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DOMINIQUE MUSELET : LA CULPABILITÉ, UNE ARME DE DESTRUCTION MASSIVE

La culpabilité, une arme de destruction massive

Par Dominique Muselet

Mondialisation.ca, 31 mai 2020

L’autre jour, après avoir entendu, à la TV, tout un plateau de vertueux imbéciles culpabiliser « les Français » (comme ils disent depuis que nous sommes redevenus une nation à la faveur d’une épidémie justifiant même des frontières intérieures), qui ne portaient pas de masques dans l’espace public (ce qui n’a rien d’obligatoire, ni même de sain), il m’a pris l’envie de taper les mots coronavirus et culpabilité sur Google, et j’ai été surprise du grand nombre d’entrées. On dirait que beaucoup de monde en France s’est senti coupable pendant l’épidémie. Les médias grand public qui adorent et encouragent à longueur de journée ce sentiment avilissant à coups de : « Regrette ! Condamne ! Dénonce ! », nous en donnent quelques exemples.

Pas responsables mais coupables

Des sportifs se sentent coupables d’avoir organisé et/ou participé à un match de foot autorisé : Coronavirus – Valence : la culpabilité de Dani Parejo

Des confinés, de ne pas se montrer assez reconnaissants de l’offre culturelle offerte généreusement (La culpabilité culturelle des confinés) ou de bronzer et écouter de la musique au lieu de participer à l’effort de guerre (De la culpabilité en temps de coronavirus).

Des parents, de ne pas réussir à faire l’école à leur grands enfants tout en faisant du télétravail et en s’occupant des petits (Coronavirus. École à la maison : « Pas de pression ni de culpabilité »)

L’école à la maison. Un élève de CM2 en classe virtuelle sur son téléphone / © Thierry Gachon/MaxPPP. Source : france3-regions.francetvinfo.fr

Des étudiants en médecine d’avoir attrapé le virus en travaillant sans protection dans les hôpitaux pour un euro de l’heure, et de l’avoir transmis à leur parents sans le le savoir, vu qu’il n’y avait pas plus de tests que de masques et de blouses (Coronavirus : entre «culpabilité» et «psychose», récit d’une famille confinée.

Des généralistes d’avoir dû se mettre en quarantaine parce qu’ils avaient attrapé le virus en soignant des malades, sans protection, vu qu’il n’y en avait pas pour eux non plus. Les malheureux se vivent comme des « déserteurs »  (Coronavirus : entre culpabilité et peur de contaminer, des généralistes en quarantaine racontent)

Vous remarquerez que toutes les personnes que je viens de mentionner se sentent coupables sans aucune raison. Aucune d’elle n’a rien fait de mal, bien au contraire, elles ont fait leur devoir, et parfois bien au-delà, en remplaçant les enseignants, ou en soignant des malades sans protection, puisque l’Etat avait détruit les stocks de matériel de protection pour se livrer à son jeu favori qui est de faire ruisseler toute la richesse du pays dans les poches des nouveaux aristocrates. Avec l’aide des journalistes, qui sont payés pour les protéger et faire ruisseler la culpabilité dans le cœur des premiers de corvée.

Et ça marche car, si l’on en croit les publications psychologiques, le phénomène est encore beaucoup plus large qu’il n’y paraît. Il touche à peu près tout le monde, enfin en dessous d’un certain niveau de responsabilité, car, bizarrement, plus on est responsable de la situation catastrophique du pays, moins on est susceptible de se sentir coupable. Quoiqu’il en soit, les psychologues ont des solutions adaptées à chaque type de culpabilisé.

Les psychologues au secours des confinés culpabilisés

D’après les psychologues, c’est d’abord le confinement lui-même qui engendre des sentiments de culpabilité…

 « Le confinement peut causer un fort sentiment d’isolement, de rejet et de culpabilité. Pour d’autres personnes, la première image qui leur vient à l’esprit lorsqu’ils sont à l’isolement, c’est la prison. Ce qui signifie symboliquement qu’ils sont dangereux pour l’autre et qu’ils ont fait quelque chose de mal. D’où le sentiment de culpabilité alors qu’ils sont victimes » explique Sandra Dachraoui (Coronavirus : « Le confinement peut causer un fort sentiment de rejet et de culpabilité »).

Puis la peur de contaminer ses proches :

« Je reçois des appels de soignants en grande détresse qui ont peur de transmettre le virus à leurs patients et à leur famille » ajoute Sandra Dachraoui. Elle dit en substance aux personnes qui l’appellent que « c’est normal d’avoir peur » et elle leur conseille de « limiter les sources d’information anxiogènes ».

« Les enfants aussi peuvent ressentir des émotions fortes, comme la peur, la culpabilité, la honte, après l’annonce de la fermeture de leur école. Comment en parler avec eux ? Comment les rassurer ? Et comment vivre ce confinement de manière enrichissante ? Brune de Bérail, psychologue clinicienne et docteure en psychopathologie, répond à toutes ces interrogations dans un article intitulé La fermeture des écoles ; les mots pour rassurer vos enfants et en faire une expérience enrichissante.

Personnellement, j’aurais pensé que ce serait l’hystérie autour de l’épidémie et non pas la fermeture des écoles qui aurait traumatisé les enfants car la plupart détestent l’école, à juste titre à mon sens, étant donné que le pédagogisme moderne a tourné le dos aux méthodes Freinet et à toutes les méthodes actives qui partaient de l’intérêt de l’enfant.

La psychologue Nadia Gagnier, quant à elle, veut aider les milliers de parents, qui « doivent relever le défi de travailler à la maison tout en s’occupant des enfants, à ne pas laisser la culpabilité participer à cette épreuve » (Coronavirus: comment concilier travail, famille et confinement sans culpabilité?)

France info Guadeloupe a consulté plusieurs psychologues sur la manière d’aider les malheureux qui ramènent le virus à la maisonLe traumatisme ne sera pas facile à guérir, explique la psychologue Manick Siar-Titeca : « Au départ l’entourage est bienveillant … Mais les reproches viendront après. Le temps passant, les langues vont se délier et se faire plus accusatrices et virulentes. »

Santé magazine tente de répondre à la question : Comment ne pas culpabiliser de ne pas tout faire bien pendant le confinement ?  Il s’agit de « la culpabilité associée au sens du devoir, et aux différentes injonctions morales concernant, par exemple, la productivité au travail, ou le maintien du lien avec ses proches. Certains peuvent se sentir mal « à l’idée de ne pas pouvoir se rendre au travail, mais d’être payé malgré tout ».

Mais alors, que pouvons-nous faire pour sortir de cette spirale culpabilisante ? « Personne n’est coupable de la situation actuelle », rappelle Patrick Ange Raoult. « Il faut donc transformer la culpabilité en responsabilité. » Nous sommes en effet responsables de nos enfants, de notre travail, de nos proches, et nous pouvons les aider. Nous sommes également responsables de notre comportement envers la société, c’est pourquoi il est important de respecter les gestes barrières. »

Jamais dans ces articles, il n’y a de mise en perspective économico-socio-spirituelle de la situation qui engendre ces sentiments négatifs, injustes et destructeurs. L’épidémie est acceptée comme un fait de dieu ainsi que tout ce qui en résulte. On se contente de rassurer les gens à coups de lieux communs : c’est normal d’avoir peur et personne n’est parfait. Il n’y a pas de remise en cause politique – au contraire même, on conseille aux confinés culpabilisés d’attendre un hypothétique vaccin en se tenant à l’écart du débat public – ni de remise en cause existentielle. On ne se demande pas pourquoi les gens ont si peur de mourir, pourquoi ils ont si peur de tout. Pourquoi ils se sentent si coupables, coupables de tout…

Vous me direz « Mais ce n’est pas le rôle de la psychologie ! » Pourtant, la seule manière de résoudre un problème de santé physique ou psychique n’est-elle pas l’approche holistique? Tout comme le corps, l’esprit et le cœur ne peuvent fonctionner l’un sans les autres, nous fonctionnons à l’intérieur d’une société donnée, imprégnée de valeurs spécifiques, sans lesquelles nous ne pouvons pas vivre et qui ont forcément un impact sur nous. Pour ma part, j’ai trouvé mon équilibre en associant, dans ma compréhension des choses de la vie, quatre domaines d’expérience : la psychologie, la sociologie, la spiritualité et la géopolitique.

Au bout du compte, que nous disent tous ces psychologues ? Les sentiments d’angoisse, de honte et de culpabilité que vous éprouvez sont normaux dans la situation. Il est de votre responsabilité de les surmonter. Et surtout n’oubliez pas les gestes barrières ! En clair, gérez au mieux votre culpabilité et surtout obéissez aux ordres sans vous poser de question… Pour moi, la psychologie, telle qu’elle est pratiquée aujourd’hui est l’alliée objective des puissants, exactement comme l’Eglise qu’elle a largement remplacée.

Responsables mais pas coupables

Il est frappant de constater qu’à l’inverse de leurs administrés, les gens au pouvoir, les politiciens et autres élites, qui ont détruit notre système de santé, géré l’épidémie en dépit du bon sens, interdit aux médecins de soigner les malades comme ils le jugeaient bon pour des motifs obscurs et probablement malhonnêtes, tous ces décideurs et ces milliardaires qui auraient de bonnes raisons de ressentir de la culpabilité, n’en ressentent aucune.

Source : Pinterest.com

Lorsque les journalistes parlent de leur culpabilité, il s’agit de culpabilité juridique, celle qui vous envoie en prison, pas chez le psy. Et ils prennent bien soin de la distinguer de la responsabilité. Et d’ailleurs, la responsabilité non plus n’a pas le même sens que pour leurs administrés ou subordonnés. Pour les puissants cela veut dire « Responsable mais pas coupable » et donc en fait irresponsable, assuré de l’impunité… La formule a été inaugurée avec l’affaire du sang contaminé.

Les autorités temporelles reçoivent, comme à l’accoutumé, un bon coup de main des autorités spirituelles dans leur opération de blanchiment. Dans un article précisément intitulé “Responsables
mais pas coupables
”, le théologien protestant Élian Cuvillier se porte vivement au secours de nos dirigeants cyniques, cupides et incompétents, en parlant de « responsabilité collective » :

« Ce qui caractérise l’état d’adulte, c’est de se savoir, à sa mesure et dans le domaine qui le concerne, être responsable de ses choix. Être adulte, c’est cesser d’accuser les autres de ce qui nous arrive. Bien évidemment, il peut se faire que nous nous trouvions victimes de l’incompétence, de la maladresse, de la méchanceté ou de la malhonnêteté de tel ou tel. Il est alors normal de demander des comptes, de réclamer justice. Mais, en cette affaire qui osera accuser un responsable politique de n’avoir pas, à la mi-mars, pris la mesure de ce qu’il fallait faire exactement ? Qui lui reprochera de n’avoir pas pris les « bonnes décisions » au « bon moment » ? Il faut un brin de mauvaise foi — ou faire preuve de cynisme politique à courte vue — pour désigner des coupables alors que personne, je dis bien personne, ne savait exactement ce qui allait se passer. »

En clair, renonçons à jouer les victimes cyniques et de mauvaise foi, absolvons les irresponsables politiques, soyons heureux d’être encore en vie et préparons-nous, en adultes responsables, à endurer joyeusement le chômage, l’esclavage, le traçage, la misère !

Les médias aussi s’emploient à blanchir nos irresponsables politiques en nous répétant sur tous les tons que, bien sûr, la crise économique arrive et que nous n’avons encore rien vu, mais que c’était inévitable. Il n’y avait pas d’autre solution que celle qui nous a été imposée. On connait la chanson !

Quant aux irresponsables politiques en question, après avoir organisé leur impunité, ils travaillent d’arrache-pied à détourner d’eux-mêmes la colère de leurs victimes en désignant d’autres coupables, des coupables par procuration, qu’ils accusent de ce qu’ils ont fait selon leur bonne habitude.

Coupables par inversion accusatoire

En ce moment, il y en a eu deux : nous et la Chine.

Les pays occidentaux, avec à leur tête les Etats-Unis, qui ont presque tous très mal géré la crise se sont donc dépêchés d’accuser la Chine de tous nos maux. Pour cela aussi ils ont reçu l’aide de dieu, à travers le cardinal birman Charles Bo, qui « tance dans une déclaration l’attitude « négligente » du régime chinois face à la pandémie du Covid-19. Il accuse la Chine d’un « échec » aux graves conséquences mondiales. » (Coronavirus : le cardinal Bo dénonce la « culpabilité morale » de la Chine)

Peu importe que ce ne soit sans doute pas vrai, ni que la Chine ne se laisse plus faire.

