de fait persiste aujourd’hui. Bien qu’Archipiélago ne préconise pas ouvertement l’annexion, le mouvement qu’il encourage conduit effectivement à une sorte d’« annexion » cubaine par les États‑Unis au XXIe siècle.

En fait, l’annexion demeure un objectif pour les groupes terroristes de Miami auxquels Archipiélago demande de l’aide, car ces derniers rêvent d’une autre invasion comme celle de Playa Girón, mais qui réussisse cette fois-ci à transformer Cuba en un autre Porto Rico. Par ailleurs, le fonds Archipiélago contient d’innombrables photos montrant sous un jour favorable la situation qui existait avant la Révolution comparativement à aujourd’hui. Quelles étaient les relations entre les États‑Unis et Cuba avant 1959, notamment dans les années 50 sous Batista? Le statut néocolonialiste de Cuba était alors aussi proche qu’on puisse l’imaginer d’une véritable « annexion » par les États-Unis. En fait, en naviguant péniblement dans Archipiélago, on ne peut s’empêcher de remarquer à quel point il est imprégné de préjugés flagorneurs pro-étatsuniens. Tellement que cela m’a rappelé ce que José Martí disait à propos de son long exil aux États‑Unis, juste avant de tomber au combat à Cuba, en 1895 : « J’ai vécu dans le monstre et je connais ses entrailles. »

La déclaration suivante est tirée de mon article cité précédemment (« La fin de l’idéologie à Cuba? ») avait d’ailleurs créé une controverse :

« J’ai toujours soutenu que l’opposition la plus dangereuse à la révolution cubaine vient de la soi-disant gauche, et non des annexionnistes ouvertement de droite. »  [traduction]

La plupart des lecteurs avaient fait l’éloge de l’article en question, tandis que de nombreux autres avaient honnêtement participé au débat. Seules quelques personnes s’étaient vivement opposées à la teneur de l’article, surtout en ce qui concerne « l’opposition la plus dangereuse ». Pour répondre aux détracteurs, j’avais rédigé un deuxième article, en espagnol, à titre de chroniqueur pour le journal cubain Prensa Latina (lequel avait été repris en anglais sous le titre « Cuban “Left” Opposition and Annexationists: Two Wings of the Same Eagle » [Les annexionnistes et l’opposition de « gauche » à Cuba : les deux ailes d’un même aigle]).

Cet article avait suscité encore plus de controverse ainsi que des plaintes. Par conséquent, j’avais signé le troisième volet de cette trilogie, dont voici un extrait :

« La principale plainte formulée par plusieurs tient au fait que je ne nomme pas les individus dans mes articles. Dans leurs comptes sur les médias sociaux, certains tentent de m’y contraindre en faisant référence aux publications des dissidents. Ils “demandent des noms”. “Nommez des noms!”, clament-ils. Ce qu’ils ne savent pas, c’est qu’en agissant ainsi, ils se nomment eux‑mêmes et qu’ils ne réussiront pas à me jeter l’odieux en m’enjoignant à citer des noms. D’ailleurs, la preuve la plus remarquable qu’il est futile de le faire — qu’est-ce que ça changerait? — nous vient sans doute de Miami : le 2 février 2017, l’organisme CubaNet, financé par les États-Unis, publiait un article en une à propos de la controverse provoquée par mes deux chroniques. »  [traduction]

Sur la capture d’écran ci-dessous, on aperçoit la version originale en espagnol de mon article publié dans La Pupila Insomne, édité par le blogueur cubain Iroel Sánchez. L’attaque contre ma personne et mes articles menée par le site d’extrême droite CubaNet, basé à Miami et financé par la CIA, est sans doute l’exemple le plus patent de l’effet boomerang. Tout en défendant la « gauche » cubaine, leur article titrait : « La gauche annexionniste : Arnold August est le nouvel agent du castrisme. »  [traduction]

Malgré eux, ils confirment ma thèse selon laquelle les « gauchistes » et les annexionnistes cubains sont les deux ailes d’un même aigle, et me donnent ainsi raison de ne pas les nommer.

