ITALIE

ITALIE : DES DOCKERS REFUSENT L’EMBARQUEMENT D’UN BATEAU CHARGE D’ARMES POUR « ISRAËL »

En Italie, des dockers refusent l’embarquement d’un bateau chargé d’armes à destination ‘d’Israël’ !

 Depuis 2 heures  15 mai 2021

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 Amérique et Europe - Italie

 

Rédaction du site

Le site d’information Révolution Permanente a rapporté que le vendredi 14 mai, les associations The Weapon Watch et l’Observatoire sur les armes dans les ports européens et méditerranéens ont alerté dans un communiqué sur la présence d’un bateau chargé d’armement à destination de l’entité sioniste.

Venant de Marseille puis de Gênes, il devait arriver le vendredi à Livourne puis continuer à destination d’Ashdod et Haïfa, deux ports israéliens en Palestine occupée.

Dans un communiqué, l’Union Syndicale de Base des Dockers dénonce la destination vers laquelle il est sensé aller, à savoir le port israélien d’Ashdod. Ils exigent des contrôles urgents du contenu de ce bateau, par l’Autorité Portuaire, la Capitainerie de Port et l’ASL Médecine du Travail. Ils ont également découvert des dizaines de véhicules militaires blindés présents sur les quais et prêts à être chargés.

Dans leur communiqué, l’Union des Syndicats de Base ainsi que le CALP (Collectif Autonome des Travailleurs Portuaires) annoncent qu’ils appellent à un débrayage ce samedi à Livourne, « en solidarité avec la population palestinienne et pour demander l’arrêt immédiat des bombardements sur Gaza, ainsi que l’arrêt de « l’expropriation » des maisons palestiniennes qui vivent sous occupation militaire depuis des années  ».

Source: Médias

https://french.almanar.com.lb/2069652

MANLIO DINUCCI : POUR QUI SONNE LA CLOCHETTE

L’art de la guerre
Pour qui sonne la clochette
Manlio Dinucci
Avec la traditionnelle cérémonie de la clochette (1),  a eu lieu à Palazzo Chigi le passage de consignes entre Giuseppe Conte et Mario Draghi. En attendant de vérifier quel sera le programme politique du nouveau gouvernement multi-partisan, soutenu par quasiment tout l’arc parlementaire, on peut en prévoir les lignes directrices à travers les curriculum vitae de quelques ministres et du président du Conseil. Le fait qu’à la Défense et aux Affaires Étrangères aient été re-confirmés Roberto Guerini (Pd) et Luigi Di Maio (5 Stelle) indique que le gouvernement Draghi renforcera ultérieurement l’”atlantisme”, c’est-à-dire l’appartenance de l’Italie à l’OTAN sous commandement USA. Emblématiques les ultimes actes des deux ministres du précédent gouvernement.
   Guerini s’est rendu sur le porte-avions Cavour, navire amiral de la Marine militaire, qui de Tarente appareillait pour les États-Unis où il acquerra la certification pour opérer avec les chasseurs de 5ème génération F-35B de la société Lockheed Martin. Après avoir rappelé que “le rapport transatlantique avec les États-Unis -une grande nation avec laquelle notre pays a un lien profond- revêt un rôle essentiel pour l’Italie”, le ministre a souligné que “l’Italie deviendra un des rares pays au monde, avec les États-Unis, la Grande-Bretagne et le Japon, à exprimer une capacité de porte-avions avec vélivoles de combat de 5ème génération”. Grâce surtout au groupe Leonardo, le plus grand producteur guerrier italien, qui participe à la construction des F-35. 
   Di Maio, dans le sillage de la stratégie USA/OTAN, s’est rendu à Ryad où il a signé un mémorandum d’entente de “dialogue stratégique” avec l’Arabie Saoudite, la monarchie absolue que le groupe Leonardo assiste dans l’utilisation des chasseurs Eurofighter Typhon qui bombardent le Yémen, en lui fournissant même des drones pour repérer les objectifs à attaquer, et pour laquelle il construit aux États-Unis des navires de guerre du type le plus avancé.
  Ce même groupe Leonrado réapparait dans le CV du physicien Roberto Cingolani, placé aux commandes du nouveau “super-ministère” (demandé par Grillo) de la Transition écologique : Cingolani, spécialisé en nanotechnologie et robotique, est depuis 2019 responsable du département technologie et innovation du groupe Leonardo, “protagoniste mondial en Aérospatiale, Défense et Sécurité”, de plus en plus intégré dans le gigantesque complexe militaro-industriel USA. 
 L’actionnariat du groupe est possédé à 30% par le Ministère du Développement économique, à la direction duquel a été placé Giancarlo Giorgetti, numéro deux de la Lega et bras droit de Matteo Salvini. Défini comme “expert de comptes”, c’est lui qui s’occupera de gérer les 30 milliards d’euros déjà alloués par son Ministère à des fins militaires et les autres 25 demandés par le Fonds de Relance, pour porter la dépense militaire italienne de 26 à 36 milliards annuels comme requis par les USA et l’OTAN. Mission qui sera confiée aussi au nouveau ministre de l’Économie et des Finances, Daniele Franco, ex-directeur général de la Banque d’Italie, officiellement institut de droit public, au capital duquel participent 160 banques et fonds de pension.
   