Le professeur Raoult et tous les défenseurs du traitement qu’il propose ont aussi servi de bouc émissaire. Le Prof. Raoult veut dépister, isoler, traiter, tandis que le gouvernement français veut dépister, isoler, tracer. Du coup, le gouvernement, le ministre de la santé et Big Pharma lui mènent une guerre grotesque et sans merci à coup d’accusations sordides et de décrets abusifs. Mais ils auront beau faire, ils ne réussiront pas à en faire un coupable ! Les dindons de la farce, c’est bien nous finalement, et rien que nous…

Le totalitarisme sanitariste mondialisé

Peut-être tout n’est-il pas perdu. Dans l’océan de mensonges, de faux semblants et de confusion qui nous entoure, il reste quelques îlots de vérité et de sincérité, quelques vrais penseurs, qui, en mettant des mots sur ce que nous ressentons confusément, nous empêchent de tomber dans la folie ou le désespoir.

Dans un article au titre provocateur : Crise sanitaire : « Pour les dictateurs en herbe, il n’est plus très difficile d’abattre toutes les libertés » paru le 22 mai dans Marianne, le philosophe Robert Redeker explique que, pendant l’épidémie : « les hommes firent l’objet de la simulation d’une nouvelle forme d’Etat totalitaire» Les peuples ont été gérés comme des troupeaux d’animaux. Tout était interdit, même de critiquer le pouvoir, puisque la police faisait enlever les banderoles contre Macron « comme si, au lieu de protéger les Français, les forces de l’ordre étaient en guerre contre eux ». Pour lui : « La célèbre affirmation de Joseph de Maistre selon laquelle  » toutes les maladies sont des châtiments » hante l’esprit des gouvernants modernes … A la maladie, il faut un coupable ; le coupable c’est le peuple !

Danièle Linhart, interviewée par Le collectif Citoyens Résistant d’hier et d’aujourd’hui, dénonce le fait que les dirigeants de la start up Nation ont profité de l’épidémie pour étendre aux citoyens le rapport de subordination qui règne dans l’entreprise :

« Nous sommes traités, dans le monde citoyen, à peu près comme dans le cadre du salariat, comme des masses que l’on manœuvre, que l’on déplace, que l’on soumet à des exigences, que l’on cherche à culpabiliser… Selon elle, « ce sentiment de culpabilité, d’impuissance, de peur peut pousser les gens à s’en remettre à une autorité supérieure, à ceux qui savent …».

Marco Bersani dans un article de Bastamag intitulé Et maintenant on culpabilise les citoyens enfonce le clou :

« Une des stratégies les plus efficaces mises en œuvre dans toute situation d’urgence par les pouvoirs forts consiste à culpabiliser les individus pour obtenir d’eux qu’ils intériorisent la narration dominante sur les événements en cours, afin d’éviter toute forme de rébellion envers l’ordre constitué ».

Selon lui, la crise révèle « la fragilité intrinsèque d’un modèle économico-social entièrement fondé sur la priorité aux profits d’entreprise et sur la prééminence de l’initiative privée ».

Conclusion

La classe dirigeante a profité de la crise sanitaire pour faire une simulation grandeur nature d’emprisonnement de la population. Elle a utilisé notre propension à la culpabilité pour diminuer notre résistance à l’oppression et mettre en place des systèmes de surveillance qui, espère-t-elle, vont lui permettre d’endiguer les luttes sociales qui vont s’intensifier avec l’augmentation de la pauvreté dont elle est responsable.

Malgré ce que disent les psychologues, il n’est pas normal, de se sentir coupable de ne pas maîtriser une situation dont on n’est pas responsable (il y a des responsables, mais ce n’est pas nous !) Et il est impossible de se montrer à la hauteur quand les règles changent tout le temps et que ce qu’on exige de nous est irréalisable.

Pour la plupart, nous avons combattu ce gouvernement comme les précédents. Qui plus est, c’est nous qui avons fait tourner le pays, pendant que les irresponsables censés nous gouverner pédalaient dans le yaourt. Cessons donc de culpabiliser. Refusons de céder au chantage. Relevons la tête et débarrassons-nous de tous ces parasites qui, tout en nous méprisant, vivent à nos crochets et nous mènent à l’abîme. Prenons en main notre destin, car, comme dit Danièle Linhart :

« Il est plus que jamais nécessaire de remettre au centre du débat les grands enjeux sociaux politiques, c’est à dire comment devons-nous produire et consommer à l’avenir pour cesser d’être les prédateurs de notre planète et de notre santé ? »

Dominique Muselet

 

Image en vedette : Capture d’écran. Source : shutterstock.com

Cet article a été publié initialement par salaireavie.fr

La source originale de cet article est Mondialisation.ca

Copyright © Dominique Muselet, Mondialisation.ca, 2020

https://www.mondialisation.ca/la-culpabilite-une-arme-de-destruction-massive/5646098


 

MICHEL COLLON SPECIAL CORONAVIRUS 30 AVEC MAXIME VIVAS : QUI PAIE REPORTERS SANS FRONTIÈRES POUR RACONTER CA?

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Michel Midi Spécial Coronavirus 30 avec Maxime Vivas : Qui paie Reporters sans Frontières pour raconter ça?

 

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L’ONG Reporters sans Frontières (RSF) jouit d’une belle réputation dans une partie du public et certainement dans les grands médias qui la citent fréquemment comme une autorité sur la liberté de la presse. Ce prestige est-il mérité ? Acharnés contre Cuba, le Venezuela, la Chine (accusée des pires crimes dans la crise du Covid-19), indulgent envers le Qatar, les Saoud ou Israël et… carrément silencieux envers les grands monopoles de presse US et français. Comment expliquer ce deux poids, deux mesures ? Auteur de deux livres sur RSF, Maxime Vivas, animateur du site Le Grand Soir, a enquêté sur le très curieux financement de cette ONG. Ses révélations ont d’abord été niées, puis reconnues du bout des lèvres par les dirigeants de RSF. Il nous montre que certaines « opinions » peuvent être déterminés par… certains dollars.

 

https://www.investigaction.net/fr/michel-midi-special-coronavirus-30-avec-maxime-vivas-qui-paie-reporters-sans-frontieres-pour-raconter-ca/

 


 

DOMINIQUE MUSELET : LE COVID-19 A-T-IL AGI COMME RÉVÉLATEUR DE NOTRE DEGRÉ DE DÉSHUMANISATION?

Le Covid-19 a-t-il agi comme révélateur de notre degré de déshumanisation?

La statistique nous mène-t-elle par le bout du nez?

Par Dominique Muselet

Mondialisation.ca, 26 mai 2020

24 mai 2020

Thème: 

Analyses: 

Au Moyen-Âge, on cherchait à concilier le salut de son âme et l’appât du gain, comme en témoigne  la formule « Au nom de Dieu et du profit » qu’on trouve notée pour la première fois en 1253 dans un registre de comptabilité. L’Église tentait de modérer les appétits des commerçants sans se mettre à dos les élites urbaines. En même temps, elle encourageait ses ouailles à accepter leur sort. A l’époque, il n’y avait pas de statistiques et on ne parlait pas de productivité.

Capitalisme et esclavage

L’équilibre entre le matériel et le spirituel s’est progressivement rompu à mesure que l’Occident s’enrichissait, et que les grandes découvertes de la Renaissance ouvraient une nouvelle ère. C’est là que le capitalisme a pris son essor comme le montre Alain Bihr dans le premier tome (L’expansion européenne) de son histoire du Premier Âge du capitalisme (1415 à 1763). Il fallait des capitaux pour construire des caravelles et financer des expéditions qui pouvaient mettre des années à revenir ou même disparaître entièrement. C’est là aussi que l’exploitation « scientifique » des hommes et des ressources a commencé en Occident, avec la colonisation et l’esclavage.

Le rejet des valeurs du Moyen-Âge et le retour à celles de l’antiquité ont accompagné ces évolutions. La société romaine était très inégalitaire. Elle était basée sur l’esclavage, et les femmes n’avaient aucun droit. C’est pourtant ce modèle qui a inspiré les Pères fondateurs des Etats-Unis.

« Cela a commencé avant l’indépendance (1776), quand l’élite coloniale éprise de culture classique prétendait incarner l’idéal de la République romaine. L’identification avec la République romaine fut d’ailleurs si forte que Washington, la capitale que se choisirent les pères fondateurs de la République américaine, est truffée de références à Rome, à commencer par le siège du pouvoir législatif, le Capitole », nous explique Thomas Lepeltier.

Marché aux esclaves à Zanzibar, deuxième tiers XIXe.. Photo par Bojan Brecelj/Corbis. Source : Wikipédia.

Edward Watts, historien à l’université de Californie, rend ces inégalités responsables de la décadence étasunienne comme de celle de la Rome antique, dans son dernier ouvrage, Mortal Republic : How Rome Fell Into Tyranny (République mortelle : comment Rome est tombée dans la tyrannie), paru en novembre 2018, nous dit Marie Charrel :

« Les inégalités économiques et sociales sont un poison. Lorsqu’elles se creusent et ne sont pas traitées, elles font vaciller les régimes politiques. Et parfois elles mènent à leur chute… Edward Watts raconte comment, après des siècles de succès et de prospérité, la puissante République romaine a sombré dans l’autocratie… Au fil des guerres et conquêtes, un cercle de nobles accumulent des richesses et se détournent de l’intérêt général. Ils pervertissent le système pour bloquer les réformes susceptibles de leur nuire. Une nouvelle classe d’hommes d’affaires prospère grâce au commerce et au crédit. Clientélisme et corruption se développent. »

Le système économique étasunien a sans doute dépassé son modèle en matière d’iniquité et d’amoralité, car outre qu’il a justifié le génocide des peuples indigènes, l’exploitation des hommes et des ressources y est devenue scientifique et systématique. Ainsi que nous l’explique Matthew Desmond, « le berceau de l’amoral capitalisme étasunien … particulièrement impitoyable et débridé », est à rechercher dans « les champs couverts de mouches de Géorgie et d’Alabama, les maisons du coton, et les criées d’esclaves ».

Les méthodes de management moderne, qui donnent « une impression d’avant-garde », ont été élaborées dans les plantations où « les corps des esclaves et leurs tâches étaient gérés avec une exactitude rigoureuse » aussi bien au niveau individuel que collectif. Lorsqu’aujourd’hui, « un comptable déprécie un actif pour payer moins d’impôt ou lorsqu’un cadre intermédiaire passe l’après-midi à remplir des colonnes d’un tableau Excel, il reproduit des procédures qui ont leur source dans les camps d’esclaves ». Les esclaves, considérés comme du capital, étaient gérés statistiquement pour augmenter sans cesse leur productivité : « Tout est suivi, enregistré et analysé, via des systèmes de reporting vertical, de dossiers en partie double et de quantification précise. Les statistiques et les données semblent présider à chaque opération ». Tout était calibré, depuis la vitesse de progression des colonnes d’esclave dans les champs de coton, le poids de chaque panier, le nombre de paniers, et même les coups de fouet.

Les Etats-Unis ne sont pas les seuls à s’enrichir grâce à l’esclavage. L’Angleterre, reine des mers, se taille la part du lion du commerce triangulaire. Ce sont les profits de ce commerce qui ont financé sa révolution industrielle, comme l’explique Marx :

« Ce fut la traite négrière qui jeta les fondements de la grandeur de Liverpool ; pour cette ville orthodoxe le trafic de chair humaine constitua toute la méthode d’accumulation primitive (…) En somme, il fallait pour piédestal à l’esclavage dissimulé des salariés en Europe, l’esclavage sans phrase dans le nouveau monde ».

La fabrique (plant) anglaise, dans laquelle les paysans, chassés de la campagne par le mouvement des enclosures, étaient exploités dans des conditions proches de l’esclavage, était en effet directement inspirée de la plantation, comme le confirme Robin Blackburn:

« En réunissant les travailleurs sous un même toit, et en les inféodant à une même discipline, les nouveaux employeurs industriels ont été en mesure de tirer profit de la coopération et de la surveillance – comme s’ils adaptaient le modèle de la plantation ».

