INCENDIES : QUELLE SÉCURITÉ POUR LA PÉTROCHIMIE?

Incendies : quelle sécurité pour la pétrochimie ?

Au lendemain des incendies qui ont ravagé la Côte Bleue,« La Marseillaise » s’intéresse à la prévention des risqueset la sécurité dans les industries pétrochimiquesdu bassin. En interne, les syndicats pointent toujours le manque de moyens et de personnels.

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FRANCE /

07/08/2020 | 15H37

Incendies : quelle sécurité pour la pétrochimie ?

L’incendie de mardi est passé proche des zones industrielles de l’étang de Berre. PHOTO La Marseillaise

Sur la Côte Bleue, plusieurs entreprises ont été durement frappées par les incendies de cette semaine, notamment à Port-de-Bouc et à Martigues. Si le bilan s’annonce lourd pour les salariés et l’activité de ces sites, disons-le tout net, la catastrophe aurait pu être d’une tout autre ampleur si l’incendie avait touché le réseau d’industries pétrochimiques du littoral. Hier, la direction de la bio-raffinerie Total de La Mède se contentait pourtant d’une communication post-incident habituelle : « Suite à l’incendie, le redémarrage des installations de la plateforme pourrait occasionner, durant quelques jours, des nuisances sonores (rejets de vapeur) et visuelles (torchage). Cet épisode pourrait s’étendre jusqu’en fin de semaine. »

A La Mède, comme sur le complexe pétrochimique de Lavéra, ce n’est pas le feu en lui-même qui a impacté les installations mais bien la baisse d’approvisionnement sur leur réseau électrique, explique Christophe Jacqueminet, salarié et délégué CGT de Petroineos à Martigues. Ainsi, dans son usine, « toute la plateforme a été arrêtée après des coupures volontaires déclenchées car le feu passait sur les lignes très haute tension qui alimentent les environs, dont les usines », un dispositif de sécurité auquel les salariés sont habitués.

Restent des interrogations légitimes après une telle catastrophe, notamment sur l’état du réseau de pipelines enfoui sous terre et sous la mer dans l’ouest du département. Mis à part les salariés des usines, qui sait, par exemple, que sous l’étang de Berre se cache un immense tuyau d’approvisionnement en éthylène reliant l’usine LyondellBasell de Berre-l’Étang au site Naphtachimie de Martigues ? « Cette semaine, le feu est passé entre le site de Lavéra et celui de La Mède où deux de nos dépôts sont reliés par pipeline », rappelle Fabien Cros, délégué CGT de l’usine Total de La Mède. « La direction explique que des systèmes de coupe-feu existent, ces pipes sont enterrées entre 80 cm et un mètre de profondeur. La qualité du métal fait que le feu devrait dépasser les 500 degrés sous le sol pour les attaquer », rassure le syndicaliste. « À l’heure actuelle, les contrôles à l’intérieur montrent qu’ils sont dans les normes. Mais la maintenance doit bien sûr être suivie de près comme pour tous les sites de raffinage. »

Plus de moyens pour des usines autosuffisantes

Sur la Côte Bleue, des accidents peuvent arriver comme en témoigne la récente fuite toxique survenue le 23 juillet dernier à l’usine Kem One de Martigues. Le contenu hautement corrosif d’un bac de stockage s’était alors répandu en Méditerranée. À ce sujet, l’association France nature environnement annonçait mercredi avoir porté plainte contre l’entreprise numéro deux européen du PVC qu’elle accuse frontalement de « négligence ». À Lavera, les usines disposent bien sûr en interne de leurs propres équipes de sécurité. À Petroineos, huit personnels formés aux risques industriels sont présents en permanence sur le site. Ils ne sont que trois pendant la nuit sur la bio-raffinerie Total de La Mède, déplore Fabien Cros. « Très clairement, pour nous, il n’y a pas assez de moyens de sécurité sur place. »

Depuis l’explosion de l’usine AZF de Toulouse en 2001, les sites classé Seveso seuil haut sont davantage encadrés. Ainsi, un exploitant est tenu d’avoir un plan d’organisation de secours interne. Si les effets sont susceptibles de déborder à l’extérieur du site, le préfet de département a aussi son plan de gestion de crise, son propre plan Orsec. En cas d’incident majeur, les services de pompiers du département, les Sdis, viendraient renforcer aussi la sécurité des usines « mais nécessairement au détriment de leurs interventions sur les biens des personnes », pointe le salarié de chez Total.

Autre acteur majeur dans la gestion des risques, la Dreal est chargée de mener régulièrement des contrôles inopinés sur les installations mais là aussi, « le manque d’effectifs et de moyens qui lui sont alloués complique sa mission », selon Jean-Philippe Murru, représentant CGT au sein du Secrétariat permanent pour la prévention des pollutions industrielles et membre du récent Comité de surveillance de l’activité industrielle du golfe de Fos. Ce manque d’autonomie des usines, tant au niveau de leurs équipes de sécurité que des installations, le travailleur de la pétro’ avait pu le voir de ses propres yeux en 2016. Cet été-là, de gros incendies avaient gravement menacé la zone industrielle de Fos-sur-Mer. « Le problème concernait alors un déficit d’azote-secours des usines. Ce dernier est utilisé en cas d’incident pour stopper une réaction chimique en chaîne. Or le produit dont disposait avant chaque site industriel sur place a depuis longtemps été sous-traité à Air Liquide dans toutes les entreprises du bassin. On avait, à l’époque, frôlé la catastrophe. »

https://www.lamarseillaise.fr/accueil/incendies-quelle-securite-pour-la-petrochimie-GK4185855


 

 

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