  Dans le nouveau gouvernement, les “techniciens” ont plus de pouvoir que les “politiques”. Comme le démontre avant tout le curriculum de Mario Draghi : de directeur exécutif de la Banque Mondiale à Washington à directeur du Ministère du Trésor à Rome où il est l’artisan des privatisations des plus grandes entreprises publiques italiennes, de vice-président de l’étasunienne Goldman Sachs (une des plus grandes banques d’affaire du monde) à gouverneur de la Banca d’Italia et à président de la Banque Centrale Européenne. Draghi est en même temps un des protagonistes du Groupe des Trente, puissante organisation internationale de financiers, avec siège à Washington, créée en 1978 par la Fondation Rockefeller.
   Avec le gouvernement Draghi, se renforce donc le pouvoir du complexe militaro-industriel et de la haute-finance, avec une perte ultérieure des principes de souveraineté et de répudiation de la guerre garantis par la Constitution. S’il n’en va pas ainsi, que le Ministère de la Transition écologique commence son activité en éliminant la plus grande menace qui plane sur notre environnement vital : les armes nucléaires USA installées en Italie.
Édition de mardi 16 février 2021 d’il manifesto 
Traduit de l’italien par M-A P.
Note pour la version française : 
Cerimonia della campanella : la cérémonie de la clochette (officiellement cérémonie d’installation du nouveau Gouvernement) est un rite symbolique traditionnel qui se déroule à Palazzo Chigi (siège du gouvernement italien, à Rome) dans quel est remis l’instrument qui donne le début des réunions du Conseil des Ministres ; il marque formellement le passage de pouvoir entre le président du Conseil sortant et celui qui arrive.

MANLIO DINUCCI : "DIALOGUE STRATEGIQUE" ENTRE ITALIE ET ARABIE SAOUDITE

“Dialogue stratégique” entre Italie et Arabie Saoudite

L’art de la guerre

Par Manlio Dinucci

Mondialisation.ca, 09 février 2021

ilmanifesto.it

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Des critiques ont été suscitées par le fait que Matteo Renzi, reçu à Ryad par Son Altesse Royale le Prince Mohammed bin Salman, ait fait l’éloge de l’Arabie Saoudite. Aucune  critique par contre, mais un consensus substantiel, quand ce même Renzi, en habit de président du conseil et secrétaire du Pd, alla en novembre 2015 en visite officielle à Ryad pour consolider les rapports entre les deux pays. Pourtant l’Arabie Saoudite était alors substantiellement la même et avait déjà commencé sa guerre contre le Yémen. La visite s’insérait dans la traditionnelle politique italienne de reports amicaux avec l’Arabie Saoudite et les autres monarchies du Golfe. Il suffit de se souvenir d’Emma Bonino qui, en habit de ministre des Affaires Étrangères du Gouvernement Letta, déclarait en 2013 que “l’Italie et l’Arabie Saoudite ont vraiment beaucoup en commun et qu’il y a de profondes raisons pour le renforcement de nos liens”.

Dans la même ligne s’insère la visite que le ministre des Affaires Étrangères Luigi Di Maio a effectué, le 10 janvier (plus de deux semaines avant Renzi) en Arabie Saoudite. Là, non seulement il a rencontré le Prince Mohammed bin Salman, exaltant “le constant renforcement des relations d’amitié et de coopération”, mais il a accompli un acte officiel beaucoup plus important : il a signé avec le ministre des Affaires Étrangères saoudien, prince Faisal bin Fahran, un mémorandum d’entente sur le “dialogue stratégique” entre Italie et Arabie Saoudite. Cet acte, bien plus grave que la déclaration Renzi sur la “nouvelle Renaissance” de l’Arabie Saoudite, n’a pas suscité de critiques en Italie et est pratiquement passé sous silence.

La visita di Di Maio in Arabia Saudita, foto Ministero degli Esteri

La visite de Di Maio en Arabie saudite, photo du ministère des Affaires étrangères

Le nouvel accord lie encore plus l’Italie à une monarchie absolue, dans laquelle le souverain détient le pouvoir politique et économique, législatif, exécutif et judiciaire. Actuellement il est dans les mains du prince Mohammed bin Salman, qui s’est emparé du pouvoir par un acte de force à l’intérieur de la famille dominante. En Arabie Saoudite il n’existe pas de parlement, mais seulement un conseil consultatif nommé par le souverain. Partis politiques et organisations syndicales sont illégaux. Le système judiciaire se fonde sur la loi coranique, administrée par des tribunaux religieux. Fréquentes sont les condamnations à la décapitation ou à avoir les mains coupées, en public. Opposants et critiques sont incarcérés, torturés et assassinés. Le journaliste Jamal Khashoggi a été tué dans le consulat saoudien à Istanbul et son corps a été démembré pour le faire disparaître. Les à peu près 10 millions d’immigrés, moitié de la force travail en Arabie Saoudite, vivent dans des conditions de surexploitation et d’esclavage : pour de présumées violations des lois sur l’immigration, plus de 4 millions d’entre eux ont été arrêtés en 3 ans.

La visita di Di Maio in Arabia Saudita, foto Ministero degli Esteri

Visite de Di Maio en Arabie Saoudite, photo ministère des Affaires étrangères

L’accord sur le “dialogue stratégique” consolide les liens du complexe militaro-industriel italien avec l’Arabie Saoudite, un des plus grands acquéreurs d’armes. Tandis que le gouvernement italien révoque la vente de bombes à l’Arabie Saoudite comme mesure contre la guerre qui fait des massacres au Yémen, la société Leonardo, la plus grande industrie guerrière italienne, assiste l’Arabie Saoudite dans l’utilisation des chasseurs Eurofighter Typhon qui bombardent le Yémen. Ryad en a acheté 72 au consortium dans lequel Leonardo a 36% du  pourcentage industriel. L’Eurofighter Typhoon, certifie cette industrie, est “combat proven” ayant déjà été “testé dans des opérations en Libye, Irak et Syrie”, à qui on ajoutera le Yémen. Cette même Leonardo documente : “pendant plus de 40 années nous avons fourni l’avionique et les systèmes de communication du Typhon et du Tornado utilisés par l’Aviation Royale de l’Arabie Saoudite” et “nous offrons à l’Aéronautique Royale de l’Arabie Saoudite des vélivoles sans pilote et des solutions de target acquisition” (c’est-à-dire des drones pour localiser les objectifs à bombarder). Leonardo précise, en outre, que “nous avons du personnel dans les bases militaires du Royaume”. Parallèlement la société publique italienne Fincantieri construit aux États-Unis 4 navires de guerre du type le plus avancé (Multi-mission Surface Combatants) destinés à l’Arabie Saoudite pour une base d’”ordre pluri-milliardaire”.

