ELECTIONS AU BELARUS

  

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Bulletin n° 408– 9 Aout 2020

 

ELECTIONS AU BELARUS

 

En ce jour d’élections présidentielles au Belarus Comaguer apporte quelques éléments de comprehension sur l’agitation  qui entoure cette election. Bien que le texte traduit et publié par le bimestrial “Nouvelles d’URSS” (aujourd’hui disparu suite au décés de son fondateur Jacques Lejeune) remonte à presque dix ans il éclaire les rapports compliqués entre le petit Belarus soucieux de maintenir les acquis de la société socialiste, désireux de s’intégrer dans une fédération avec la Russie. Il se peut que le mépris de la direction russe pour le Belarus et son president soit aujourd’hui moindre que du temps de la présidence Medvedev (qui fut aussi president de Gazprom) mais la demission de celui-ci de son poste de premier ministre n’a pas encore suffisemment affaibli le camp des pro-occidentaux moscovites pour que la question de l’Union du Belarus et de la Russie soit à nouveau remise sèrieusement à l’étude.

Pourtant au moment où les Etats-Unis installent massivement  leurs troupes  en Pologne à la frontiere occidentale du Belarus cette question qui  revêt pour Moscou  une importance stratégique sur laquelle Lukashenko mettait déja  le doigt en 2010 prend maintenant un caractère d’urgence

 

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Extrait de “ Nouvelles d'U.R.S.S. no 1 07, janvier-février 201 1”

 

 

 

Extraits  de  l'intervention    de  A .G. Loukachenko (novembre 2010)

 

«Si, effectivement, l'espace informationnel de la Russie était auparavant tout simplement verrouillé pour l'information sur la Biélorussie, à présent par contre s'y déverse malheureusement, dans un but bien défini, tout un torrent de bobards malhonnêtes, de désinformations et d'absurdités non déguisées. Et le but des initiateurs de cette campagne est clair: persuader les gens de l'espace allant de Kaliningrad à Vladivostok: que les Biélorusses sont des ennemis ou peu s'en faut. Que leur Président est un voleur, un tueur, un traître , tandis que la Biélorussie est elle-même une éternelle écornifleuse de .la Russie,»

 

 

«On voit clairement au son des mirlitons de qui ils dansent et qui commande la musique . Tout ce qui se passe aujourd'hui autour de la Biélorus­sie est un coup monté par une poigné de politi­ciens”

 

«La NTV (télévision nationale russe; -N.d.T.) est de fait une chaîne gazpromienne. Et toutes ses saletés sont financées par Gazprom ".Gazprom " est une compagnie d'État, Qui en tient le gouvernail et qui y assure le commandement, vous le savez  aussi .»

 

 

 

«Comment est-ce que je me comporte face au fait que ce sont eux,l’opposition biélorusse , qui émettent sur les ondes de Russie? .• Je suis étonné par la position de votre Direction. Peut-être ignorent-ils beau­coup de choses? Ou cela ne les intéresse-t-il pas beaucoup? Eux , en Russie .même, ne s'intéressent pas beaucoup à ce qui se passe là-bas, très loin, au-delà de l'Oural, loin du périphérique de Mos­cou. Le plus terri ble est qu'ils se sont arrogé le droit d'émettre à l'intention de gens qui ne peuvent pas sentir la Russie. Ce sont ces gens qui, hier comme  aujourd'hui, perçoivent des subventions en Europe occidentale et en Amérique.

 

Mais aujourd'hui, ils trouvent aussi un bailleur de fonds en Russie avec  le  business  russe. Nous  savons qui paie cet argent. Récemment, nous avons  mis la main sur  un  courrier      qui,  en violation  des  lois,    transportait 200 000 dollars de l'autre côté de la frontière . Des repaires ont été aménagés en Lituanie, en Pologne  et  en  Allemagne . Et c'est  de  là    que l'argent passe de Russie en Biélorussie. Directement  à  travers     la  frontier  russe-biélorusse.»