Les préoccupations concernant la guerre annexionniste idéologique ou politique menée contre Cuba à l’heure actuelle remontent au moins à 2016, comme je le soulignais dans un article paru dans Black Agenda Report :

« Que signifie l’apparition de drapeaux états-uniens dans les rues de La Havane? Le président Obama est-il en train de gagner sa guerre contre le socialisme cubain par des moyens non militaires? Obama a confirmé une fois de plus que les États‑Unis évitent les tactiques ouvertement antagonistes au profit des stratégies diplomatiques qui, espèrent-ils, permettront d’atteindre l’objectif d’étouffer la révolution cubaine. Le peuple cubain est lui-même engagé dans un grand débat sur son avenir — et le nôtre. »  [traduction]

Qu’en est-il de la gauche en Amérique du Nord?

Puisque la preuve est parfaitement documentée que les manifestations du 15 novembre n’ont rien de pacifique, malgré la rhétorique ambiante, mais qu’elles sont en fait dirigées par les États‑Unis et qu’elles pourraient même donner lieu à une intervention militaire, que peut-on faire pour défendre Cuba?

Félicitons la gauche états-unienne : pratiquement tous les médias Web alternatifs de gauche aux États-Unis se sont opposés unilatéralement au discours états-unien sur Cuba, notamment l’initiative Black Alliance for Peace, Black Agenda Report, MintPress News, People’s Dispatch, The People’s Forum, Code Pink, Lee Camp – Redacted Tonight, The Socialist Program, BreakThrough News, The Grayzone, Popular Resistance, CounterPunch et d’autres encore.

Le seul qui résiste toujours est le North American Congress on Latin America (NACLA), qui est dans les faits l’organe officiel pour un changement de régime à Cuba. On peut d’ailleurs consulter le guide de la gauche alternative ici. Le lecteur constatera que le NACLA n’y figure pas, mais rien n’indique si c’est à cause de son penchant de droite pour l’Amérique latine. Quoi qu’il en soit, c’est une bonne chose qu’il n’y soit pas.

Ici, au Canada, nous n’avons pas une telle chance. En fait, le contraste avec les États-Unis est plutôt saisissant : rares sont les médias qui s’opposent inconditionnellement à l’exposé états‑unien de la « révolution de couleur », alors que la grande majorité adhère plutôt à la ligne d’action états-unienne ou garde un silence inquiétant sur l’une des questions les plus importantes pour la gauche aujourd’hui : la révolution cubaine. Y a-t-il une raison à cela? Peut‑être est-ce dû au soutien à peine dissimulé de Justin Trudeau, le porte-étendard libéral, en faveur de la révolution de couleur à Cuba, qu’Archipiélago a tellement apprécié? Selon M. Trudeau : « Cuba mérite la démocratie et la liberté. »

Il donne ainsi l’occasion à Archipiélago d’arborer fièrement la plus récente plume à son chapeau, en incluant le Canada à sa liste de partisans aux côtés d’autres pays comme la Colombie, les États‑Unis, la Suède, l’Allemagne, l’Uruguay et l’Espagne. Cet article est tiré de Radio and Television Martí, un média subversif financé par les États-Unis et basé là-bas. Compte tenu du contexte subversif actuel dirigé par les États-Unis, cette prise de position de Justin Trudeau est sans doute l’une des déclarations les plus réactionnaires de droite prises par un gouvernement canadien à propos de Cuba depuis 1959.

Sa déclaration est tout sauf « ambiguë », comme le voudraient certains apologistes de M. Trudeau. On peut penser que Yunior García et ses acolytes, formés par les États-Unis, sont rompus à la rhétorique du sous-discours diplomatique, qui consiste à se laisser bercer par tout ce qui fait leur affaire pour ensuite amplifier la chose en écartant tout le reste. Pas un seul député du Parlement canadien, tous partis confondus, n’a encore pris position publiquement contre les encouragements de M. Trudeau en faveur de la révolution de couleur à Cuba, pas même ceux du Nouveau Parti démocratique (NPD), pourtant social-démocrate.