Mais, bien évidemment, l’Occident, devenu riche, prospère et hégémonique, a, tel un arrogant parvenu, oublié l’origine rien moins qu’honorable de sa bonne fortune et attribué son développement économique à son « esprit entrepreneurial », ses innovations technologiques et « son ouverture au progrès et à la science ».

L’Occident en a conçu une foi absolue dans le progrès infini, la science invincible et la croissance triomphante à laquelle il a entrepris de convertir, de gré ou de force, toutes les nations et tous les peuples, jouant tour à tour de la main de fer de ses soldats et du gant de velours des droits de l’homme.

L’homme occidental, enivré de sa richesse et de sa puissance, s’est pris pour Jupiter. Et c’est dans cet état de toute-puissance absolue, d’auto-satisfaction sans faille et de mépris total pour le reste de l’humanité, que nous a surpris la « pandémie ».

On peut le dire sans crainte d’être lynché, maintenant que de plus en plus de médecins osent avouer à la TV que l’épidémie est finie, le monstre, qui nous a tous terrorisés par le biais des médias stipendiés, a finalement accouché d’une souris. Et pourtant, tout est détruit. Telle la statue de Saddam Hussein, il a suffi d’une petite poussée pour nous faire tomber de notre piédestal.

Comment est-ce possible, nous demandons-nous, ébahis ?

Eh bien ce n’est pas l’épidémie qui nous a vaincus. Elle n’a été qu’un révélateur. Nous sommes tout simplement tombés sous le poids de nos aveuglements, de nos contradictions et de nos excès.

Le risque zéro

Comme l’explique David Cayley, Ivan Illitch ne souscrivait pas à l’idée du progrès infini. Il pensait qu’à moment donné apparaissait nécessairement « dans toute forme d’institution, de bien ou de service, ce qu’il appelait une certaine contre-productivité. Il y avait « en chacun d’eux un seuil, un point limite, au-delà duquel ils se trouvaient en excès et dysfonctionnels ». Il avait choisi la santé comme exemple. Il pensait qu’à force de vouloir couvrir tous les risques dans une société où la mort est vue comme un échec, au lieu d’être une chose naturelle, « l’intervention médicale perdrait du terrain face à ses objets, et serait plus nuisible que bienfaisante ».

J’ai moi-même expliqué dans un article du 6 avril dernier intitulé La Bourse ou la vie ou Comment l’obsession du profit tue le profitcomment Macron en voulant à toutes forces sauver les profits du CAC 40, n’avait sauvé ni l’économie, ni les Français.

Yvan Illitch considérait la « prévention des risques », comme « l’idéologie la plus religieusement célébrée de l’époque », mais

« le risque est une construction statistique qui appartient au domaine des populations. Le risque ne laisse pas de place aux expériences individuelles ou aux jugements pratiques. Le risque vous annonce simplement ce qui arrivera en général » nous explique David Cayley.

« Le risque est un « concept strictement mathématique. » Il n’appartient pas aux personnes mais aux populations – personne ne sait ce qu’il arrivera à telle ou telle personne, mais ce qui attend l’agrégat de ces personnes peut être exprimé par des probabilités ».

Le risque zéro est une chimère. Mais ce n’est pas étonnant, notre société s’est spécialisée dans la poursuite de chimères : une vie sans fin, une croissance sans fin, un progrès sans fin, une productivité sans fin, des profits sans fin.

Contrôler l’incontrôlable

David Cayley résume bien le dilemme dans lequel nous nous sommes enfermés :

« L’effort massif et coûteux déployé pour endiguer et limiter les maux causés par le virus est-il le seul choix qui s’offre à nous ? Cet effort est-il une sorte de réponse évidente, inévitable, dictée par la simple prudence, afin de protéger toutes les personnes les plus vulnérables ? Ou bien n’est-il pas une forme désastreuse, qui cherche à contrôler ce qui est clairement hors-contrôle ? Un effort qui doublera les dégâts provoqués par la maladie d’autres problèmes, qui auront une incidence dans un futur plus ou moins éloigné ? »

Poser la question, c’est y répondre. Et comment cherchons-nous à contrôler l’incontrôlable ? Par la science, la norme, la statistique, les probabilités, les sondages, les courbes, les tableaux, les chiffres, les nombres. On traite « de plus en plus des cas particuliers comme des cas généraux, comme représentants d’une catégorie ou d’une classe, plutôt que comme des situations délicates uniques ».

Nous ne sommes plus des êtres humains, nous sommes des corps sans âme, des corps en série :

« Le monde qu’Illich redoutait, se trouve là, sous nos yeux, cela ne fait aucun doute. Un monde d’êtres sans corps qui traversent des espaces hypothétiques, un monde où l’urgence est permanente et où la prochaine crise n’est jamais bien loin, un monde où le babillage permanent de la communication a poussé le langage dans ses retranchements, un monde où la science étroite est devenue impossible à distinguer de la superstition. »

On pense au biopouvoir de Michel Foucault.

« C’est un type de pouvoir qui s’exerce sur la vie : la vie des corps (pour les discipliner)  et celle de la population (pour la contrôler). Il a pris le relais du gouvernement des âmes exercé par les ministres de l’Église et du droit de vie ou de mort du monarque absolu. L’élément commun au corps et à la population, c’est la norme. La norme statistique. C’est elle qui fait en sorte que ce biopouvoir s’exerce, de manière rationnelle, à la fois sur un ensemble statistique (une collectivité) et sur un individu/un particulier ».

La norme, la courbe et la statistique dominent le discours sur le coronavirus, ainsi que le montre un article de The Conversation, De la difficile équation entre science et politiquequi porte sur le rôle joué par « la modélisation statistique des dynamiques d’épidémies » dans les efforts de l’Office parlementaire scientifique pour analyser et commenter l’évolution de l’épidémie.

Dans le chapitre « Quand un paramètre mathématique devient un enjeu sanitaire », on apprend que « Si l’immunité collective n’est pas au rendez-vous, et tant qu’un vaccin n’est pas disponible, le contrôle de l’épidémie passe par une diminution du coefficient de reproduction R₀ ». C’est un «  enjeu de vie ou de mort pour notre système de santé collectif » car « de la valeur du coefficient, dépend la croissance du nombre de cas, et la possible saturation du système » mais malheureusement « sa mesure est fort délicate ».

En fin de compte, l’auteur n’a qu’une seule certitude : « Pour contenir R₀, il faudra garder des mesures contraignantes ». Mais que tout cela ne vous empêche pas de faire confiance aux scientifiques, qui « au-delà de leurs saines controverses, se chargeront de comparer les expériences de différents pays, et d’en tirer tous les enseignements. Attentifs à rester fidèles, dans toutes les situations, à l’idéal humaniste et universaliste qui sous-tend toute la science ». En réalité la statistique mais science sonne mieux.

Notre maître à tous ne nous montre-t-il pas l’exemple ? « Dès le 12 mars, dans son adresse aux Français, Emmanuel Macron donne le ton : « Un principe nous guide pour définir nos actions (…) : c’est la confiance dans la science ». Ou plutôt dans la statistique : « La première des sciences inexactes », selon Edmond et Jules de Goncourt. Vous vous rappelez des prédictions alarmantes qui ont inspiré les choix d’Emmanuel Macron, de Donald Trump ou de Boris Johnson ? Eh oui, il parait que ce sont les prédictions complètement fantaisistes de l’épidémiologiste britannique Neil Ferguson qui sont responsables du désastre…

Mais cela n’empêche pas le mathématicien, Cédric Villani, de se vanter de ce que « Le nouveau groupe Ecologie, démocratie, solidarité s’appuiera sur la science ». Pour lui, « s’appuyer sur la science va au-delà de l’écologie mais s’applique à toute la vie publique. La science est indispensable au conseil politique" .

Continuons donc à faire toujours plus de la même chose, cela nous réussit si bien…

De toute façon, il y a longtemps que les Autorités ne se préoccupent plus de la réalité. Macron ne vient-il pas de nous affirmer que nous n’avions « jamais été en rupture de masques », après nous avoir assuré que tout allait changer à l’hôpital : fini les coupes budgétaires et les tableaux excel !

Peu importe que sur le terrain ce soit tout le contraire, comme nous l’indique Politis,

« Si, de concert, Emmanuel Macron et Olivier Veran ont annoncé l’ouverture de discussions pour remettre en question le système de gestion hospitalière, force est de constater que celui-ci a la vie dure. Les réflexes budgétaires reprennent dans certains hôpitaux qui voient la pression monter sur les reprises d’activités. Une pression qui s’appuie sur un outil désormais bien connu : le tableau Excel … Censés donner une image de l’activité d’un service, ces tableaux Excel sont surtout l’outil d’une gestion budgétaire et d’une pression de rentabilité ».

Quant à la promesse de cesser de couper les vivres à l’hôpital, Marianne a vite douché nos espoirs : 2,6 milliards d’économies : comment le gouvernement Macron a continué d’essorer les hôpitaux.

Liberté et santé publique

Pendant que nous courons à l’abîme derrière des dirigeants hors-sol, empêtrés dans des habitudes et des croyances mortifères, pendant que nous laissons nos aînés mourir seuls dans les Ehpad pour le plus grand désespoir de leurs proches, il y a des pays, en Europe même, qui se comportent de manière pragmatique, empirique, et qui ont de bien meilleurs résultats que nous :

« La Grèce est un pays que nous regardons de haut dans l’Union. C’est la population la deuxième plus âgée de l’Union, 55% des Grecs sont en surpoids ou obèse, l’hôpital compte 4,2 lits pour 1000 habitants (8 en Allemagne), et depuis 2009, 18 000 médecins ont quitté le pays. Et c’est un pays sans véritable frontière simple à fermer. Tout pour être la victime désignée du Covid-19. Or, la Grèce, au 23 avril 2020, compte 12 morts par million d’habitants, contre 68 pour l’Allemagne, 178 pour la Suisse, 267 pour la France, 415 pour l’Italie. Aux premiers signes de maladie, chloroquine et l’antibiotique azithromycine sont prescrits, des médicaments à coût très bas.

De fait, les Grecs ont suivi les recommandations du Pr Raoult, des recommandations pour pays pauvres. La France recommande de rester chez soi en cas de fièvre … qui doit disparaître en quelques jours … puis en raccourcis de se rendre à l’hôpital … devenu exsangue. C’est une démarche de pays riche. Si l’expression « pays pauvre » gêne, il faut la remplacer par « start-up ». Les start-up se débrouillent avec les astuces et moyens du bord, les grandes entreprises se réfèrent à des processus … et ne savent plus innover ».

En France, nous préférons nous désoler de ne pas avoir de traitement et sortir étude sur étude pour prouver – plus ou moins malhonnêtement, comme le montre cet article de France-soir – que le professeur Raoult est un charlatan…

« Il est possible que d’ici un mois, il n’y ait plus de cas du tout dans la plupart des pays tempérés », déclare le scientifique dans une vidéo, filmé par son équipe. PHOTO AFP – AFP

Source de la photo : La voix du Nord

Il y a moins de morts là où on a appliqué son traitement ? Quelle importance, puisque, selon la TV, les statistiques disent le contraire…

De toute façon, morts ou vifs, on est sous contrôle. La pandémie a été l’occasion de tous nous mettre « sous surveillance bio-numérique 24h/24h ». On le craignait, Paul B. Preciado nous le confirme :

« Il faut sortir de cette fausse dialectique entre liberté et santé publique, mais plutôt comprendre comment la santé publique implique aussi une gestion des corps, une régulation, une spatialisation des pouvoirs très stricte et que ce sont ces régulations du corps et cette spatialisation du pouvoir qui sont en train de changer aujourd’hui. Nous vivons une mutation planétaire des paradigmes qui est semblable à celle que nous avons vécue au 15ème siècle, le passage d’une société orale à une société écrite, avec l’invention de l’imprimerie. Au moment des changements de paradigmes, on invente des nouvelles techniques de subjectivation. Dans cette transition de la culture orale à la culture écrite, il a fallu faire apprendre aux gens à rester assis, en silence, apprendre à lire. Pour Foucault, cela a pu se produire grâce aux expérimentations qui ont eu lieu dans les cellules monastiques. Aujourd’hui, on rentre à l’intérieur de nouvelles cellules monastiques, qui sont numériques, on y sera sous surveillance bio-numérique 24h/24h. Ça a été mis en place pendant le confinement avec la demande de rester dans nos intérieurs, qui sont électrifiés et numérisés. »

Pour conclure, je me joins au cri de révolte de cette médecin allemande, Katrin Korb :

« Depuis le début de cette crise du coronavirus nous sommes maintenus en état de choc par des messages si terrifiants que nous ne pensons même pas à les mettre en doute. Nos gouvernements nous disent que des millions vont mourir si nous ne nous protégeons pas : Nous savons ce qui est mieux pour vous car nous avons des experts. Vous ne pouvez pas décider pour vous-mêmes, vous êtes trop bêtes. Nous devons vous isoler, suspendre vos droits, vous réduire au silence avec un masque, mais c’est pour votre protection.

