AU CHU DE REIMS, EN QUETE DE RESPIRATEURS POUR LA REANIMATION, ON EST AU DEBUT DE LA VAGUE MAIS LA VAGUE ARRIVE TRÈS VITE, TRÈS HAUTE

  • Par
  • Le 23/03/2020
  • Commentaires (0)
  • Dans FRANCE

Au CHU de Reims, on est «au début de la vague»

 

Mathieu Livoreil

Dans cet article

 

Face au Covid-19, directrice du CHU et président de la communauté médicale d’établissement évoquent l’ampleur du défi. Et exhortent à respecter le confinement.

Dominique De Wilde et Philippe Rieu, le 23 janvier, lors de la cérémonie des voeux du CHU.

Dominique De Wilde et Philippe Rieu, le 23 janvier, lors de la cérémonie des voeux du CHU.

Dominique De Wilde, la directrice du Centre hospitalier universitaire (CHU) de Reims, et Philippe Rieu, le président de la communauté médicale d’établissement, expliquent l’ampleur du défi à relever au cours des semaines à venir. Vendredi, lors de notre entretien, 62 patients touchés par le Covid-19, dont 13 en réanimation, étaient recensés au CHU, qui a élargi ses capacités d’accueil à 150 lits. Mais la vague arrive très vite, très haute.

Quelles sont les capacités d’accueil dont dispose le CHU pour prendre en charge des patients touchés par le Covid-19 ?

Philippe Rieu : Près de 80 % de l’activité chirurgicale a été déprogrammée. Toute l’activité médicale qui pouvait être reportée l’a été. Seules les consultations les plus urgentes ont été maintenues. Cela nous a permis de fermer plusieurs unités et d’en rouvrir d’autres, dédiées pour les patients atteints par le Covid. Nous avons progressivement augmenté le nombre de lits. En médecine, nous sommes aujourd’hui (l’entretien a eu lieu vendredi, NDLR) à 100 “lits Covid. Nous avons également ouvert des unités de médecine générale afin de recevoir des patients non touchés par la pandémie mais qui vont devoir être hospitalisés pour d’autres raisons.

 

“Si c’est le même afflux de patients qu’en Alsace, nous aurons du mal à faire face”

 

Qu’en est-il pour la réanimation ?

Là aussi, nous avons aussi ouvert des lits avec du matériel adapté pour les patients Covid. Nous avons deux unités de quinze lits chacune. Pour celle qui est dédiée au Covid, nous sommes montés en capacité d’accueil. Nous étions passés à 31 lits, puis à 39 ce week-end et, lundi (aujourd’hui), nous serons à 47 lits. Soit trois fois plus qu’au départ. En plus des 100 lits d’hospitalisation traditionnelle, donc.

Quel constat dressez-vous de la situation actuelle ?

Pour l’instant, nous ne sommes qu’au tout début de la vague. Lorsqu’on voit ce qui se passe chez nos voisins, notamment d’Alsace, nous pouvons être inquiets. Aujourd’hui, nous avons augmenté nos capacités mais nous ne savons pas si elles répondront à l’afflux de patients qui va arriver. Si c’est le même afflux que chez eux, cela sera difficile… C’est pour cela que les mesures de confinement qui ont été mises en place sont essentielles à suivre ! Si on ne les suit pas, la vague qui nous arrive dessus sera encore plus haute.

Combien de patients Covid avérés avez-vous à ce jour (vendredi) entre vos murs ?

Nous avons 46 patients Covid en hospitalisation et 13 en réanimation. Ces chiffres augmentent, il y a des entrées tous les jours. Toutes les tranches d’âges sont touchées – d’où l’importance du confinement ! – mais la gravité de la maladie va dépendre de plusieurs facteurs, et l’âge en est un.

Disposez-vous d’assez de masques ?

Dominique de Wilde : Nous venons de recevoir d’importantes livraisons de masques chirurgicaux et FFP2. Nous avions des inquiétudes à ce sujet mais les masques sont semble-t-il en train d’arriver dans les hôpitaux du pays. Je ne vous aurais pas dit la même chose il y a quelques jours…

Le PDG du groupe Courlancy nous expliquait il y a deux jours être encore en attente de masques et lunettes de protection…

Oui, et c’est pour cela que nous leur avons donné 7 000 masques FFP2. Je ne saurais pas vous expliquer la politique nationale de répartition des masques mais elle se met vraiment en place.

La “guerre sanitaire” annoncée par Emmanuel Macron a-t-elle commencé ?

Les deux : Oui, clairement !

Cette vague de patients touchés par la pandémie va-t-elle déferler pendant des semaines ? Des mois ?

P.R. : Nous sommes au moins partis pour plusieurs semaines. Mais plus ce sera étalé dans le temps, mieux nous pourrons faire face à l’afflux de patients. S’ils arrivent de manière trop simultanée, nous ne pourrons pas faire face – il y a un gros travail de coordination entre hôpitaux pour se répartir la charge de travail. Là est l’intérêt de respecter le confinement.

La solution d’un hôpital de campagne de l’armée en Alsace est-elle envisagée dans la Marne ?

À ce stade, aucune solution n’est à écarter.

En quête de respirateurs pour la réanimation

Dominique De Wilde, relativement optimiste sur la question de la gestion des masques FFP2, reconnaît par ailleurs que « pour les hôpitaux de la France entière, le problème majeur que nous allons avoir sera celui du manque de respirateurs disponibles en réanimation ». Dans toute l’Europe, la course contre la montre s’est accélérée pour se procurer ces appareils essentiels pour sauver les patients en détresse respiratoire. Or, il n’existe qu’une poignée de fabricants dans le monde, en difficulté pour faire face à l’afflux de commandes.

À l’accueil, des étudiants en régulateurs

Comme dans les autres hôpitaux, le CHU a mis en place un nouveau protocole d’accueil des patients. « Tout le personnel soignant rentre par une même entrée ; les patients, eux, rentrent par une autre, à Robert-Debré, explique Philippe Rieu. Là, ils sont interrogés par des étudiants en médecine qui leur demandent pourquoi ils sont venus et vont leur prendre la température. » Sacré baptême du feu pour ces étudiants volontaires pour tenir le rôle de régulateurs. « En cas de suspicion Covid, poursuit M. Rieu, les patients vont directement aux urgences, où une grande partie du lieu est réservée à la réception de patients potentiellement Covid. Désormais, il y a trois filières distinctes qui mènent aux urgences : l’une pour les patients Covid, l’autre pour les non-Covid et la dernière pour les urgences chirurgie. L’idée est bien sûr qu’un patient potentiellement Covid ne contamine pas les non-Covid. »

https://www.lunion.fr/id140789/article/2020-03-22/au-chu-de-reims-est-au-debut-de-la-vague


 

 

Aucune note. Soyez le premier à attribuer une note !

Ajouter un commentaire