 

«La Russie veut réunir les terres, comme l'on dit chez nous, autour d'elle. Elle veut rassembler les Etats et les peuples. Mais, hélas, cela ne s'est pas fait. Au lieu de  cela , pour créer une Union douanière , il nous faudrait tout simplement créer l'Union. Parce que, quoi qu'il en soit, le projet d’etat fédéral serait une grande avancée. Et  il  serait alors logique  d'y faire participer le Kazakhstan et d'autres États , ce à quoi nous avions déjà tra­vaillé et à quoi nous étions parvenus. Eh bien non. On ne sait pourquoi ce projet a déplu à la Russie. et à sa Direction . Au lieu  d'avancer  sur la voie déjà aplanie, en nous basant sur ce que nous avions déjà obtenu dans l'Union de la Biélorussie avec la Russie et y faire participer d'autres États, rendre notre Union plus attrayante, nous nous sommes occupés d'autre chose .         C'est ainsi qu'est apparu, entre autre, l'Union douanière.

 

Qu'en avons-nous obtenu? L' économie du Kazakhsatn et de la Russie diffère de façon frap­pante de l'économie   biélorusse. Le Kazakhstan regorge de ressources énergétiques. La Russie en a regorgé. Nous, nous n'en avons pas. Nous sommes très dépendants du Kazakhstan et de la Russie.

 

Notre économie est diversifiée. Notre secteur éco­nomique est d'un intérêt pratique : agriculture, industrie, transports, télécommunications, voies de communication . Mais nous dépendons naturellement de notre approvisionnement en matières premières. Et la façon dont nos partenaires se com­portent en ce sens est très importante pour nous. ; Et c'est précisément cela que je craignais il y a un an ou un peu plus lorsque nous sommes allés à l'Union douanière et j'en ai alors parlé publiquement au gouvernement. Il est apparu que ce que je craignais est arrivé. Ils nous ont augmenté les_ prix du gaz naturel 5 fois de suite, sortant ainsi du traité correspondant.    Ensuite, ils nous ont introduit une taxe sur le pétrole. Ensuite, sur les produits pétroliers blancs: gasoil, essence , kérosène, etc. Bref, ils ont agi comme s'ils avaient affaire à  l'ennemi le plus acharné de la Russie. Aussi jugez vous-mêmes de ce que nous avons reçu à  ce jour de l'Union douanière. En fait, nous avons été trompés . Il en fut souvent ainsi dans nos relations avec la Fédération de Russie . La Russie bloque les livraisons de notre production . Vous   vous   souvenez   sans   doute   de cela  et la “guerre du sucre “, et la “ guerre du lait”.  Vous savez comment ces leviers ont été actionnés. Sans même parler de cette commande d'­ Etat passée par la Russie où il a été dit de –“ne pas laisser passer” les Biélorusses .»

 

«Et quant Poutine, le gouvernement de Russie, a introduit des limitations, de ne pas nous lais­ser passer, de ne pas nous accorder de crédits. Bref,       ils nous    ont interdit le marché de Russie, je dis: - Qu'est-ce  que  vous faites? Qu'est-ce qui vous prend? N'avez-vous pas  assez  de  chômeurs? Vous en ajoutez encore 15 miliions .Mais nous avons patienté. Nous  nous  sommes    diversifies et  avons cherché d'autres marchés pour commercer .    Et le Venezuela est apparu, ce pour quoi on nous a critiqué, et l'Iran. Mais si notre grand frère, notre allié, notre Russie, s'est fermé à nous, alors même que nous  nous   dressions sur   la   pointe des pieds, tentant de vendre  notre  production de toute manière, souvenez-vous, ils ont commencé à nous ferner la frontière: pour le lait, pour la viande et pour le sucre. À l'initiative de qui? De vos oligarques qui ont scindé l'économie et disent qu’    ils ne prendront pas le  sucre biélorusse. Et pourquoi ne le  prennent -ils pas? Parce qu'il est meilleur marché . Alors vendez-le vous aussi meilleur mar·ché . Mais non, la bourse des oligarques qui s'occupent du business sucrier serait plate. Mais nous savions que nous devions proposer, et à la Russie, et aux autres, une marchandise de qualité, c'est pourquoi nous avons modernisé nos quatre  sucreries,  nous  en  avons  fait  des  bijoux .