Le mantra des autorités est que nous ne pourrons pas revenir à la normale tant qu’il n’y aura pas de vaccin. Ça prend normalement des années de mettre un vaccin au point, mais là ils font déjà des essais sur les humains. Je ne me ferai pas vacciner, je ne ferai pas vacciner mes enfants et je conseillerai à mes patients de ne pas se faire vacciner. La Constitution ne dit pas que nous avons droit à la santé mais droit à l’intégrité physique. Un vaccin douteux est une atteinte à cette intégrité.

 La victoire sur la peur est la voie pour sortir de cette crise. Les gens positifs, qui ont des amis et mènent une vie saine ne tombent pas malades facilement. Et quand vient l’heure, ils s‘unissent à la mort, sachant que c’est ainsi que la vie se termine en ce monde. Vous ne pouvez pas faire peur à de telles personnes, vous n’avez aucun pouvoir sur elles. Ce corps n’a été qu’emprunté, un jour je vais le rendre mais tant que je vis dans ce corps, que je pense, ressens et agis, c’est mon corps. J’en suis responsable et personne d’autre ».

Dominique Muselet

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Cet article a été publié initialement par le site salaireavie.fr

La source originale de cet article est Mondialisation.ca

Copyright © Dominique Muselet, Mondialisation.ca, 2020

https://www.mondialisation.ca/la-statistique-nous-mene-t-elle-par-le-bout-du-nez/5645843


 

PAS DE TRÊVE POUR LES PUISSANCES IMPÉRIALISTES DANS LEUR COURSE AUX ARMEMENTS PENDANT LA PANDÉMIE DU COVID-19

Pas de trêve pour les puissances impérialistes dans leur course aux armements pendant la pandémie du Covid-19

mardi 19 mai 2020
par  Alger republicain

 

Selon le rapport de l’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm (Sipri) publié le 27 avril. « Les dépenses militaires dans le monde ont atteint, sur la seule année 2019, la somme de 1.917 milliards de dollars. Une progression de 3,6 % sur un an.

Nan Tian, chercheur au Sipri note « Les dépenses militaires ont atteint leur plus haut niveau depuis la fin de la Guerre froide » (1989). Le plus gros budget reste celui des Etats-Unis avec une augmentation de 5,3% en 2019, à 732 milliards de dollars (38% des dépenses mondiales). En second on trouve la Chine, avec 261 milliards de dollars, soit une progression de 5,1% sur un an, troisième l’Inde avec 71,1 milliards de dollars (+6,8% sur un an), quatrième la Russie et cinquième l’Arabie Saoudite.

A eux seuls, ces 5 pays représentent plus de 60% des dépenses militaires totales. L’Allemagne arrive 7e juste derrière la France et enregistre la plus forte progression des dépenses +10% en 2019, à 49,3 milliards de dollars.

Comme on le constate, malgré la pandémie catastrophique qui touche tout les pays, les usines d’armement tournent à plein régime dans tous les pays impérialistes. 1917 milliards de dollars et certainement plus, partent en fumée. 250 dollars par habitant de la planète. L’industrie de l’armement est le moteur de l’économie dans les pays capitalistes. Ce sont ces milliers d’ouvriers et des centaines d’ingénieurs de haut niveau qui participent à la fabrication des armes de plus en plus sophistiquées pour détruire le plus rapidement possible et tuer le plus grand nombre de personnes à moindre coût. Sans état d’âme des dirigeants des puissances impérialistes, des armes terrifiantes de dernière génération sont utilisées contre les populations civiles.

La vente d’arme est un marché très lucratif, qui rapporte gros aux multinationales des pays impérialistes. Les conflits sont donc d’une nécessité absolue pour trouver des acheteurs. C’est la politique de la canonnière qui oblige les pays à s’armer.

C’est bien la plus grande puissance impérialiste du monde, en l’occurrence les USA, qui est à la manœuvre de cette politique désastreuse et évidemment, avec la complicité des pays vassaux que sont l’Angleterre, la France, l’Allemagne et quelques petits pays voulant jouer dans la cour des grands.

Pour imposer leur suprématie sur tous les pays de la planète, les USA possèdent la plus puissante armée du monde. Elle est présente militairement dans plus de 180 pays. 500000 hommes sont répartis dans près de 800 bases militaires équipées d’un armement ultra moderne et surtout d’un armement nucléaire : 6000 avions, 200 drones, 3000 missiles de croisières, 500 missiles balistiques et intercontinentales à tête nucléaire. Cette machine de guerre est en état d’alerte permanente 24 heures sur 24.

Sous commandement de US Air Force Global Shike, 200 à 300 bombardiers stratosphériques B1, B2 et le dernier en date le B21 ultra sophistiqué, armé de bombes atomiques, 10 fois plus puissantes que celles d’Hiroshima et de Nagasaki au Japon, sillonnent le ciel jour et nuit. Et ce n’est pas tout, les mers du globe sont aussi chasse-gardée des USA. Des centaines de navires de gros tonnages, porte-avions et sous-marins équipés aussi de missiles balistiques et de missiles intercontinentaux à tête nucléaire, surveillent les mers du globe en permanence. Mais ce déploiement disproportionné a un coût faramineux, plusieurs milliards de dollars par an.

Le symbole de cette politique de puissance et d’agression, c’est l’emblématique et importante base militaire US de Guantanamo sur l’Ile de Cuba, occupée illégalement par la force et qui est dirigée vers tous les pays des Caraïbe et de l’Amérique Latine.

A quoi sert toute cette puissance de feux terrifiante, surdimensionnée par rapport au pays ? Est-ce que le USA sont menacés par une armée étrangère ? La réponse est non. Aucune armée étrangère n’est aux portes de l’Amérique. Non, cette armada est prévue pour imposer son hégémonisme sur la planète entière par la force.

De ce fait, l’Amérique impose un état de guerre permanent sur toute la planète. Nous ne sommes pas en paix. A tout moment, le moindre incident ou accident peut déclencher l’apocalypse.

En s’en prenant à l’Europe et à Hitler a provoqué la mort de plus de 50 millions de personnes. Mais les Américains veulent être les maîtres du monde pour combien de centaines de millions de morts ?

La France puissance coloniale et impérialiste n’est pas en reste. Surtout en Afrique sa chasse gardée où elle est présente militairement et politiquement dans plusieurs pays, de Djibouti au Sénégal en passant par la Côte d’Ivoire, le Centre Afrique, le Tchad, le Mali et le Gabon, ainsi que d’autres. Elle quadrille le continent du Sahel à la Corne de l’Afrique pour épancher la soif inextinguible de surprofits de ses multinationales et participer au maintien par le fer et le feu du système capitaliste-impérialiste dans le monde.

Elle est aussi présente en supplétif dans les conflits déclenchés par les USA dans le monde. (Irak, Afghanistan, Libye, Syrie, etc,). Elle soutient totalement la politique de terreur des USA.

Les dirigeants des puissances impérialistes, de véritables monstres en liberté, sèment la terreur, le sang, la misère, le chômage et l’exode de millions de personnes dans le monde.

Ils dépensent des milliards et des milliards de dollars pour entretenir leur machine de guerre pour imposer leur hégémonisme et dompter les peuples. Peu importe que près de la moitié des habitants de la planète, soit 2,8 milliards de personnes, n’ont pas les moyens de se nourrir, de s’instruire, de se soigner et de se loger. Selon la FAO, un enfant de moins de cinq ans meurt de faim toutes les six secondes.

Mais ces dirigeants n’en ont cure. L’essentiel pour ces sinistres personnages, c’est l’accumulation du profit sans limite, la conquête de nouveaux marchés, le contrôle des matières premières, le pillage et la rapine partout dans le monde.
Il faut arrêter cette sinistre mainmise mortifère qui entraîne le monde vers l’abîme avant qu’il ne soit trop tard.

Seul le socialisme peut déclarer la paix à tous les peuples de la terre

LIÈS SAHOURA

http://www.alger-republicain.com/Pas-de-treve-pour-les-puissances.html


 

DES MILLIONS DE PERSONNES FORCÉES DE CHOISIR ENTRE LA FAIM OU LE COVID-19

Des millions de personnes forcées de choisir entre la faim ou le Covid-19

Par Grain

Mondialisation.ca, 21 mai 2020

grain.org 19 mai 2020

Thème: 

Analyses: 

À la veille du 1er mai 2020, en pleine pandémie de coronavirus, l’Organisation internationale du Travail (OIT) a publié des statistiques qui font froid dans le dos. Environ 1,6 milliard de travailleurs du secteur informel se retrouvent dans une situation désastreuse du fait des mesures de confinement imposées par les gouvernements pour bloquer la propagation du virus. Selon l’OIT, quelque 60 % des travailleurs dans monde sont employés dans l’économie informelle, sans contrat, dispositif de protection ou épargne.1Selon le pays, les femmes représentent une part plus ou moins importante de la main-d’œuvre informelle, mais dans tous les cas, elles sont moins bien payées que les hommes.2

Maintenant, à cause des quarantaines et des confinements, des arrêts et des couvre-feux, il n’y a pas de travail. Sans travail, pas de revenus. Et sans revenus, pas de nourriture. Sans sources de revenus alternatives, a averti l’OIT, « ces travailleurs et leurs familles n’auront aucun moyen de survivre ».3

Si les travailleurs du secteur informel ne sont pas en mesure de se nourrir eux-mêmes, ils ne peuvent pas non plus continuer à nourrir des millions, voire des milliards d’autres gens. Dans la plupart des pays du monde, c’est le travail informel qui maintient le fonctionnement des systèmes alimentaires : il représente 94 % de la main-d’œuvre agricole dans le monde et une grande partie de la main-d’œuvre dans le commerce, la vente au détail, la préparation et la livraison des aliments dans de nombreuses régions du monde.4

La crise du coronavirus a mis en évidence notre dépendance par rapport à des systèmes de santé et d’alimentation qui fonctionnent bien, mais aussi les injustices flagrantes infligées à ceux qui travaillent dans ces secteurs essentiels en temps « normal » : bas salaires, pas d’accès aux soins de santé, pas de services de garde d’enfants , aucune protection de la sécurité au travail, souvent aucun statut juridique et aucune représentation dans la négociation des conditions de travail. Cela est vrai aussi bien dans le secteur formel que dans le secteur informel du système alimentaire mondial. En effet, il existe un énorme contraste entre la richesse au sommet des plus grandes entreprises alimentaires et le sort de leurs travailleurs de première ligne. Nestlé, par exemple, numéro un mondial de l’alimentation, a octroyé à ses actionnaires 8 milliards de dollars de dividendes fin avril 2020, un montant qui dépasse le budget annuel du Programme alimentaire mondial (PAM) des Nations Unies.5

La seule question qui importe maintenant est de savoir comment garantir à tous l’accès à la nourriture tout en garantissant la sécurité et la santé des populations à chaque étape, de la ferme au consommateur. Malheureusement, ce n’est pas la priorité qui a orienté les systèmes alimentaires au cours des dernières décennies. Mais arriver à cet objectif n’est pas aussi compliqué qu’il y paraît.

L’arrêt de l’économie conduit à la famine

Du fait de l’arrêt d’une grande partie de l’économie mondiale depuis mars 2020, de nombreuses personnes sont confinées à leur domicile ou dans leur communauté et ne peuvent pas travailler. Les usines ont cessé leur production, les projets de construction ont été interrompus, les restaurants et les transports ont été fermés, tout comme les bureaux. Dans de nombreux pays, les travailleurs migrants et les étudiants ont immédiatement essayé de rentrer chez eux, là où ils ont de la famille qui peut les aider, mais beaucoup ont été bloqués faute de moyens de transport ou en raison de la fermeture des frontières.

