Nature-Ecologie

LES INONDATIONS, UNE FATALITE ?

Par Le 21/07/2021

Les inondations, une fatalité ?

 

19 Juil 2021

   

Je reviens de Liège. Trois jours près de ma fille. Heureusement, elle habite en hauteur mais nombre de ses amis et collègues vivent près des rives. Trois jours d’émotions intenses à suivre anxieusement les messages et les réseaux, à réconforter et proposer des coups de main. « Fatalité imprévisible », disent nos responsables. Faux : dès 1990, le GIEC (groupe d’experts internationaux sur l’évolution du climat) annonçait un quadruplement des canicules et des « précipitations extrêmes ». Qu’a-t-on fait pour se préparer ?

 

Des pas de fourmis pour freiner la pollution par les entreprises. On continue d’abattre des forêts précieuses. On continue à développer le transport des marchandises par camions au lieu de favoriser le rail et le transport fluvial. Rien pour créer des zones inondables de protection, rien pour renforcer l’absorption des pluies par les sols. Le nord du pays a solennellement proclamé un « Béton stop » , mais on n’a jamais autant construit (y compris sur des terres agricoles) et c’est plutôt « Béton flop ». Et très peu de mesures protectrices dans les zones qu’on savait à risques.

 « On avait bien le temps » ? Que nos responsables osent aller le dire aux sinistrés. Pire : le gouvernement belge a démantelé la Protection civile, chargée des secours en cas de catastrophe. La Belgique comptait six casernes, il n’en reste que deux, le personnel a été réduit. Or, ces sauveteurs héroïques ont sauvé des vies mais le manque d’effectifs, et parfois d’équipements, n’a pas permis d’en sauver davantage. Le ministre Jan Jambon qui a imposé cette réforme et le gouvernement Charles Michel ont donc, littéralement, tué des gens. L’an passé, la même rage néolibérale contre les services publics coûtait la vie à de nombreux malades. Leur Covid n’a pu être soigné parce que nos divers gouvernements avaient supprimé des dizaines de milliers de lits d’hôpitaux (En France, 110.000 lits sous Sarkozy, Hollande et Macron).

 « Ce n’est pas l’heure de la polémique », écrivait hier le quotidien Le Soir. Mais bien sûr que c’est le moment de poser la question essentielle : « Aurions-nous pu diminuer fortement le nombre des victimes ? » C’est bien le moment de redire que, face au Covid, certains pays ont fait cent fois mieux que nous en termes de victimes grâce à un ensemble de mesures radicales et énergiques plaçant, dès le premier jour d’alerte, la protection des vies au centre des stratégies. Parmi ces mesures, des équipes sociales se rendant de maison en maison pour former aux gestes protecteurs, détecter les cas, assister les plus fragiles et limiter ainsi la propagation. Face aux inondations, de même, de telles équipes auraient pu sauver de nombreuses vies en passant de maison en maison dès que l’alerte fut donnée le mercredi 14, pour repérer les personnes fragiles et les protéger ou les évacuer ! Un des pays les plus riches du monde est-il incapable d’assurer un véritable service de protection sociale à ses vieux et ses handicapés ?

C’est aussi le moment de réfléchir avec le remarquable livre Quand le dernier arbre aura été abattu, nous mangerons notre argent, où Ludo De Witte démontre comment le système capitaliste, par sa soif de profit, mène au gaspillage, au pillage des ressources, à la destruction de la Nature et de nos conditions de vie. Inondations, virus ou autres catastrophes : ce n’est pas la Nature qui est violente mais cette société qui place l’argent au-dessus de tout.

Cependant, dans ce flot de souffrances, une grande lueur d’espoir. La solidarité admirable entre les habitants sinistrés et dans toute la région. Les sauvetages risqués, les dons de nourriture, de vêtements et de matériel, les hébergements, les coups de main pour déblayer les boues, les messages de sympathie. Comme lors de la première vague du Covid, la solidarité des simples citoyens a été magnifique et émouvante. L’homme n’est pas un loup pour l’homme.

Et donc les gens d’en bas méritent de meilleurs dirigeants. Et surtout un meilleur système économique où la santé et la vie l’emportent sur les profits d’une minorité. N’attendons pas la prochaine catastrophe pour imposer le changement.

 

Source: Investig’Action

Image: Twitter

https://www.investigaction.net/fr/les-inondations-une-fatalite/

DECHETS RADIOACTIFS IMMERGES : L’EQUIVALENT DE TROIS CATASTROPHES DE FUKUSHIMA REJETE DANS L’ATLANTIQUE

Par Le 10/07/2021

POLLUTIONS MARINES

Déchets radioactifs immergés : l’équivalent de trois catastrophes de Fukushima rejeté dans l’Atlantique

PAR AUDREY GUILLER 7 JUILLET 2021

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Parmi les rebuts gisant au fond des océans, on trouve aussi des déchets radioactifs. Plusieurs pays, dont la France, ont contribué à leur immersion dans l’Atlantique. Si les sites sont bien répertoriés, ils ne sont désormais plus surveillés.

De 1946 à 1983, la communauté scientifique a jugé que déposer des déchets radioactifs sur les fonds marins était une « solution sûre », « car la dilution et la durée présumée d’isolement apportées par le milieu marin étaient suffisantes », retrace l’Andra (Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs). Cet établissement public à caractère industriel et commercial, chargé de la gestion des déchets radioactifs en France, réalise régulièrement l’inventaire national des matières et déchets radioactifs [1].

Jusqu’en 1977, les états ont été libres de superviser eux-mêmes leurs opérations d’immersion. Puis le Conseil de l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques) a obligé les pays membres à se soumettre aux directives et à la surveillance de l’Agence pour l’énergie nucléaire (AEN). En 1972, la convention de Londres interdit l’immersion de déchets fortement radioactifs. Un moratoire sur l’immersion des déchets est adopté en 1983, dans l’attente d’un examen global de la question. En 1993, les pays signataires décident d’interdire l’immersion de déchets radioactifs dans la mer, « davantage pour des raisons morales que scientifiques », ajoute Émilie Grandidier, chargée de communication à l’Andra, qui assure que tout débat sur d’éventuelles immersions futures est définitivement clos.

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Qui a jeté quoi, et où ?

Entre 1946 et 1982, à l’échelle internationale, 14 pays ont immergé des déchets radioactifs dans plus de 80 sites du Pacifique et de l’Atlantique. « Des déchets liquides directement évacués, des déchets solides non conditionnés, des déchets emballés dans des fûts métalliques et incorporés dans du béton ou du bitume », précise l’Andra. Ces déchets constituent une radioactivité totale de 85 000 térabecquerels (TBq) à la date de leur immersion, l’équivalent de cinq à six fois la quantité d’éléments radioactifs rejetés dans l’océan Pacifique à la suite de la catastrophe nucléaire de Fukushima, entre mars et avril 2011. L’Atlantique Nord a été le premier site d’immersion, représentant la moitié de la radioactivité totale. Le Royaume-Uni, la Belgique, l’Allemagne, la France, les Pays-Bas, l’Italie, la Suède et la Suisse y ont largué 138 100 tonnes de déchets.

La France a participé à titre expérimental à deux vagues d’immersion en 1967 et 1969 (14 200 tonnes de déchets d’une activité de 350 TBq). Ces déchets étaient issus de la recherche sur l’énergie atomique. À l’époque, le parc nucléaire français n’existait pas. Sans participer aux autres largages en Atlantique Nord, la France a jeté à la mer, entre 1967 et 1975, 3200 tonnes de déchets radioactifs issus de la recherche militaire en Polynésie française, à quelques kilomètres au large de l’atoll de Mururoa et de celui de Hao – 193 essais nucléaires ont été menés en Polynésie entre 1966 et 1996. L’Etat français vient de s’engager, ce 2 juillet, à faciliter l’indemnisation des familles polynésiennes largement frappées par des cancers liés à ces essais nucléaires.

Dans l’Atlantique, la France a envoyé ses déchets par 4000 mètres de fond au large de l’Espagne et de la Bretagne. D’autres pays ont poursuivi leurs immersions jusqu’en 1983, sur un site au large du golfe de Gascogne. Le dépotoir le plus proche des côtes françaises, la fosse des Casquets, à 15 km au nord-ouest du cap de La Hague (Manche), n’a donc paradoxalement pas été alimenté par la France. Mais par le Royaume-Uni et la Belgique, de 1949 à 1966, avant que l’AEN n’encadre les opérations.

Carte des décharges de déchets radioactifs dans l’Atlantique Nord-Est réalisée par l’Andra. La pollution radioactive est mesurée en Térabecquerel (TBq). La radioactivité totale de l’ensemble de ces décharges représente trois à quatre fois la pollution de la catastrophe de Fukushima.

Demeurent quelques données inconnues : la Russie et les États-Unis auraient, en dehors de toute surveillance internationale, coulé « des cuves de réacteurs contenant, pour certaines, du combustible », indique l’Andra.

Une surveillance abandonnée depuis 1995

En 1980, l’AEN lance un programme de recherche baptisé Cresp pour étudier le transfert des radionucléides issus des déchets dans le milieu marin. « La radioactivité observée dans la zone des déchets immergés se confond aux fluctuations de la radioactivité naturelle de ces fonds marins », conclut le rapport final de 1995. Le programme Cresp et la surveillance des sites sont alors abandonnés.

En ce qui concerne la Polynésie, le ministère des Armées, qui continue à surveiller les déchets, n’est pas inquiet : « La surveillance de l’environnement à Moruroa et à Fangataufa met en évidence que les radionucléides artificiels mesurés dans les échantillons sont présents à des niveaux très bas et souvent inférieurs ou voisins de la limite de détection des appareils de mesure de la radioactivité. »

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Aucune opération de récupération des déchets n’est prévue

« À ce jour, il n’est pas prévu de récupérer les déchets immergés dans l’océan, précise Émilie Grandidier. Car la radioactivité émise pour les collecter serait plus importante que l’impact qu’ils ont immergés. » En effet, beaucoup de fûts sont dans un état trop piteux pour supporter une manipulation. En 2000, Greenpeace a envoyé un drone explorer et filmer les fonds marins de la fosse des Casquets. Les images rapportées sont celles d’une effrayante décharge : des fûts de déchets radioactifs rouillés, cassés, dégradés. Que se passera-t-il si un ou plusieurs fûts se percent ? Contrairement au pétrole, c’est une pollution invisible, qui peut contaminer toute une chaîne alimentaire, voire atteindre les côtes.

La fosse des Casquets n’est pas la seule préoccupation de Greenpeace. Toute immersion de déchets radioactifs à partir de navires est désormais interdite. Mais dans la Manche, via un pipeline long de 4 km qui s’enfonce à une soixantaine de mètres sous la mer, la centrale de retraitement des déchets nucléaires d’Orano à La Hague (Manche) continue à rejeter chaque année des liquides radioactifs « après traitement éventuel » [2]. En 2019, 609 432 mètres cube de ces liquides ont été déversés en mer.

Audrey Guiller

En photo : fût de déchets radioactifs endommagé photographié par Greenpeace aux abords de la fosse des Casquets, au large du Cotentin, en juin 2000 / © Greenpeace.

Le premier épisode de notre enquête : « Sous la mer, la pollution d’hier est bien là, et elle attend » : les épaves, des bombes à retardement ?

Notes

[1] Voir le site de l’Andra.

[2] Selon ce rapport de 2019.

https://www.bastamag.net/dechets-radioactifs-immerges-Atlantique-fosse-des-Casquets-Golfe-de-Gascogne-Pacifique-polynesie-francaise-nucleaire

RUPTURE D'UN GLACIER DANS L'HIMALAYA : 3 MORTS ET 150 DISPARUS

Par Le 07/02/2021

Himalaya - Des dizaines de morts redoutés après la rupture d'un glacier, les images d'une crue impressionnante

Sur les images, on peut voir la rivière Alaknanda, alimentée par ce glacier, sortir de son lit et emporter tout sur leur passage, notamment une partie d'un barrage.

Sur les images, on peut voir la rivière Alaknanda, alimentée par ce glacier, sortir de son lit et emporter tout sur leur passage, notamment une partie d'un barrage. Capture d'écran YouTube

Faits diversInternationalMontagne

Publié le 07/02/2021 à 10:05 , mis à jour à 13:28

MISE A JOUR A 13 H. Alimentée par le glacier, la rivière Alaknanda est devenue un torrent très puissant emportant tout sur son passage. Un premier bilan fait état d'au moins trois morts et 150 disparus.

La rupture d'une partie d'un glacier de l'Himalaya a provoqué dimanche des inondations dans le nord de l'Inde, ont annoncé les autorités, qui disent craindre 100 à 150 morts dans le district de Chamoli dans l'Etat d'Uttarakhand.

Au moins trois personnes ont été tuées et 150 portées disparues après la crue d'une rivière dans le nord de l'Inde, provoquée dimanche par la rupture d'un glacier dans l'Himalaya, a annoncé la police. 
"Nous avons localisé au moins trois corps dans le lit de la rivière. Notre dernier bilan porte le nombre de disparus à 150. Et il y a 16 ou 17 personnes coincées dans un tunnel", a déclaré à l'AFP un porte-parole de la police de l'Etat de l'Uttarakhand. 
Un morceau du glacier s'est détaché et a glissé dans la rivière Dhauliganga. La brusque montée des eaux a tout emporté sur son passage dans cette étroite vallée, y compris un barrage, des ponts et des routes, selon les images prises par des habitants terrifiés. 
 

