COVID-19 : DECUS PAR LE GOUVERNEMENT MACRON, LES SOIGNANTS DU CHU DE REIMS DOUTENT DE POUVOIR FAIRE FACE A UNE SECONDE VAGUE

Covid-19 : déçus par le gouvernement, les soignants du CHU de Reims doutent de pouvoir faire face à une seconde vague

Les personnels soignants du centre hospitalier universitaire de Reims sont fatigués, physiquement et psychologiquement. Déçus par les réponses du gouvernement, ils doutent de pouvoir faire face à une seconde crise sanitaire et exigent des moyens supplémentaires matériels et humains.

Le CHU de Reims  © PHOTOPQR/L'UNION DE REIMS/Remi WAFFLART

Le doute s'est installé chez les soignants. Pourtant, en mars, les personnels hospitaliers étaient on ne peut plus motivés, déployant des efforts incroyables pour faire face à l 'afflux de malades. "Tout le monde s'est investi à 300 %. Les brancardiers, les personnels techniques, administratifs et les soignants. Ils ont tous accepté de bouleverser leurs habitudes de travail, de prendre des risques car on manquait de matériel de protection, de masques, de surblouses. Ils ont tout donné", rembobine Bénédicte Dongois, secrétaire générale adjointe CGT du CHU de Reims.

La déception des "héros du quotidien"

Il y a eu cet hommage rendu tous les soirs à huit heures par les habitants pour ces « héros du quotidien », la promesse de prime, le plan Ségur pour la santé, et la déception.

Bénédicte Dongois et les autres représentants du personnel l'ont très vite perçu. "Il y a eu beaucoup de déçus avec la prime. Certains ont obtenu 1.500 euros mais il fallait avoir rempli beaucoup de conditions. Beaucoup ne les remplissaient pas. Sans compter qu'elle a été versée en juillet seulement, alors qu'elle a été annoncée en mars."

Autre déception, le Ségur de la santé signé en juillet par une majorité de syndicats hospitaliers FO, CFDT et UNSA. La revalorisation des salaires attendue n'est pas au rendez-vous. "On demandait 300 euros par mois, on en a obtenu 183 pour tous les agents hospitaliers", déplore la responsable CGT. "300 euros, cela aurait tout changé."

Sans compter que ces 183 euros d'augmentation par mois seront versés en deux fois, pour tous les personnels sauf les médecins. 90 euros versés en septembre ou au plus tard en octobre , et le solde, d'abord prévu en mars, qui devrait arriver avant la fin de l'année. Pour les personnels hospitaliers, le compte n'y est pas.

De la démission à l'abandon de poste

Au Centre Hospitalier Universitaire de Reims, le personnel est épuisé, à la fois physiquement et moralement. "En tant que représentants du personnel, on reçoit toutes les semaines des appels d'agents qui veulent avoir des renseignements sur la mise en disponibilité ou qui veulent démissionner. Certains partent dans d'autres structures, ont décidé de changer de métier, sont partis travailler dans d'autres secteurs."

Des démissions, des abandons de poste, des demandes de mise en disponibilité qui ne sont pas nouveaux. On observe ce phénomène depuis quelques années mais il est en augmentation. Et selon le bilan social présenté il y a quelques jours aux instances syndicales, la tendance aux départs s'accélère. 16 abandons de poste contre 5 en 2018, 85 démissions en 2019 contre 71 en 2018 et 52 mises en disponibilité contre 26 l'année précédente. Les chiffres de 2020 ne sont pas encore connus mais devraient accentuer la courbe des départs.

Il manque du personnel. Un phénomène amplifié par l'éviction de certains agents, contaminés par le virus. Les cas suspects et les symptomatiques doivent rester chez eux. Ils ne peuvent plus venir travailler. Fin août, 25 personnels étaient concernés, 64 depuis début octobre.

Si on ouvre une nouvelle unité pour le covid, avec quel personnel ?

En se rendant dans les services, les représentants du personnel ont perçu l'inquiétude des agents. "Nous avons écrit au président du CHSCT, car les agents en réanimation et dans l'unité Covid s'inquiètent, explique Bénédicte Dongois. Ils sont épuisés et se posent la question : comment comptent-ils s'organiser sans déprogrammer des activités?"

En mars, la situation de crise sanitaire a pu être gérée car tous les autres services ont fermé, tout l'hôpital était centré sur le Covid. Il y avait du personnel car seules les urgences dans d'autres pathologies étaient acceptées. Cette fois, il va falloir faire face à une deuxième vague à laquelle va s'ajouter l'arrivée des malades traditionnels de l'hiver. Pas sûr qu'il y ait suffisamment de personnel.

Dans les EHPAD, l'inquiétude

Dans les EHPAD, c'est également très compliqué pour les personnels. "Ils craignent de revivre ce qui s'est passé au plus fort de la crise", rapporte la syndicaliste. Les agents avaient dû se débrouiller, créer des services Covid au sein des EHPAD et gérer une absence de visite des familles cruelle pour les personnes âgées. La situation reste critique.

Une grève pour se faire entendre

Pour se faire entendre du gouvernement, la CGT, rejointe par Sud-Santé et des collectifs de personnels des hôpitaux et des EHPAD a appelé à une journée nationale de grève et de mobilisation jeudi 15 octobre. Ils ont réclamé l'embauche massive et immédiate d'agents, une revalorisation des salaires et l'amélioration des conditions de travail. Ont-ils été entendus ?

Les syndicats santé CGT et Sud santé manifestent à Paris, le 15 octobre, pour obtenir plus de moyens face à la crise sanitaire  © Julien Mattia / Le Pictorium/MAXPPP

 

La direction du CHU s'efforce de se préparer

La direction du CHU de Reims n'a pas souhaité répondre à nos questions mais nous a fait parvenir un communiqué dans lequel elle indique que le nombre de passages aux urgences et les appels an centre 15 sont stables depuis plusieurs semaines. Actuellement, précise-t-elle, 24 patients se trouvent en hospitalisation dédiée Covid contre 16 la semaine dernière et 6 patients en réanimation contre 7 la semaine passée.

Pour le moment, les patients Covid sont accueillis dans le service des maladies infectieuses. Une coopération avec la réanimation de la polyclinique Reims-Bezannes est en place. Les patients sont orientés vers l'un ou l'autre des établissements en fonction des places disponibles. Les patients en provenance du centre hospitalier d'Epernay seront également orientés vers la polyclinique. En cas de saturation, ajoute-t-elle, cinq lits de surveillance continue seront réquisitionnés afin d'éviter la déprogrammation chirurgicale.

"Le taux de positivité dans la population qui vient se faire tester au drive augmente tout comme le niveau des hospitalisations. Le CHU de Reims, avec l'ensemble de ses professionnels, reste mobilisé pour assurer une capacité suffisante de prise en charge. Il est de notre devoir à tous de nous protéger au nom de l'intérêt commun en respectant les gestes barrières", souligne le Pr Philippe Rieu, président de la Commission médicale d'établissement du CHU.

Premier test, la Toussaint. Le Premier ministre Jean Castex a annoncé une prime de 110 à 200 euros bruts par jour pour ceux qui renonceront à leurs vacances. Certains personnels savent déjà qu'ils n'auront ni Noêl, ni Premier de l'an cette année: ils seront difficiles à convaincre.

 

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