Après les événements du 11 juillet, Canadian Dimension a été la première à s’en prendre au gouvernement cubain. The Canada Files a produit une longue vidéo sur YouTube basée sur ma présentation lors du panel du 29 août à propos de Cuba, chapeauté par le Geopolitical Research Economy Group. Nous avons complètement déconstruit les deux articles de Canadian Dimension écrits par des dissidents cubains, ainsi que la position de M. Trudeau qui y est associée. Depuis la publication de ces deux articles à charge, Canadian Dimension s’est largement tenu à l’écart de la question de Cuba. Il n’y a là rien de réjouissant à la lumière de ces dangereux précédents. En effet, qu’y a-t-il d’encourageant à constater qu’une publication « de gauche » reste neutre alors que la révolution cubaine est prise pour cible plus que jamais depuis 1959. Nous y reviendrons plus loin, car cette affliction bien canadienne de la « neutralité » devient endémique.

Quoi qu’il en soit, deux autres médias de la « gauche canadienne » ont pris le relais de Canadian Dimension en tentant de se dépasser mutuellement pour voir qui franchirait le premier la ligne d’arrivée de la contre-révolution cubaine.

Intéressons-nous d’abord à Rabble. Dans un article du 19 juillet 2021, ses lecteurs ont été confrontés à plusieurs des principaux stéréotypes pro-étatsuniens favorables à un changement de régime :

« En raison des conditions horribles qui y règnent et très probablement [nous soulignons] de la provocation états-unienne (les États-Unis injectent des dizaines de millions de dollars annuellement dans les médias antigouvernementaux et les campagnes sur le terrain et dans les médias sociaux), les Cubains manifestent en masse contre le gouvernement… Ils accusent le gouvernement cubain d’être responsable de l’état des lieux dans le pays, affirmant que la situation est provoquée par les dirigeants cubains qui s’enrichissent aux dépens de la population… Il y a beaucoup de choses à ne pas aimer dans le gouvernement de Cuba : il n’est pas démocratique et largement corrompu. Toutefois, d’autres pays ayant un gouvernement non démocratique ou corrompu ne sont pas systématiquement malmenés et affamés par les États-Unis… Je connais personnellement des gens qui ne peuvent pas nourrir leur famille régulièrement, qui font la queue sous un soleil de plomb pendant des heures chaque jour pour satisfaire à des besoins fondamentaux, qui ne peuvent plus compter sur leur excellent système de soins de santé et qui craignent maintenant le chaos absolu. Une transition ordonnée vers une forme de gouvernement démocratique est impossible à imaginer. Le chaos est plus probable, avec ce que cela comporte de pauvreté, d’inégalités et d’insécurité généralisées. »  [traduction]

Rabble ne s’en rend peut-être pas compte, mais Joe Biden a déjà utilisé ce mantra du « chaos et de l’État défaillant » vis-à-vis de Cuba, et The Canada Files l’a mis en pièces dans la vidéo YouTube dont il a été question précédemment.

Dans un autre article daté du 23 juillet 2021, Rabble poursuit sans vergogne la litanie d’inepties, mais se surpasse en comparant Cuba à Haïti.

« Cuba, pourrait-on dire, a connu ces derniers jours le même problème [qu’Haïti], c’est-à-dire la dissidence, mais dans un contexte très différent [légère concession à Cuba]… Sa véritable longévité, par exemple : malgré un blocus économique états-unien paralysant, Cuba n’a duré qu’une décennie de moins que l’Union soviétique en tant qu’État communiste à parti unique. Les soins de santé et l’éducation y ont été impressionnants, y compris pour la vaccination contre la COVID‑19, bien que la production soit entravée par le blocus. Toutefois, ses failles sont nombreuses, notamment la répression de la dissidence, y compris des rassemblements et des défilés sans précédent qui ont lieu actuellement. Le gouvernement affirme que tous les problèmes économiques sont dus au blocus, et que les complots états-uniens sont à la source de ces manifestations. »  [traduction]

On pourrait être tenté d’excuser Rabble en l’occurrence, puisque ce deuxième article tire sa source de l’un des médias institutionnels les plus importants du Canada, le Toronto Star. Par contre, si Rabble peut reproduire des articles du Toronto Star, pourquoi n’a‑t‑il pas assisté aux webinaires du Geopolitical Economy Research Group sur Cuba, comme ceux des 26 juillet et 29 août, pour pouvoir en faire le compte rendu ou republier d’autres rapports sur ces séminaires? Ci-dessus, Rabble accuse Cuba de « répression de la dissidence », ce qui sonne un peu faux puisque nos « voix dissidentes » à l’encontre du discours dominant à propos de Cuba sont réprimées ici même au Canada. Bien sûr, Rabble pourrait encore faire amende honorable et reproduire des articles de The Canada Files sur Cuba. Pour l’heure, silence radio.