Il y a donc de solides bases pour le développement du “dialogue stratégique” entre Italie et Arabie Saoudite.

 Manlio Dinucci   

 

 

Article original en italien :

«Dialogo strategico» tra Italia e Arabia Saudita

Édition de mardi 9 février 2020 d’il manifesto

Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio.

La source originale de cet article est ilmanifesto.it

Copyright © Manlio Dinucciilmanifesto.it, 2021

https://www.mondialisation.ca/dialogue-strategique-entre-italie-et-arabie-saoudite/5653508

MANLIO DINUCCI : REARMEMENT : L'OTAN SE FAIT BANQUE

Réarmement, l’OTAN se fait Banque

L’art de la guerre

Par Manlio Dinucci

Mondialisation.ca, 19 janvier 2021

ilmanifesto.it

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Le porte-avions Cavour, après avoir été restructuré dans l’arsenal militaire de Tarente pour embarquer les chasseurs F-35B à décollage court et atterrissage vertical, est sur le point d’appareiller vers les États-Unis. L’annonce a été faite par l’attaché naval de l’Ambassade italienne à Washington, précisant qu’à partir de la mi-février le porte-avions sera déployé dans la base de Norfolk en Virginie pour obtenir la qualification qui lui permettra de participer à des “opérations conjointes” avec la Marine et le Corps des marines des États-Unis. Ainsi prépare-t-on la participation du navire amiral de la Marine italienne à des missions OTAN sous commandement USA dans des théâtres de guerre lointains. 

Tout cela a un coût, que ce soit en termes politiques en liant de plus en plus l’Italie à la stratégie de guerre USA/OTAN ou en termes économiques. Le porte-avions Cavour a couté 1,3 milliards d’euros ; les 15 F-35B pour la Marine coûtent 1,7 milliards d’euros. S’y ajoutent les dépenses opérationnelles : un jour de navigation du Cavour coûte plus de 200 mille euros et une heure de vol d’un F-35 plus de 40 mille euros. Les autres 15 F-35B achetés par l’Italie vont à l’Aéronautique, avec 60 F-35A à capacité nucléaire.

Le porte-avions Cavour © Marina Militare

Il y a cependant un problème : en 2019 a été lancé un autre porte-avions, le Trieste, qui devra embarquer un nombre de chasseurs F-35B plus grand que celui du Cavour : ils devront être achetés pour un coût total encore plus haut. Pour se doter de ces armements -et d’autres- l’Italie doit augmenter sa dépense militaire : les 26 milliards d’euros annuels ne suffisent plus, il faut passer à au moins 36 milliards annuels comme l’a établi l’OTAN et rappelé le nouveau président démocrate Joe Biden. 

Mais où trouver les sous dans une situation de crise comme celle d’aujourd’hui ? Et voilà l’idée géniale, accouchée par le Center for American Progress, un des plus influents think tank de Washington lié au Parti démocrate : que l’OTAN crée sa propre banque pour résoudre le “fossé financier”. Autrement dit, une fois la banque instituée, les pays de l’Alliance qui n’ont pas les fonds pour augmenter la dépense militaire au niveau requis, peuvent les recevoir en prêt par l’OTAN elle-même à travers sa nouvelle institution financière. Aucun problème, donc, pour l’Italie : si elle n’a pas les 10 milliards d’euros à ajouter chaque année à sa dépense militaire, la Banque OTAN les lui prête à un taux d’intérêt non précisé. Mais l’Italie accumulerait ainsi une nouvelle et croissante dette étrangère avec un organisme contrôlé par les États-Unis, qui détiennent le commandement de l’OTAN.
 
Dans sa présentation du projet, le think tank souligne qu’immédiatement “l’administration Biden devra rétablir l’engagement des États-Unis d’Amérique à l’égard de l’OTAN et pousser l’Alliance à se renforcer”, en premier lieu pour “défendre l’Europe de l’agression russe”. D’où la nécessité que “l’OTAN institue sa propre banque pour investir dans des capacités militaires fondamentales”. Parmi celles-ci à coup sûr les F-35 de la société étasunienne Lockheed Martin qui, avec les autres colosses de l’industrie de guerre, serait la principale bénéficiaire de la Banque OTAN : par exemple la banque financerait l’achat d’autres F-35B pour la Marine italienne, en payant à Lockheed Martin des milliards de dollars, que nous Italiens devrions rembourser avec les intérêts, toujours en argent public. Outre celle-ci, il y a d’autres fonctions que la Banque OTAN devrait assurer. “Investir dans des infrastructures à double usage” : des ponts qui permettent en Europe le transit y compris de lourds véhicules blindés d’Ouest en Est et des réseaux 5G à usage aussi militaire. Fournir à des pays et régions “une alternative par rapport à celle de s’adresser à des banques de rivaux de l’OTAN, comme la Chine et la Russie”.

La Banque OTAN aurait, en général, la fonction d’”augmenter la capacité de l’Alliance à affronter les défis financiers du conflit”, puisque “tout significatif effort militaire dépend de la capacité économique et financière”

Le message aux alliés européens est clair : “Le financement de l’Alliance ne peut pas être de la seule responsabilité américaine, ce doit être une responsabilité partagée”. Voilà, dans ses lignes essentielles, le projet de la Banque OTAN qui, avant d’être présenté par le think tank de Washington, a été passé au crible par des politiciens qui iront occuper des charges importantes dans l’administration Biden.

Manlio Dinucci

 

Article original en italien :

Per il riarmo la Nato si fa Banca

Édition de mardi 19 janvier 2021 d’il manifesto

https://ilmanifesto.it/per-il-riarmo-la-nato-si-fa-banca/ 

Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio

La source originale de cet article est ilmanifesto.it

Copyright © Manlio Dinucciilmanifesto.it, 2021

https://www.mondialisation.ca/rearmement-lotan-se-fait-banque/5652863

MANLIO DINUCCI : LE MINISTRE GUERINI SUR LES TRACES DE SAINT FRANCOIS

Le ministre Guerini sur les traces de Saint François

L'Art de la guerre

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Pour la Fête de Saint François, le ministre de la Défense Lorenzo Guerini (Pd) a envoyé les chasseurs des Frecce Tricolore (Flèches Tricolores, patrouille acrobatique de l’Aéronautique italienne italienne, ndt) survoler la Basilique d’Assise. “C’est le plus fort hommage que notre Italie ait pu rendre au Poverello, en qui des milliers de personnes  se remettent alors que la pandémie aggrave la pauvreté”, a écrit la revue des Franciscains. 

