LES ETATS-UNIS TENTENT DE STOPPER LA NOUVELLE ROUTE DE LA SOIE ARCTIQUE

tourtaux-jacques Par Le 24/12/2020 0

Dans RUSSIE

Géopolitique : les USA tentent de stopper la nouvelle Route de la soie arctique

Par Dave Makichuk

Mondialisation.ca, 22 décembre 2020

Asia Times 19 décembre 2020

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Les USA se débattent contre la perte de leur influence globale, mais une guerre ouverte étant hors de question, où donner de la tête dans un monde qui a changé, dont les locomotives sont désormais à l’est et dont les fronts se multiplient, avec ici un retour de la Guerre froide dans l’Arctique ?

Il a été dit que le film préféré du milliardaire Howard Hughes était Ice Station Zebra, de 1968.

Gardé et servi par son fidèle personnel mormon aux deux derniers étages du Desert Inn et Casino de Las Vegas, il le regardait encore et encore, tout en donnant des ordres par téléphone au mystérieux ancien agent de la CIA Howard Hunt.

Selon Wikipedia, le film tourne autour d’un sous-marin américain envoyé dans les déserts de glace du pôle Nord pour y récupérer un satellite soviétique plein d’images stratégiques de bases américaines.

L’atmosphère de Guerre froide devient glaciale lorsque le sous-marin, avec à son bord un expatrié russe, un agent secret britannique et un capitaine de marine américain, est saboté en cours de route.

Avec Rock Hudson et Patrick McGoohan, à la lumière de l’actualité, et sans effets spéciaux CGI, le film ne tient pas tout à fait la route, et la prémisse en semble purement hollywoodienne.

Mais est-ce le cas ? La Guerre froide va-t-elle s’étendre à l’Arctique ?

Selon un groupe d’experts en sécurité arctique, pour relever les défis sécuritaires et économiques croissants posés par la Russie et la Chine, les États-Unis « ont besoin de personnes et d’équipements résiliants »,rapporte USNI News.

La vision de Moscou du Grand Nord comme « la Mecque russe » et l’ambitieuse initiative de Pékin sur la Route de la soie polaire constituent des obstacles économiques pour les États-Unis, selon des experts.

S’exprimant cette semaine, le commandant en retraite de l’armée de l’air, le général Randy Kee, a déclaré que dans le passé, l’Arctique s’était avéré une région « où la technologie est toujours mise au défi » par les conditions extrêmes.

Ces conditions sévères rendent les opérations militaires « très exigeantes et très difficiles ».

C’est toujours le cas aujourd’hui, alors que les températures augmentent et font monter le niveau des mers à l’échelle mondiale, et que les conditions météorologiques se font plus violentes. Mais cela rend également la Route maritime du Nord, que la Russie revendique comme sienne, plus attrayante comme route maritime vers l’Europe, en particulier pour la Chine, a rapporté USNI News.

De plus, cela ouvre l’Arctique à davantage d’exploration et d’exploitation des ressources minérales et naturelles, ce qui répond à un autre objectif de la Chine, la diversification de ses fournisseurs d’énergie.

Sur le plan de la sécurité, Kee, qui travaille maintenant au Wilson Center, [1] a déclaré que la meilleure façon d’ « améliorer les défis est de conclure des accords de partenariat » – tels que l’OTAN et le NORAD avec les Canadiens – et de maintenir une base aérienne à Thulé, au Groenland.

(Note de la rédaction : « Améliorer », dans ce sens, est un mot du jargon pentagonien. J’ai moi-même dû en vérifier la signification).

Et si des exercices comme Trident Juncture ont été des éléments de base importants, Kee a déclaré que « nous devons revenir à l’échelle » de l’ampleur des exercices militaires de la Guerre froide pour faire face à la nouvelle situation militaire et aux changements climatiques, a rapporté USNI News.

Kee, s’exprimant lors d’un forum en ligne de l’Hudson Institute, [2] a ajouté que les services dédiés aux stratégies arctiques « classeront les défis et les opportunités » dans la région.

Parmi ces défis sécuritaires pour Washington et ses alliés figurent la double approche de la Russie dans l’Arctique – la construction de ports et d’aérodromes pouvant être utilisés à des fins civiles pour la production et le transport d’énergie, le tourisme et la navigation commerciale transpolaire, ainsi qu’à des fins militaires – selon Richard Weitz, de l’Hudson Institute.

« L’Arctique est le quatrième mur » dans la pensée sécuritaire de la Russie, a-t-il dit. Contrairement à ses frontières occidentales, orientales et méridionales, Moscou peut opérer « sans avoir à rivaliser avec d’autres » dans le Grand Nord.

C’est de loin la plus grande nation de l’Arctique, a rapporté USNI News.

Pour montrer à quel point l’Arctique est devenu important, le Kremlin a désigné la région comme son Cinquième District militaire. Il y a installé des chasseurs Mig-31 dans des aérodromes et déployé des missiles hypersoniques, tandis qu’il modernise des navires de défense côtière capables d’opérer dans la glace pour en faire des plateformes d’armement.