Sur des images diffusées par les chaînes de télévision locales et l'agence ANI, partenaire de Reuters, on peut voir la rivière Alaknanda, alimentée par ce glacier, sortir de son lit et ses eaux emporter tout sur leur passage, notamment une partie d'un barrage.

La plupart des 150 disparus sont des employés de la centrale électrique de Tapovan, proche d'un barrage qui a été rompu par la crue. 
Des équipes de sauveteurs s'efforçaient d'évacuer d'urgence des dizaines de villages dans la région et de parvenir jusqu'au tunnel où des personnes étaient prises au piège. 
L'Uttarakhand est un Etat indien situé dans le massif de l'Himalaya et où le Gange prend sa source. 
La plupart des villages en train d'être évacués se situent sur des collines surplombant la rivière, qui est un affluent du Gange. 
Les autorités ont vidé par précaution deux barrages pour empêcher les eaux en furie de gonfler le Gange dans les villes de Rishikesh et Haridwar, et ont interdit aux habitants des deux villes de s'approcher des rives du fleuve sacré. 
"L'Inde se tient aux côtés des habitants de l'Uttarakhand et la nation prie pour la sécurité de tous dans cette région", a déclaré sur Twitter le Premier ministre Narendra Modi. 

reuters

https://www.lindependant.fr/2021/02/07/himalaya-des-dizaines-de-morts-redoutes-apres-la-rupture-dun-glacier-les-images-dune-crue-impressionnante-9358738.php

VERS UNE COLLISION INEVITABLE DE L'ICEBERG GEANT A68a ET UNE ILE BRITANNIQUE ?

Par Le 16/12/2020

iceberg A-68A

Vers une collision inévitable entre un iceberg géant et une île britannique? - images

© REUTERS / UK Min of Defence

SCI-TECH

20:36 16.12.2020URL courte

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Le monstre de glace baptisé A68a, qui s’est détaché de l’Antarctique en juillet 2017, continue à s’approcher de la Géorgie du Sud, menaçant la faune unique de cette l’île britannique, mettent en garde des scientifiques.

Le monstre de glace baptisé A68a, qui s’est détaché de l’Antarctique en juillet 2017, continue à s’approcher de la Géorgie du Sud, menaçant la faune unique de cette l’île britannique, mettent en garde des scientifiques.

​D’une superficie actuelle de près de 4.200 kilomètres carrés, le plus gros iceberg au monde A68a poursuit sa dérive vers la Géorgie du Sud, un territoire britannique d’outre-mer situé dans le sud de l’Atlantique, constatent des scientifiques.

«C'est vraiment très proche, à moins de 50 kilomètres», ce qui rend une collision presque inévitable, déclare à Reuters Geraint Tarling, océanographe du British Antarctic Survey.

​Les scientifiques s'attendent à ce que l'iceberg touche le fond marin, affectant la vie aquatique de l'île. Si A68a s’ancre sur le flanc de l'île, il pourrait rester un élément incontournable pendant 10 ans, jusqu’à ce que la glace ne fonde ou ne se détache, explique Geraint Tarling.

Des animaux menacés

Le plus inquiétant, selon les chercheurs, c’est que l’iceberg n'a pas une quille très profonde et pourrait glisser sur le plateau et se rapprocher de très près du littoral. Cela pourrait empêcher environ deux millions de manchots de l’île - y compris les manchots royaux - d’atteindre les eaux pour nourrir leurs petits.

Norman Ratcliffe, biologiste des oiseaux de mer au British Antarctic Survey, explique à Reuters que les manchots royaux passent généralement 16 jours à faire des allers-retours pour collecter des aliments dans leur ventre qu'ils régurgitent ensuite pour nourrir leurs petits. Si le voyage prend plus de temps, les petits risquent de mourir de faim.

​En cas de morts de poussins cette année, la population de manchots de l’île pourrait être réduite de 10%.

La fonte de la glace libérant une grande quantité d'eau douce, celle-ci pourrait rendre les eaux invivables pour le phytoplancton et d'autres créatures marines qui sont des éléments cruciaux de la chaîne alimentaire.

A68a s’est détaché de la banquise Larsen C le 12 juillet 2017. L’iceberg avait alors une superficie de près de 6.000 kilomètres carrés. En avril, il a perdu un morceau d’environ 175 kilomètres carrés. À titre de comparaison, Paris s’étend sur une superficie de 105,4 kilomètres carrés.

https://fr.sputniknews.com/sci_tech/202012161044943903-vers-une-collision-inevitable-entre-un-iceberg-geant-et-une-ile-britannique---images/

CLIMAT ET CRISE ECOLOGIQUE : LES APPRENTIS SORCIERS DE LA BANQUE MONDIALE ET DU FMI

Par Le 15/12/2020

Climat et crise écologique : Les apprentis sorciers de la Banque mondiale et du FMI

Par Eric Toussaint

Mondialisation.ca, 14 décembre 2020

CADTM

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En décembre 2020, à l’occasion du cinquième anniversaire de la signature de l’accord de Paris sur le Climat, le secrétaire général des Nations unies a tiré la sonnette d’alarme car fondamentalement la situation a empiré. Dans cet article, nous analysons l’action de la Banque mondiale et du FMI en relation avec la crise écologique et le changement climatique.

Fin octobre 2006, Nicholas Stern, conseiller économique du gouvernement britannique, a remis au Premier ministre Tony Blair un rapport de 500 pages sur les effets du changement climatique en cours et les moyens de les combattre. Dans son rapport, Nicholas Stern affirmait : « Le changement climatique va détériorer des conditions élémentaires de la vie des populations sur l’ensemble de la planète – accès à l’eau, production de nourriture, santé et environnement » [1]. De manière implicite, le diagnostic contenu dans ce rapport constituait une condamnation des politiques menées notamment par le FMI et la Banque mondiale dont Nicholas Stern a été économiste en chef [2].

Le présent article confronte le rapport Stern aux positions adoptées par les dirigeants importants de la Banque mondiale, du FMI et du gouvernement de Washington depuis 1990. Il revient également sur le rapport que la Banque mondiale a consacré en 2006 aux catastrophes naturelles. La Banque mondiale a produit une analyse en contradiction avec ce qu’elle avait affirmé jusque-là. Elle tente, au niveau du discours, de limiter la crise de crédibilité qui la touche mais elle n’abandonne nullement son orientation en faveur du tout au marché et son adhésion au modèle productiviste destructeur des humains et de l’environnement. Quant au rapport Stern, bien qu’il contienne des jugements très intéressants, il ne permet en rien de déboucher sur une alternative au modèle productiviste et à la poursuite frénétique de la croissance. Alors que la Banque mondiale avait annoncé qu’elle mettrait fin à son soutien aux énergies fossiles à partir de la fin de 2019, il est clair qu’elle a continué de soutenir la construction et l’exploitation des centrales à charbon, l’exploitation du gaz naturel et du pétrole. En 2020, plusieurs analystes et des ONG ont dénoncé sa responsabilité dans la poursuite dramatique du changement climatique et de la crise écologique.

Retour sur les positions des dirigeants de la Banque mondiale

Alors que de nombreuses voix mettent en évidence depuis le début des années 1970 les dangers d’une croissance sans limite et d’un épuisement des ressources naturelles, les dirigeants de la Banque mondiale et du FMI ont longtemps affirmé qu’il n’y avait aucun péril en la demeure.

Lawrence Summers, économiste en chef et vice-président de la Banque de 1991 à 1996 et par la suite secrétaire d’État au Trésor pendant la présidence de William Clinton, déclarait en 1991 : « Il n’y a pas de (…) limites à la capacité d’absorption de la planète susceptibles de nous bloquer dans un avenir prévisible. Le risque d’une apocalypse due au réchauffement du climat ou à toute autre cause est inexistant. L’idée que le monde court à sa perte est profondément fausse. L’idée que nous devrions imposer des limites à la croissance à cause de limites naturelles est une erreur profonde ; c’est en outre une idée dont le coût social serait stupéfiant si jamais elle était appliquée » [3].

L’idée que nous devrions imposer des limites à la croissance à cause de limites naturelles est une erreur profonde ; c’est en outre une idée dont le coût social serait stupéfiant si jamais elle était appliquée : Lawrence Summers, économiste en chef et vice-président de la Banque mondiale de 1991 à 1996

Dans une lettre adressée à l’hebdomadaire britannique The Economist, publiée le 30 mai 1992, il écrit qu’à son avis, même en parlant du scénario le plus pessimiste : « Brandir le spectre de nos petits-enfants appauvris si nous n’affrontons pas les problèmes globaux d’environnement est pure démagogie ». Il ajoutait : « L’argument selon lequel nos obligations morales à l’égard des générations futures exigent un traitement spécial des investissements environnementaux est stupide » [4].

Les prises de positions de Lawrence Summers ont provoqué un véritable tollé à l’époque et, cinq ans plus tard, en 1997, Nicholas Stern (futur économiste en chef de la Banque) l’écrivit dans le livre commandité par la Banque pour retracer son premier demi-siècle d’existence : « L’engagement de la Banque dans le domaine de l’environnement a été mis en doute par certains suite à la publication fin 1991 par le magazine The Economist d’extraits d’une note de service interne écrite par Lawrence Summers, alors économiste en chef. La note de service interne suggérait la possibilité que les questions d’environnement étaient surestimées en ce qui concerne les pays en développement ; ces pays pourraient réduire leurs coûts marginaux en commerçant ou en tolérant les substances polluantes » [5].

En complète contradiction avec les déclarations rassurantes de Lawrence Summers citées plus haut prédisant que le réchauffement du climat ne réduirait la croissance que de moins de 0,1 % par an au cours des deux prochains siècles, Nicholas Stern affirme en 2006 : « Le Rapport estime que si nous n’agissons pas, les coûts et les risques du changement climatique dans leur ensemble représenteront l’équivalent d’une perte d’au moins 5 % du PNB mondial chaque année, maintenant et pour toujours. Si on prend en compte un éventail plus large des risques et des impacts, les estimations des pertes pourraient atteindre jusqu’à 20 % du PNB ou plus ». C’est un démenti cinglant mais tardif des affirmations de Lawrence Summers.

L’argument selon lequel nos obligations morales à l’égard des générations futures exigent un traitement spécial des investissements environnementaux est stupide : Lawrence Summers, Banque mondiale

Les affirmations du type de celles de Lawrence Summers ne constituent pas un phénomène isolé : elles renvoient à la position dominante du gouvernement de Washington lors des décisions de la Banque mondiale et du FMI. Ces positions, qui niaient que des dégâts graves étaient causés à l’environnement par le modèle productiviste et qu’un changement climatique était en cours, ont été exprimées par Washington au moins jusqu’il y a peu.

Les nombreux discours d’Anne Krueger, économiste en chef de la Banque mondiale pendant le mandat présidentiel de Ronald Reagan et, plus tard, numéro 2 du FMI de 2000 à 2006, en apportent la preuve. Dans l’un d’eux, prononcé le 18 juin 2003 à l’occasion du 7e Forum économique international de Saint-Pétersbourg, Anne Krueger déclarait : « Prenons cette inquiétude immémoriale qu’une croissance rapide va épuiser les ressources en combustible et que si cela se produit, la croissance sera stoppée net. Les réserves de pétrole sont plus importantes aujourd’hui qu’en 1950. A l’époque, on estimait que les réserves mondiales de pétrole seraient épuisées en 1970. Cela ne s’est pas produit. Aujourd’hui, les réserves connues peuvent durer 40 ans au taux actuel de consommation. Il ne fait pas de doute que quand nous arriverons à 2040, la recherche et le développement auront produit de nouvelles avancées dans la production et l’utilisation de l’énergie ».

Anne Krueger poursuivait : « Nous n’avons pas non plus causé de dégâts irréparables à l’environnement. Il est clair qu’après une phase initiale de dégradation, la croissance économique entraîne ensuite une phase d’amélioration. Le point critique, auquel les gens se mettent à choisir d’investir dans la prévention de la pollution et le nettoyage de zones polluées, se situe à environ 5 000 dollars de Produit intérieur brut (PIB) par habitant ».

Nous n’avons pas non plus causé de dégâts irréparables à l’environnement : Anne Krueger, numéro 2 du FMI de 2000 à 2006

Ce dernier paragraphe contient deux erreurs (mensonges) manifestes. Premièrement, les faits démontrent que des dégâts irréparables ont été causés à l’environnement. Deuxièmement, il n’est pas vrai qu’après « une phase initiale de dégradation » de l’environnement, « la croissance économique entraîne ensuite une phase d’amélioration ». Les pays les plus industrialisés ont dépassé depuis longtemps 5 000 dollars de PIB par habitant [6] et pourtant, la plupart d’entre eux poursuivent des politiques qui entraînent une augmentation de la pollution.

Il a fallu attendre les suites de l’ouragan Katrina d’août 2005 pour que la Maison Blanche commence, à contrecœur, à reconnaître l’évidence.