 

Eh bien non, il existe encore à présent des quotas, même lorsque le sucre manque aujourd'hui, ces stupides quotas existent quand même en Russie .  Aussi en achetez-vous quand même presque la moitié au dehors. Pourquoi donc n'y a-t-il pas dans cette moitié trois ou cinq pour cent de sucre biélorusse ? Pour que nous puissions gagner chez vous des roubles de Russie que nous devons ensuite changer en dollars pour payer les ressources énergétiques. Même avec vous nous ne pouvons pas payer en roubles sur toutes les positions. Et vous dites que vous voulez faire du rouble une devise régionale?

  

Et vous ne voulez pas l'accepter chez vous comme moyen de paiement: donnez du dollar ·!Et nous sommes obliges de changer les roubles de Russie gagnés chez vous, en dollars ou en euros, pour payer les marchandises que nous vous achetons·. C’est-à-dire que c'est le ressac sur tous les articles. »   « La sphère de nos intérêts est ici, déclarent les politiciens de Russie. _Et moi je leur demande: Où est la sphère des intérêts de la Biélorussie et du peuple biélorusse? Et est-ce à dire qu'il faille que cela soit aussi le sphère de vos propres intérêts vitaux, importants? Est-ce ce qu'il vous faut lorsque nous défendons réellement vos intérêts ici, parfois plus que vous les vôtre propres en Russie? Vous êtes allé au poste de defense  antiaérienne, ultramoderne, modernisé par nous. La Russie ne nous y a absolument pas aidé. C'est nous qui l'avons modernisé et nous balayons tout l'espace de la Baltique à la mer Noire. Et nous transmettons exactement  tout  cela au Kremlin, en ligne comme l'on dit aujourd'hui. Et là-bas, Mêdvédev peut,  grâce à nous, voir tout ce qui se passe chez lui de la Baltique à  la mer Noire. Avez-vous  besoin aujourd'hui de casser tout cela? Alors cassez-le, mais il sera pratiquement impossible d'y revenir. Qui a  besoin d'une telle politique? »

 

« J'ai rappelé à Medvédev: c'est toi qui est le commandant en chef. Tu dois savoir que tu as ici deux puissantes bases qui travaillent jour et nuit. L'une d'elles pour la prévention précoce·d'une attaque de missiles dans la région de Brest .La seconde guide tous vos sous-marins, y compris nucléaires, dans l'Atlantique et assure leur liaison. Combien nous payez-vous pour cela? Zéro! Et là-bas combien avez-vous payé pour  le bail de la Flotte de la la mer  Noire (Note de la Rédaction : Quarante milliards  de  dollars) . Nous ne vous demandons pas d'argent , mais nous voulons être traités comme des hommes.

 

«Il y a deux jours , l'un de nos ministres est rentré de Russie. Il travaille dans le domaine de l'idéologie. Une personne parmi les gens en vue, qui répond , en lien avec les moyens d'information de masse, s'est approchée de lui. Elle lui a dit: Eh bien, comment  vous  avons-nous maltraités ? C 'est un ordre de Medvédev .» «Parce qu'à chaque bonne occasion il est d'u­sage de tenter, sinon de nous voler, du moins de nous rouler, ou encore de nous maltraiter.

  

« Bien entendu, nous devions reconnaître l'Ossétie  du  Sud  et  l'Abkhazie.  Après tout, nous sommes alliés. Et nous étions prêts à le faire. Mais  nous  avons  rencontré  un politicien occidental. Il est  venu tout spécialement et nous a dit: “Vraiment, vous voulez effectivement recon­naitre l'Ossétie et l'Abkhazie? “Je lui   ai  dit : Qu’est-ce     qui   vous  raidit tellement ?   Ne sommes­ nous pas alliés? . Et il m'expose alors tout le spectre des rapports qui se constituent chez nous avec l'Union européenne     et  l'Amérique .

