FRANCE : OPERATION "MONCLAR" EN AFRIQUE : LA LEGION ÉTRANGÈRE EN POINTE D'UN EFFORT COLONIAL SANS PRECEDENT AU SAHEL

Opération «Monclar»: la Légion étrangère en pointe d’un «effort sans précédent» au Sahel

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Dans le Liptako Gourma, aux confins du Mali, du Burkina-Faso et du Niger, l’armée française a mis le paquet et veut le faire savoir. Du 3 au 23 mars, une opération conjointe avec ses alliés du Sahel a vu la mise en place d’un dispositif de commandement et d’une mobilisation inédits. Zoom.

C’était une offensive, ou plutôt une contre-offensive d’envergure: en tout, 4.700 soldats ont été engagés pour affaiblir les groupes terroristes dans la zone des trois frontières, à la croisée du Mali, du Burkina-Faso et du Niger. Soutien compris, 1.700 militaires et 400 blindés français de Barkhane ont été alignés aux côtés de 1.500 hommes de la force du G5 Sahel et de 1.500 soldats des forces armées nigériennes. Cette région des trois frontières, où l’État islamique* au grand Sahara prospère, inquiète depuis le mois de décembre et l’accident d’hélicoptères qui a coûté la vie à 13 militaires français.

Une coordination tactique inédite

Selon l’état-major, cet effort a été rendu possible par les progrès des dernières semaines dans cette zone. Entre autres, le déploiement au mois de janvier de 250 légionnaires du prestigieux 2e Régiment étranger de parachutistes (2e REP), et ses actions dans des «conditions sommaires», auront été une première étape pour reprendre pied dans le Liptako Gourma nigérien. Selon nos sources, le REP vient d’ailleurs tout juste de rentrer à Calvi en Corse.

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L’opération Monclar visait le Liptako nigérien et le Gourma malien. Tandis que l’armée nigérienne menait une opération sur son territoire, la force conjointe, elle, opérait à la frontière malo-burkinabée.

Du côté de l’état-major, le message est dorénavant à l’optimisme. L’effort de l’opération «Monclar» (du nom du général de la France libre durant la 2nde Guerre mondiale) semble avoir payé. La saisie ou la destruction de 80 motos, mais aussi d’un pickup armé d’une mitrailleuse lourde et d’une «très grande quantité d’armement et de composants d’engins explosifs» ont été revendiqués. Les pertes ennemies ne sont pas renseignée, mais seraient «grandes» selon le Ministère, laconique. Cependant, davantage que le bilan tactique ou le nombre d’ennemis neutralisés, c’est la coordination des troupes multinationales qui fait la fierté de la hiérarchie militaire.

​Ce coup de force aurait donc été rendu possible grâce à un mécanisme de commandement conjoint, inédit jusqu’alors: d’abord, un poste de commandement interarmées à N’Djamena au Tchad, mais aussi une cellule de partage de renseignements et enfin un poste de commandement conjoint. L’état-major français a tenu à souligner que les actions aériennes dans le nord du Burkina Faso ont ainsi été rendues possibles grâce à des renseignements de l’armée malienne. En tout, l’armée de l’air française a réalisé 84 sorties, dont 32 sorties de chasse et 25 de reconnaissance. Toujours selon l’état-major, un tel niveau de coordination entre les différentes armées illustrerait «la montée en puissance» des alliés sahéliens, jusque-là durement étrillés par les attaques terroristes.

«Le fait que la coordination ait eu lieu entre les différentes forces est assez remarquable», a confié à Sputnik un officier d’infanterie ayant l’expérience du conflit malien, sous couvert d’anonymat.

Pourtant critique à son retour du Sahel, celui-ci nous confiait il y a quelques mois le besoin d’«une force de frappe accrue». Aujourd’hui «étonné,» il souligne que la présence d’effectifs aussi importants était «effectivement une grande première». «Le bilan n’est pas vraiment expliqué, c’est dommage, mais en tout cas, oui [une telle opération] est sans précédent et c’est une bonne chose…» a-t-il ajouté.

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En tout, trois compagnies de la Légion étrangère ont ratissé la zone des trois frontières. Soit près de 700 hommes: les légionnaires du 2e REP réunis au sein du Groupement tactique désert (GTD) «Altor», ceux du 2e REI au sein du GTD «Dragon», et ceux du 1e REC dans le GTD «Centurion».

Jusque-là, le nombre de djihadistes éliminés avoisinait une moyenne de 100 par mois, selon Le Monde. Selon les estimations non officielles de nos interlocuteurs, au moins 150 djihadistes pourraient avoir été neutralisés lors de l’opération Monclar.

Un «gros coup d’arrêt dans la zone», mais encore?

Deux mois après le sommet de Pau, la France veut rassurer les opinions à la fois françaises et africaines, et une telle opération d’ampleur y contribue. «Il y a eu un réel effort avec des résultats corrects», estime quant à lui un officier commando parachutiste, qui reste toutefois prudent: «il est évident que cela ne résoudra rien dans la zone… C’est juste un gros coup d’arrêt aux groupes armés terroristes dans la région

 

 

© AFP 2020 CLEMENT MAHOUDEAU

Confinement bafoué dans les zones de non-droit: «une question de rapport de forces», selon Michel Aubouin

En effet, malgré cette victoire, la guerre est encore loin d’être jouée. à l’échelle du Sahel, la situation n’est toujours pas radieuse. Les violences interethniques ne cessent pas. Le 19 mars, 30 soldats maliens ont été tués par le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM) dans l’attaque d’un poste militaire à Tarkint, au nord de Gao.

 

Le 23 mars, l’armée tchadienne subissait de très lourdes pertes dans une attaque de Boko Haram dans la région du lac Tchad. Les combats ont duré 7 heures, 92 tués et 47 blessés sont pour l’heure dénombrés. Si l’on en croit donc le seul décompte des pertes, la guerre ressemblerait alors pour l’heure à un match nul.

 

*Organisation terroriste interdite en Russie

https://fr.sputniknews.com/defense/202003271043411500-operation-monclar-la-legion-etrangere-en-pointe-dun-effort-sans-precedent-au-sahel/


 

 

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