SYRIE : LA LUTTE ANTITERRORISTE S’IMPOSE AU DETRIMENT DE LA THESE DE CHANGEMENT DE REGIME

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Syrie : la lutte antiterroriste s’impose au détriment de la thèse de changement de régime

17:13  mercredi 25 janvier 2017 | Par Lina Kennouche | Actualité 

Les négociations se sont achevées hier, à Astana, au Kazakhstan, sur un accord entre Russes, Turcs et Iraniens pour instituer un mécanisme trilatéral de supervision du cessez-le-feu en Syrie. Ces négociations, qui ont confirmé l’exclusion des États-Unis et de leur bras armé kurde, sont intervenues dans un contexte sensiblement modifié depuis la libération d’Alep et le revirement turc qui ont bouleversé la donne.

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Sur le terrain, si la reprise d’Alep a été le fruit d’un deal russo-turco-iranien. Dans le Nord, la Turquie tente depuis plusieurs semaines de réorganiser les forces en présence pour transformer la région en zone d’influence. À Idleb, Ankara cherche à renverser le rapport de force qui était favorable aux djihadistes. Cette localité syrienne, (située à mi-chemin entre Alep et Lattaquié et sur l’axe reliant Hama à la frontière du Sandjak d’Alexandrette en Turquie) est partagée entre plusieurs groupes islamistes : Jabhet Fateh Sham (ex-front Nosra, branche syrienne, d’Al Qaeda), Ahrar Sham (groupe lui-même divisé en deux mouvances, l’une qaediste à l’origine créé par Abou Khaled Souri, compagnon de Ben Laden ; l’autre qui regroupe des salafistes quiétistes et frères musulmans) et de petites factions islamistes à l’instar de Jund el Sham sur lesquels les Turcs ont un ascendant important.

Grâce aux informations fournies par la Turquie, les Américains ont bombardé, notamment le 19 janvier, plus d’une centaine de combattants de Fateh al-Cham dans un camp d’entraînement de la province d’Idleb. Russes, Turcs et Américains convergent sur la nécessité d’éliminer ce groupe et la mouvance jihadiste d’Ahrar Sham pour constituer un front entre les forces « modérées » perçues comme des partenaires potentiels dans le processus de négociations. Mais la volonté de la Turquie de peser de tout son poids (avec l’approbation des Russes) dans la restructuration des groupes au nord de la Syrie a contrarié, dans un premier temps, l’Iran et le gouvernement syrien, arc-boutés sur le principe de souveraineté, qui refusaient de concéder une aire d’influence à Ankara.

Or, les négociations d’Astana ont révélé deux faits politiques de première importance. D’abord, le différend russo-iranien sur le rôle de la Turquie était largement exagéré, l’Iran ayant finalement accepté de faire partie des garants de l’exécution de l’accord, au grand dam de l’Arabie saoudite qui a parié jusqu’au bout sur ces contradictions.

Ensuite, cet accord est largement en faveur du gouvernement syrien puisqu’il intègre trois des quatre points de la proposition formulée par ce dernier à commencer par la mise en place d’un cessez-le-feu à durée limitée. Par ailleurs, les négociations sur l’intégration des rebelles au sein des forces gouvernementales excluent les États-Unis et leur allié kurde (conformément à la volonté turque), les Nations unies ainsi que tout acteur qui n’a pas de présence directe sur le terrain. Elles engagent également les rebelles qui participent à ce processus à combattre le groupe État islamique et Jabhet Fateh Sham (Nosra).Les garants de l’accord sont finalement les forces alliées à Damas, qui ont étudié les modalités de surveillance du cessez-le-feu et défini les termes de la participation des rebelles à la guerre contre « Nosra » et « Daech ».

La déclaration finale d’Astana devient donc l’une des bases des futures négociations politiques, une référence additionnelle de la résolution 2 254 des Nations unies qui, de fait, met à l’écart la déclaration de Genève.

Ainsi les discussions d’Astana signent le triomphe des réalistes qui consacrent la priorité absolue à la lutte contre le terrorisme, et la marginalisation des tenants de la thèse du changement de régime à n’importe quel prix. L’évolution des rapports de force sur le terrain et le retournement total de la Turquie ont imposé la lutte antiterroriste comme la condition première de la participation aux futures négociations politiques.

http://www.tsa-algerie.com/20170125/syrie-lutte-contre-terrorise-simpose-detriment-de-these-de-changement-de-regime/

Transmis par Lina Kennouche


 

 

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