 

    Ils nous ont menacés. Mais il faut que vous! sachiez que nous commerçons aujourd'hui un peu plus avec l'Union européenne qu'avec la Russie. Ce sont des milliards de dollars qui sont en jeu. Et, quand la Russie nous a mis à la porte de son marché, l’Union européenne n'a pas osé le faire Bien qu’ils nous aient laissé mijoter sur le programme complet et nous aient “arrosés” (ndt :en russe un mauvais traitement ou une attitude méprisante      est qualifié “d’ arrosage”)

  

    Ils nous ont dit: “Oubliez les comptes en euros et en dollars. Alors que devait faire notre Gouvernement? Nous nous sommes mis à penser, à chercher une issue.  J'ai rencontré votre Président à Sotchi. Nous avons examiné le problème.

 

Je lui ai dit: voilà les conséquences. Nous les avons comptées . Êtes-vous prêt, Monsieur le Président, cher ami Dmitri Anatolyévitch, à partager ces conséquences avec nous? Êtes-vous prêt à donner un coup de main? Il m'a répondu textuellement: “Alexandre Grigoryévitch, ne  marchandons pas voulez-vous. Ceci est une chose et cela en est une autre “ Et je lui ai dit: “Merci bien. L'incident est clos. Si pour vous ceci est une chose et que cela en est une autre, notre entretien d'a plus de raison d’être. Comprenez    vous?” Il était à mille lieues de ces problèmes .

  

Que signifie clore les comptes en dollars et en euros? Cela signifie que toute notre économie s'effondrerait. Nous ne pourrions plus rien vendre. Tout serait bouché . Mais la Russie n'é­tait pas prête à donner un coup de main. Alors que, finalement, elle nous l.'avait promis. C’est pourquoi notre entretien s'est terminé là-dessus. Mais peut-être que la Russie n'a nul besoin que nous reconnaissions l'Ossétie et l'Abkhazie? Peut-être a-t-elle besoin d'un prétexte pour nous faire pencher d'un côté ou de l'autre? » «  Voilà ce qu'il faut marteler, qu'il  faut se battre jusqu'à la fin victorieuse. C’est l’affaire de la Direction de la Russie.»

  

«Nous ne vous avons fermé nulle part les possibilités de venir ici et d'y investir Mais nous ne donnerons rien gratuitement. J'ai dit une fois dans un moment de colère à votre Direction que si j'étais vraiment sûr que si nous vendions un; meilleur marché et que la différence tombe dans les poches de Russes ordinaires, je prendrais le risque. Mais ceux qui viennent chez nous à la recherche de ce genre d'actifs, ce sont les milliar­daires. Pourquoi devrais-je augmenter leur fortune au détriment de la propriété du Bélarus? »  

 

«Quel est le pri·x du marché ici (le prix du gaz établi par «Gazprom» pour la Biélorussie;)? On vient chez nous et l'on nous dit: le prix sera celui-là. Nous, nous disons,, eh bien non, ce n'est pas normal. Nous pou­vons en produire une masse de preuves. Dont les prix pratiqués en Europe. Et nous posons la question: pourquoi chez nous la rentabilité de Gazprom  est-elle plus élevée en Biélorussie qu'en Allemagne? Qu'est-ce qui nous a mérité cela? Pas de réponse. C'est une pratique monopolistique ..Voilà pour le premièrement. Secondement, admettons que nous exigeons des prix qui soient peu élevés par rapport à ceux du marché ou tout au moins pas majorés au maximum. Mais donc, nous rendons nous aussi des services gratuitement . Comme vous avez pu le voir, 1 600  de vos installations militaires\ sont accompagnées par notre D.C.A. de la Baltique j à la mer Noire . Combien cela vous coûte-t-il?       

  

C’est pourtant la sécurité de votre Etat. Vous ne nous payez pas un seul kopek pour cela . Pour les, bases, , vous ne payez pas comme vous payez à l'Ukraine pour Sébastopol 40 milliards  de dollars. D'une façon générale, je ne veux comparer la Biélorussie avec aucun autre pays.

 

 

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