Hommage discutable : une heure de vol des neuf chasseurs des Flèches Tricolores coûte plus de 40.000 euro d’argent public, chiffre avec lequel on pourrait payer 27 salaires moyens mensuels nets. Pour survoler Assise l’an prochain il y aura les nouveaux, plus puissants, chasseurs d’entraînement avancé T-345A produits par la société Leonardo, dont l’Aéronautique est en train d’acquérir 23 exemplaires pour une dépense d’environ 380 millions d’euros. Ils assureront une meilleure “efficience instructive”, en préparant les pilotes à l’utilisation des F-35 et autres avions de guerre. “Notre merci va aux Généraux et au Ministre de la Défense Lorenzo Guerini -ont écrit les Franciscains après le survol des Flèches Tricolores- Ce soir nous irons tous dormir avec l’espoir d’un jour meilleur”. 

Paroles tranquillisantes, prononcées pendant que d’autres chasseurs italiens, les Tornado PA-200 de Ghedi qui sont sur le point d’être remplacés par les F-35A, étaient déjà en Allemagne pour participer au Steadfast Noon, l’exercice annuel OTAN de guerre nucléaire sous commandement USA. Y participent, avec leurs forces aériennes, Italie, Allemagne, Belgique et Pays-Bas, qui gardent sur leur propre territoire, prêtes à l’emploi, les bombes nucléaires USA B-61, sous peu remplacées par les plus mortelles B61-12. 

Ces pays violent ainsi le Traité de non-prolifération et refusent le Traité ONU sur l’abolition des armes nucléaires qui, ayant atteint les 50 ratifications le 24 octobre, entrera en vigueur d’ici 90 jours. N’y adhèrent pas cependant les neuf pays dotés d’armes nucléaires et les trente de l’OTAN. 

En Europe, le Traité ONU a été ratifié seulement par Autriche, Irlande, Malte, Liechtenstein, Saint Marin et Saint Siège. Pour que puisse être réalisé l’objectif vital du Traité, est indispensable une vaste mobilisation de l’opinion publique pour le désarmement nucléaire, actuellement inexistante puisque la menace de guerre nucléaire est tue, aujourd’hui plus encore qu’avant, par les appareils politico-médiatiques car ils ne parlent que de la menace du virus. 

Ainsi se trouvent cachées les étapes de plus en plus périlleuses que l’Italie est en train d’accomplir dans la préparation de la guerre et de la croissance consécutive de la dépense militaire. À la réunion des ministres de la Défense OTAN, le 23 octobre, le ministre Guerini a confirmé la participation de l’Italie à un nouveau Centre Spatial OTAN à Ramstein (Allemagne) et à la potentialisation des forces nucléaires nécessaire, selon le secrétaire général de l’OTAN Jens Stoltenberg, pour “garder sûre et efficiente notre dissuasion nucléaire”, face à au “grave défi du croissant arsenal de missiles nucléaires de la Russie”. 

Le ministre Guerini a en outre signé pour le compte de l’Italie, avec neuf autres pays OTAN, une lettre d’intentions pour la réalisation d’un système de missiles avec base au sol, formellement comme défense contre des missiles nucléaires de portée courte et intermédiaire, en réalité utilisable pour le lancement de missiles nucléaires à portée intermédiaire, analogues aux euromissiles USA des années Quatre-vingt.

Enfin, le ministre Guerini s’est engagé à augmenter ultérieurement la dépense militaire de l’Italie, des actuels 26 à 36 milliards d’euros annuels. Pour cet objectif ont déjà été alloués 35 milliards supplémentaires, surtout de la part du Ministère du développement économique, plus 30 autres milliards d’euros qu’on veut tirer du Fonds de Relance. “Les ressources destinées à la Défense -a déclaré le ministre Guerini- représentent un levier stratégique pour l’économie du pays”. 

Il faut donc “mieux faire comprendre à nos concitoyens que dans l’industrie du secteur de l’Aérospatial, de la Défense et de la Sécurité se trouve une partie importante de la compétitivité de l’Italie, qui pourra garantir l’avenir des jeunes générations”.

L’avenir n’est donc pas si noir : pour paraphraser le célèbre film, tant qu’il y a de la guerre il y a de l’espoir.

Manlio Dinucci

 

Édition de mardi 27 octobre 2020 d’il manifesto

https://ilmanifesto.it/il-ministro-guerini-sulle-orme-di-san-francesco/ 

Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio

MANLIO DINUCCI : A GHEDI ON PREPARE LA NOUVELLE BASE POUR LES F-35

À Ghedi on prépare la nouvelle base pour les F-35

L’Art de la guerre

Par Manlio Dinucci

Mondialisation.ca, 06 octobre 2020

ilmanifesto.it

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Dans l’aéroport militaire de Ghedi (Brescia) sont en train de commencer les travaux pour réaliser la principale base opérationnelle des chasseurs F-35A  de l’Aéronautique italienne armés de bombes nucléaires. La Matarrese Spa de Bari, qui a obtenu l’adjudication avec une offre de 91 millions d’euros, construira un grand hangar pour la maintenance des chasseurs (plus de 6 000m2) et un petit immeuble qui accueillera le commandement et les simulateurs de vol, doté d’un parfait isolement thermo-accoustique “dans le but d’éviter des révélations de conversations”.

Deux lignes de vol seront réalisées, chacune avec 15 petits hangars à l’intérieur desquels se trouveront les chasseurs prêts au décollage. Ceci confirme ce que nous avions publié il y a trois ans (il manifesto, 28 novembre 2017), à savoir que le projet (lancé par Roberta Pinotti, alors ministre de la Défense) prévoyait le déploiement d’au moins 30 chasseurs F-35A. 