De plus, le 1er novembre, Rabble a publié un article faisant la promotion de l’ouverture du tourisme canadien dans l’île dès le 15 novembre. Or, l’article omettait de mentionner que c’est cette initiative que les États-Unis tentent précisément de perturber le 15 novembre. Les auteurs ne se sont pas inscrits en faux non plus contre la position perfide du gouvernement canadien, qui donne de la crédibilité à l’idée de révolution de couleur soutenue par les États‑Unis.

Voilà pour Rabble, mais il faut dire que The Breach a battu tout le monde à plate couture avec son article du 22 octobre :

« Eh bien, je ne pense pas que des gens comme Blair et Clinton méritent une quelconque étiquette de gauche. Les gens qui se considèrent comme étant de gauche, qui participent activement aux campagnes de gauche et qui ont vraiment accepté cette idée de la fin de l’histoire sont, je pense, ceux qui ne croient pas qu’il y ait mieux à faire mieux que de défendre des États comme la Chine, la Syrie, Cuba et parfois même la Corée du Nord, en tant qu’éléments constitutifs de ce blême antagonisme mondial contre la domination écrasante de la puissance états-unienne… Lorsque les travailleurs cubains s’inquiètent d’une année de brutalité économique causée à la fois par le blocus impérialiste états-unien et par l’effondrement des revenus du tourisme (à cause de la COVID et de la mauvaise gestion d’une élite bureaucratique qui mène une vie plus luxueuse que celle des Cubains ordinaires), ils sont en réalité la courroie de transmission de l’impérialisme… Voilà pourquoi nous nous opposons par exemple au blocus états-unien sur Cuba : pas au nom de la défense de l’État, comme le font ces impérialistes, mais avant tout en faveur d’une politique de liberté humaine contre le pouvoir impérialiste, et contre ces formes perverties et détournées de politiques prétendument socialistes qu’incarnent les États bureaucratiques. »  [traduction]

Cette éventuelle « gauche » de laquelle se réclament Canadian Dimension, Rabble et The Breach voudrait s’inscrire en faux sur la base qu’il est erroné de glorifier un dirigeant simplement parce qu’il est attaqué par les États-Unis. Ce discours paternaliste qui met en garde les gens du nord contre la glorification des dirigeants du tiers-monde pourrait bien échapper aux radars de certains partisans de la gauche. Voilà qui est très pratique pour les modérés.

Jusqu’à présent, ils refusent de délaisser la notion américano-centriste ou encore le complexe de l’homme blanc accablé de son devoir, ce qui les empêche d’appuyer inconditionnellement des leaders qui dirigent réellement leur peuple dans la lutte contre l’impérialisme états-unien, comme Miguel Díaz-Canel à Cuba.

Le président du Venezuela, Nicolás Maduro, m’a donné l’impression d’être prêt à y sacrifier sa vie.

Or, cette « gauche » semble incapable de faire échec à la supériorité enracinée de la « gauche » confortable du nord, qui sermonne inlassablement les dirigeants du sud en laissant entendre que « papa a raison ». En somme, si elle se distingue de la position anticommuniste ou contre‑révolutionnaire de The Breach, ce n’est qu’une question de degré : jusqu’où chacun peut aller pour ne pas être trop en contraste par rapport aux dirigeants du sud, qui sont vilipendés par les médias dominants, tout en conservant la lisse étiquette de « gauchistes »?

Est-ce tiré par les cheveux? Pas du tout. Sinon, comment expliquer que les trois plus importants médias de la gauche canadienne, Canadian Dimension, Rabble et The Breach, soient tous favorables à une révolution de couleur à Cuba, et que The Tyee et Ricochet n’aient encore publié aucun article sur Cuba depuis le 11 juillet?