Le CADTM, ainsi que d’autres mouvements, n’a pas attendu une catastrophe comme celle qui s’est abattue sur la Nouvelle Orléans en août 2005 pour reprocher à la Banque mondiale et au FMI des politiques qui ont favorisé le changement climatique et ont affaibli la capacité des pays en développement à faire face à des calamités naturelles. Le CADTM a dénoncé la promotion par la Banque mondiale et le FMI de politiques favorisant la déforestation et le développement de mégaprojets énergétiques destructeurs de l’environnement [7]. De même, il a demandé à la Banque mondiale d’abandonner le soutien aux projets destructeurs des protections naturelles des côtes telles que les mangroves qui amortissent les effets de type tsunami [8]. Le CADTM a également exigé que la Banque mondiale arrête ses prêts dans le secteur des industries extractives. Le CADTM dénonce le soutien de la Banque mondiale à l’agro business, aux monocultures d’exportations, à la privatisation des terres, aux intérêts des grandes entreprises semencières, responsables de la réduction de la biodiversité, de l’émission de gaz à effets de serre en très grande quantité et de l’appauvrissement des travailleurs-ses de la terre. Enfin, le CADTM a remis en cause la décision prise par la conférence de Rio de 1992 de confier à la Banque mondiale la gestion d’un fonds mondial de protection de l’environnement. Cela revient incontestablement à confier au renard la sécurité du poulailler…

Le tournant amorcé par la Banque

Le CADTM dénonce la Banque mondiale et le FMI qui favorisent la déforestation et le développement de mégaprojets énergétiques destructeurs de l’environnement

Sans la moindre autocritique, la Banque mondiale a publié en avril 2006 un rapport consacré aux catastrophes naturelles. Son auteur, Ronald Parker, écrit : « Il y a une augmentation des catastrophes liées à la dégradation de l’environnement aux quatre coins de la planète » [9] . Alors que le nombre de tremblements de terre reste quasiment constant, c’est le nombre et l’ampleur des catastrophes naturelles liées au climat qui est en forte croissance : d’une moyenne annuelle de 100 en 1975 à plus de 400 pour l’année 2005. La Banque reconnaît que le réchauffement global, la déforestation et l’érosion des sols ont accru la vulnérabilité de régions entières. La Banque estime que les pays en développement subissent des dommages d’au moins 30 milliards de dollars par an. Comme le déclare Lester Brown, directeur du Earth Policy Institute : « Ce rapport souligne que, bien que nous continuions à qualifier ces catastrophes de « naturelles », elles sont parfois clairement d’origine humaine » [10].

Le Rapport de Nicholas Stern sur le réchauffement global

Nicholas Stern est très clair : les pays les moins industrialisés, bien que moins responsables que les autres du réchauffement climatique, seront les plus touchés : « Tous les pays seront touchés. Les plus vulnérables – les pays et populations les plus pauvres – souffriront plus tôt et davantage, même s’ils ont beaucoup moins contribué au changement climatique ». Il ajoute, en complète contradiction avec la philosophie des tenants de la mondialisation néolibérale, que : « Le changement climatique est le plus grand échec du marché que le monde n’ait jamais connu et il interagit avec d’autres imperfections du marché ». Ceci dit, Nicholas Stern ne propose pas du tout d’alternative au modèle productiviste et au marché capitaliste. Au contraire, son rapport a pour but de tirer la sonnette d’alarme afin que des fonds suffisants soient consacrés à des dépenses de reconversion industrielle et de protection de l’environnement, dans le but de permettre la poursuite de cette croissance aveugle. Il affirme que l’humanité peut être à la fois « verte » et « pro-croissance » (« green and growth »).

Il explique que le marché de la protection de l’environnement va offrir un nouveau créneau au privé pour faire des profits. Et pour couronner le tout, il explique qu’étant donné que les PED polluent moins que les pays industrialisés tout en souffrant davantage des effets du réchauffement, ils pourront vendre aux pays riches des droits de continuer à polluer. Avec les recettes engrangées par la vente de ces droits, ils pourront financer la réparation des dégâts causés à leur population.

Les plus vulnérables – les pays et populations les plus pauvres – souffriront plus tôt et davantage, même s’ils ont beaucoup moins contribué au changement climatique

Nicholas Stern a participé à la création en 2013 de la Commission globale sur l’économie et le climat (Global Commission on the Economy and Climate) qui est à la fois un think tank et un groupe de pression dédié à la promotion d’un capitalisme vert. Nicholas Stern qui co-préside cette commission est accompagné de dirigeant-e-s de grandes entreprises privées particulièrement polluantes comme le cimentier HolcimLafarge, ou le pétrolier Shell (dont le président est membre de cette commission). Participent également à la direction de cette commission privée : la directrice générale du FMI, un directeur de la banque HSBC, une ancienne dirigeante de la Banque mondiale, un ancien président mexicain, un ancien dirigeant de la Banque de développement de Chine, un dirigeant de la Banque asiatique de développement [11].

La Banque mondiale s’auto félicite pour l’action qu’elle prétend mener à bien pour lutter contre le changement climatique

Sur le site de la Banque mondiale, on trouve à de multiples endroits des affirmations sur son extraordinaire effort en termes de lutte contre le changement climatique et en faveur des populations.

« Dans le sillage de l’adoption de l’accord de Paris sur le climat, le Groupe de la Banque mondiale a présenté en 2016 un ambitieux Plan d’action sur le changement climatique (a) afin d’intensifier le soutien financier et technique aux pays en développement et, ainsi, renforcer leur action pour le climat. L’institution internationale, qui s’était engagée à porter ses financements climatiques à hauteur de 28 % de ses prêts d’ici 2020, contre 20 % en 2016, a systématiquement dépassé cet objectif au cours de ces trois dernières années ».

« Conformément au Plan d’action, tous les nouveaux projets de la Banque mondiale sont passés au crible du risque climatique. »

« Le soutien de la Banque s’étend maintenant au-delà des secteurs traditionnellement associés à l’action climatique, tels que l’énergie, l’agriculture et l’environnement, pour au contraire élargir la palette de projets « climato-intelligents » »

« Aujourd’hui, la reprise après Covid-19 exige de prendre en compte le climat, il n’y a pas d’autre choix possible ».

« Il est évident que les bouleversements dus à la pandémie soulignent toute l’importance de se protéger contre des risques environnementaux qui ont des conséquences graves et systématiques sur toute l’économie. »

« Grâce à son Plan d’action, le Groupe Banque mondiale a aidé des pays à réduire les risques de catastrophe en combinant des mesures qui renforcent à la fois la résilience des populations, des infrastructures et des économies. »} {« Le Groupe de la Banque mondiale a donné la priorité aux investissements dans les énergies renouvelables et l’efficacité énergétique, des leviers essentiels pour aider ses clients à réduire leurs émissions. »} {« Notre prochain plan pour la période 2020-2025, déjà lancé, entend amplifier le soutien aux pays pour qu’ils prennent des mesures ambitieuses en matière de climat, en augmentant les financements en faveur de l’adaptation et en encourageant une action systémique renforcée à l’échelon des pays. »  [12]

Du discours de la Banque mondiale à la réalité de ses actions, le fossé est énorme

Du discours de la Banque mondiale à la réalité de ses actions, le fossé est énorme, en faisant la promotion des énergies fossiles et/ou polluantes, la Banque mondiale va à l’encontre des engagements pris aux Nations unies. C’est ce qui ressort d’une investigation menée par le consortium international auquel participent notamment trois médias allemands : le NDR, la Süddeutsche Zeitung et la Deutsche Welle [13]. En 2021, la plus grande raffinerie de pétrole au monde doit voir le jour au Nigéria. C’est Aliko Dangote, l’homme le plus riche d’Afrique [14] qui la fait construire. En dépit des engagements mondiaux sur le climat, la Banque mondiale soutient le projet d’Aliko Dangote, en finançant au moins cinq des banques qui ont prêté de l’argent à l’entrepreneur. Et Aliko Dangote a obtenu de la Banque mondiale un crédit supplémentaire à hauteur de plus de 150 millions de dollars.

En faisant la promotion des énergies fossiles et/ou polluantes, la Banque mondiale va à l’encontre des engagements pris aux Nations unies

Selon la journaliste Sandrine Blanchard, lors de l’enquête des journalistes du consortium international, la Banque mondiale a justifié son action en affirmant que « Le crédit a été accordé pour aider le Nigeria à améliorer la revalorisation de ses activités dans le domaine des ressources naturelles, notamment la production d’engrais ». Mais en réalité, Sandrine Blanchard affirme qu’il est difficile de séparer cette usine du reste du projet pétrolier [15].

Selon le consortium de journalistes d’investigation (The International Consortium of Investigative Journalists), il ne s’agit là que d’un exemple parmi d’autres investissements de la Banque mondiale dans des énergies fossiles. Parfois, elle investit même directement dans l’extraction de charbon, de gaz naturel ou de pétrole. C’est le cas notamment au Kenya, au Mozambique ou en Guyane. En tout, la Banque mondiale prête plus de moyens financiers aux énergies fossiles qu’aux énergies renouvelables, ce qui inquiète Uwe Kekeritz, député au parlement allemand (Bundestag) et responsable de la politique de développement au sein du parti écologiste allemand. « L’influence de la Banque mondiale est gigantesque et ses investissements continus dans les énergies fossiles ont des répercussions catastrophiques sur le climat. C’est inacceptable car il s’agit d’une banque vouée au développement et qui devrait mettre le développement du monde au cœur de sa politique, ce qui n’est pas le cas. »

De son côté, l’ONG allemande Urgewald a affirmé que la Banque mondiale a octroyé des crédits pour plus de 12 milliards de dollars pour des projets de combustibles fossiles entre 2015, année de l’adoption de l’accord de Paris sur le climat et 2020.

L’influence de la Banque mondiale est gigantesque et ces investissements continus dans les énergies fossiles ont des répercussions catastrophiques sur le climat

Comment se fait-il que la Banque mondiale puisse affirmer qu’elle a mis fin depuis 2019 au financement des énergies fossiles ? La réponse est simple : officiellement elle se limite à octroyer des crédits pour apporter une assistance technique aux autorités des pays qui souhaitent développer l’exploitation de combustibles fossiles. Elle ne finance plus officiellement l’exploration et l’exploitation directe de ces combustibles mais en réalité, par ses crédits en matière d’assistance technique elle joue un rôle indispensable pour permettre aux États d’exploiter les combustibles fossiles qui se trouvent dans le sous-sol du pays.

Voici une série d’exemples qui montrent le rôle néfaste des prêts de la Banque mondiale en matière d’assistance technique.

Mozambique : Le méga projet d’exploitation de gaz naturel liquéfié cofinancé par la Banque mondiale

En juillet 2020, le géant pétrolier français Total et ses partenaires ont signé des accords de financement d’une valeur de 14,9 milliards de dollars US pour le mégaprojet projet de gaz naturel liquéfié (GNL) de la zone 1 au Mozambique. Cet accord est salué comme le plus grand financement de projet jamais réalisé en Afrique. Il implique 19 banques commerciales et des financements publics de 8 agences de crédit à l’exportation, de la Banque africaine de développement et de la Banque mondiale.

La contribution de la Banque mondiale consiste en un prêt de 87 millions de dollars pour financer l’assistance technique dans le but déclaré d’améliorer la gouvernance afin d’accroître les investissements dans les secteurs du gaz et de l’exploitation minière pour favoriser une croissance généralisée. Comme le dénonce Heike Mainhardt de Urgewald, une grande partie de l’aide de la Banque s’est concentrée sur le soutien aux zones 1 et 4, qui font du Mozambique l’un des plus grands exportateurs de GNL au monde [16]. Le développement de ce mégaprojet va entraîner plusieurs conséquences très négatives : déplacements forcés de populations, perte des moyens de subsistance des pêcheurs et augmentation de la crise climatique-écologique. Pour de nombreuses raisons, comme le dit Heike Mainhardt, il est important de comprendre le rôle de la Banque mondiale.

Le développement de ce mégaprojet au Mozambique va entraîner des déplacements forcés de populations, perte des moyens de subsistance des pêcheurs et augmentation de la crise climatique-écologique

En pratique, l’assistance technique de la Banque mondiale finance des consultants chargés de conseiller le gouvernement sur des questions telles que les politiques fiscales et réglementaires et la facilitation de grands accords financiers complexes. Les consultants financés par la Banque ont aidé le gouvernement pendant des années à poser les bases juridiques et à négocier les accords permettant d’obtenir le paquet financier de 14,9 milliards de dollars. Au cours de la consultation parrainée par la Banque mondiale, une nouvelle loi couvrant les activités des zones 1 et 4 du GNL a été publiée en décembre 2014. Selon le cabinet d’avocats Shearman and Sterling, parmi les nombreuses concessions, cette loi prévoit qu’aucune préférence ne doit être accordée aux fournisseurs mozambicains pour l’achat de biens et de services nécessaires. Cette concession a considérablement augmenté les opportunités pour les entreprises des pays ayant des Agences de crédits à l’exportation qui prennent part au mégaprojet, et ce, au détriment des entreprises mozambicaines. L’Export Import Bank of the United States(US Exim) a annoncé que son prêt de 5 milliards de dollars pour la zone 1 concerne 68 fournisseurs américains et soutiendra environ 16 400 emplois aux États-Unis. Il est facile de comprendre que cet accord de financement réalisé avec l’aide de consultants payés par la Banque mondiale ne va pas favoriser la création d’un nombre important d’emplois au Mozambique.