Ces mesures semblent avoir été mises en œuvre sans avoir bien réfléchi au fonctionnement réel des systèmes alimentaires. Les agriculteurs ont généralement été en mesure (pas toujours) de continuer à travailler dans leurs exploitations, mais ils manquent de main-d’œuvre – précisément au moment de la récolte ou de la mise bas des animaux dans de nombreuses régions du monde – et de moyens pour transporter les produits et le bétail de la ferme vers les coopératives, la points de ramassage, les abattoirs, les commerçants ou les marchés. Les fermetures d’écoles, des bureaux et des restaurants ont étouffé le système et conduit à un énorme gaspillage. En conséquence, du lait est déversé, des animaux sont euthanasiés et des cultures sont enfouies dans le sol. De la même manière, les pêcheurs qui vont à la pêche la nuit dans des pays comme l’Ouganda ont été bloqués à terre du fait des couvre-feux.6

Dans les villes, ces fermetures ont été accompagnées de violences, d’abus et de corruption incompréhensibles. En Afrique de l’Est, comme dans certaines régions d’Asie, les vendeurs de rue surpris en train de continuer leur vente ont été réprimés avec des coups de fouet ou des balles en caoutchouc.7Des émeutes ont éclaté dans les communautés urbaines et périurbaines lorsque la pénurie d’aide alimentaire est arrivée.8 Au Liban, une personne a même été tuée dans ces émeutes.9 Et en Eswatini, anciennement le Swaziland, le gouvernement a simplement décidé de ne pas approvisionner les villes en alimentation, mais de se concentrer uniquement sur les zones rurales.10

Dans le même temps, les entreprises alimentaires ont obtenu des exemptions de confinement qui ont considérablement aggravé la crise sanitaire, sans nécessairement continuer à nourrir les gens.Certains des pires foyers épidémiques de Covid-19 dans le monde sont apparus dans des usines de transformation de viande appartenant à des sociétés multinationales au Brésil, au Canada, en Espagne, en Allemagne et aux États-Unis. Bien que ces usines produisent principalement de la viande destinée à l’exportation, elles ont été considérées comme un « service essentiel » et autorisées à fonctionner à pleine capacité, ce qui a amené à exposer sciemment leurs travailleurs et les communautés environnantes à un grave risque d’infection.11 Aux États-Unis, au 6 mai 2020, 12 000 travailleurs des usines transformation de viande étaient tombés malades et 48 étaient décédés.12 Les usines de transformation de fruits de mer sont également des points sensibles, comme au Ghana, où une épidémie dans une conserverie de thon appartenant à Thai Union est responsable de 11 % des cas de Covid-19 dans tout le pays.13 Les travailleurs des supermarchés et les employés des plateformes de commerce électronique ont également été confrontés à l’énorme difficulté de préserver leur sécurité tout en restant en activité dans le but d’assurer les soi-disant « services essentiels » épargnés par les mesures de confinement. Les plantations de palmiers à huile sont pour la plupart restées opérationnelles – pour permettre la production des savons particulièrement indispensables pour lutter contre la pandémie, selon leurs propriétaires – mais certaines ont enfreint les arrêtés locaux ou n’ont pas fourni les protections nécessaires aux travailleurs.14

Le remède risque de devenir pire que la maladie. Les personnes qui n’ont ni travail ni salaire depuis l’apparition de la pandémie – la plupart du secteur informel, mais aussi des travailleurs du secteur formel – sont désormais confrontées à la réalité croissante de la faim. Le PAM estime que le risque le plus élevé à l’heure actuelle se situe dans une dizaine de pays, la plupart d’entre eux plongés dans des conflits armés, comme la Somalie ou le Soudan du Sud. Mais la pénurie d’accès aux aliments causée par les fermetures des entreprises en raison du Covid-19 et la récession mondiale qui, nous dit-on, durera des mois, menace désormais de nombreux autres pays. En Inde, 50 % des populations rurales mangent moins du fait du confinement.15 Dans le monde, le nombre de personnes souffrant de faim aiguë pourrait doubler, passant de 135 millions aujourd’hui à 265 millions d’ici la fin de l’année, selon le PAM.16

Les plus durement touchés en ressentent déjà les terribles effets. Selon des informations parues dans la presse, l’expression « Je préférerais mourir du coronavirus plutôt que de faim » est couramment entendue en Haïti, en Angola, au Liban, en République démocratique du Congo, à Mayotte, en Inde et en Amérique latine.17En Belgique, la formule est « Nous, on doit choisir : mourir de faim ou crever du coronavirus. »18 En Afrique de l’Ouest, elle est : « La faim nous tuera avant le coronavirus. »

Ce qui est clair, c’est que si cette propagation de la famine atteint l’ampleur d’une crise mondiale, ce ne sera pas à cause d’un déficit de production ni même les achats excessifs. L’offre est abondante. C’est le système de distribution qui a montré son incapacité à nous nourrir en toute sécurité – en particulier sa partie extrêmement concentrée et mondialisée qui est incapable de répondre à la crise.

Réponses créatives des communautés

L’une des premières mesures que de nombreuses autorités ont prises pour arrêter la propagation du coronavirus a été de fermer les restaurants, les cafés, les étals de nourriture et les marchés de produits frais. En réponse, les communautés ont imaginé de nombreuses autres façons de faire parvenir l’alimentation là où elle est nécessaire, souvent en utilisant les réseaux sociaux. Des groupes se sont constitués sur Facebook et Whatsapp pour identifier collectivement où se trouvent les stocks alimentaires ou pour se procurer collectivement des produits auprès des agriculteurs. Des restaurants et des cantines se servent de leurs moyens pour obtenir et reconditionner des aliments fournis en vrac comme la farine ou les céréales, les réemballer et les vendre en petites quantités. La « reconversion » est devenue le mot du jour et des communautés se réunissent ou se constituent pour trouver et acheminer la nourriture par des moyens créatifs.

Les agriculteurs ont également mis au point des moyens innovants de vendre et d’acheminer leurs produits. En Europe, ils ont commencé des ventes à domicile, des livraisons aux hôpitaux et des ventes en ligne, en plus de travailler directement avec les consommateurs dans le cadre de projets communautaires de type AMAP et de marchés de producteurs.19 En Asie, les agriculteurs se connectent aux réseaux sociaux ou aux outils de commerce électronique pour organiser des marchés alternatifs.20 Par exemple, dans le Karnataka, en Inde, des agriculteurs ont commencé à utiliser Twitter pour publier des vidéos de leurs produits et communiquer avec les acheteurs. D’autres ressuscitent les systèmes traditionnels de troc, pour pallier leur manque d’argent et faire correspondre l’offre et la demande.21 En Indonésie, un syndicat de pêcheurs d’Indramayu, dans l’ouest de Java, a lancé une initiative de troc avec des groupes d’agriculteurs locaux dans le cadre d’une action collective appelée la « grange des pêcheurs ». Les restaurants et les marchés étant fermés, les pêcheurs n’ont plus d’acheteurs. Ils échangent donc du poisson contre du riz et des légumes avec les agriculteurs. Cela assure l’alimentation et la sécurité des moyens de subsistance des différentes communautés.22

En Amérique latine, les communautés rurales sont les moins touchées par le virus. Beaucoup d’entre elles s’organisent pour donner de la nourriture aux pauvres des villes. À Cauca, en Colombie, les populations autochtones Nasa – qui se considèrent comme des survivants de longue date des virus, des guerres et des incursions de l’agro-industrie – ont collectivement organisé une « marche alimentaire » et apporté des produits de leur récolte dans les quartiers pauvres des villes, défiant le confinement.23 Au Brésil, sans aucun soutien de l’État, le Mouvement des sans-terre a fait don de 600 tonnes d’aliments sains aux hôpitaux, aux sans-abri et à d’autres communautés vulnérables dans 24 États du pays.24 Ses membres transforment également des cafés de ville en soupes populaires et des établissements d’enseignement en hôpitaux de fortune, où des personnels paramédicaux viennent fournir leurs services.25

Distribution solidaire de nourriture par le MST au Brésil

Au Zimbabwe, le confinement a paralysé le transport des produits agricoles depuis les grandes exploitations agricoles dans tout le pays. Les petits agriculteurs, qui ne bénéficient que d’un soutien limité, s’efforcent de pallier la pénurie et trouvent de nouveaux moyens d’acheminer les légumes et les autres produits vers les marchés. Les organisateurs du mouvement paysan estiment que ce changement de la trame du système alimentaire montre que les 1,5 million de petits producteurs du pays sont capables de nourrir la nation.26

Les autorités locales, les particuliers et les entreprises ont également fait leur part du travail. Au Vietnam, des distributeurs publics appelés « guichets automatiques de riz » ont été inventés pour permettre aux familles d’accéder gratuitement à une ration quotidienne de riz sans contact physique ni achats excessifs.27 En Inde, l’État du Kerala a lancé une campagne appelée « Subhiksha Keralam » visant à atteindre l’autosuffisance en production alimentaire grâce à des subventions, des infrastructures et d’autres mécanismes de soutien.28 En Thaïlande, des boutiques de vente de légumes mobiles ont été réactivées pendant la quarantaine avec le soutien des autorités locales de Bangkok. Le marché de gros de la ville fournit aux petits producteurs et commerçants des centaines de camions pour leur permettre de passer faire des livraisons à domicile.29 Et dans de nombreuses régions d’Afrique, les services de livraison par motos adaptent leurs pratiques pour permettre la fourniture de vivres aux personnes qui en ont besoin.30

Que ce soit par la solidarité, l’entraide, le bénévolat ou les coopératives, qu’elle soit formelle ou informelle, cette montée en puissance des efforts communautaires pour acheminer la nourriture là où elle est nécessaire est cruciale et doit recevoir des moyens de toute urgence. Si les initiatives locales ne sont pas « la » solution, elles vont certainement dans la bonne direction.

Passer à des systèmes alimentaires communautaires

Pour éviter la catastrophe contre laquelle l’OIT et le PAM nous mettent en garde, nous appelons à trois types de mesures.

Immédiates :

Fournir des moyens aux initiatives communautaires : Il est urgent que nous reconnaissions et soutenions massivement les efforts communautaires qui visent à fournir de la nourriture à ceux qui en ont besoin. Des fonds, des outils et d’autres ressources doivent être alloués à ces efforts. Cela peut se traduire par un financement ou du matériel pour les groupes de quartier ou les communautés autochtones qui ont besoin d’équipements de protection individuelle, de salles ou d’espaces pour l’organisation et les transports des banques alimentaires. Cela peut vouloir dire des ressources afin que les pouvoirs publics régionaux et locaux puissent travailler avec les organisations communautaires, les coopératives et les agriculteurs. Et cela devrait signifier un soutien émanant des autorités locales elles-mêmes, que ce soit par des mesures politiques ou des infrastructures. Beaucoup le font déjà, mais cela doit être étendu, massivement et rapidement. Si la Banque mondiale, le Fonds monétaire international et d’autres donateurs aident les gouvernements à faire face aux besoins de financement liés à la crise sanitaire, la majeure partie de ces fonds va aux grandes entreprises. Il serait préférable d’allouer davantage aux autorités locales afin qu’elles puissent soutenir les efforts de la communauté.

À plus long terme :

Améliorer les conditions pour les agriculteurs et les travailleurs : Nous devons améliorer la situation des travailleurs du système alimentaire, depuis la production ou l’approvisionnement jusqu’à la vente au détail, la livraison et la restauration. Cela peut se traduire par différentes choses, par exemple : des salaires plus élevés ou un revenu de base universel permettant de rémunérer beaucoup mieux les travailleurs à faible revenu ou de toucher les personnes travaillant en dehors de l’économie salariale ; leur donner une voix au chapitre pour redéfinir le travail et renégocier les processus de travail, comme le demandent de nombreux syndicats ; des droits complets aux soins de santé, aux primes de risque, à des conditions de travail sûres et à la garde des enfants ; et, peut-être plus important encore, un meilleur statut dans la société. Les agriculteurs doivent également être soutenus par des systèmes sûrs pour acheminer les produits vers les marchés et des prix équitables qui assurent leur subsistance. Parallèlement, les travailleurs agricoles doivent recevoir des salaires décents et bénéficier de conditions de travail saines. La crise du Covid-19 a montré à quel point le travail agricole, le transport, la distribution et la livraison des aliments sont importants pour notre bien-être. Les personnes qui travaillent dans le système sont autant en première ligne que le personnel de santé. Ils méritent une meilleure place, un meilleur salaire et une répartition plus équitable des avantages sociaux – et il est maintenant temps de procéder à ce changement structurel.