De plus, la péninsule de Kola est le principal port d’attache de la flotte russe de sous-marins lanceurs de missiles balistiques, a déclaré Bryan Clark, de l’Hudson Institute.

« La surveillance de l’activité sous-marine est importante, mais la marine américaine n’opère dans le Grand Nord que dans les conditions les plus favorables », a déclaré Clark. Sa flotte de surface n’est pas apte à supporter des conditions extrêmes.

La Russie a également fait beaucoup de bruit au début de ce mois, lorsqu’elle a déployé l’un de ses systèmes de défense aérienne les plus avancés, le S-300V4, sur une île du nord revendiquée par le Japon, a rapporté Nikkei Asia.

Depuis plusieurs années, Moscou s’est donnée pour mission de renforcer sa présence militaire en Asie du Nord-Est. Pour contrer les États-Unis, la Russie a modernisé son armement en Extrême-Orient, mis en service de nouveaux navires pour sa flotte du Pacifique et considérablement élargi sa coopération militaire avec la Chine.

Selon la Russie, le S-300V4 a été mis en service le 1er décembre sur l’île d’Iturup – connue sous le nom d’Etorofu au Japon. L’île est l’un des quatre maillons méridionaux de la chaîne des îles Kouriles revendiquée par Tokyo, qui les désigne sous le nom de Territoires du Nord. [3]

Cela place des missiles russes sophistiqués aux portes d’Hokkaido, l’île la plus septentrionale du Japon.

Clark a également noté un autre avantage militaire russe dans l’Arctique.

Comme les communications par satellite sont irrégulières et qu’il y a peu de capteurs dans la région, une attaque électronique russe « peut facilement aveugler » le petit nombre qui y opère.

« Ils n’ont pas beaucoup de résilience », a-t-il déclaré. Ces faits rendent la guerre électronique « plus préoccupante que dans d’autres régions », et il faut y remédier.

Quant à l’approche de la Chine, Weitz a déclaré qu’au lieu d’être conflictuel comme il y a six ans en exigeant la reconnaissance de son cas spécial dans les affaires arctiques, Pékin « met l’accent sur le principe gagnant-gagnant ».

La Route de la soie polaire est une locomotive pour des investissements dans des infrastructures, notamment la pose de câbles de communication sous-marins, ainsi que dans des ports, des aéroports et des autoroutes « pour créer un effet de levier » et influencer les petites nations de l’Arctique telles que le Groenland.

Elle intensifie également les recherches et les efforts scientifiques dans la région, a rapporté USNI News.

Howard Hughes avait peut-être raison, après tout.

Dave Makichuk

Paru sur Asia Times sous le titre US bent on stopping The Polar Silk Road, le 19 décembre 2020.

Traduction et note d’introduction Corinne Autey-Roussel pour Entelekheia
Photo : Sous-marin américain apparemment pris dans la glace, Arctique, David Marka / Pixabay

Notes de la traduction :

[1] Le Wilson Center est l’un des dix principaux « think tanks » dédiés à l’intérêt des USA… et à l’augmentation constante des budgets du Pentagone, d’où leur propension à considérer le monde sous l’angle de « menaces » envers la « sécurité nationale des USA », et en conséquence, à quémander toujours plus de fonds pour divers programmes de « défense » du pays, lesdits programmes étant développés par les firmes du complexe militaro-industriel privé. Le processus, qui consiste à siphonner des fonds publics au bénéfice de ces firmes d’armement via les think tanks, le Congrès et le Pentagone, tourne depuis des décennies.
Il se décline comme suit : l’appareil des think tanks pro-guerre washingtoniens argue de « menaces » et envoie des rapports réguliers au Congrès, qui se fonde sur eux pour voter un budget au Pentagone. Celui-ci alloue ensuite des sommes à diverses compagnies privées d’armement, au titre de programmes de développement militaire. Ces compagnies d’armement, ou leurs actionnaires, financent les think tanks pro-guerre de Washington via des dons annuels, et la boucle est bouclée. Bémol de ce système : bien qu’il soit très gourmand en dollars du contribuable/de la planche à billets, il manque cruellement d’efficacité, les firmes recherchant la maximisation de leurs profits au détriment du développement d’armes fonctionnelles. A telle enseigne qu’aujourd’hui, les USA accusent un énorme retard sur la Russie en termes de capacités militaires de pointe.

[2] L’Hudson Institute est un autre de ces think tanks washingtoniens.

[3] Les Kouriles sont un archipel conquis par l’URSS lors de son invasion de la Mandchourie chinoise occupée par le Japon, à la fin de la Deuxième Guerre mondiale. Depuis, le Japon en réclame régulièrement la restitution, sans y avoir légalement droit.

La source originale de cet article est Asia Times

Copyright © Dave MakichukAsia Times, 2020

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