Toujours selon Heike Mainhardt, depuis 2012, la Banque mondiale a octroyé des prêts au Mozambique pour plus de 14 millions de dollars afin de financer des contrats du gouvernement avec au moins 12 sociétés de conseil pour l’aider dans les négociations du paquet financier concernant les zones 1 et 4. Nombre de ces sociétés ont des liens avec les compagnies pétrolières et au moins deux d’entre elles ont d’importants conflits d’intérêts. En plus de conseiller le gouvernement du Mozambique, le cabinet d’avocats SNR Denton a également conseillé plusieurs compagnies pétrolières impliquées dans la zone GNL 1 du Mozambique, dont Total, ONGC Videsh Limited (OVL) et Bharat PetroResources.

De plus, en 2016, ExxonMobil a acquis une participation de 25 % dans la zone GNL 4 du Mozambique. En 2018, la Banque mondiale a financé un contrat de 2,4 millions de dollars pour l’assistance aux transactions de GNL impliquant un groupe de consultants, dont le cabinet d’avocats préféré d’ExxonMobil, Hunton Andrews Kurth. Au cours de cette même période, ExxonMobil a versé au cabinet d’avocats 500 000 dollars de frais de lobbying aux États-Unis. Il est évident qu’au lieu de promouvoir une gestion qui mettrait le gouvernement à l’abri de l’influence de l’industrie pétrolière, l’aide de la Banque mondiale la facilite.

En plus de favoriser les compagnies pétrolières et les financiers au détriment des intérêts du Mozambique, les prêts de la Banque mondiale vont à l’encontre de l’engagement du Mozambique et de la BM envers les objectifs de l’Accord de Paris sur le climat, qui comprennent la limitation du réchauffement climatique à 1,5 °C.

En novembre 2019, des chercheurs de plusieurs organisations d’experts, dont le Programme des Nations unies pour l’environnement, ont alerté l’opinion publique internationale en affirmant qu’au rythme où vont les choses on va produire 120 % de combustibles fossiles de plus en 2030 que ce qui serait compatible avec une trajectoire de 1,5 °C. En d’autres termes, les investissements dans la production de combustibles fossiles sont déjà beaucoup trop importants.

Au rythme actuel on va produire 120 % de combustibles fossiles de plus en 2030 que ce qui serait compatible avec une trajectoire de 1,5 °C : Programme des Nations unies pour l’environnement

Faisant mine de reconnaître le danger, comme je l’ai indiqué plus haut, la Banque mondiale a annoncé en 2017 qu’elle mettrait fin au financement direct du pétrole et du gaz en amont (exploration et production) d’ici la fin de 2019. Toutefois, cet engagement exclut l’assistance technique et les prêts de la Banque pour la politique de développement. Les prêts et les conseils de la Banque mondiale stimulent le pétrole et le gaz, sapant ainsi les objectifs climatiques.

Un domaine particulièrement important que la Banque continue à soutenir est celui des incitations fiscales pour les investissements dans les combustibles fossiles. Au Mozambique, pour attirer de nouveaux investissements au-delà des zones 1 et 4, le prêt de 110 millions de dollars de la Banque mondiale pour la politique de développement en 2014 a obligé le gouvernement à approuver une nouvelle loi sur la fiscalité pétrolière. La nouvelle loi fiscale comprend plusieurs incitations à l’investissement, telles que des taux d’amortissement accélérés pour l’exploration pétrolière et gazière. L’amortissement accéléré des nouveaux investissements en capital permet aux compagnies pétrolières d’amortir rapidement les investissements en capital qui, autrement, se déprécieraient au fil du temps. En d’autres termes, des réductions d’impôt plus importantes sont accordées au début de l’opération, ce qui rend les nouveaux projets plus rentables et augmente les flux de trésorerie qui peuvent être consacrés à un plus grand nombre de forages.

Suriname (Amérique du Sud)

Il est important de noter que le Groupe de la Banque mondiale a approuvé une opération d’assistance technique de 23 millions de dollars pour le Suriname en juillet 2019, visant à développer les industries extractives, qui pourraient contenir du pétrole et du gaz. La Banque mondiale prête des moyens financiers aux autorités du Suriname pour qu’elles ouvrent la voie aux grandes compagnies pétrolières afin qu’elles exploitent les ressources du bassin Guyana-Suriname au détriment de la population et de l’environnement. L’avertissement de la Banque selon lequel la région sera gravement touchée par la crise climatique et l’élévation du niveau de la mer qui en résultera est plus que cynique, comme le déclare Jacey Bingler de Urgewald dans un rapport publié en décembre 2020 à la veille du cinquième anniversaire de l’accord de Paris sur le climat [17].

Un dernier exemple, la Banque mondiale a octroyé en 2019 un prêt de 38 millions au Brésil pour des contrats d’assistance technique pour développer l’exploitation pétrolière.

Les dettes réclamées par la Banque mondiale et le FMI sont odieuses et doivent être annulées

De nombreux pays en développement se voient réclamer par la Banque mondiale et le FMI le remboursement de dettes qui ont provoqué des dommages incalculables aux populations et à la Nature de ces territoires et au-delà, à la planète entière. Elles font partie de la catégorie des dettes odieuses car elles ont été contractées contre l’intérêt des populations. En effet, pour être caractérisées comme odieuses, les dettes doivent avoir été utilisées contre l’intérêt des populations des pays qui les ont contractées, or c’est bien le cas. Un critère additionnel est nécessaire pour caractériser les dettes comme odieuses : les prêteurs savaient ou ne peuvent pas démontrer qu’ils ne pouvaient pas savoir que l’usage de leurs prêts allaient à l’encontre de l’intérêt des populations [18]. Or comme le montre cet article et de multiples études, y compris des documents produits par la Banque mondiale et le FMI, les dirigeants de ces institutions savaient qu’effectivement leurs prêts servent et servaient à soutenir des politiques contraires aux intérêts de la population et de l’environnement. Les peuples sont en droit de réclamer leur annulation. Il en va de même pour les dettes réclamées par des investisseurs privés ou des gouvernements prêteurs.

Conclusion

La Banque mondiale et le FMI savent qu’effectivement leurs prêts servent et servaient à soutenir des politiques contraires aux intérêts de la population et de l’environnement

Les tenants du modèle productiviste dominant et du système capitaliste ont commencé par nier l’existence d’un problème crucial, en l’occurrence celui des dégâts environnementaux et du réchauffement climatique, et continué à promouvoir avec force des politiques qui aggravaient la situation. Puis, quand la situation est devenue intenable, ils ont fait la une des médias internationaux en publiant un rapport sur le sujet, cherchant à accréditer l’idée que les institutions internationales et les gouvernements des pays les plus industrialisés ont pris la mesure de ce grave problème, en fait volontairement occulté pendant des décennies. En fin de compte, les défenseurs du système actuel laissent croire qu’il est en mesure d’apporter une solution à un problème dont il est une des causes fondamentales, permettant ainsi sa propre perpétuation. Il est urgent de comprendre que la seule solution juste et durable passe justement par la remise en cause de ce système capitaliste productiviste, structurellement générateur de dégâts environnementaux et d’inégalités galopantes.

 

Notes :

[1] Nicholas STERN, Stern Review : The Economics of Climate Change, octobre 2006. Toutes les citations du Rapport Stern dans le présent article sont tirées des conclusions du rapport. Le Rapport complet est accessible sur le site internet du gouvernement britannique.

[2] Nicholas Stern a été économiste en chef et vice-président de la Banque mondiale de 2000 à 2003.

[3] Lawrence Summers, à l’occasion de l’assemblée annuelle de la Banque mondiale et du FMI à Bangkok en 1991, interview avec Kirsten Garrett, « Background Briefing », Australian Broadcasting Company, second programme.

[4] « Summers on Sustainable Growth », lettre de Lawrence Summers à The Economist, 30 mai 1992.

[5] Nicholas Stern et Francisco Ferreira in KAPUR, Devesh, LEWIS, John P., WEBB, Richard. 1997. The World Bank, Its First Half Century, Volume 2 : Perspectives, p.566.

[6] Le PIB par habitant dépasse 20 000 dollars dans les pays d’Amérique du Nord, d’Europe occidentale, le Japon, l’Australie, la Nouvelle Zélande.

[7] Voir notamment, Éric Toussaint, La Bourse ou la Vie, CADTM-Luc Pire-Syllepse-Cetim, 1998, chapitre 9.

[8] Damien Millet et Éric Toussaint, Les Tsunamis de la dette, CADTM-Syllepse, Liège-Paris, 2005

[9] Cité dans le Financial Times, 22-23 avril 2006.

[10] Cité dans le Financial Times, 22-23 avril 2006.

[11] Voir le site de ce groupe de pression : Members of the Global Commission | New Climate Economy | Commission on the Economy and Climate, http://newclimateeconomy.net/about/members-global-commission consulté le 14 décembre 2020
Voir pour une critique Daniel Tanuro, Trop tard pour être pessimistes ! Ecosocialisme ou effondrement, Textuel, Paris 2020, pp 113-115

[12] Toutes les citations proviennent du site officiel de la Banque mondiale : « 5 années de leadership climatique : bilan du premier Plan d’action du Groupe de la Banque mondiale sur le changement climatique » https://www.banquemondiale.org/fr/news/immersive-story/2020/09/08/5-years-of-climate-leadership-the-world-bank-groups-first-climate-action-plan

[13] The International Consortium of Investigative Journalists (ICIJ), « The World Bank is Still Hooked on Fossil Fuels Despite Climate Pledge » publié le 10 avril 2019, https://www.icij.org/investigations/world-bank/the-world-bank-is-still-hooked-on-fossil-fuels-despite-climate-pledge/ consulté le 13 décembre 2020

[14] Aliko Dangote, né le 10 avril 1957 à Kano, Nord du Nigeria, est un homme d’affaires nigérian, considéré comme l’homme le plus riche d’Afrique. En 2018, lors du passage d’Emmanuel Macron à Lagos au Nigeria, le président français a rencontré ce milliardaire nigérian. Aliko Dangote est tout à fait favorable à la Zone de libre-échange continentale africaine. En janvier 2020 et de nouveau en novembre 2020, Aliko Dangote a annoncé qu’il souhaitait acheter le Club de football britannique Arsenal.

[15] Sandrine Blanchard en collaboration avec Fanny Fascar, Astrid Rasch et Elisabeth Weydt. « La Banque mondiale investit dans des les énergies fossiles, nuisibles au climat », Deutsche Welle, 11 avril 2019 https://www.dw.com/fr/la-banque-mondiale-investit-dans-des-les-%C3%A9nergies-fossiles-nuisibles-au-climat/a-48291776

[16] Heike Mainhardt, « World Bank policy advice boosts oil and gas, undermining climate goals » 21 juillet 2020 https://www.climatechangenews.com/2020/07/21/world-bank-policy-advice-boosts-oil-gas-industry-undermining-climate-goals/consulté le 13 décembre 2020

[17] Five Years Lost How Finance is Blowing the Paris Carbon Budget, publié le 10 décembre 2020, https://urgewald.org/sites/default/files/media-files/FiveYearsLostReport.pdf , p. 20, consulté le 1 » décembre 2020.

[18] Pour une définition de la dette odieuse voir : Éric Toussaint, « Un pays a le pouvoir de refuser de payer la dette », publié le 18 novembre 2020, https://www.cadtm.org/Un-pays-a-le-pouvoir-de-refuser-de-payer-la-dette Voir également : Éric Toussaint, « La dette odieuse selon Alexandre Sack et selon le CADTM », publié le 18 novembre 2016, https://www.cadtm.org/La-dette-odieuse-selon-Alexandre-Sack-et-selon-le-CADTM

La source originale de cet article est CADTM

Copyright © Eric ToussaintCADTM, 2020

https://www.mondialisation.ca/climat-et-crise-ecologique-les-apprentis-sorciers-de-la-banque-mondiale-et-du-fmi/5652073

EN 2019, LA POLLUTION DE L'AIR A TUE PRES DE 500.000 NOUVEAUX-NES

Par Le 21/10/2020

https://french.alahednews.com.lb/37250/296

 

La pollution de l’air a tué près de 500.000 nouveaux-nés en 2019

La pollution de l’air a tué près de 500.000 nouveaux-nés en 2019

 

 

 

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Par AlAhed avec AFP

La pollution de l'air a tué 476.000 nouveaux-nés en 2019, notamment en Inde et en Afrique subsaharienne, selon une nouvelle étude qui pointe la responsabilité, dans près de trois quarts de ces décès, des fumées toxiques émanant de combustibles utilisés pour cuisiner.

Plus de 116.000 nourrissons indiens sont morts du fait de la pollution de l'air dans le premier mois de leur vie, et 236.000 en Afrique subsaharienne, selon le State of Global Air 2020, qui utilise des données compilées par deux instituts américains (Health Effects Institute et Institute for Health Metrics and Evaluation).

D'après les auteurs de l'étude, il existe de plus en plus de preuves permettant de lier l'exposition des mères à la pollution de l'air durant leur grossesse avec le risque accru que les bébés naissent avec un poids trop faible ou prématurés.

Un facteur clé dans la mort de jeunes enfants

«Bien qu'il y ait une réduction lente et constante de la dépendance des foyers à des combustibles de mauvaise qualité, la pollution de l'air qui en est issue continue à être un facteur clé dans la mort de ces jeunes enfants», a estimé Dan Greenbaum, président du Health Effects Institute.