Reconstruire les systèmes alimentaires publics : Nous devons réinventer et renforcer des marchés publics contrôlés par la communauté dans le secteur alimentaire, depuis le niveau local. Et nous devons relier ces marchés aux produits des petits agriculteurs et des pêcheurs. Le confinement imposé par le coronavirus nous a montré, de manière assez frappante, que nous ne pouvons pas nous appuyer sur le commerce mondial comme stratégie et que le contrôle exercé par le secteur privé sur des segments clés de notre approvisionnement alimentaire rend notre survie précaire. Nous devons mettre fin aux fonds publics alloués aux grandes sociétés alimentaires ou agro-industrielles, sauf lorsqu’ils visent à soutenir les travailleurs. Nous devons également lutter contre la concentration dans l’industrie alimentaire par des mesures telles que la législation antitrust ou anti-fermes industrielles, et par un soutien direct aux petites structures de pêcheries, d’abattoirs, de laiteries et de marchés de gros. Nous savons que d’autres pandémies vont arriver. Nous avons maintenant l’occasion d’aller de l’avant et de donner une orientation publique à nos systèmes alimentaires, un peu comme dans le secteur de la santé, où nous avons la recherche médicale publique, les hôpitaux publics et des médicaments génériques qui échappent à l’emprise des lois sur les brevets qui servent la cupidité des grandes sociétés. La nourriture n’est pas simplement un bien public ; c’est un bien social qui doit être garanti, protégé et fourni à tous comme les soins de santé.

Si une chose positive ressort de cette crise, c’est peut-être l’opportunité de reconquérir et de réaffirmer des systèmes publics dans nos pays, après des décennies de privatisation et de pouvoir envahissant des entreprises. Ces systèmes doivent soutenir et s’appuyer sur les solutions que les communautés locales fournissent déjà. La nourriture, comme la santé, représente un point de départ primordial.

 

Notes :

1 Les travailleurs domestiques sous contrat et les agriculteurs ou les vendeurs qui ont des entreprises enregistrées n’entrent pas dans le cadre de la définition de l’économie informelle.

2 ILO, « Women and men in the informal economy: A statistical picture » (« Femmes et hommes dans l’économie informelle : un panorama statistique »), 2018, https://www.ilo.org/wcmsp5/groups/public/—dgreports/—dcomm/documents/publication/wcms_626831.pdf, page 21.

3 BIT, « OIT: Alors que les pertes d’emploi s’intensifient, près de la moitié de la main-d’œuvre mondiale risque de perdre ses moyens de subsistance », 29 avril 2020, https://www.ilo.org/global/about-the-ilo/newsroom/news/WCMS_743112/lang–fr/index.htm

4 ILO, « Women and men in the informal economy: A statistical picture » (« Femmes et hommes dans l’économie informelle : un panorama statistique »), 2018, https://www.ilo.org/wcmsp5/groups/public/—dgreports/—dcomm/documents/publication/wcms_626831.pdf, page 21.

5 Nestlé, « Results of the 153rd Annual General Meeting of Nestlé S.A. held on April 23, 2020 » (« Résultats de la 153e assemblée générale annuelle de Nestlé SA tenue le 23 avril 2020 »), https://www.nestle.com/sites/default/files/2020-04/annual-general-meeting-2020-summary-minutes-en.pdf En 2018, le PAM a collecté 7,2 milliards de dollars, voir : https://fr.wfp.org/vue-ensemble

6 International Panel of Experts on Sustainable Food Systems (Panel international d’experts sur les systèmes alimentaires durables), « COVID-19 and the crisis in food systems », avril 2020, http://www.ipes-food.org/pages/covid19

7 Alex Esagala et al, « “Canes, tears in Kampala over coronavirus », Daily Monitor, 26 mars 2020, https://www.monitor.co.ug/News/National/Photos-that-will-compel-you-cancel-your-journey-Kampala/688334-5505362-g3u0ib/index.html et Boitumelo Metsing, « Food parcel protest turns ugly as cops fire rubber bullets at hungry residents », The Star, 29 avril 2020, https://www.iol.co.za/the-star/sport/food-parcel-protest-turns-ugly-as-cops-fire-rubber-bullets-at-hungry-residents-47325962

8 Tom Odula et Idi Ali Juma, « Stampede in Kenya as slum residents surge for food aid », Associated Press, 10 avril 2020 https://komonews.com/news/nation-world/stampede-in-kenya-as-slum-residents-surge-for-food-aid

9 Jean Shaoul, « Protester killed in Lebanon during riots against soaring food prices », World Socialist Website, 29 avril 2020, https://www.wsws.org/en/articles/2020/04/29/leba-a29.html

10 « Swaziland govt. confirms it will not feed the starving in towns and cities during coronavirus lockdown », Swazi Media Commentary, 29 avril 2020, https://allafrica.com/stories/202004290702.html

11 United Food and Commercial Workers International Union, « UFCW calls on USDA and White House to protect meatpacking workers and America’s food supply », 30 avril 2020, http://www.ufcw.org/2020/04/30/covidpacking/. Bien que les conditionneurs de viande européens connaissent également des flambées épidémiques, ces dernières n’ont pas été aussi marquées et généralisées qu’aux États-Unis où la concentration des entreprises est plus élevée, explique l’IPES (op. cit.).

12 Leah Douglas, « Mapping Covid-19 in meat and food processing plants », Food and Environment Reporting Network, 22 avril 2020, https://thefern.org/2020/04/mapping-covid-19-in-meat-and-food-processing-plants/

13 Rachel Sapin et Drew Cherry, « Thai Union plant is source of coronavirus outbreak that sickened over 500, officials say », IntraFish, 12 mai 2020, https://www.intrafish.com/processing/thai-union-plant-is-source-of-coronavirus-outbreak-that-sickened-over-500-officials-say/2-1-807547

14 ARD, Green Advocates, JUSTICITIZ, MALOA, NMJD, RADD, Synaparcam et YVE, « We demand justice and safety for workers on Socfin’s rubber/oil palm plantations during the Covid-19 pandemic », Lettre ouverte à Socfin, 29 avril 2020, https://farmlandgrab.org/29602 15 « Coronavirus impact | Half of rural India is eating less due to COVID-19 lockdown: Survey », Monetcontrol, 13 mai 2020, https://www.moneycontrol.com/news/india/covid-19-impact-half-of-rural-population-eating-less-amid-coronavirus-crisis-5259491.html

16 Paul Anthem, « Risk of hunger pandemic as COVID-19 set to almost double acute hunger by end of 2020 », PAM, 16 avril 2020, https://insight.wfp.org/covid-19-will-almost-double-people-in-acute-hunger-by-end-of-2020-59df0c4a8072

17 Bello, « Choosing between livelihoods and lives in Latin America », The Economist, 2 mai 2020, https://www.economist.com/the-americas/2020/05/02/choosing-between-livelihoods-and-lives-in-latin-america ; « Lebanon: A New Surge in the Popular Struggle », International Socialist League, 4 mai 2020, http://lis-isl.org/en/2020/05/04/libano-un-nuevo-salto-en-la-rebelion-popular/ ; La Rédaction, « Ici, on a plus peur de mourir de faim que du coronavirus ! », Charlie Hebdo, 6 avril 2020, https://charliehebdo.fr/2020/04/courrier/courrier-des-lecteurs-mayotte-on-a-plus-peur-de-mourir-de-faim-que-du-coronavirus/ ; AFP, « Dans l’Inde confinée, les pauvres luttent pour survivre », 9 avril 2020, https://www.journaldemontreal.com/2020/04/09/dans-linde-confinee-les-pauvres-luttent-pour-survivre; AFP, « Haïti : mourir de faim aujourd’hui ou du coronavirus demain », 3 mai 2020, https://www.la-croix.com/Monde/Haiti-mourir-faim-aujourd-hui-coronavirus-demain-2020-05-03-1301092306 ; AFP, « “Mieux vaut mourir de cette maladie que mourir de faim” : les Angolais bravent le verrouillage du virus », 6 avril 2020, https://www.fr24news.com/fr/a/2020/04/mieux-vaut-mourir-de-cette-maladie-que-mourir-de-faim-les-angolais-bravent-le-verrouillage-du-virus.html.

18 Annick Ovine, « ‘Nous, on doit choisir : mourir de faim ou crever du coronavirus’ », La Libre, 16 mars 2020, https://www.lalibre.be/belgique/societe/nous-on-doit-choisir-mourir-de-faim-ou-crever-du-coronavirus-5e6f91fc9978e201d8bcf20c

19 Coordination européenne Via Campesina, « ECVC survey on the impact of Covid-19 on peasant farming », avril 2020, https://www.eurovia.org/wp-content/uploads/2020/04/ECVC-SURVEY-ON-THE-IMPACT-OF-COVID-19-ON-PEASANT-FARMING.pdf

20 Zhenzhong Si, « Commentary: How China ensured no one went hungry during coronavirus lockdown », Channel News Asia, 19 avril 2020, https://www.channelnewsasia.com/news/commentary/coronavirus-covid-19-china-grocery-food-security-price-delivery-12640426

21 Shahroz Afridi, « Madhya Pradesh: Left without cash, lockdown forces villagers to adopt barter system », Free Press Journal, 22 avril 2020, https://www.freepressjournal.in/bhopal/madhya-pradesh-left-without-cash-lockdown-forces-villagers-to-adopt-barter-system

22 Pandangan Jogja, « Barter Ikan Nelayan dengan Beras Petani, Cara Nelayan Bertahan di Tengah Pandemi », Kumparan, 11 Mei 2020, https://kumparan.com/pandangan-jogja/barter-ikan-nelayan-dengan-beras-petani-cara-nelayan-bertahan-di-tengah-pandemi-1tOVhGXPMQr

23 Rita Valencia, « Los nasa de Colombia dicen: Porque no seremos los mismos, hay que liberar », Ojarasca, 9 mai 2020, https://ojarasca.jornada.com.mx/2020/05/09/nasa-de-colombia-porque-no-seremos-los-mismos -hay-que-liberar-1000.html

24 MST, « Produzir alimentos saudáveis e plantar árvores: a Reforma Agrária Popular no combate ao Coronavírus », 29 de março de 2020, https://mst.org.br/2020/03/29/produzir-alimentos-saudaveis-e-plantar-arvores-a-reforma-agraria-popular-no-combate-ao-coronavirus/

25 Rebecca Tarlau, « Activist farmers in Brazil feed the hungry and aid the sick as president downplays coronavirus crisis », The Conversation, 5 mai 2020, https://theconversation.com/activist-farmers-in-brazil-feed-the-hungry-and-aid-the-sick-as-president-downplays-coronavirus-crisis-136914

26 Ignatius Banda, « COVID-19: Zimbabwe’s smallholder farmers step into the food supply gap », IPS, 12 mai 2020, http://www.ipsnews.net/2020/05/covid-19-zimbabwes-smallholder-farmers-step-food-supply-gap/

27 « Vietnam entrepreneur sets up free ‘rice ATM’ to feed the poor amid coronavirus lockdown », 16 avril 2020, https://youtu.be/lWLuIO1DGAA

28 Samuel Philip Matthew, « COVID-19 in Kerala: Staying ahead of the curve », Newsclick, 9 mai 2020, https://www.newsclick.in/COVID-19-Kerala-Highest-Recovery-Rate-Pandemic

29 Juarawee Kittisilpa, « Thai grocery trucks get new life from coronavirus shutdown », Reuters, 14 avril 2020, https://www.reuters.com/article/us-health-coronavirus-thailand-grocery-t/thai-grocery-trucks-get-new-life-from-coronavirus-shutdown-idUSKCN21W0O4?il=0

30 AFP, « African e-commerce firms get coronavirus boost », 15 mai 2020, https://news.yahoo.com/african-e-commerce-firms-coronavirus-boost-033743948.html

 

La source originale de cet article est grain.org

Copyright © Graingrain.org, 2020

https://www.mondialisation.ca/des-millions-de-personnes-forcees-de-choisir-entre-la-faim-ou-le-covid-19/5645748


 


LES 194 PAYS MEMBRES DE L'OMS APPROUVENT UNE EVALUATION INDÉPENDANTE DE LA REACTION A LA PANDÉMIE

Les pays de l’OMS approuvent une évaluation indépendante de la réaction à la pandémie

 Depuis 2 heures  19 mai 2020

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 Amérique et Europe - USA

 

Les 194 pays membres de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), dont les Etats-Unis et la Chine, ont adopté mardi une résolution prévoyant une « évaluation indépendante » de la réaction de l’agence onusienne à la pandémie de nouveau coronavirus.

