PARTI COMMUNISTE DE BELGIQUE : HOMMAGE A JULIEN LAHAUT, PRESIDENT DU PCB ASSASSINE LE 18 AOUT 1950

tourtaux-jacques Par Le 19/08/2021 0

Dans EUROPE

18 Août 2021

8/18/21 1:08 PM
 

Chers camarades,

Il y a 100 ans, les 3 et 4 septembre 1921 naissait le Parti Communiste de Belgique à Anderlecht. Des 30 premières années de vie du parti, on peut dire que la figure de Julien Lahaut est incontournable. Ils se confondent même parfois mais le parti ce n’est pas qu’un seul homme. On verra durant cet hommage plusieurs noms de grands camarades du parti. Il ne s’agit pas de refaire une enième biographie mais de connaître et de rendre hommage à Julien Lahaut à travers ses combats pour la classe ouvrière et de voir en quoi il peut encore inspirer, être un exemple pour les travailleurs aujourd’hui.

Il est tout d’abord important de se rappeler que ce n'est la théorie qui l'a amené au communisme mais la lutte de classe au quotidien, la lutte contre la misère, le chômage, l'exploitation, la lutte pour l'émancipation de notre classe. C'est un contexte qui a forgé ses convictions. Ainsi jouait-il à manifester quand il était enfant. Il est en effet né dans un moment de grande organisation de la classe ouvrière en Belgique, peu de temps après le massacre de Roux où la garde civique bourgeoise a tiré sur les grévistes qui entamaient une lutte révolutionnaire contre le système affameur en pleine crise de surproduction qui avait jeté des milliers de travailleurs à la rue. Le père de Julien Lahaut organisa les premières ligues socialistes à Seraing. C’est tout cela qu’il faut avoir en tête pour comprendre l’homme Lahaut, le militant Lahaut.

À 18 ans, il est déjà de la grève des métallos en 1902, une époque où les grèves étaient économiques et politiques. Il est licencié pour « activisme » de ce premier emploi chez cockerill contrôlé par la société générale de Belgique, ce monopole qui 48 ans plus tard fera partie des commanditaires de l’assassinat de Noss Julien devenu Président du Parti Communiste de Belgique. Julien a toujours gêné les capitalistes.

Camarades, on ne vient pas à la lutte uniquement par la théorie. La force de Julien, la force du parti, c'était et c'est de renforcer les luttes, les piquets de grève malgré qu'ils étaient interdits jusqu'en 1921.

Pratique-théorie-pratique.

Pendant la 1e guerre, Julien Lahaut s’était engagé dans l’armée. Mais à son retour du front russe, où il a découvert la révolution d'octobre, il est convaincu que Lénine a raison. C'est la théorie avant le retour à la pratique, un aller-retour constant entre les deux, même si Noss Julien est avant tout un homme/militant de terrain, un homme du peuple, un homme parmi le peuple.

Camarades, on oublie souvent que s'il n'est entré qu'en 1923 au PCB il avait lutté à l'intérieur du POB pour que celui-ci adhère à la 3e internationale. Malheureusement, contrairement à la France où le congrès de tours a permis le ralliement majoritaire aux thèses léninistes, en Belgique, le réformisme, le parlementarisme et l'opportunisme ont toujours dominé le POB et son successeur. En témoigne sa position quand le POB rentre dans le rang en 1921 à la faveur de la crise alors que le mouvement ouvrier venait de conquérir les 8h par la loi et surtout dans les usines avec des grèves menées par Julien Lahaut, suivant l’exemple des bolchéviques qui au lendemain de la révolution d’Octobre dès 1917, dans la jeune république soviétique, ont instauré les 8h, donnant espoir aux travailleurs du monde entier. En 36, c’est le principe des 40 heures qui est obtenu de façon unitaire après des luttes animées par Julien Lahaut. De même que les congés payés.

Camarades, nous savons fort bien que dans de nombreux secteurs les 8h ne sont déjà pas respectées et qu’il ne suffit pas de commémorer cette avancée historique de 1921 pour la classe ouvrière qui n’a été gagnée que par la lutte et la grève.