Les nouveaux-nés en Asie du Sud et en Afrique subsaharienne sont particulièrement concernés, a-t-il relevé.

Au total, la pollution de l'air a causé 6,7 millions de morts dans le monde en 2019, selon l'étude, ce qui en fait la quatrième cause de décès.

Les auteurs ont relevé que si la pandémie de Covid-19 avait causé de nombreux décès ainsi que des problèmes économiques et sociétaux, elle avait aussi eu un impact en termes de pollution: «Beaucoup de pays ont retrouvé des ciels bleus et des nuits étoilées, souvent pour la première fois depuis des années», en raison du ralentissement de l'activité. Mais ces gains sont de courte durée, ont-ils averti.

https://french.alahednews.com.lb/37250/296

EFFONDREMENT DRAMATIQUE DES GLACIERS DANS LES ALPES A CAUSE DES TEMPERATURES ÉLEVÉES

Par Le 02/09/2020

Un glacier (image d'illustration)

Un «effondrement dramatique» des glaciers dans les Alpes à cause des températures élevées

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Les températures anormalement élevées enregistrées cet été dans les Alpes ont engendré «un effondrement dramatique» des glaciers, selon l’Organisation météorologique mondiale (OMM). Parmi les changements cruciaux, elle cite la rupture en deux du glacier Tourtemagne, lequel a perdu quelques 300.000 mètres cubes de glace.

Au cours du XXe siècle, les températures dans les Alpes ont augmenté de 2°C, réduisant la couverture glaciaire et révélant des roches plus sombres qui ont besoin de davantage de rayonnement solaire, a déclaré le 1er septembre la porte-parole de l'Organisation météorologique mondiale des Nations unies, Clare Nullis lors d’un briefing.

 

Un iceberg au Groenland

© SPUTNIK . ИЛЬЯ ТИМИН

Plus de 15 millions de personnes risquent d’être exposées à de nouvelles inondations, selon une étude

 

Les glaciers alpins souffrent ainsi énormément des températures estivales supérieures à la normale, alors que l’été 2020 a eu un impact majeur sur les glaciers, selon l’OMM.

«Le recul des glaciers dans les Alpes affecte les paysages mais aussi les ressources en eau et certains segments de l'économie. Les pertes brusques de masse comme celle observée sur le glacier de Tourtemagne sont rares, mais illustrent la façon dont les glaciers souffrent d'étés anormalement chauds», a déclaré Mme Nullis.

Températures anormales en France

Et d’évoquer également les températures particulièrement élevées, soit 40,4°C, enregistrées début juillet en France, à Ayze, petite ville au cœur du massif du Mont Blanc.

Dans le même temps, une température record de 5°C a été enregistrée à l’altitude de 4.000 mètres au-dessus de Courmayeur, du côté italien du Mont Blanc, début août.

https://fr.sputniknews.com/sci_tech/202009021044364457-un-effondrement-dramatique-des-glaciers-dans-les-alpes-a-cause-des-temperatures-elevees/


 

UN NOUVEAU CONTINENT ÉMERGEANT DANS L'OCEAN INDIEN DÉCOUVERT PAR DES SCIENTIFIQUES FRANÇAIS ET AUSTRALIENS

Par Le 21/06/2020

Océan Indien

Un nouveau continent émergeant dans l'océan Indien découvert par des scientifiques

© Photo. Christopher Harriot

SCI-TECH

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Une étude menée par des scientifiques français et australiens dans l'archipel des Kerguelen, situé dans l'océan Indien près de l'Antarctique, a établi qu’un massif de syénites, des roches acides, était en train de constituer un «embryon de continent».

Des géologues français et australiens ont étudié la composition de roches des îles du sud de l'océan Indien et découvert qu'il existe une formation de «continent embryonnaire». Les résultats de l'étude ont été publiés dans la revue Terra Nova.

La croûte continentale croît aux frontières des continents et des océans, dans les zones de subduction, où les plaques lithosphériques océaniques s'enfoncent dans le manteau terrestre. Lorsqu'elles sont refondues et mélangées avec le matériau de la base des plaques continentales, du magma granitique se forme et s'élève formant à son tour la couche supérieure de granit des continents.

D’un point de vue géologique, c'est cette couche externe qui distingue les continents des océans: une croûte océanique relativement mince se compose principalement de basaltes formés à la suite de la fonte du manteau, tandis que la croûte continentale est plus épaisse et a une composition granitique.

Étude menée sur un archipel

Les résultats de l’étude menée par des scientifiques sur les îles de l'archipel des Kerguelen, situé dans l'océan Indien près de l'Antarctique, montrent que le magma granitique, et donc la croûte continentale, peut se former non seulement dans les zones de subduction, mais aussi directement au centre des océans. Les auteurs suggèrent que c'est ainsi que naissent de nouveaux continents.

 

 

L'île de Baffin

© CC0 / TPSDAVE

Un fragment d’un continent ancien découvert au Canada

Les îles de l'archipel sont essentiellement les sommets de volcans qui surplombent l'eau, traversant la croûte océanique du plateau de Kerguelen. Des courants de basaltes se sont déversés de ces volcans qui ont formé des îles. Cependant, avec les basaltes traditionnels des océans, il existait une intrusion des roches les plus acides de la famille des granites, les syénites, qui se trouvent uniquement sur les continents. La croûte dans la région des îles Kerguelen est en conséquence anormalement épaisse, comme sur les continents.

 

Les auteurs ont formulé l'hypothèse que le massif de syénites des îles Kerguelen est essentiellement un «embryon de continent», qui deviendra dans des millions d'années un continent à part entière. Dans l'étude, ils soulignent que pour la conclusion finale, il est nécessaire d'étudier en détail la composition chimique des syénites afin de comprendre l'origine de son magma et de restituer l'histoire de son évolution.

Le massif sud de l'archipel des Kerguelen est le seul exemple d'intrusion acide située au centre de la plaque lithosphérique océanique encore connue dans le monde.

https://fr.sputniknews.com/sci_tech/202006191043978771-un-nouveau-continent-emergeant-dans-locean-indien-decouvert-par-des-scientifiques/


 

LE VOL DES HIRONDELLES DANS LE PIÉGE DE LA CRISE CLIMATIQUE

Par Le 02/05/2020

Le vol des hirondelles dans le piège de la crise climatique

Par Francesco Bilotta

Mondialisation.ca, 01 mai 2020

Thème: 

En ce printemps marqué par le virus et l’isolement social les hirondelles ont fait leur apparition dans les ciels européens. Après avoir hiverné en Afrique centre-méridionale elles reviennent dans les lieux où elles sont nées pour un nouveau cycle reproductif. Phénomène qui se renouvelle depuis 10 mille ans, au terme de la dernière glaciation avec la formation des zones climatiques actuelles.

La migration des hirondelles est sans frontière, elle met en relation des territoires et écosystèmes distants de milliers de kilomètres. La mystérieuse synchronie spatio-temporelle avec laquelle ce phénomène se manifeste a fait entrer l’hirondelle dans notre culture comme expression de la cyclicité du temps et comme symbole du printemps et de la renaissance. Mais l’hirondelle Hirundo rustic pour rejoindre nos latitudes et les aires reproductives doit parcourir des distances supérieures à 10 mille kilomètres, en franchissant les éprouvantes barrières naturelles du désert du Sahara et de la Mer Méditerranée.

Les trajets migratoires suivis par les hirondelles pour atteindre l’Europe dépendent des aires de provenance et des zones choisies pour la nidification. Les vols les plus nombreux arrivent par le détroit de Gibraltar, d’autres suivent les voies, plus rudes, de la Mer Tyrrhénienne et des Balkans, en utilisant les îles de la Méditerranée comme halte. Elles correspondent aux voies suivies par les êtres humains, parcours marqués par la fatigue et les risques que chaque migrant est obligé d’affronter. Mais les altérations environnementales sont en train de bouleverser le cycle vital et les habitudes millénaires des hirondelles, en déterminant un déclin qui peut devenir irréversible. Les migrations sont le résultat de processus évolutifs complexes qui ont pour but d’améliorer leur capacité de reproduction.

Les hirondelles sont au centre de nombreuses recherches et observations parce qu’elles représentent un modèle d’étude pour comprendre comment est en train de changer le comportement des migrateurs. Une hirondelle qui se déplace depuis l’Afrique pour atteindre l’Europe doit opérer des stratégies complexes : accumuler des ressources énergétiques suffisantes, choisir la juste période pour partir, savoir s’orienter, déterminer le point où s’arrêter. Les changements climatiques et l’altération des écosystèmes vont avoir une incidence sur ces comportements. Les processus de désertification, la compromission de la biodiversité, l’agriculture intensive, l’usage massif des pesticides, l’altération dans les populations d’insectes, la destruction des nids dans les aires de reproduction, la chasse dans les aires d’hibernation, sont des éléments qui déterminent une mortalité plus élevée dans les populations d’hirondelles et la réduction de leur capacité de reproduction. Leur vie moyenne actuellement est de 2-3 ans à cause de la mortalité élevée, avec 6 hirondelles sur 10 qui n’atteignent pas la première année. et ce sont de moins en moins les hirondelles qui font le printemps.

Selon les données les plus récentes, au niveau européen a été enregistrée une diminution de 40% dans les populations d’hirondelles au cours des 20 dernières années, avec une disparition d’environ 6 millions de couples. Selon la Lipu (Ligue italienne de protection des oiseaux), il y a environ 15 millions de couples d’hirondelles qui nidifient en Europe dont presque un million choisit l’Italie. Les couples se forment dans la zone de reproduction après leur arrivée, mais on a recensé des couples qui ont nidifié dans la même zone pendant plusieurs années. Le monitorage effectué sur des milliers d’individus, grâce à l’utilisation d’anneaux et de petits senseurs, a parmi de déterminer les aires de provenance, la rapidité des déplacements, les zones de halte et de reproduction.

Les hirondelles qui nidifient en Italie proviennent principalement de la République Centrafricaine, tandis que les hirondelles qui se dirigent dans le centre de l’Europe proviennent en grande partie du Nigéria et du Cameroun. Ebbaken (Nigéria) est considéré comme “le village des hirondelles”, point de rassemblement de millions d’individus en attente de retourner en Europe. D’autres volées arrivent d’Afrique du Sud pour atteindre l’Europe du Nord, pour le plus long parcours migratoire qu’on connaisse, en traversant la forêt équatoriale, le désert saharien et la Méditerranée. Voyage qui dure environ deux semaines et ne prévoit que des haltes nocturnes, en parcourant chaque jour des distances supérieures à 300 km. Avec la traversée du désert qui pour les hirondelles et pour de nombreux êtres humains n’est pas qu’une métaphore. Le Sahara s’élargit de plus en plus à cause des processus de désertification intéressant le Sahel, où on enregistre une des plus graves urgences climatiques et humanitaires de la planète. La sécheresse dans cette bande a notablement réduit les environnements favorables à la halte des hirondelles.

Pour comprendre comment les oiseaux migrateurs sont en train de réagir aux changements climatiques, les chercheurs de l’Université de Hambourg en 2017 ont analysé les données se référant à une période de 300 ans, en utilisant des notes de naturalistes et observateurs du passé. Il en résulte  que l’augmentation de la température est en train de changer le cycle des saisons, déterminant des variations dans les modalités de migration, des altérations dans les temps de déplacement, des modifications dans la distribution géographique des migrateurs. En outre, il ressort que les oiseaux qui doivent couvrir les plus grandes distances sont les plus touchés parce qu’ils modifient plus lentement leurs comportements. Arriver au mauvais moment a de graves conséquences à cause de l’incidence sur la disponibilité de la nourriture et dans la recherche des sites de nidification.

Selon une étude publiée par la revue Nature Climate Change, les changements climatiques et la pollution environnementale sont en train de modifier le comportement de 80% des oiseaux migrateurs. Les conditions climatiques imprévisibles et les événements extrêmes de plus en plus fréquents les exposent à des migrations anticipées ou retardées, avec la conséquence de ne pas trouver les conditions optimales dans les zones de reproduction. La froid anomal qui a touché l’Italie en mai 2019 a produit une mortalité élevée d’hirondelles à cause des basses températures et de la rareté des insectes. Les transformations de l’environnement agricole, aussi, ont modifié la présence et le comportement des oiseaux migrateurs. Une recherche de 2015 de l’Université Bocconi de Milan en collaboration avec le Parc Adda Sud a fait le point sur l’état de santé des hirondelles dans la plaine du Pô. Les modifications des pratiques agricoles, les cultures intensives, la disparition de prés et de haies, les transformations dans le domaine zootechnique, les interventions sur les constructions rurales ont produit de graves conséquences sur la vie des hirondelles, en réduisant leur nombre de presque 70% en 15 années dans toute l’aire du Parc entre Lodi et Crémone.

Les hirondelles, reconnaissables à leur tâche rouge sous la gorge et à leur queue bi-fourchue, s’établissent de façon prévalante dans les zones rurales où une plus grande disponibilité d’eau favorise la présence d’insectes, et elles nidifient dans les fermes, étables, fenils et porches des maisons. Dans les villes prévaut la présence des martinets qui sont de dimensions plus importantes par rapport aux hirondelles, et nidifient dans les édifices urbains. Un nombre plus limité est représenté par les hirondelles de fenêtre, plus petites que les hirondelles et appartenant à la même famille.

