COVID-19 : DES SUPER-CONTAMINATEURS DANS LA NATURE? UN MEDECIN URGENTISTE APPELLE A CHANGER LA POLITIQUE DE TEST

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Les Français devraient prochainement vivre un sérieux tour de vis concernant les mesures de restrictions pour lutter contre le Covid-19. Jusqu’au reconfinement? Pour le docteur Gérald Kierzek, médecin urgentiste à l'hôpital Hôtel-Dieu (AP-HP) à Paris, d’autres solutions existent, explique-t-il au micro de Sputnik.

«Il faut s'attendre à des décisions difficiles.» Le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin a prévenu les Français ce 27 octobre. Devant la propagation de l’épidémie de Covid-19 qui atteint des niveaux alarmants, selon plusieurs médecins, le gouvernement s’apprête à annoncer des mesures supplémentaires.

​Le président du Conseil scientifique Jean-François Delfraissy a avancé le 26 octobre deux hypothèses. Premièrement: «Aller vers un couvre-feu plus massif, à la fois dans ses horaires, dans son étendue au niveau du territoire national, et qui puisse également être mis en place le week-end.» Autre option envisagée: «Aller directement vers un confinement» qui serait «moins dur» et moins long que celui de mars à mai, d’après lui.

«Nous n’avons pas essayé d’autres solutions»

Le docteur Gérald Kierzek, médecin urgentiste à l'hôpital Hôtel-Dieu (AP-HP) à Paris, rappelle au micro de Sputnik que le couvre-feu actuel à partir de 21h et qui concerne une large partie du territoire «est déjà une sorte de semi-confinement»:

«C’est un compromis entre "on ne fait rien" et "on confine tout le monde". Le but des autorités est de maintenir l’économie. C’est toujours ce fameux dilemme. L’objectif est de réduire les contacts sociaux, de diminuer la bulle sociale afin de limiter les chaînes de contamination. Si vous empêchez les gens de se voir de 21h à 6h du matin, vous limitez les plages horaires de contact.»

Problème: cela semble insuffisant à la vue des mauvais chiffres. Le 26 octobre, 2.761 malades graves du Covid-19 étaient hospitalisés en réanimation, pour un total de 5.800 lits de réa dans toute la France. Les chiffres publiés le 25 octobre par Santé publique France faisaient état de 52.010 nouveaux cas de Covid-19 en 24 heures. Un record.

​Gérald Kierzek incite à la prudence: «Il faut se méfier des chiffres de nouvelles contaminations annoncées. Nous ne savons pas s’il s’agit réellement de nouveaux cas ou d’anciens qui sont encore positifs.» Le médecin assure néanmoins «que cela monte en termes de contaminations et de places à l’hôpital». Et selon lui, «on ne fait rien pour l’éviter».

«Il faut redonner un tour de vis au niveau des restrictions sanitaires parce que malheureusement, nous n’avons pas testé d’autres solutions. Elles existent et nous aurions dû les expérimenter. On pourrait les essayer maintenant ou on devra le faire plus tard», assure Gérald Kierzek.

«Comment aller chercher les sujets asymptomatiques?», lance de manière rhétorique le médecin. D’après lui, il est urgent de changer la manière dont on teste les Français. Pour rappel, les autorités ont misé sur des tests PCR à grande échelle.

Les tests antigéniques comme solution?

Actuellement, environ un million d’examens sont effectués chaque semaine en France, selon le syndicat des biologistes médicaux. Le problème reste l’engorgement des laboratoires et l’attente pour les résultats, comme le souligne le docteur Kierzek:

«La politique de test actuelle n’en est pas une. Ce n’est pas une stratégie. Il faut prendre rendez-vous dans un laboratoire engorgé puis attendre plusieurs jours avant d’avoir ses résultats et pendant cette période, les gens continuent à contaminer.»

Le médecin urgentiste appelle à massivement réaliser des tests antigéniques préventifs. Ces derniers, qui sont généralement réalisés via un prélèvement nasopharyngé, permettent, au contraire des tests PCR, d’obtenir un résultat en quelques minutes seulement. Ses détracteurs le jugent cependant moins fiable. Ce que réfute Gérald Kierzek, pour qui il a de sérieux avantages.

«Il faut agir en amont, aller chercher les gens et réaliser des tests antigéniques dans les universités, les entreprises, etc. Vous rentrez dans l’établissement seulement si vous êtes négatif. Des étudiants en médecine, des médecins ou des infirmières du travail pourraient s’en charger», assure-t-il.

«Nous avons actuellement dans la nature des gens qui sont probablement des super contaminateurs. Dans les commissariats de police, dans les hôpitaux... nombre de personnes ne sont pas testées. Et on devrait les tester avec des tests antigéniques», poursuit-il.