Au-delà des salaires et des conditions de travail, c’est le temps de travail, au cœur de la relation d’exploitation, au cœur de la relation capital-travail, qui est la cible des attaques du patronat. Les capitalistes cherchent à maintenir ou à augmenter leurs profits en augmentant le temps où nous produisons de la valeur et donc de la plus-value pour eux.

L’accord interprofessionnel (AIP) qui prévoit une très forte augmentation des heures supplémentaires sans sursalaire et sans compensation ni récupération en est une illustration tout comme le projet de loi du gouvernement grec de passer la journée de travail de 8h à 10h.

Camarades, la lutte pour la réduction collective du temps de travail fait bien partie de la lutte générale contre l’exploitation capitaliste.

Pour ses grèves en 1921, Julien Lahaut devenait gênant pour le POB et est finalement exclu du parti et du syndicat. Il fonde alors les chevaliers du travail, affilié à la profintern, internationale des syndicats rouges. Aujourd'hui, camarades, les idées du Syndicalisme de classe progressent et les travailleurs ne veulent pas se résigner. Nous devons amplifier nos campagnes autour de l'adhésion à la Fédération Syndicale mondiale non pas pour le simple fait d'adhérer et d'avoir un brevet « pureté dans la lutte » mais parce que c'est un outil pour renforcer nos luttes, pour les coordonner à l'échelle internationale car si le capital est transnational et joue de la liberté de circuler des capitaux, nous devons articuler nos luttes sur le plan national, local, et activer la solidarité. Nos combats sont les mêmes, contre les mêmes exploiteurs, de Fedex à Liberty Steel, en passant par Brussels Airlines. Et tant que nous n'avons pas notre propre syndicat, s’organiser à l'intérieur des organisations existantes sur une base révolutionnaire comme du temps de Julien Lahaut l'opposition syndicale révolutionnaire.

Toujours s’appuyer sur les revendications des travailleurs, définir des objectifs de lutte et agiter pour s’organiser pour la révolution socialiste seule à même de satisfaire nos besoins.

C'est seulement en luttant pour elle que nous arracherons de nouveaux droits à la bourgeoisie qui prend peur.

Camarades, Julien Lahaut, c’est aussi un militant hors pair qui a son caractère, n'hésite pas à dire ce qu'il pense mais reste discipliné. C’est aussi un internationaliste. En 1924 Lahaut mobilisa à l’appel de la 3e Internationale contre la répression coloniale menée par la France au Maroc qui visait l’émir Abdelkarim et la république du Rif, premier état décolonisé, reconnu uniquement par l’Union soviétique. Il y a 100 ans, en juillet 1921, Abdelkarim el Khattabi avait infligé aux troupes coloniales espagnoles une grande défaite à la bataille d’Anoual par une tactique de guérilla a inspiré le général Giâp à Dien Bien Phu. Abdelkarim dira « méfiez-vous des occidentaux sauf des communistes qui sont les seuls amis des arabes ».

Camarades, il faut ici voir dans le cadre du centenaire, que la lutte recourait tous les moyens, impliquait tous les révolutionnaires, y compris les intellectuels et les artistes. Ainsi le poète Paul Nougé, membre fondateur du 1er parti Communiste en 1919 avait-il participé au tract des surréalistes « la révolution d’abord et toujours » contre la guerre au Maroc. Parmi les autres signataires, on retrouve évidemment Louis Aragon.

12 ans plus tard, Achille Chavée, surréaliste et membre du Parti Communiste a quant à lui rejoint les brigades internationales comme bien d’autres membres du Parti ont combattu en Espagne. On peut citer Marcel Baiwir, Désiré Mosbeux, compagnon de Noss Julien à Seraing, ou encore les frères Akkerman qui ont donné leur vie à la lutte contre le fascisme.