En contrepartie, The Georgia Straight, L’aut’journal au Québec ainsi que The Canada Files (loin devant) ont publié des articles favorables à Cuba. Sauf The Canada Files, aucun des médias de « gauche » ne s’est inscrit en faux contre la déclaration de M. Trudeau pour la révolution de couleur. Ne soyons pas dupes : alors que Cuba est plus que jamais saignée par les États‑Unis, pourquoi certains « gauchistes » n’osent pas prendre position? Il n’est pas trop tard et le moment est propice, car les États-Unis et leurs alliés préparent une offensive majeure contre Cuba le 15 novembre, comme je le soulignais dans mon récent article publié par The Canada Files. Non, il n’est pas trop tard. D’ailleurs, Howard Zinn disait : « La neutralité n’est pas une option dans un train en marche. »  [traduction]

15 novembre : qu’en pensent les Cubains de la base à l’heure actuelle?

Même si nous montrons sans l’ombre d’un doute que le 15 novembre est piloté et soutenu par les États-Unis, les collègues cubains à qui j’ai parlé ont tous affirmé, lors de récentes conversations téléphoniques, que la situation demeure complexe. Laissons donc ces Cubains s’exprimer eux‑mêmes à propos du 15 novembre :

À La Havane  [traduction]

1)    « Certains pensent qu’il ne s’agit pas d’une manipulation états-unienne, mais que cela vient plutôt de la base; d’autres pensent qu’il s’agit d’un projet de déstabilisation et de changement de gouvernement. Je ne pense pas que cela va réussir. En juillet dernier, c’était une surprise. Pas maintenant, le gouvernement est préparé. »

2)    « Beaucoup de gens se posent des questions, et ce ne sont pas ceux qui descendent dans la rue pour protester ou crier des offenses aux révolutionnaires, mais plutôt des hommes et des femmes qui travaillent, qui n’entrevoient aucun avenir et, mon frère, qui ont l’impression qu’on les laisse tomber. »

3)    « Tous ceux qui résident ici [un foyer de deux générations] considèrent qu’il y déjà suffisamment de “motifs” pour détenir toutes les personnes impliquées [dans les manifestations du 15 novembre] et les accuser de collaboration avec une puissance étrangère, ce qui est punissable par nos lois. Je pense que nous sommes tous d’accord sur ce point ici dans la maison. Je ne sais vraiment pas quelle carte nous aurons dans notre manche pour faire face à ces provocations si, en fin de compte, ils décident de descendre dans la rue. Et dans ce genre de choses, comme Fidel l’a toujours fait, il faut avoir une longueur d’avance, ne pas agir ou riposter aveuglément. Et je ne pense pas que tout ce que nous diffusons ici à la télévision et ailleurs, les actes de réaffirmation, etc., que tout cela soit entendu comme il se doit hors des frontières de Cuba. Je pense que la propagande à l’extérieur est très présente et que les gens croient tout ce que disent les médias. »

4)    « Il faut que les dirigeants du pays se préparent différemment [pour le 15 novembre] et je crois que les gens ont aussi été un peu surpris par les événements du 11 juillet. Ce qui m’inquiète, ce sont les mesures pour faire face aux manifestations du 15 novembre. »

5)    « L’un des membres de notre famille pense qu’il ne faut pas les emprisonner maintenant, car ils lanceraient une campagne contre nous. Je crois toutefois que les démarches pour les traduire en justice auront lieu au moment qui nous conviendra; il faut prendre les mesures que NOUS AVONS LE DROIT DE PRENDRE sur le plan politique. »

6)    « Nous n’étions pas préparés pour les événements du 11 juillet, mais nous le sommes pour le 15 novembre. Voyons comment ça se passera. »

7)    « Bonjour Arnold, je n’ai entendu personne parler du 15 novembre dans mon quartier. Ce n’est pas un sujet de préoccupations. Aujourd’hui, j’étais dans une file d’attente pour acheter de l’huile, et les voisins faisaient des commentaires sur la longueur de la file, sur les arrivages de poulet, sur la disponibilité de la viande hachée pour les quotas du mois à la boucherie. Tout le monde faisait sa petite routine, et s’il y a quelque chose à célébrer le 15 novembre, c’est bien la reprise des cours en présentiel dans les écoles [la fréquentation des écoles en présentiel a été suspendue à cause de COVID-19]. Et c’est le bonheur pour tout le monde. »