Ce texte approuvé par consensus prévoit de lancer « au plus tôt (…) un processus d’évaluation impartiale, indépendante et complète » de l’action internationale engagée face à la pandémie, en vue « d’améliorer les capacités mondiales de prévention, de préparation et de riposte face aux pandémies ».

Cette évaluation dont les contours demeurent flous devra notamment passer au crible « les mesures prises par l’OMS face à la pandémie de Covid-19 et leur chronologie ».

L’OMS et son directeur général, Tedros Adhanom Ghebreyesus, sont sous pression constante des Etats-Unis qui leur reprochent de s’être « plantés » dans la gestion de la pandémie, laquelle a fait plus de 318.000 morts depuis son apparition en décembre en Chine.

Accusant l’OMS d’être une « marionnette de la Chine », Washington estime qu’elle a négligé une alerte précoce venue de Taïwan sur la gravité du coronavirus et tardé à déclarer l’état de pandémie, ce dont l’organisation se défend.

Le président américain Donald Trump lui a donné un mois mardi pour obtenir des résultats significatifs, sous peine de quitter l’agence, dont les Etats-Unis étaient traditionnellement le premier bailleur de fonds.

Bien que la résolution adoptée mardi à l’occasion de la réunion annuelle de l’Assemblée mondiale de la santé ne fasse pas référence à la Chine, les Etats-Unis ne s’y sont pas opposés. Ils soupçonnent pourtant Pékin d’avoir caché un accident de laboratoire qui, selon Washington, aurait été à l’origine de la pandémie et réclament une transparence totale.

Lundi, le secrétaire d’Etat américain à la Santé, Alex Azar, avait assuré que l' »échec » de l’OMS face au Covid-19 avait coûté de « nombreuses vies », réclamant une OMS « bien plus transparente » et qui « rende davantage de comptes ».

La Chine a volé au secours de l’organisation mardi en estimant que l’administration américaine essayait de « se soustraire à ses obligations » envers l’OMS et de « salir les efforts de la Chine face à l’épidémie.
Et le secrétaire général des Nations unies Antonio Guterres a fustigé, sans les nommer, ces pays qui ont « ignoré les recommandations de l’OMS » de tester et isoler systématiquement, ainsi que de faire respecter de strictes mesures de distanciation physique.

Les autorités chinoises ont à plusieurs reprises répliqué aux allégations américaines en estimant qu’elles servaient à faire oublier leurs lacunes dans la gestion de la pandémie aux Etats-Unis, pays le plus touché tant en nombre de morts que de cas, avec 90.369 décès pour plus d’1,5 million de cas.

Les Etats-Unis ont par ailleurs déploré les termes de la résolution appelant à éliminer de façon « urgente des obstacles injustifiés » à « l’accès universel, rapide et équitable et la juste distribution » des traitements et vaccins.

Le texte encourage des mécanismes de partage « volontaire » des brevets et droits de propriété intellectuelle dans le cadre des accords internationaux.
Mais Washington craint un précédent dangereux pour la capacité à investir de sa recherche et de ses laboratoires.
« Les Etats-Unis reconnaissent l’importance de l’accès à des produits de santé abordables, sûrs, de haute qualité et efficaces » mais la résolution « envoie un mauvais message aux innovateurs », assure dans un communiqué la représentation américaine auprès des Nations unies à Genève.

Source: AFP

http://french.almanar.com.lb/1757725


 

JEAN ZIEGLER, L’HOMME QUI VEUT EN FINIR AVEC LE CAPITALISME : «LE CHOC DE CETTE CRISE VA PROVOQUER LA REVOLUTION»

«Le choc de cette crise va provoquer la révolution»: Entretien avec Jean Ziegler, l’homme qui veut en finir avec le capitalisme

Par Jean Ziegler et Charlotte Vautier

Mondialisation.ca, 12 mai 2020

clique.tv 7 mai 2020

Thème: 

 

Entretien : Charlotte Vautier

En 1964, Che Guevara lui a demandé de « lutter contre les travers du capitalisme ». C’est ce que le professeur, député et écrivain suisse Jean Ziegler s’est attelé à faire toute sa vie. Nommé rapporteur spécial à l’ONU pour le droit à l’alimentation de 2000 à 2008, il est aujourd’hui vice-président du comité consultatif des Droits de l’Homme aux Nations-Unies – des fonctions qui l’ont rendu témoin de la pauvreté, de la misère et des inégalités dans le monde.

Dans l’entretien que nous avons réalisé avec lui, il fustige le capitalisme qui est, selon lui, un ordre « cannibale ». En quoi la crise du coronavirus pourrait remettre en cause ce système ? Pourrait-elle rebattre les cartes et mener à une révolution ? Jean Ziegler en est certain…

Clique : Vous avez écrit le livre Le capitalisme expliqué à ma petite fille, en espérant qu’elle en voit la fin. Aujourd’hui, on se rend compte que les sociétés occidentales dépendent de la croissance, du cycle ininterrompu de l’équilibre production-consommation. Est-ce que ce système a déjà été aussi fragilisé qu’en ce moment de confinement ?

Jean Ziegler : Tout d’abord, j’aimerais dire une chose : nous vivons sous la dictature des oligarchies du capitalisme financier qui dominent le monde. Je vous donne un chiffre de la Banque mondiale : l’année dernière, les 500 plus grandes sociétés transcontinentales privées, tous secteurs confondus, ont contrôlé 52,8% de toutes les richesses produites sur la planète. Ils dictent leurs lois aux États les plus puissants, qui dépendent d’eux.

Donc oui, cet ordre capitaliste du monde est remis en question gravement et a montré sa fragilité depuis le début de la pandémie actuelle. Tout à coup, le gouvernement français découvre qu’il dépend totalement de puissances périphériques pour des substances qui sont vitales pour la population. Par exemple, le fait qu’il y ait eu une pénurie de masques, le fait qu’il manque des médicaments qui sont déterminants pour combattre le virus, parce qu’ils sont fabriqués en Inde et en Chine. Le capital va toujours là ou il fait un maximum de profit, c’est-à-dire où les frais de production sont les plus bas. Donc le principe de la maximalisation du profit se révèle comme étant un principe meurtrier.

Ce qu’il faut faire, c’est démondialiser le plus rapidement possible le secteur de la santé.

On l’a vu dans le domaine de la santé, mais aussi dans le domaine de l’alimentation. Par exemple, en ce moment, il y de plus en plus de supermarchés qui s’approvisionnent avec des produits français. Et dans le monde, les pays qui vivent sur l’importation de nourriture connaissent des pénuries alimentaires. Est-ce qu’arriver à une autosuffisance nationale des produits de santé et des aliments de base serait une solution ?

Oui. L’État découvre que son pouvoir normatif sur la santé est érodé. Ce qu’il faut faire aujourd’hui, c’est démondialiser le secteur de la santé, le secteur de l’alimentation et requalifier les salaires de ceux qui assurent le bien-être de la population. Pour nous sortir de cette loi désastreuse de la maximalisation du profit, il faut rapatrier la production. Et enfin, établir des réseaux de solidarité.

Il faut que les rapports avec l’Afrique changent radicalement. Ce sont encore des rapports d’exploitation néo-coloniaux.

Jean Ziegler en dédicace à Morges (Suisse) en 2018. Photo Boris Dupont.

Je vous donne un exemple. Le deuxième pays le plus pauvre du monde selon l’ONU, c’est le Niger. Le Niger est le deuxième producteur d’uranium du monde. Ce pays est ravagé par la faim, notamment à cause de l’épuisement des sols. Mais le Niger n’a pas le moindre sou pour se doter d’irrigation pour ses terres agricoles. Parce que sa ressource première, l’uranium, est exploitée puis exportée par la société Areva qui est une société française. L’uranium du Niger est exploité par Areva dans des conditions de piratage, proche du pillage. Ceci, évidement, doit cesser.

Au début de la crise le Pape François a appelé à annuler la dette des pays les plus pauvres, tout comme le président Macron. En quoi cette mesure pourrait-elle être décisive si elle était appliquée ?

C’est étonnant de sa part. Une fois la pandémie finie, est-ce qu’il est capable de résister aux vrais maîtres de la France qui sont les oligarchies financières ? Je ne sais pas. Mais pour l’instant, l’intention qu’il a exprimée est tout à fait remarquable. La dette extérieure des 122 pays dits du tiers-monde, au 31 décembre dernier, était de 2 100 milliards de dollars. C’est un chiffre absolument incroyable. Pour des pays comme le Mali ou le Sénégal, l’intégralité de ce qu’ils gagnent avec les exploitations va directement au remboursement de la dette.

La dette est meurtrière, dans ce sens qu’elle empêche ces États d’investir dans leurs économies, notamment dans l’agriculture. Résultat : une sous-alimentation permanente de 35,8 % de la population africaine selon l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture. Si Macron était capable de se libérer de la tutelle de l’oligarchie qui gouverne la France à travers lui et à travers le marché, il demanderait l’annulation de la dette des pays les plus pauvres.

Forbes a annoncé que, depuis le début du confinement, le monde avait perdu 10% de ses milliardaires. Donald Trump aurait perdu 1 milliard de dollars, soit à peu près un tiers de sa fortune. Pensez-vous que cette oligarchie va être réellement touchée, ou va-t-elle s’en sortir indemne ?

Je pense que tout dépend de l’opinion publique. Et je parle des grands pays industrialisés d’Europe. Parce que si on discutait, vous et moi, au Honduras ou à Beijing, ce serait différent. Mais dans les grandes démocraties industrielles d’Occident, il n’y a pas d’impuissance : nous avons tous les droits constitutionnels et notre liberté citoyenne. L’opinion publique peut imposer un système économique tout à fait différent par plusieurs moyens : par les élections, la grève générale, la manifestation…

L’opinion publique a considéré qu’on ne pouvait rien faire. J’ai fait beaucoup de conférences pour parler du capitalisme. Presque à chaque fois, à la fin de l’exposé, quelqu’un lève la main et dit : « Oui, tout ce que vous dites est juste, mais moi, simple citoyen, je ne peux rien faire ». Une des victoires les plus éclatantes des oligarchies est l’aliénation qu’elles ont imposée à la conscience collective : faire croire que seules les forces du marché font l’histoire, et que ce n’est plus l’Homme qui est le sujet de sa propre histoire.

Tout ce que l’homme peut faire, c’est subir la loi du marché et la reproduire dans sa pratique individuelle. C’est ça l’aliénation. Si on peut en partie briser ça avec ce confinement, ce serait incroyable.

Jean Ziegler en 2013. Photo : Dontworry (Wikimedia Commons).

Vous avez été rapporteur à l’ONU en ce qui concerne les questions de droits à l’alimentation. Pouvez-vous me citer un exemple concret des conséquences destructrices du capitalisme et de la responsabilité que les pays riches ont dans ce système que vous qualifiez de « cannibale » ?

25% de la production alimentaire mondiale est détruite tous les jours. Ça finit, entre autres, dans les poubelles des pays riches. Les aliments de base, le maïs, le blé et le riz couvrent à peu près 75% de la consommation mondiale et font l’objet de spéculations boursières. C’est un problème central.

Je prends un exemple : dans la première bourse de matières premières agricoles de Chicago, vous pouvez spéculer sur des certificats de riz, de blé et de maïs… Les spéculateurs font des profits astronomiques tous les ans sur ces aliments. Or, dans les bidonvilles du monde -j’ai vu ça au Pérou surtout- les mères avec très peu d’argent doivent acheter de la nourriture pour leurs enfants. Quand les prix flambent, elles ne peuvent plus subvenir à leurs besoins. Beaucoup d’enfants périssent à cause de cette situation qui est due exclusivement à la flambée des prix boursiers de l’alimentation, qui se répercutent sur le prix local des aliments.