L’aire où seront basés les F-35, clôturée et surveillée, sera séparée du reste de l’aéroport et top secret. La raison en est claire : à côté des nouveaux chasseurs seront basées à Ghedi, dans un dépôt secret qui n’apparaît pas dans l’adjudication, les nouvelles bombes étasuniennes B61-12.

De même que les actuelles B-61 dont sont armés les Tornado PA-200 du 6ème Stormo, les B61-12 seront contrôlées par l’unité spéciale étasunienne (704th Munitions Support Squadron de l’U.S. Air Force), “responsable de la réception, stockage et maintenance des armes de la réserve de guerre USA destinées au 6ème Stormo OTAN de l’Aéronautique italienne”. Cette même unité de l’Aéronautique USA a le devoir de “soutenir directement la mission d’attaque” du 6ème  Stormo.

Des pilotes italiens sont déjà entraînés, dans les bases aériennes de Luke en Arizona et Eglin en Floride, à l’utilisation des F-35A  y compris pour des missions d’attaque nucléaire sous commandement USA. 

Des chasseurs du même type, armés ou en tous cas armables avec les B61-12, sont déployés dans la base d’Amendola (Foggia), où ils ont déjà dépassé les 5 000 heures de vol. En plus de ceux-ci, il y aura les F-35 de l’U.S. Air Force déployés à Aviano avec les B61-12.

Le nouveau chasseur F-35A et la nouvelle bombe nucléaire B61-12 constituent un système d’arme intégré : l’utilisation de l’avion comporte l’usage de la bombe. Le ministre de la Défense Guerini (Pd) a confirmé que l’Italie maintient son engagement à acheter 90 chasseurs F-35, dont 60 de modèle A à capacité nucléaire.

La participation au programme du F-35, en tant que partenaire de second niveau, renforce l’ancrage de l’Italie aux États-Unis. L’industrie guerrière italienne, chapeautée par la société Leonardo qui gère le site des F-35 à Cameri (Novara), se trouve de plus en plus intégrée dans le gigantesque complexe militaro-industriel USA chapeauté par la société Lockheed Martin, la plus grande industrie guerrière du monde, constructrice du F-35.

En même temps l’Italie -État non-nucléaire adhérent au Traité de non-prolifération qui lui interdit d’avoir des armes nucléaires sur son territoire- joue la toujours plus périlleuse fonction de base avancée de la stratégie nucléaire USA/OTAN contre la Russie et d’autres pays.

Sachant que chaque avion peut transporter en soute deux B61-12, rien que les 30 F-35 A de Ghedi auront une capacité d’au moins 60 bombes nucléaires. Selon la Fédération des scientifiques américains, la nouvelle bombe “tactique” B61-12 pour les F-35, que les USA déploieront en Italie et autres pays européens à partir de 2022, étant plus précise et en position rapprochée des objectifs, “aura la même capacité militaire que les bombes stratégiques déployées aux États-Unis”.

Il y a enfin la question, non encore définie, des coûts. Le Service de recherche du Congrès des États-Unis, en mai 2020, estime le prix moyen d’un F-35 à 108 millions de dollars, en précisant cependant que “c’est le prix de l’avion sans moteur”, dont le coût est d’environ 22 millions. Une fois acheté, même à un prix moindre comme le promet pour l‘avenir Lockheed Martin, commence pour le F-35 la dépense pour sa mise à jour continue, pour la formation des équipages et pour son utilisation. Une heure de vol d’un F-35 -documente l’U.S. Air Force- coûte plus de 42 000 dollars. Cela signifie que rien que les 5 000 heures de vol effectuées par les F-35 d’Amendola ont coûté à nos caisses publiques 180 millions d’euros.

Manlio Dinucci

 

Article original en italien :

A Ghedi si prepara la nuova base per gli F-35 nucleari

Édition de mardi 7 octobre 2020 d’il manifesto

https://ilmanifesto.it/a-ghedi-si-prepara-la-nuova-base-per-gli-f-35-nucleari/ 

Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio

https://www.mondialisation.ca/a-ghedi-on-prepare-la-nouvelle-base-pour-les-f-35/5649889


La source originale de cet article est ilmanifesto.it

Copyright © Manlio Dinucciilmanifesto.it, 2020

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MANLIO DINUCCI : POURQUOI L'ITALIE DÉPLOIE SES CHASSEURS BOMBARDIERS EN LITUANIE

L’art de la guerre

 

Pourquoi l’Italie déploie ses chasseurs bombardiers en Lituanie

 

Manlio Dinucci

 

On estime que le trafic aérien civil en Europe chutera cette année de 60% par rapport à 2019, à cause des restrictions pour le Covid-19, mettant en péril plus de 7 millions d’emplois. En compensation le trafic aérien militaire s’accroit. Vendredi 28 août, six bombardiers stratégiques B-52 de l’US Air Force ont survolé en une seule journée tous les 30 pays de l’OTAN en Amérique du Nord et Europe, flanqués dans les divers segments par 80 chasseurs bombardiers des pays alliés. Cette grande manoeuvre appelée “Ciel Allié” -a déclaré le secrétaire général de l’OTAN Jens Stoltenberg- prouve ”le puissant engagement des États-Unis envers les Alliés et confirme que nous sommes en mesure de décourager agression”. 

 

   Évidente l’allusion à l’”agression russe” en Europe. Les B-52, transférés le 22 août de la base aérienne Minot au Nord Dakota à celle de Fairford en Grande-Bretagne, ne sont pas de vieux avions de la Guerre froide utilisés désormais seulement pour les parades. Continuellement mis à jour, ils ont conservé leur rôle de bombardiers stratégiques à longue portée. Ils sont maintenant ultérieurement potentialisés. L’US Air Force, avec une dépense de 20 milliards de dollars, dotera sous peu 76 B-52 de nouveaux moteurs, qui permettront aux bombardiers de voler pendant 8.000 Km sans approvisionnement en vol, en transportant chacun 35 tonnes de bombes et missiles à tête conventionnelle ou nucléaire.