Ces différences étant faites, il faut souligner le rôle important que les hirondelles jouent dans les écosystèmes pour l’activité de contrôle de nombreux insectes nuisibles. 90% de leur régime est constitué d’insectes (mouches, moustiques, sauterelles, pucerons), tout en épargnant les pollinisateurs (abeilles). Un couple d’hirondelles pendant la saison de reproduction (avril-septembre) est en mesure de capturer 6 mille insectes par jour, pour un total de 150 mille insectes dans la période. Dans une aire urbaine de dimensions moyennes, une population de 10 mille individus, entre hirondelles, martinets et hirondelles de fenêtre, peut arriver à éliminer pendant les mois de reproduction jusqu’à 63 tonnes d’insectes.

Aucun insecticide n’est capable de jouer la même fonction. Quand l’automne arrive l’horloge biologique des hirondelles active des signaux internes pour indiquer qu’il est temps de repartir. Les hirondelles se réunissent en formant des volées de milliers d’individus pour retourner en Afrique, avec la trépidation de celui qui va affronter un long voyage. Elles reviendront au printemps suivant si nous savons les protéger.

Francesco Bilotta

 

Édition de jeudi 30 avril 2020 d’il manifesto

https://ilmanifesto.it/rondini-in-volo-quel-fenomeno-delle-migrazioni/ 

Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio

Photo en vedette : pixabay.com

 

La source originale de cet article est Mondialisation.ca

Copyright © Francesco Bilotta, Mondialisation.ca, 2020

https://www.mondialisation.ca/le-vol-des-hirondelles-dans-le-piege-de-la-crise-climatique/5644977


 

MARCEL LEROUX – LE RÉCHAUFFEMENT CLIMATIQUE EST UN MYTHE !

Par Le 12/08/2019

Marcel Leroux (1938-2008), professeur émérite de climatologie, nous expose dans ces deux articles une analyse radicalement différente de la vulgate officielle du réchauffement climatique anthropique portée par le GIEC, officine inter-étatique de falsification institutionnelle. Il convient de rappeler que toute vérité officielle est mensonge de classe par essence, que Marcel Leroux fait partie d’une longue liste de chercheurs ostracisés et que tout totem idéologique aboutit inévitablement aux mêmes conclusions culpabilisatrices…

« La vérité n’est-elle pas tout simplement ce que le gouvernement ordonne, la recherche n’étant qu’un tiers superflu et importun, mais qu’il faut se garder de désavouer complètement, à cause de l’étiquette ? »

Karl Marx – Remarques à propos de la récente instruction Prussienne sur la censure -1843

« À toute époque, les idées de la classe dominante sont les idées dominantes ; autrement dit, la classe qui est la puissance matérielle dominante de la société est en même temps la puissance spirituelle dominante. La classe qui dispose des moyens de la production matérielle dispose en même temps, de ce fait, des moyens de la production intellectuelle, si bien qu’en général, elle exerce son pouvoir sur les idées de ceux à qui ces moyens font défaut. Les pensées dominantes ne sont rien d’autre que l’expression en idées des conditions matérielles dominantes, ce sont ces conditions conçues comme idées, donc l’expression des rapports sociaux qui font justement d’une seule classe la classe dominante, donc les idées de sa suprématie. Les individus qui composent la classe dominante ont, entre autres choses, une conscience aussi, et c’est pourquoi ils pensent. Il va de soi que, dans la mesure où ils dominent en tant que classe et déterminent une époque dans tout son champ, ils le font en tous domaines ; donc, qu’ils dominent, entre autre choses, comme penseurs aussi, comme producteurs de pensées ; bref, qu’ils règlent la production et la distribution des idées de leur temps, si bien que leurs idées sont les idées dominantes de l’époque. »

Karl Marx – L’idéologie Allemande – 1845


MARCEL LEROUX :

LE RÉCHAUFFEMENT CLIMATIQUE EST UN MYTHE !

AGRICULTURE & ENVIRONNEMENT
N° 18 – OCTOBRE 2004

Aujourd’hui, il n’est presque plus possible de participer à un colloque consacré à l’agriculture sans que soient évoqués le réchauffement climatique et l’effet de serre. Préoccupation majeure de l’agriculteur, la question du climat suscite un intérêt évident car ses aléas ont des répercussions immédiates sur les résultats des exploitations. Marcel Leroux, professeur en climatologie à l’université Jean Moulin de Lyon III et directeur depuis 1986 du Laboratoire de Climatologie, Risques, Environnement (CNRS), est l’auteur du premier livre de climatologie en français traduit en anglais, La Dynamique du temps et du climat (éditions Dunod, 1996). Après la parution de The Meteorology and Climate of tropical Africa, aux Editions Springer en 2001, il achève son troisième ouvrage, Global Warning, myth or reality, qui sera disponible en décembre. Pour ce climatologue iconoclaste, qui conteste la validité des modèles informatiques actuels, les variations climatiques s’expliquent tout naturellement, lorsque l’on prend en compte ce qu’il appelle les anticyclones mobiles polaires (AMP), vastes lentilles d’air glacial de 1500 mètres d’épaisseur et de 2.000 à 3.000 km de diamètre, générées quotidiennement par les pôles et se déplaçant vers l’équateur.

Tout le monde s’accorde à dire que la planète se réchauffe.
Qu’en pensez-vous ?

En me parlant de réchauffement, vous voulez sûrement me faire peur, moi qui ai vécu 40 ans en Afrique ! Personnellement, je souhaite que la terre se réchauffe. C’est d’ailleurs la position de la Russie, qui considère qu’un réchauffement serait bénéfique. En effet, cela nous ferait faire d’immenses économies de chauffage, et donc de matières premières comme le pétrole. En outre, nous gagnerions de larges étendues de terres cultivables en direction des régions subpolaires, comme cela fut le cas dans les années 1930 à 60. A l’époque, les exploitations agricoles du nord du Canada et de la Scandinavie s’étaient en effet déplacées vers le nord. Dans les années 1970, lorsqu’il était plutôt à la mode de parler du retour du petit « âge de glace », elles ont rétrogradé vers le sud. La même chose s’est d’ailleurs produite en Afrique subsaharienne, où les éleveurs se sont d’abord déplacés vers le nord, puis sont redescendus vers le sud, lorsque la sécheresse a commencé dans les années 1970. Car lors de toute période chaude, à l’échelle paléoclimatique comme à l’échelle récente, les pluies tropicales sont plus abondantes. Ce qui veut dire que paradoxalement, si le réchauffement était effectif, la sécheresse cesserait dans le Sahel ! Mais malheureusement, ce n’est pas le cas. Pourquoi parle-t-on alors de réchauffement climatique ?

Pourquoi parle-t-on alors de réchauffement climatique ?

Parce ce que tout le monde accorde foi à la courbe de température globale publiée tous lesans par l’OMM (Organisation MétéorologiqueMondiale) et le GIEC (Groupe intergouvernemental sur le changement climatique). Or, cette courbe n’est autre qu’une moyenne des températures mesurées dans 7.000 stations de la planète, traitées à l’Université d’East Anglia, à Londres, sous la direction de Philipp Jones. L’augmentation serait de 0,6° de 1860 à nosjours, soit la différence de température qu’on observe à l’échelle moyenne annuelle entre Nice et Marseille. Quel extraordinaire bouleversement ! Une telle valeur, donnée avec une fourchette de précision de plus ou moins 0,2° sur un siècle et demi, est ridicule, car elle est de l’ordre de la précision de la mesure. Cette courbe n’est d’ailleurs pas validée par les mesures récentes effectuées par les capteurs de satellites qui, depuis 1978, ne montrent au contraire aucune évolution notoire, pas plus que les mesures issues de millions de radio-sondages. En outre, comment parler de moyenne à l’échelle globale en mélangeant des températures marines, continentales, urbaines et surtout des températures de régions qui se refroidissent alors que d’autres se réchauffent ? Par exemple, l’Arctique occidental (au nord du Canada) se refroidit, alors que l’Arctique au nord de la mer de Norvège se réchauffe. Que fait-donc alors vraiment l’Arctique ? On ne peut pas du tout dire avec certitude que la terre se réchauffe.

Les modèles ne prévoient-ils pas pourtant une augmentation de la température de 2 à 6°C d’ici l’an 2100 ?

On n’a pas besoin de modèle pour faire une telle prédiction. Le chimiste suédois Svante Arrhénius (1859-1927) avait déjà « prédit » exactement la même chose en 1903 ! Il avait appliqué une règle de trois entre le taux de CO2 de son époque, celui du futur et la température correspondante. C’est exactement ce que font les modèles informatiques en insistant sur l’effet de serre. Un modèle n’est qu’un super calculateur qui dépend entièrement des données qu’on lui fournit et de la démarche qu’on lui impose pour traiter ces données. Il ne faut pas prêter aux modèles des vertus « magiques », d’autant plus qu’ils ne donnent qu’une vision très incomplète et déformée de la réalité météorologique. En particulier, ils ne tiennent pas compte de la circulation générale de l’atmosphère, de son organisation et de son mouvement. Pour ces modèles, les discontinuités, pourtant présentes partout dans la nature, ne sont tout simplement pas prises en considération. Les modèles utilisés pour la prédiction climatique sont fondés sur les mêmes principes que ceux utilisés pour la prévision météorologique. Or, ces derniers se trompent constamment : ils n’ont pas été capables de prévoir les tempêtes de 1999, les inondations de Nîmes ou Vaison la Romaine, la canicule de 2003 et l’été pourri de 2004. Comment pourraient-ils être fiables à l’horizon de 2100 ? D’ailleurs, comme le rappelle l’océanographe Robert Stevenson, ces modèles prévoyaient une augmentation de la température de 1,5° pour l’an 2000 ; or, c’est six fois plus que ce que l’on a observé.

Pourtant, il y a unanimité chez les climatologues pour dire que le réchauffement est une réalité …

Non, on insiste sur un prétendu consensus chez les climatologues, alors que celui-ci n’existe pas. Ensuite, il y a plusieurs sortes de« climatologues ». Prenons le GIEC, présenté comme l’autorité en la matière. En réalité, il s’agit d’un groupement intergouvernemental, c’est-à-dire que la nomination de ses membres est politique, et ne répond pas à des critères scientifiques. D’ailleurs, la grande majorité de ses membres ne sont pas climatologues, à l’instar de Michel Petit, ingénieur en télécommunications, ou bien Jean Jouzel, qui est un excellent chimiste glaciologue, mais dont les connaissances scientifiques sur le climat sont limitées. Depuis l’avènement de l’informatique, nombre de ceux qui s’autoproclament « climatologues » sont en réalité des informaticiens-modélisateurs, qui accordent de très loin la préférence à la statistique et aux téléconnexions, sans se préoccuper des liens physiques réels. Il existe toutefois des climatologues météorologues, comme le spécialiste suédois de l’élévation du niveau de la mer Nils-Axel Mörner, ou encore le météorologiste canadien Madhav Khandekar, qui en revanche se préoccupent en priorité de l’observation des phénomènes réels et des principes physiques qui les relient. C’est aussi, naturellement, le souci premier de notre laboratoire. Ces derniers sont loin d’être convaincus par les résultats des modèles. Même parmi les modélisateurs, certains, comme l’Américain Richard Lindzen, restent très sceptiques concernant l’hypothèse du réchauffement climatique. Le problème du GIEC, comme d’ailleurs de Météo France, c’est que depuis les années 1980, ces organismes sont dominés par les modélisateurs, vedettes des médias. Les climatologues réellement soucieux de l’analyse du temps se sont d’ailleurs regroupés en association, dont l’une particulièrement active est intitulée « climat sceptics ».

Le rôle nocif sur le climat des gaz à effet de serre est quand même une donnée objective ?

Il n’y a rien de moins objectif qu’une telle affirmation ! Mettre l’accent sur les gaz à effet de serre donne une vision très simpliste du climat, alors que d’autres facteurs sont beaucoup plus importants ; en particulier, ceux qui déterminent la dynamique de l’atmosphère, les transferts méridiens d’air et d’énergie, et pour faire simple, les transferts d’air froid et d’air chaud. Chacun est capable d’observer que la température est fonction de ces brusques changements, et qu’elle n’évolue pas de façon linéaire. L’important, c’est d’abord de savoir pourquoi et comment des masses d’air froid se forment et se déplacent ; pourquoi elles remplacent ou sont remplacées par de l’air chaud – autrement dit de préciser le mécanisme de la machine atmosphérique. Le temps dépend au jour le jour de ces changements de masses d’air ; en revanche, sur le long terme, la variation dépend de l’activité solaire (tâche, magnétisme, éruption et vent solaires), des projections volcaniques, de la turbidité de l’air, des paramètres astronomiques, etc… Comment voulez-vous que leur responsabilité dans le climat puisse être mise en évidence dans des modèles qui ne prennent tout simplement pas en compte l’ensemble de ces paramètres ? L’effet de serre est donc totalement marginal, sinon même insignifiant, d’autant plus que le principal effet de serre n’est pas réalisé par le CO2 ou le CH4, mais par la vapeur d’eau. Or, même la part réelle de la vapeur d’eau dans l’effet de serre n’est pas considérée à sa juste valeur dans les modèles.

Qu’observe-t-on alors à l’échelle globale ?