8)    « Depuis les dernières révélations du 1er novembre par l’agent Fernando, qui prouvent incontestablement que Yunior et Archipiélago sont une création des États-Unis pour fomenter un changement de régime sous le signe de la violence, certains Cubains se demandent ceci : s’il est vrai que certaines personnes se sont quelque peu égarées et ont participé aux manifestations antigouvernementales du 11 juillet, est-ce que ça sera encore le cas le 15 novembre? »

À Santa Clara et ailleurs dans l’île  [traduction]

9)    « Compte tenu des plaintes qui ont été rendues publiques, y compris les révélations de l’agent Fernando de la sécurité cubaine qui a infiltré ce groupe, je crois que s’il y avait des gens qui étaient encore sceptiques par rapport aux véritables motifs du supposé “défilé”, tout est maintenant très clair. À mon avis, il ne réussiront pas à tromper grand monde avec leurs plans. S’ils continuent, ils ne feront qu’accumuler des crimes pour lesquels ils pourront être poursuivis et condamnés à Cuba conformément à la loi. »

10) « Des personnages comme ceux-là n’ont aucune possibilité de mener à bien leurs plans de subversion à Cuba, même si leurs trolls, influenceurs et bots sur les réseaux sociaux veulent nous faire croire le contraire. Dans la réalité, ce sont bel et bien nos organisations révolutionnaires qui peuvent mobiliser des milliers de personnes en peu de temps pour défendre la Révolution. »

11) « Ces gens-là sont soit payés, soit fascistes, soit pas vraiment cubains. Je ne comprendrai jamais la haine qu’ils entretiennent envers nous, alors que nous ne voulons que le meilleur pour toute l’humanité. »

12) (Les agissements des partisans de la Révolution dans une situation comme celle du 15 novembre ne sont une surprise pour personne, en général.) Plusieurs sources dans l’île, notamment à La Havane, indiquent par exemple que « le gouvernement cubain est bien informé des démarches des activistes médiatiques contre-révolutionnaires, dont le plus connu est Yunior à La Havane. Les CDR (Comités de Defensa de la Revolución, soit les comités de quartier) sont organisés pour les suivre s’ils sortent de chez eux, afin que toute action fasse immédiatement descendre les révolutionnaires dans les rues pour surpasser en nombre les contre-révolutionnaires ». Voilà qui confirme ce que d’autres sources ont déclaré précédemment : « Nos organisations révolutionnaires peuvent mobiliser des milliers de personnes en peu de temps pour venir défendre la Révolution. »

Dernières nouvelles : Le 11 novembre, Yunior a annoncé qu’il ne marcherait pas le 15 novembre, mais plutôt qu’il « marcherait seul » la veille du 14 novembre. Il a fait marche arrière. C’est une petite victoire pour le peuple cubain. Nous sommes également très satisfaits, car peut-être cet article en anglais (envoyé à Archipiélago), et bien d’autres articles similaires exposant le groupe Facebook dissident pour ce qu’il est réellement, ont contribué de façon modeste à ce qui apparaît pour l’instant comme sa retraite. Dans tous les cas, le facteur le plus important a peut-être été le numéro 12 ci-dessus. Cependant, le danger est toujours présent car les États-Unis, leurs alliés au niveau international et à Cuba ont toujours pour objectif de créer des incidents comme prétexte pour de nouvelles ingérences étrangères.

 Arnold August

Original en anglais, The Canada Files:

https://www.thecanadafiles.com/articles/inside-cuban-dissidents-november-15-plot-unpacking-the-archipilago-facebook-group

La source originale de cet article est The Canadian Files

Copyright © Arnold AugustThe Canadian Files, 2021

https://www.mondialisation.ca/incursion-parmi-les-complotistes-cubains-dissidents-du-15-novembre-decortiquer-le-groupe-facebook-archipielago/5662338

 
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