  L’US Air Force, en avril dernier, a confié à la société Raytheon Co. la construction d’un nouveau missile de croisière à longue portée, armé de tête nucléaire, pour les bombardiers B-52. Avec ces bombardiers et d’autres, tous stratégiques d’attaque nucléaire, y compris les B-52 Spirit, l’US Air Force a effectué sur l’Europe depuis 2018 plus de 200 sorties, surtout sur la Baltique et la Mer Noire au bord de l’espace aérien russe. À ces exercices participent les pays européens de l’OTAN, en particulier l’Italie. 

 

   Quand le 28 août un B-52 a survolé notre pays, il avait à ses côtés des chasseurs italiens pour simuler une mission conjointe d’attaque. Immédiatement après des chasseurs bombardiers Eurofighter Typhoon de l’Aéronautique italienne sont partis pour se ranger dans la base de Siauliai en Lituanie, accompagnés d’une centaine de militaires spécialisés. À partir du 1er septembre ils y resteront pendant 8 mois, jusqu’en avril 2021, pour “défendre “ l’espace aérien de la Baltique. C’est la quatrième mission OTAN de “police aérienne” effectuée dans la Baltique par notre Aéronautique. Les chasseurs italiens sont prêts 24 heures sur 24 au scramble, décollement sur alarme pour intercepter des avions “inconnus”, qui sont toujours des avions russes volant entre quelque aéroport intérieur et l’enclave russe de Kaliningrad à travers l’espace aérien international sur la Baltique. 

 

   La base lituanienne de Siauliai, où ils sont basés, a été potentialisée par les États-Unis, qui en ont triplé la capacité en y investissant 24 millions d’euros. La raison en est claire : la base aérienne est distante d’à peine 220 Km de Kaliningrad et de 600 de Saint Petersburg, distance qu’un chasseur comme l’Eurofighter Typhoon parcourt en quelques minutes. 

 

  Pourquoi l’OTAN déploie-t-elle au bord de la Russie ces avions à double capacité conventionnelle et nucléaire ? Certainement pas pour défendre les pays baltes d’une attaque russe qui, si elle advenait, signifierait le début de la guerre mondiale thermonucléaire. 

 

   La même chose arriverait si les avions OTAN attaquaient depuis la Baltique les villes russes limitrophes. La véritable raison de ce déploiement est d’accroître la tension, en fabriquant l’image d’un dangereux ennemi, la Russie, se préparant à attaquer l’Europe.


  C’est la stratégie de la tension mise en oeuvre par Washington, avec la complicité des gouvernements et des parlements européens et de l’Union européenne même. Cette stratégie comporte une augmentation croissante de la dépense militaire au détriment de la dépense sociale. 

 

   Exemple : le coût d’une heure de vol d’un chasseur Eurofighter a été calculé, par l’Aéronautique même, à 66.000 euros (amortissement de l’avion compris). Somme, en argent public, supérieure à deux salaires moyens annuels bruts. Chaque fois qu’un Eurofighter décolle pour “défendre” l’espace aérien de la Baltique, il brûle en une heure, en Italie, deux emplois.

 

Édition de mardi 1er septembre 2020 d’il manifesto 

https://ilmanifesto.it/perche-litalia-schiera-i-suoi-caccia-in-lituania/ 

Traduit de l’italien par M-A P.


 

LE PARLEMENT ITALIEN "SOUDE" SUR LES MISSIONS NEO-COLONIALES

Parlement “soudé” sur les missions néo-coloniales

L’Art de la guerre

Par Manlio Dinucci

Mondialisation.ca, 21 juillet 2020

ilmanifesto.it

Région : 

Thème: 

Le ministre italien de la Défense Lorenzo Guerini (Pd) a exprimé sa grande satisfaction pour le vote “soudé” du parlement sur les missions internationales. À part quelque dissension sur le soutien à la Garde nationale de Tripoli, majorité et opposition ont approuvé de façon compacte, sans aucune voix contre et peu d’abstentions, 40 missions militaires italiennes en Europe, Afrique, Moyen-Orient et Asie.

Ont été prorogées les principales “missions de paix” en cours depuis des décennies dans le sillage des guerres USA/OTAN (auxquelles a participé l’Italie) dans les Balkans, en Afghanistan et en Libye, et dans celle d’Israël au Liban faisant partie de la même stratégie. À ces guerres se sont ajoutées quelques nouvelles : l’Opération militaire de l’Union européenne en Méditerranée, formellement pour “prévenir le trafic d’armes en Libye” ; la Mission de l’Union européenne d’”appui à l’appareil de sécurité en Irak” ; la Mission OTAN de potentialisation du soutien à des pays situés sur le Flanc Sud de l’Alliance. 

L’engagement militaire italien en Afrique subsaharienne est en forte croissance. Des forces spéciales italiennes participent à la Task Force Takuba, déployée au Mali sous commandement français. Elle opère aussi au Niger, Tchad et Burkina Faso, dans le cadre de l’opération Barkhane où sont engagés 4.500 militaires français, avec blindés et bombardiers, officiellement seulement contre les milices djihadistes. 

Au Mali l’Italie participe aussi à la Mission de l’Union européenne Eutm, qui fournit entraînement militaire et “conseil” aux forces armées de ce pays et de quelques autres limitrophes. 

Au Niger l’Italie a sa propre mission bilatérale de support aux forces armées et, en même temps, participe à la mission de l’Union européenne Eucap Sahel Niger, dans une aire géographique qui comprend aussi Nigéria, Mali, Mauritanie, Tchad, Burkina Faso et Bénin. 

Le Parlement italien a en outre approuvé l’emploi d’un “dispositif aéronaval national pour des activités de présence, surveillance et sécurité dans le Golfe de Guinée”. Objectif déclaré : “”surveiller dans cette aire les intérêts stratégiques nationaux (lire ceux de l’ENI), en soutien à la flotte commerciale nationale qui y transite”. 