Ce type d’examen commence doucement à se généraliser en France. La ministre déléguée chargée de l’Autonomie Brigitte Bourguignon a annoncé ce 27 octobre que tous les Ehpad en France en recevront «d’ici à la semaine prochaine». Les expériences locales commencent à se multiplier, comme à l’aéroport de Marseille qui est le premier à les proposer. De plus, les pharmaciens de France pourront bientôt les pratiquer. Mais pour le moment, les tests PCR restent la référence.

​Pourtant, les tests antigéniques pourraient également avoir des avantages économiques, selon Gérald Kierzek qui évoque le monde de la nuit. Ce dernier est à l’arrêt depuis de longs mois et sa situation a récemment poussé le célèbre DJ Laurent Garnier à écrire à la ministre de la Culture Roselyne Bachelot afin de tirer la sonnette d’alarme sur un secteur plus que jamais en danger de mort.

«Au lieu de fermer les boîtes de nuit, n’aurions-nous pas eu intérêt à tester les jeunes dans les files d’attente? Vous rentrez si le résultat est négatif et vous partez à l’isolement si c’est positif. Cela serait effectif et il s’agirait d’une prévention proactive. On casserait la dynamique de propagation en repérant les gens contaminés plus vite», explique le docteur Kierzek.

«C’est un peu le même principe qu’avec les tests d’alcoolémie. Vous prenez le volant si vous êtes négatif. Il faut généraliser ce type d’examen pour sécuriser Noël. La prochaine étape sera le test salivaire permettant un autoprélèvement», poursuit-il.

Un hôpital public sous-dimensionné

Le médecin urgentiste appelle également à créer des places d’hôpital. Le budget de l’hôpital public est grignoté par les gouvernements successifs depuis de longues années. Résultat: le système est fragile. D’après une étude du ministère de la Santé publiée récemment, plus de 3.400 lits d'hospitalisation complète ont été supprimés en 2019.

«À un moment donné, il faudra créer de nouveaux lits d’hôpital dans ce pays. Nous faisons face à un sous-dimensionnement chronique des établissements hospitaliers. C’est terrible pour les gens de savoir qu’au XXIe siècle, la France n’est pas capable de traiter les gens et de les hospitaliser. C’est hallucinant. Ce n’est pas l’épidémie qui est hors de contrôle mais bien l’hôpital qui est sous-dimensionné», alerte Dr. Kierzek.

D’après le médecin, le nombre de places en réanimation n’est pas le cœur du problème, au contraire des places normales «dans les lits normaux avec de l’oxygène et de quoi traiter les malades». «Il faut plus de lits d’aval. Rappelons qu’il y a les malades du Covid-19 mais également les malades habituels et ceux dont les soins ont été retardés depuis le dernier confinement. Il faut faire attention à ce que l’on appelle les malades boomerang», souligne-t-il.

 

Invité de BFMTV-RMC ce 27 octobre, Gilles Pialoux, chef du service des maladies infectieuses à l'hôpital Tenon à Paris, a tenu des propos très forts. Selon lui, l'épisode épidémique en cours est «plus critique, plus précoce, plus fort et plus impactant sur la vie de l'hôpital qu’il ne l'était». Gilles Pialoux juge l’hypothèse d'un couvre-feu avancé à 19h et les week-ends «insuffisante». «Il faut reconfiner le pays et laisser de côté l'économie car ça, c'est rattrapable. En revanche, la réanimation loupée, ça ne l'est pas», a-t-il martelé. Il a également pointé la responsabilité des «rassuristes» dans la crise actuelle.

Le Dr. Kierzek appelle quant à lui à ne pas «hystériser» le débat. «Ce n’est pas si manichéen. Il n’y a pas d’un côté les "rassuristes" et de l’autre les alarmistes. Ces derniers ont aussi la responsabilité d’avoir affolé les gens. Il est nécessaire d’être factuel dans cette crise. Augmentons les lits d’hôpital et changeons notre stratégie de test. Je rappelle que l’OMS ne recommande le confinement ou le couvre-feu qu’en dernier ressort. De plus, il faudrait réellement disposer d’une étude pour connaître l’impact du couvre-feu ou du confinement sur la mortalité ou la charge hospitalière. Cela reste à démontrer. Entre "fermons tout" et "ne faisons rien", il existe un juste milieu et c’est ce juste milieu, cette pertinence des actions qui me semblent indispensables.»

«Rappelons que lors de la première vague de confinement, des gens sont morts de solitude. D’autres sont et vont décéder car leur cancer n’a pas été traité. C’est une réalité. À l’inverse, dire que rien se passe est aussi dangereux», conclut le médecin urgentiste.
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