On n’observe rien, car il n’y a pas de « climat global ». En revanche, on connaît parfaitement l’évolution des climats régionaux qui suivent des évolutions fort dissemblables. D’ailleurs, il est très révélateur de constater que, de l’aveu même du GIEC, leurs modèles sont incapables de restituer ces variations régionales ! Dans son deuxième rapport de 1996, le GIEC écrit : « Les valeurs régionales des températures pourraient être sensiblement différentes de la moyenne globale, mais il n’est pas encore possible de déterminer avec précision ces fluctuations. » Cela signifie que les modèles du GIEC seraient capables de donner une valeur moyenne sans connaître les valeurs régionales qui permettent d’établir précisément cette moyenne ! Ce n’est pas très sérieux !

Dans l’Atlantique Nord, on observe un refroidissement de la façade ouest (Canada, Etats-Unis à l’est des Rocheuses), alors que l’Europe occidentale se réchauffe, notamment la Scandinavie. L’Europe centrale, elle, se refroidit, comme la Méditerranée orientale, ou comme la Chine. Ces différences de comportement résultent de la dynamique aérologique. Cela dépend en effet des trajectoires des anti-cyclones mobiles polaires (AMP). Ceux-ci sont de vastes lentilles d’air glacial de 1500 km de rayon, générées quotidiennement par les pôles. Ces lentilles glissent au ras du sol, sous les couches d’air chaud plus légères, contournant les reliefs pour se diriger vers l’équateur. Sur leurs faces avant, elles provoquent le retour vers leur pôle respectif de l’air réchauffé sous les tropiques. Les AMP représentent l’exemple même de discontinuité que les modèles informatiques refusent d’incorporer. En outre, ils pointent du doigt le comportement particulier et l’importance des régions polaires qui, contrairement aux prédictions des modèles, ne se réchauffent pas, mais au contraire se refroidissent.

Vous voulez dire qu’il n’y a pas de fonte des calottes glaciaires ?

C’est un fait inconstestable ! Cependant, évitons de généraliser : dans le détail, la glace de mer fond au nord de la mer de Norvège ou dans la région des Aléoutiennes dans le Pacifique nord, où arrivent de l’eau marine et de l’air chauds. En revanche, la banquise ne varie pas au Nord du Canada. Comme l’écrit correctement M. Postel-Vinay, rédacteur de la revue La Recherche, «le gros de la calotte antarctique n’a pas fondu depuis sa formation, voici 60 millions d’années.» L’observation satellitale montre même qu’au cours de la période 1979-1999, qui est celle de la plus forte hausse supposée de la température, la surface de la banquise a globalement augmenté autour du continent antarctique. Au Groenland, certaines régions fondent, notamment sur les pourtours, mais la masse de glace augmente au centre de l’île, comme la masse de la plupart des glaciers scandinaves. Le refroidissement des pôles a atteint 4 à 5°C pendant la période 1940-90 – c’est-à-dire plus de la moitié, mais en négatif, de la valeur prévue pour 2100 ! C’est le démenti le plus flagrant apporté aux prévisions des modèles. Il est d’ailleurs surprenant que ceux-ci aient pu concevoir un tel réchauffement alors qu’il n’y a aucune raison physique qui puisse le justifier ! Est-ce seulement pour faire peur aux gens avec une prétendue montée des eaux qui en résulterait ?

En revanche, ce qui est sûr, c’est que comme les pôles se refroidissent, la puissance et la fréquence des AMP augmentent, les contrastes de températures s’élèvent, les confrontations entre l’air froid et l’air chaud sont plus vigoureuses et le temps devient de plus en plus violent et de plus en plus contrasté dans nos latitudes. Il devient aussi toujours plus irrégulier, avec des périodes étendues de froid puis de chaud, des pluies abondantes et des sécheresses. Des records de chaleur comme de fraîcheur sont d’ailleurs constamment dépassés. Par exemple, le Canada a subi la pire tempête de verglas de son histoire en 1998, et la Mongolie a connu deux hivers successifs tellement rigoureux que l’Etat a dû faire appel à l’aide internationale. Il serait donc plus judicieux de tenir compte de cette évolution réelle, plutôt que d’un hypothétique scénario à l’horizon 2100, pour assurer, par exemple, une meilleure gestion de l’eau, notamment dans le domaine agricole. La France n’est pas plus épargnée qu’une autre région du monde. Nous avons déjà eu des chutes de neige sur la forêt méditerranéenne, en 2002. La canicule de l’été 2003 est encore un autre exemple, bien qu’elle ait été présentée comme la preuve du réchauffement climatique par M. Besson, Président de Météo France. Cette erreur de jugement est à la base de la mise en place du plan anti canicule pourl’été 2004, canicule qui n’a bien sûr pas eu lieu. J’avais pourtant adressé, en août 2003, une note rectificative aux principaux médias écrits et audiovisuels pour expliquer les causes de la canicule. Il s’agissait tout simplement d’une hausse de pression, elle-même conséquence d’une augmentation de fréquence des AMP, visibles sur les images satellitales, mais dont les modélisateurs ne veulent pas entendre parler !

Un article paru dans le quotidien Le Monde du 18 septembre explique que la violence du cyclone Ivan constitue précisément une preuve du réchauffement climatique.

C’est très ironique car Ivan a connu des prédécesseurs plus redoutables que lui, comme Hugo, ou Andrews. En outre, le GIEC, dans les années 1990, prétendait que les modèles sont incapables de prévoir l’évolution de la cyclogenèse, qui ne montre aucune tendance à la hausse sur l’Atlantique Nord depuis un siècle. Les modèles annonçaient alors que le réchauffement allait nous apporter une plus grande clémence climatique : « Les tempêtes aux latitudes moyennes (…) résultent de l’écart de température entre le pôle et l’équateur (…). Comme cet écart s’affaiblira avec le réchauffement (…), les tempêtes aux latitudes moyennes seront plus faibles », écrivait le GIEC en 1990. Mais aujourd’hui, puisque le temps n’est pas conforme aux prévisions, le même GIEC oublie ses propres dires et récupère la violence – plus médiatique – du temps, en annonçant qu’il est précisément dû au réchauffement.

Comment expliquez-vous une telle désinformation sur ce sujet ?

Prédire le temps a toujours été une passion. Or, prédire que rien d’alarmant ne va se produire n’est pas très intéressant. Au début du XXe siècle, les prédictions alarmistes étaient déjà très à la mode. Cependant, elles n’ont jamais réussi à s’imposer, car tous les faits les contredisaient. C’est seulement à partir des années 1985 que sont réapparus, lorsque la climatologie a été monopolisée par les informaticiens, les scénarios les plus catastrophistes. Oubliant tout simplement la météorologie, les modélistes ont appliqué des calculs en vérité extrêmement simplistes dans des modèles super sophistiqués pour imposer leurs concepts. Mais les hypothèses sur le réchauffement climatique n’ont jamais été vérifiées par l’observation, pas plus au début du XXe siècle qu’au début du XXIe. La fameuse courbe du GIEC n’est qu’un artefact, constamment démenti par les mesures et les observations satellitaires. En réalité, le problème dit du climat est en permanence confondu avec celui de la pollution, deux domaines pourtant bien séparés, qui ne seront bien traités l’un et l’autre que lorsqu’ils seront dissociés. Il sert également de prétexte pour imposer une restriction à l’activité humaine, considérée à tort comme à l’origine du réchauffement climatique. La connexion d’intérêt qui s’est établie entre certains laboratoires, plusieurs institutions internationales et certains hommes politiques, a imposé la notion de réchauffement global. Suivre aveuglément les « recommandations pour décideurs » du GIEC fait passer à côté des phénomènes réels, dépenser vainement des sommes colossales pour des réunions par définition inutiles, et n’autorise pas des mesures de prévention efficaces contre les véritables aléas climatiques que nous allons connaître. A quoi sert de préparer l’économie d’un pays à un réchauffement, alors que tous ses thermomètres signalent un refroidissement ? Finalement, le réchauffement climatique revêt de plus en plus un caractère de manipulation, qui ressemble vraiment à une imposture « scientifique », et dont les premières victimes sont les climatologues qui ne perçoivent de financements que lorsque leurs travaux vont dans le sens du GIEC.


LA FABLE DU RÉCHAUFFEMENT CLIMATIQUE

La Nouvelle Revue d’Histoire n°31, Juillet/août 2007

Publié par La Nouvelle Revue d’Histoire n°31, Juillet/août 2007, pp. 15-18 le 26/9/2007 (Paru dans le dernier numéro de la revue NRH) : L’exploitation excessive de la nature ou encore les nuisances provoquées par la société industrielle et l’économie de gaspillage sont des réalités évidentes. Certains de leurs effets sont visibles, d’autres moins. En marge de ces réalités préoccupantes naissent cependant des modes ou des phobies qui s’apparentent à des mystifications. L’une d’entre elles est la question du “réchauffement global” de la planète, tarte à la crème d’habiles charlatans qui rapportent gros, misant sur la crédulité et la peur du public. Pour en savoir plus, nous avons interrogé Marcel Leroux, professeur émérite de climatologie, ancien directeur du LCRE (Laboratoire de climatologie, risques, environnement) du CNRS, membre de l’American Meteorological Society et de la Société météorologique de France.

NRH : Le propre du climat est de changer. Or, il existe un discours actuel qui prétend que les changements actuels vont dans le sens d’un réchauffement inéluctable de la planète. L’étude du passé permet-elle de confirmer cette interprétation?

Marcel Leroux : Non, car, à l’échelle paléoclimatique, les bouleversements ont été beaucoup plus importants que ceux que l’on nous annonce. Ainsi, en Afrique, lors du DMG (dernier maximum glaciaire), c’est-à-dire entre 18 000 et 15 000 par rapport à nos jours, les températures moyennes étaient inférieures de 5°C à celles que nous connaissons aujourd’hui et le désert s’étendait considérablement vers le sud, tandis que la forêt avait quasiment disparu.Au contraire, lors de l’OCH (optimum climatique holocène), entre 9000 et 6000 par rapport à nos jours, les températures étaient supérieures de 2°C à celles d’aujourd’hui et la forêt dépassait très largement son étendue actuelle. Quant au Sahara, il recevait des pluies relativement abondantes, d’origine à la fois méditerranéenne et tropicale. Parsemé de lacs et de marécages, il était parcouru par des éleveurs, comme l’attestent les nombreux dessins rupestres.

NRH : Après avoir perdu la longue mémoire paléoclimatique, ne perdons-nous pas également notre mémoire immédiate en matière climatique ?

ML : Aujourd’hui, la mémoire est très sélective, car on omet de rappeler l’automnale fraîcheur du surprenant mois d’août 2006, et on s’empresse d’oublier l’hiver 2005-2006 qui a battu des records de froid ou de chutes de neige, ou bien encore l’hiver 2000, lorsque la Sibérie a enregistré ses plus basses températures et que la Mongolie a fait appel à l’aide internationale. Sans parler de l’Afrique qui, au cours des années soixante, bénéficia d’une pluviométrie supérieure à la normale. Elle avait fait remonter la zone sahélienne vers le nord, avec recul du désert. Á la même époque, en Eurasie du Nord et au Canada, la forêt boréale et l’exploitation agricole gagnaient vers le nord. Puis, à partir de 1972, renversement de tendance, la pluviométrie a dramatiquement décru, et le Sahel a progressivement glissé une nouvelle fois vers le sud.

NRH : Les hommes doivent-ils avoir peur du réchauffement annoncé par certains ” experts” ?

ML : Historiquement, nous pouvons constater que les périodes chaudes ont toujours été des périodes fastes, comme par exemple au début de notre ère lors des années triomphantes de la République romaine et de l’Empire. Lors de l’épopée des Vikings vers le Groenland et l’Amérique du Nord, entre 1150 et 1300, un optimum climatique régnait sur l’Europe centrale et occidentale, déplaçant les cultures et en particulier celle de la vigne de 4 à 5 degrés de latitude vers le nord. Le ” doux douzième (gentle twelfth century) représente dans la tradition écossaise un “âge d’or” avec ses hivers doux et ses étés secs. Ensuite, après une chute de températures, s’est produit le retour d’une période “chaude” connue par les spécialistes sous le nom d’optimum climatique médiéval (OCM) qui a notamment favorisé les grands voyages de découvertes. Par opposition, les épisodes froids ont été considérés comme des “périodes sombres” (dark ages), comme celle qui, après 1410, a coupé les relations avec le Groenland ou celle du “petit âge de glace” entre 1600 et 1850, qui a atteint sa plus grande rigueur vers 1708-1709 dénommée par Réaumur “l’année du grand hiver”, période au cours de laquelle les glaciers alpins ont atteint une grande extension, comme en témoignent en 1789 les Cahiers de doléances des paysans chamoniards dont les prairies étaient envahies par la glace. Il est donc ridicule de la part des médias de prétendre que la chaleur est synonyme de calamité, en particulier à des gens qui, au cours de l’hiver, ne pensent qu’à l’été, rêvant pour leur retraite de résider dans le Midi ou en Espagne, voire au Maroc, c’est-à-dire au soleil ! De cette façon, ” l’invraisemblable douceur ” du mois de décembre 2006 et la facture de chauffage allégée ont pu être présentées par les médias comme des catastrophes !

NRH : Vous soutenez que si le désert du Sahara “avance”, ce n’est pas pour les raisons habituellement invoquées. Mais si un réchauffement climatique durable se produisait, ne serait-il pas à craindre en Afrique où l’on nous prédit des catastrophes terrifiantes dues à l’élévation des températures ?