Là encore, camarades, Julien Lahaut joua son rôle de dirigeant internationaliste en actes et en paroles. Il a ainsi accueilli chez lui des enfants espagnols, il encourageait les brigadistes. Il soutint l’Espagne républicaine jusqu’au bout contrairement à la social-démocratie qui avait une nouvelle fois trahit en reconnaissant Franco, par l’entremise de Paul-Henri Spaak, futur secrétaire général de l’OTAN, alors que la République tenait toujours. Comme en 14-18 où Vandervelde à encourager les soldats russes à poursuivre la guerre. La social-démocratie pour reprendre l'expression d'alors, c’est "la brigade de choc de l'impérialisme et le principal soutien de la bourgeoisie ". Le POB a défendu l’union sacrée comme aujourd’hui, les divers gouvernements nous chantent l’unité nationale, que ce soit durant la pandémie, derrière les olympiens ou pendant l’euro de football comme si nous ne faisions qu’un avec nos exploiteurs.

Il y a bien deux classes et nos intérêts sont diamétralement opposés. Les mots sur le calicot derrière Julien Lahaut en 1921 lors de la grève d'Ougrée Marihaye qui dure 9 mois sont simples et clairs : les patrons sont des méchants. Nous n'avons rien en commun avec nos exploiteurs. Ils achètent et recrutent pour nous casser, pour nous tuer. Le patronat n'a pas changé entre 1921 et 2021. On pense aux camarades de Fedex en Italie ou aux camarades de Colombie réprimés dans le sang.

Camarades, la classe ouvrière est une et notre lutte est internationale.

En 1923, 54 membres du Parti Communiste sont arrêtés dans le cadre du Grand Complot, des arrestations similaires s’abattent sur le Parti Communiste français. Nos deux partis sont alors accusés d’être « antipatriotiques » parce que nous nous opposons au militarisme à l’occupation de la Ruhr en Allemagne au service des monopoles miniers et sidérurgiques belges et français contre le peuple et la classe ouvrière d’Allemagne, parce que nous soutenons les révolutionnaires en Allemagne qui luttent contre leurs propres monopoles. Au final, 16 camarades sont renvoyés en justice. Parmi les 16, il y a Julien Lahaut qui n’est pas encore membre du Parti Communiste. Des meetings internationaux sont organisés pour leur libération. Ils seront finalement acquittés et à la sortie, Julien Lahaut demande son adhésion au PCB. Il voit la force et la nécessité du parti.

Camarades, le Parti doit être préservé à tout prix, c’est avec notre journal pour travailler auprès des masses, ce qu’il y a de plus important, une organisation d’avant-garde. Lorsqu’en 39, « la Voix du peuple » est interdit par le gouvernement, lorsqu’en mars 1940, le parti est interdit soi-disant « pour la défense des institutions nationales », Julien Lahaut s’y oppose fermement au parlement.

Camarades, cette loi, qui vise à interdire aux communistes d’être élus et de voter, d’occuper des fonctions publiques ou encore de faire partie d’un jury d’assises n’est pas sans rappeler le sort que subira et subit encore le KPD en Allemagne et la tentative d’interdiction du DKP le mois dernier de participer aux élections fédérales allemandes. Nous avons adressé notre soutien le plus fraternel à nos camarades et des messages de protestation sont venus du monde entier pour contribuer à la victoire de l’internationalisme prolétarien. Le DKP ne sera pas interdit et pourra se présenter aux élections.

Unité internationale mais aussi avec les victimes de l’exploitation capitaliste. Unité des travailleurs avec ou sans emploi, avec ou sans papiers.

Dès 1905, Julien Lahaut, avec le syndicat « relève-toi » qu’il avait créé quand il fut exclu de Cockerill et qui deviendra la centrale des métallos, s’opposa aux caisses d'aide mutuelle créées par le patronat. Il avait compris qu'un patron ne fait jamais rien dans notre intérêt et que ces caisses servaient à briser l'unité ouvrière.