Ce n’est pas un hasard si les aires africaines, où se concentrent les “missions de paix”, sont les plus riches en matières premières stratégiques -pétrole, gaz naturel, uranium, coltan, or, diamants, manganèse, phosphates et autres- exploitées par des multinationales étasuniennes et européennes. 

Leur oligopole est cependant maintenant mis en danger par la croissante présence économique chinoise. N’arrivant pas à la contrer seulement avec des moyens économiques, et voyant en même temps diminuer leur propre influence à l’intérieur des pays africains, les États-Unis et les puissances européennes ont recours à la vieille mais encore efficace stratégie coloniale : garantir ses propres intérêts  économiques avec des moyens militaires, y compris de soutien aux élites locales qui fondent leur pouvoir sur les forces armées.

La lutte contre les milices djihadistes, motivation officielle d’opérations comme celle de la Task Force Takuba, est l’écran de fumée derrière lequel se cachent les véritables buts stratégiques. Le Gouvernement italien déclare que les missions internationales servent à “garantir la paix et la sécurité de ces zones, pour la protection et la tutelle des populations”. En réalité les interventions militaires exposent les populations à des risques ultérieurs et, en renforçant les mécanismes d’exploitation, aggravent leur appauvrissement avec une augmentation consécutive des flux migratoires vers l’Europe.

Pour garder des milliers de soldats et de véhicules engagés dans les missions militaires, l’Italie dépense directement en une année plus d’un milliard d’euros, fournis (avec de l’argent public) non seulement par le ministère de la Défense, mais aussi par ceux de l’Intérieur, de l’Économie et des Finances, et par la Présidence du Conseil.

Mais cette somme n’est que la pointe de l’iceberg de la croissante dépense militaire (plus de 25 milliards annuels), due à l’ajustement de l’ensemble des forces armées à cette stratégie. Approuvée par le Parlement avec un consensus bi-partisan unanime.

Manlio Dinucci

 

Article original en italien :

Parlamento «coeso» sulle missioni neocoloniali

Édition de mardi 21 juillet 2020 d’il manifesto  

https://ilmanifesto.it/parlamento-coeso-sulle-missioni-neocoloniali/

Traduit par Marie-Ange Patrizio

La source originale de cet article est ilmanifesto.it

Copyright © Manlio Dinucciilmanifesto.it, 2020

https://www.mondialisation.ca/parlement-soude-sur-les-missions-neo-coloniales/5647571


 

MANLIO DINUCCI : SOUS LE DRAPEAU TRICOLORE QUI FLOTTE A CAMP DAVID

L’Art de la guerre 

 

Sous le drapeau tricolore qui flotte à Camp Darby

 

Manlio Dinucci

 

Tandis que de nombreuses activités bloquées par le confinement ont du mal à repartir après le relâchement des restrictions, il en est une qui, ne s’étant jamais arrêtée, est actuellement en train de s’accélérer : celle de Camp Darby, le plus grand arsenal USA dans le monde en dehors de la mère patrie, situé entre Pise et Livourne. La coupe d’environ 1.000 arbres dans l’aire naturelle “protégée “ du Parc Régional de San Rossore étant terminée, a commencé la construction d’un tronçon ferroviaire qui reliera la ligne Pise-Livourne à un nouveau terminal de chargement et déchargement, traversant le Canal des Navicelli sur un nouveau pont tournant métallique. 

 

  Le terminal, d’une hauteur d’une vingtaine de mètres, comprendra quatre quais pouvant accueillir chacun neuf wagons. Au moyen de chariots élévateurs de containers, les armes en arrivage seront transférées des wagons à de grands poids-lourds et celles en partance des poids-lourds aux wagons. Le terminal permettra le transit de deux convois ferroviaires par jour qui, en transportant des charges explosives, relieront la base au port de Livourne à travers des zones densément peuplées. Avec l’augmentation du mouvement d’armes, devient insuffisante la liaison par canal et par route de Camp Darby avec le port de Livourne et l’aéroport de Pise. Dans les 125 bunkers de la base, continuellement approvisionnés par les États-Unis, sont stockés (selon des estimations approximatives) plus d’un million de projectiles d’artillerie, bombes pour avions et missiles, auxquels s’ajoutent des milliers de chars d’assaut, véhicules et autres matériaux militaires.


  Depuis 2017 de nouveaux grands navires, pouvant transporter chacun plus de 6.000 véhicules et cargaisons sur roues, font escale chaque mois à Livourne, chargeant et déchargeant des armes qui seront transportées dans les ports d’Aqaba en Jordanie, Djeddah en Arabie Saoudite et autres escales moyen-orientales pour être utilisées à l’étranger par les forces étasuniennes, saoudiennes et autres dans les guerres en Syrie, Irak et Yémen. Au moment même où est en cours la potentialisation de Camp Derby, le plus grand arsenal à l’étranger, un journal toscan en ligne titre : “Il était une fois Camp Darby”, en expliquant que “la base a été redimensionnée, à cause des coupes dans le budget de la Défense décidées par les gouvernements USA”. Et le quotidien Il Tirreno annonce : “À Camp Darby flotte seulement le drapeau tricolore : le drapeau USA est amené après presque 70 ans”. Le Pentagone est-il en train de fermer la base, rendant à l’Italie le territoire sur lequel elle a été créée ? Pas du tout. 

 

  L’US Army a concédé au Ministère italien de la Défense une toute petite portion de la base (34 hectares, environ 3% de toute la zone de 1.000 hectares), auparavant zone de détente, pour qu’y soit transféré le Commandement des forces spéciales de l’armée italienne (Comfose), initialement accueilli dans la caserne Gamerra de Pise, siège du Centre d’entraînement de parachutisme (il manifesto, 5 mars 2019). Le transfert a eu lieu silencieusement pendant le confinement et maintenant le Comfose annonce que son quartier général est situé dans le “nouveau domaine militaire”, de fait annexé à Camp Darby, base où se déroulent depuis longtemps des entraînements conjoints de militaires étasuniens et italiens. 