ML : L’histoire nous montre que toutes les périodes “chaudes” ont été en Afrique des périodes pluvieuses, notamment le Moyen-Âge qui a permis la prospérité (entre 1200 et 1500) des grands empires sahélo-soudaniens. Quant à la diminution actuelle de la pluie au sud du Sahara, c’est tout le contraire d’un scénario de “réchauffement”, ce qui apporte un démenti flagrant à ce que prétend le GIEC (Groupement intergouvernemental pour l’étude du climat). Il faut en effet souligner que sous les tropiques les précipitations tombent majoritairement en saison chaude. Si un réchauffement devait réellement se produire, il se traduirait par une amélioration pluviométrique, or ce n’est pas le cas actuellement. Le glissement actuel vers le Sud de la zone sahélienne, donc du Sahara, est de l’ordre de 200 à 300 km et le phénomène, qui a débuté dans les années 1970, s’inscrit comme au DMG, entre 18000 et 15000 avant nos jours, lorsque le Sahara s’était déplacé de 1000 km vers le sud, non pas dans un contexte de réchauffement des pôles mais au contraire dans un schéma d’accentuation du refroidissement des pôles, ce qui contredit encore une fois le scénario infondé du GIEC, des écologistes et des médias.

NRH : Sur quoi repose alors ce que vous qualifiez de “myhe du réchauffement global” planétaire ?

ML : En 1988, les États-Unis vécurent dramatiquement une sécheresse accompagnée de vents de poussière, qui évoquaient les années 1930, celles du dust-bowl, illustré par John Steinbeck dans Les Raisins de la colère. En juin 1988, J. Hansen (de la Nasa) présenta devant le Congrès une courbe sur laquelle il ajouta, à des moyennes annuelles, une moyenne établie sur les cinq derniers mois, ce qui eut pour effet de faire grimper artificiellement la courbe thermique des États-Unis. Ce procédé malhonnête déclencha alors la ” panique climatique ” déjà préparée de longue date par les mouvements écologistes, ce qui conduisit en 1989 à la création du GIEC. Á partir de cette date, le nombre de prétendus climatologues, le plus souvent auto-proclamés ou désignés par les gouvernements, augmenta d’une façon vertigineuse. Le climat devint l’affaire des organisations écologistes, de journalistes dits scientifiques, des médias et des politiques. Dans le même temps, tout fut hypersimplifié par des délégués désignés par les gouvernements et dénommés “experts” (donc des politiques ou des scientifiques politisés) qui établissent, comme à Paris en février 2007, le ” Résumé pour Décideurs” (Summary for Policymakers). C’est à l’occasion de ces réunions que sont orchestrés, avec force simplifications et marchandages, voire mensonges éhontés, les “coups” médiatiques destinés à impressionner l’opinion. De cette façon, en 1995, avait été introduite, hors débat scientifique, la formule, toujours non prouvée, de ” la responsabilité de l’homme dans le changement climatique”. On est alors très loin du climat lui-même ! Mais c’est de cette façon que les politiques et les médias surenchérissent dans la catastrophisme du réchauffement…avec la même assurance et la même vigueur que dans les années 1970 lorsqu’ils annonçaient le retour d’un ” nouvel âge de glace” !

NRH : Venons-en, si vous le voulez bien, à l’effet de serre. Doit-on croire les “experts” et les médias quand ils soutiennent que le CO2 est le facteur “unique” du changement climatique et de tous les phénomènes météorologiques ?

ML : Pour 95%, l’effet de serre est dû à la vapeur d’eau. Le dioxyde de carbone, ou CO2 , ne représente, quant à lui, que 3,62% de l’effet de serre, soit 26 fois moins que la vapeur d’eau. La vapeur d’eau étant à presque 100% d’origine naturelle, comme la majeure partie des autres gaz émissifs ( CO2 et CH4 ou méthane), l’effet de serre est donc essentiellement un phénomène naturel. Seule une faible proportion (effet de serre dit anthropique) peut être attribuée aux activités humaines et cela pour une valeur totale de 0,28% de l’effet de serre total, dont 0,12% pour le seul CO2 , c’est-à-dire une proportion insignifiante, voire tout à fait négligeable.Il est donc stupide de prétendre que les taux actuels n’ont jamais été aussi élevés depuis…650 000 ans selon la dernière affabulation. D’autant plus que les études paléoclimatiques n’ont révélé aucune relation entre le CO2 et la température ! En résumé, aucune relation causale, physiquement fondée, prouvée et quantifiée, n’a été établie entre l’évolution de la température (hausse, mais aussi baisse) et la variation de l’effet de serre par le CO2. A fortiori, aucune relation n’est démontrée entre les activités humaines et le climat : l’homme n’est en aucune façon responsable du changement climatique.

NRH : Pardonnez cette question brutale : la terre se réchauffe-t-elle, oui ou non ?

ML : La température moyenne dite “globale” a augmenté de 0,74° au cours de la période 1906-2005 (GIEC, 2007). Mais, surtout, les données d’observation montrent que des régions se réchauffent tandis que d’autres se refroidissent. Certaines régions se sont ainsi refroidies comme l’Artique occidental et le Groenland, tandis que d’autres se sont réchauffées comme la mer de Norvège et ses pourtours, à l’échelle annuelle de ±1°C et en hiver de l’ordre de ±2°C, au cours de la période 1954-2003. L’espace Pacifique nord connaît une évolution comparable avec un refroidissement sur la Sibérie orientale, particulièrement en hiver, et un fort réchauffement sur l’Alaska et le détroit de Béring. Il est donc absolument inexact de prétendre que la planète se réchauffe. Le “changement climatique” n’est pas synonyme de “réchauffement global” car il n’existe pas de “climat global”. De plus, et comme je viens de vous le dire, l’évolution du climat ne dépend en aucune façon du CO2, et l’homme n’est en aucun cas responsable de ce dernier, sauf dans le cadre limité des villes.

NRH : Que répondre à ceux qui annoncent de fortes menaces sur l’Artique et sur l’Antarctique ?

ML : On mélange tout : climat, pollution, écologie et écologisme, développement durable, scoops médiatiques, propagande et faits réels, souvent déformés d’ailleurs, politique et intérêts économiques (avoués et inavoués). Ainsi les incohérences, les affirmations gratuites, les impossibilités physiques et les mensonges éhontés sont multiples.

NRH : Pourtant, le ” Groenland fond ” et l’Antartique se disloque.

ML : C’est vrai que la glace fond dans les basses couches, sur les pourtours du Groenland baignés par l’air chaud venu du sud. Mais, en 1816 et 1817, par exemple, on avait pu atteindre le Pôle en longeant les côtes groenlandaises. En revanche, le satellite prouve que la partie sommitale du Groenland se refroidit et s’élève de 6 cm par an en raison des chutes de neige abondantes. Quant à l’Antartique, il est particulièrement stable et bénéficie même d’un gain de masse glaciaire dans sa partie orientale. La péninsule antarctique constitue une exception bien connue des climatologues. En raison de sa latitude et de la proximité des Andes qui canalisent vigoureusement vers le sud le flux cyclonique chaud et humide (M.Leroux, 2005), les dépressions australes connaissent ici une évolution remarquable. Elles sont de plus en plus creusées, tandis que leur trajectoire est de plus en plus méridionale, et la température de l’air est croissante (A. Pommier, 2006). Ainsi, comme dans le voisinage de la mer de Norvège (ou encore dans la région Alaska-détroit de Béring), le réchauffement de la péninsule antarctique, faussement attribué par le GIEC à l’effet de serre, est commandé par une intensification vers le Pôle de la circulation d’air chaud et humide de lointaine origine tropicale.

NRH : Comment expliquez-vous alors les changements que l’on observe en Europe ?

ML : Afin de répondre à votre question de façon à être compris par des non-spécialistes, disons que dans l’espace de l’Atlantique Nord, tandis que l’Artique occidental se refroidit et que les anticyclones qui quittent le Pôle sont plus puissants, les remontées d’air cyclonique associé aux dépressions transportent davantage d’air chaud et humide d’origine subtropicale, voire tropicale, vers la mer de Norvège et au-delà. En conséquence, la température s’élève et les précipitations (neigeuses en altitude, sur le Groenland et la Scandinavie) augmentent. Tandis que la pression baisse, la tempêtuosité s’accroît, avec des dépressions plus nombreuses atteignant des latitudes plus septentrionals (A. Pommier, 2005). Comme l’Europe occidentale est située sur la trajectoire ees remontées cycloniques du sud, elle bénéficie aussi d’un réchauffement, voire localement d’un excès de pluie.

Il faut bien voir que sur l’Atlantique, l’agglutination anticyclonique (AA), couramment appelée anticyclone des Açores, est plus puissante et plus étendue vers le sud et c’est pourquoi le Sahel atlantique et notamment l’archipel du Cap-Vert, subit une sécheresse plus prononcée que sur le continent voisin. La Méditerranée qui prolonge cet espace atlantique est plus froide et donc plus sèche sur son bassin oriental (comme sur l’Europe centrale), tandis que la pression de surface est également croissante. C’est en particulier cette hausse de pression, et non le CO2, qui est responsable dans nos régions à la fois de longues séquences sans pluie (ou sans neige en montagne) lorsque la situation reste longtemps anticyclonique, ou des périodes de chaleur, voire de canicule comme en août 2003.

NRH : Mais pourtant, comme on le dit souvent, ” les glaciers disparaissent…”

ML : Pourquoi ne pas dire qu’ils ont été plus réduits encore dans les Alpes au Moyen Âgen et que la longueur aujourd’hui observable de leur langue glaciaire dépend de leur alimentation en neige antérieure à la période actuelle ? C’est d’autant plus vrai à l’altitude des neiges du Kilimandjaro, autre exemple hyper médiatisé, proche de 6000 mètres, où ce n’est pas la température (ici inférieure à 0°C) qui a varié mais, comme ailleurs, les conditions de la pluviosité (M.Leroux, 1983,2001).

NRH : On dit également que les cyclones vont être de plus en plus nombreux et de plus en plus violents.

ML : Les spécialistes de météorologie tropicale ne sont pas de cet avis, mais ils ne sont pas écoutés… Ils affirment même qu’aucune tendance à la hausse n’est observée. Quant au colloque sur les cyclones tropicaux tenu au Costa Rica sous l’égide de l’OMM (Organisation météorologique mondiale) en décembre 2006, il a même conclu que ” aucun cyclone ne peut être directement attribué au changement climatique”. Chris Landsea, spécialiste incontesté des cyclones, a préféré démissionner du GIEC pour ” ne pas contribuer à un processus motivé par des objectifs préconçus et scientifiquement non fondés “. Mais les dégâts provoqués par les cyclones offrent de si ” belles images” aux revues et aux journaux télévisés… L’exemple de “Katrina” est exploité sans vergogne, alors que la rupture des digues de La Nouvelle-Orléans était une catastrophe annoncée depuis déjà fort longtemps…

NRH : Dans le registre catastrophique, certains médias prétendent même que le Gulf Stream va s’arrêter…

ML : Il faudrait pour cela que le vent, qui est le moteur des courants marins superficiels, cesse de souffler, c’est-à-dire que toute la circulation aérienne comme océanique soit bloquée, ce qui est naturellement invraisemblable ! On dit aussi que ” la mer monte”…mais aucune courbe ne le prouve, sauf pour quelques hypothétiques centimètres (12 cm en 140 ans), et aucune terre n’a encore disparu. Les prédictions, souvent de caractère “hollywoodien”, sont issues de modèles climatiques dont l’efficacité est fortement discutée. En premier lieu, et c’est le comble pour des modèles numériques, par les mathématiciens eux-mêmes qui jugent que “les modèles employés sont à ce point sommaires, grossiers, empiriques, fallacieux que les conclusions qui en sont tirées sont dépourvues de toute valeur prédictive” (B. Beauzamy 2006).

NRH : Quel est l’avenir de la climatologie dans l’actuel politiquement correct climatique ?

ML : Au lieu de tirer des plans très hypothétiques sur la comète 2100, la climatologie, dans une impasse conceptuelle depuis une cinquantaine d’années, devrait plutôt chercher à contribuer efficacement à déterminer les mesures idoines de prévention et d’adaptation au climat du futur proche. Car le changement climatique -c’est le propre du climat d’évoluer constamment- est bien réel, mais antinomique du scénario ” chaud ” qui nous est actuellement imposé, comme le prouve la hausse continue de la pression atmosphérique au-dessus de nombreuses régions dont la France. Ce changement du climat n’est pas celui qui est prédit par le GIEC. Mais les théoriciens et les modélisateurs se soucient peu de l’observation des phénomènes réels. Ce sont les raisons et les mécanismes de ce changement permanent qu’il convient à la climatologie de définir sérieusement. Dans le même temps, les autres disciplines, desservies par le mélange des genres et qui n’ont pas besoin de l’illusoire épouvantail climatique, pourront elles-mêmes se consacrer efficacement à la lutte contre la pollution ou s’investir dans le développement durable.


Voir aussi :

http://guerredeclasse.fr/2019/08/07/marcel-leroux-le-rechauffement-climatique-est-un-mythe/?fbclid=IwAR0KrhA3EUYFB4Oe74Drw8cIrtuOk3Vw-wM8Uj8CwQRXBXSaDZk-PoAqjl4