Camarades, alors qu’on parle de plus en plus d’une réforme du chômage, Julien Lahaut, député communiste, avec Henri Glineur et Jacquemotte propose en 1932 une réforme de l’assurance chômage, avant la création de la sécu, pour la rendre universelle et gratuite, financée par les patrons à hauteur de cinq pour cent de la masse salariale et de dix pour cent des bénéfices, le solde étant à charge de l’État par l’affectation du Fonds National de Crise et la réduction des dépenses d’armement. En somme, c’est la création de cotisations sociales que les communistes défendaient et aujourd’hui encore, nous nous opposons à toute remise de cotisations comme ce fut encore le cas lors du dernier AIP. Les cadeaux au patronat (par subventions, remise) cumulent à 18 milliards d’euros en 2021. Dans le cadre de l’AIP, nous avons mené et continuerons à mener une campagne « ce n’est pas seulement la loi de 96 qu’il faut abolir, c’est la concertation sociale ».

Souvenons-nous camarades de la grande grève des mineurs en 32 : alors que les syndicats affiliés au POB accepte la modération salariale de 5% chez les mineurs, le PCB appelle à résister. C'est cette année-là que notre camarade Louis Tayenne à qui nous avons rendu hommage le 10 juillet dernier est tué par la gendarmerie et que les maisons du peuple sont protégées par la gendarmerie. Pas plus tard que ce mardi 10 août 2021, c'est le siège du PS qui était protégé par des policiers face à une centaine de sans-papiers.

Lahaut, le député, le héraut, le défenseur des travailleurs interpelait déjà sur la politique criminelle de la Belgique qui renvoyait des demandeurs d’asile soit directement vers l’Allemagne nazie soit vers les Pays-Bas où les demandes avaient déjà échoué. La Belgique refoulait les juifs, n’accueillait pas les réfugiés antifascistes. On se souviendra que la section MOE et les antifas italiens ont été importants dans la vie du parti, notamment lors de la scission de 1928. On se souvient que sous le gouvernement Michel, le secrétaire d´État Francken travaillait de concert avec la sûreté soudanaise de la dictature d’Omar el-Bashir tandis que nous luttions aux côtés de nos frères soudanais en Belgique pour leurs droits, pour la fin des centres fermés, et contre la dictature au pays.

Aujourd’hui, nous continuons notre travail avec les travailleurs immigrés. Nous continuons à dire "Même vie, même boulot, mêmes droits. "

Aujourd’hui, ce sont les Afghans qui ne sont pas accueillis alors que la Belgique a participé à la guerre de rapine et de la guerre impérialiste pendant vingt ans aux côtés de l’OTAN et des USA laissant pays en ruines.

Camarades, on n’oublie évidemment pas Lahaut l’antifasciste, le rescapé des camps, l’homme qui avait le soleil dans sa poche. Lui qui par ses meetings a instauré cette tradition à Liège : les fascistes ne parleront pas en public à Liège. Lui, qui durant l’horreur des camps a toujours été solidaire avec les autres prisonniers, partageant ses repas, ses cigarettes, la paille pour dormir, se sacrifiant. Malade de la dysenterie dans les camps, il fut aidé et soigné par des camarades allemands et un médecin tchécoslovaque.

C’est l’occasion de parler brièvement pour conclure de Julien Lahaut, de la santé et du socialisme en cette période de pandémie. On se souviendra que c'est en union Soviétique que Julien lahaut passera sa convalescence après une broncho-pneumonie. Et ce à plusieurs reprises au cours des années 30 Et ce ne fut pas le seul à profiter des soins en Union Soviétique ou dans les démocraties populaires. On ne peut que souligner la qualité des soins de santé dans les pays socialistes, encore aujourd'hui, comme à Cuba, où la santé est un droit élémentaire.

Camarades, nous continuons les combats, le combat de Julien Lahaut.

Julien Lahaut est vivant dans nos cœurs, son parti est vivant dans l'action. Le parti a un avenir, l'avenir a un parti.

Vive Julien Lahaut, Vive le Parti Communiste de Belgique, Vive le socialisme !

Prolétaires de tous les pays, unissez-vous !

source : 

http://mouvementcommuniste.over-blog.com/2021/08/parti-communiste-de-belgique-hommage-a-julien-lahaut-president-du-pcb-assassine-le-18-aout-1950.html

Tag(s) : #Belgique#PCB#Lahaut#Communiste

 

 
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