 

  Le transfert du Comfose dans une aire annexée à Camp Darby, formellement sous bannière italienne, permet d’intégrer en fait les forces spéciales italiennes à celles étasuniennes, en les employant dans des opérations secrètes sous commandement USA. Le tout sous la chape du secret militaire. En visite au nouveau quartier général du Comfose, le ministre de la Défense Lorenzo Guerini l’a défini comme “centre névralgique” non seulement des Forces spéciales mais aussi des “Unités Psyops de l’Armée”. 

  La tâche de ces unités est de “créer le consensus de la population locale à l’égard des contingents militaires employés dans des missions de paix l’étranger”, c’est-à-dire de la convaincre que les envahisseurs sont des missionnaires de paix.  Enfin le ministre Guerini a qualifié le nouveau quartier général de modèle du projet “Casernes Vertes”. 

 

  Un modèle de “bien-être et écodurabilité”, qui repose sur un million de têtes explosives. 

 

Édition de mardi 14 juillet 2020 d’il manifesto

https://ilmanifesto.it/sotto-il-tricolore-che-sventola-a-camp-darby/ 


 

MANLIO DINUCCI : "L'OTAN A LA BARRE DE LA POLITIQUE ÉTRANGÈRE ITALIENNE"

L’Art de la guerre

 

L’OTAN à la barre de la politique étrangère italienne

 

Manlio Dinucci

 

Les ministres de la Défense de l’OTAN (pour l’Italie Lorenzo Guerini, Pd)) réunis en vidéoconférence les 17/18 juin, ont pris une série de “décisions pour renforcer la dissuasion de l’Alliance”. Mais personne en Italie n’en parle, ni dans les médias (réseaux sociaux compris) ni dans le monde politique, où sur tout cela règne un silence multi-partisan.

  Pourtant ces décisions, dictées fondamentalement par Washington et souscrites pour l’Italie par le ministre Guerini, tracent les lignes conductrices non seulement de notre politique militaire, mais aussi de notre politique étrangère. Avant tout -annonce le secrétaire général Jens Stoltenberg- “l’OTAN est en train de se préparer à une possible seconde vague du Covid-19”, contre lequel elle a déjà mobilisé en Europe plus d’un demi million de soldats.
   Stoltenberg ne clarifie pas comment l’OTAN peut prévoir une possible seconde pandémie du virus avec un nouveau confinement. Mais il est clair sur un point : cela “ne signifie pas que d’autres défis aient disparu”. Le plus grand -soulignent les ministres de la Défense- provient du “comportement déstabilisant et dangereux de la Russie”, en particulier de son “irresponsable réthorique nucléaire, visant à intimider et menacer les Alliés OTAN”. Ce faisant ils renversent la réalité, effaçant le fait que c’est l’OTAN, la Guerre froide finie, qui s’est étendue au bord de la Russie avec ses forces et ses bases nucléaires, surtout étasuniennes. On a méthodiquement opéré, sous la régie de Washington, une stratégie visant à créer en Europe des tensions croissantes avec la Russie.

   Pour décider de nouvelles mesures militaires contre la Russie les ministres de la Défense se sont réunis dans le Groupe de planification nucléaire, présidé par les États-Unis. On ne sait pas quelles décisions en matière nucléaire a souscrites le ministre Guerini pour le compte de l’Italie. Mais il est clair qu’en participant au Groupe et en hébergeant des armes nucléaires USA (utilisables aussi par notre aéronautique) l’Italie viole de Traité de non-prolifération et rejette le Traité ONU pour l’interdiction des armes nucléaires. Stoltenberg se borne à dire : “Aujourd’hui nous avons décidé de nouvelles étapes pour que la dissuasion nucléaire OTAN en Europe demeure sûre et efficiente”. Parmi ces étapes se trouve sûrement la prochaine arrivée, y compris en Italie, des nouvelles bombes nucléaires USA B61-12.
  L’autre “défi” croissant, dont ont parlé les ministres de la Défense, est celui concernant la Chine, qui pour la première fois est “au sommet de l’agenda de l’OTAN”. La Chine est le partenaire commercial de nombreux alliés, mais en même temps “elle investit lourdement dans de nouveaux systèmes de missiles qui peuvent atteindre tous les pays OTAN”, explique Stoltenberg. L’OTAN commence ainsi à présenter la Chine comme militairement menaçante. Simultanément elle présente comme dangereux les investissements chinois dans les pays de l’Alliance. Sur ces prémisses les ministres de la Défense ont actualisé les lignes conductrices pour la “résilience nationale”, visant à empêcher que l’énergie, les transports et les télécommunications, notamment la 5G, ne finissent sous “propriété et contrôle étrangers” (lire “chinois”).
  Voilà les décisions souscrites par l’Italie à la réunion OTAN des ministres de la Défense. Elles aliènent notre pays à une stratégie d’hostilité croissante envers surtout la Russie et la Chine, en nous exposant à des risques de plus en plus graves et en déstabilisant le  terrain sur lequel reposent les accords économiques mêmes. 

   C’est une stratégie à long terme, comme le montre le lancement du projet “OTAN 2030”, fait par le secrétaire général Stoltenberg le 8 juin pour “renforcer l’Alliance militairement et politiquement” en incluant des pays comme l’Australie (déjà invitée à la réunion des ministres de la Défense), la Nouvelle-Zélande, le Japon et d’autres pays asiatiques, dans une fonction clairement anti-chinoise.
  Pour le projet de la Grande OTAN Mondiale 2030 a été formé un groupe de 10 conseillers, parmi lesquels Marta Dassù, ancienne conseillère de politique étrangère dans le gouvernement D’Alema avant et pendant la guerre OTAN contre la Yougoslavie, à laquelle l’Italie participa en 1999, sous commandement USA, avec ses bases et ses bombardiers.

 

Édition de mardi 23 juin 2020 d’il manifesto

https://ilmanifesto.it/la-nato-al-timone-della-politica-estera-italiana/