Autrement dit : la spéculation boursière a des conséquences meurtrières pour les populations les plus humbles du tiers-monde. C’est à cause de ce système, entre autres, que toutes les cinq secondes, un enfant de moins de dix ans meurt de faim.

Près d’un milliard d’êtres humains, sur les plus de sept milliards que nous sommes, est en permanence gravement sous-alimenté. Mais c’est aussi le cas en France. On commence à s’en apercevoir aujourd’hui avec cette crise : ce sont les plus pauvres qui sont touchés de plein fouet.

Ces spéculations pourraient être interdites demain matin, l’Assemblée nationale du palais Bourbon et le Congrès américain pourraient introduire un article supplémentaire dans la loi sur les bourses disant : « est interdite la spéculation financière sur les aliments de base qui sont le riz, le blé et la maïs ». En un mois, des millions d’êtres humains seraient sauvés de la destruction par la faim. Actuellement, la loi du capital décide qui va vivre et qui va mourir sur la planète en appuyant sur les boutons. La Bourse tue.

Aujourd’hui, selon vous, est-ce qu’il reste encore des choses sur Terre qui n’ont pas de valeur marchande ?

Non, je pense que la valeur marchande est la mesure de toute chose.

Il y a cette idée qui voudrait qu’à presque toutes les époques, il y a eu des dominants et des dominés, et qu’il y aura toujours des dominants et des dominés. Est-il utopiste de penser que ça pourrait se passer autrement ?

Non, c’est une vision totalement fataliste. L’Histoire a un sens. Comme disait Jean Jaurès, « La route est bordée de cadavres, mais elle mène à la justice ». Le capitalisme est un système créé par les hommes et dominé par quelques hommes. Oxfam dit que les huit milliardaires les plus puissants du monde ont autant de fortune que les 2,7 milliards d’êtres humains les plus pauvres. Ce sont des sommes qu’on a de la peine à s’imaginer.

Cet ordre cannibale du monde a créé une inégalité absolument abyssale, comme jamais le monde n’avait connu. C’est ce qui est paradoxal dans le capitalisme. Il y a à la fois cette capacité de production qui provoque une succession incroyable de révolutions électroniques et scientifiques, qui est un aspect infiniment positif, qui a sorti l’humanité du manque objectif.

Et en même temps, l’ordre social qu’il instaure est un ordre meurtrier. Aujourd’hui pour la première fois dans l’histoire du monde, il y a assez de biens pour assurer le bien-être matériel de tous les habitants de cette planète. Mais la distribution n’est pas organisée de façon juste et équitable. Ce serait possible aujourd’hui, et c’est l’horizon de notre histoire.

Munich, 2015. Photo : Harald Bischoff 

Les inégalités, la faim dans le monde… Il y a de plus en plus de gens qui sont au courant, qui veulent agir et qui ne savent pas vraiment quoi faire à leur niveau. Vous m’avez dit plus tôt dans cet entretien qu’il n’y a pas d’impuissance en démocratie, parce qu’on peut manifester et qu’on peut voter. Mais il y a eu des manifestations pendant plus d’un an tous les week-ends en France, et cela n’a pas vraiment fait changer les choses. Est-ce que finalement cette crise pourrait forcer le changement ?

Oui, je pense, parce que c’est quelque chose de radicalement nouveau. Le choc est très profond. On est menacé de mort par un ennemi qu’on ne connait pas. Les structures mises en place par l’État se révèlent totalement inefficaces. Pourquoi ? Parce que ces États étaient privés de leur vraie fonction, de leur pouvoir normatif.

Il y a eu des politiques d’investissement public tout à fait invalidées par la valeur marchande, par le capital et sa loi qui domine la société. Et c’est une loi de la maximalisation du profit, au bénéfice de quelques uns et non pas au bénéfice de l’intérêt général. Ça se ressent dans l’angoisse qu’on a chaque jour, parce que si on est infecté, avec les moyens qu’on a aujourd’hui, on risque de mourir.

Ce choc-là va provoquer la révolution.

Je vous donne l’exemple de la Bastille. Le 14 juillet 1789, les ouvriers artisans du faubourg Saint-Martin et du faubourg Saint-Antoine regardaient dans les maisons voisines et ils voyaient les femmes blêmes, les enfants qui avaient faim, qui souffraient parce que leurs maris étaient enfermés dans la prison politique du roi. Et ils se disaient, ce matin du 14 juillet, que ça ne pouvait pas continuer comme ça. Ils marchent sur la Bastille puis se ruent dans la prison. Ils libèrent les prisonniers, massacrent le gouverneur et c’est le début de la Révolution Française.

Si le soir du 14 juillet sur les bords de la Seine, il y avait eu un journaliste de Clique qui avait pris un insurgé par le veston et qui lui avait demandé de lui expliquer le texte de la constitution de la première République Française, qui vient quatre ans après, il aurait été incapable de répondre. On voit bien que c’est absurde. Parce que l’Histoire se fait en marchant.

Il y a une très belle phrase d’Antonio Machado que vous avez cité dans votre livre et qui me fait penser à ce que vous dites, « Homme qui marche, ne cherche pas ton chemin ; Ce seront tes pas qui le feront ».

Exactement. Donc, qu’est-ce qu’il va se passer ? Le virus va provoquer la rupture de la conscience aliénée et d’une manière ou d’une autre, des mouvements populaires vont naître et vont abattre ce système cannibale du capitalisme…

Et bien on ne peut pas se prononcer sur le chemin que le peuple prendra, mais le fait qu’il y aura une insurrection, c’est certain.

 

 

Le dernier livre de Jean Ziegler, « Lesbos, la honte de l’Europe » est sorti en janvier 2020 aux éditions du Seuil.

Photographie à la Une © Jean Ziegler à l’Université de Vienne pendant les manifestations étudiantes de 2009. Photo de Manfred Werner.

La source originale de cet article est clique.tv

Copyright © Jean Ziegler et Charlotte Vautierclique.tv, 2020

https://www.mondialisation.ca/le-choc-de-cette-crise-va-provoquer-la-revolution-entretien-avec-jean-ziegler-lhomme-qui-veut-en-finir-avec-le-capitalisme/5645421


 

9 MAI : LA FEDERATION SYNDICALE MONDIALE (FSM) COMMÉMORE LE 75ème ANNIVERSAIRE DE LA GRANDE VICTOIRE ANTIFASCISTE DES PEUPLES

 

9 MAI: LA FSM COMMÉMORE LE 75E ANNIVERSAIRE DE LA GRANDE VICTOIRE ANTIFASCISTE DES PEUPLES

08 May 2020

Le 9 mai 1945, le monstre du nazisme a été anéanti à Berlin par les peuples et la classe ouvrière du monde qui avaient à son avant-garde l’héroïque Armée rouge.

La Fédération Syndicale Mondiale, qui compte aujourd’hui plus de 100 millions de travailleurs dans ses rangs dans 130 pays à travers le monde, rend hommage à cet anniversaire historique et commémore les millions de martyrs de notre classe qui ont écrasé la menace fasciste-nazie. Nous n’oublions pas les victimes des atrocités nazies partout dans le monde, ni les 4 Villes héros, proclamées comme telles le 1er mai 1945 sur la Place Rouge: Leningrad, Stalingrad, Odessa et Sébastopol.

La FSM est la fille de cet effort, c’est le point culminant de cette Victoire, puisqu’elle a été fondée à Paris la même année que la Victoire antifasciste. En fait, le rôle moteur de la classe ouvrière, des milliers de syndicalistes qui ont donné leur vie, constitue la preuve du rôle d’avant-garde de la classe ouvrière dans la lutte contre le fascisme, son rôle dans l’honneur de l’humanité elle-même.

Aujourd’hui, l’importance de cette victoire est plus que jamais d’actualité. Dans une période où les capitalistes et leurs gouvernements, les USA et l’UE tentent de falsifier l’histoire et d’effacer la contribution colossale des peuples, de l’Union soviétique, des mouvements partisans dans la victoire sur le fascisme, notre tâche est encore plus urgente. Les ennemis des peuples n’hésitent même pas à qualifier le 9 mai de « Journée de l’Europe » afin de changer le véritable contenu de cette date.

Aujourd’hui, à une époque où le néo-fascisme et l’extrême droite sont en hausse, sous la tolérance voire le soutien énergique des États capitalistes, il est du devoir du mouvement syndical de classe de sauvegarder la mémoire, de ne pas permettre que la vérité historique s’oublie. Les syndicats de classe doivent informer, diffuser la vérité à la nouvelle génération de syndicalistes.

Le 9 mai continue d’inspirer les travailleurs et travailleuses du monde, il leur donne de la force et leur enseigne la foi en leur force; il continuera de leur montrer la voie contre l’exploitation, quelle que soit la quantité d’encre versée par les ennemis de la classe ouvrière. Ce sera un exemple à suivre dans les luttes de l’avenir et dans les tâches complexes qui vont venir pour les syndicats de classe à travers le monde.

La FSM s’est engagée à maintenir vivante l’étincelle de la mémoire historique pour les travailleurs du monde entier.

Vive le 9 mai!

Vive la Grande Victoire Antifasciste des Peuples!

Le Secrétariat

source :  http://www.wftucentral.org/9-mai-la-fsm-commemore-le-75e-anniversaire-de-la-grande-victoire-antifasciste-des-peuples/?lang=fr


 

ONU : LES USA BLOQUENT LA RESOLUTION APPELANT A UNE "CESSATION DES HOSTILITÉS" POUR LUTTER CONTRE LA PANDÉMIE

A l’ONU, les USA bloquent la résolution appelant à une « cessation des hostilités » pour lutter contre la pandémie

 Depuis 5 heures  9 mai 2020

Conseil de sécurité de l'ONU

Conseil de sécurité de l'ONU
Conseil de sécurité de l'ONU

 Amérique et Europe - USALes États-Unis ont crée la stupéfaction, vendredi 8 mai, lors du Conseil de sécurité de l’ONU. Ils ont bloqué une procédure devant aboutir au vote d’une résolution appelant à une « cessation des hostilités » pour mieux lutter contre la pandémie.

La veille, Washington avait pourtant accepté une mention de compromis sur l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), objet d’un vif différend depuis des semaines avec la Chine.

Washington « ne peut soutenir le projet de résolution actuel », a annoncé sans autre détail la partie américaine à ses 14 partenaires du Conseil de sécurité.

Sollicitée par les médias, la mission diplomatique américaine auprès de l’ONU n’a pas donné plus d’explications.

L’OMS en ligne de mire

Selon certains diplomates, c’est à nouveau le langage sur l’OMS qui est à l’origine de ce blocage.

Selon d’autres sources, les États-Unis veulent revenir à une proposition initiale de texte qu’ils avaient abandonné sur la nécessité d’une « transparence » dans la coopération.

Quoiqu’il en soit, la Tunisie et la France, co-auteurs de la résolution, ont la possibilité de demander une mise au vote du texte.

Le texte était âprement discuté depuis mars. Obtenu par l’AFP, il réclamait dans sa dernière version une « coordination renforcée » entre les membres de l’ONU et soulignait « la nécessité urgente de soutenir tous les pays comme les entités pertinentes du système des Nations Unies, y compris les agences de santé spécialisées ».

Cette formule, qui évoque implicitement l’OMS sans la citer, représentait pour ses auteurs un compromis visant à arracher un accord final des États-Unis et de la Chine sur la résolution.

Washington ne voulait pas de mention sur l’OMS, arguant que cette agence onusienne manquait de transparence. Le pays l’accuse d’avoir retardé l’alerte mondiale sur les conséquences de la maladie de Covid-19. Pékin au contraire voulait en souligner l’importance dans la lutte contre la pandémie.

Source: Avec AFP

http://french.almanar.com.lb/1746780


 

8 MAI 2020 : IL Y A 75 ANS, LA BARBARIE FASCISTE ÉTAIT VAINCUE. LES DEUX 8 MAI 1945

8 MAI 1945

Il y a 75 ans, la barbarie fasciste, la barbarie nazie était vaincue. Les peuples d’Europe opprimés retrouvent leur liberté, leur souveraineté. Cette victoire marque le début d’un nouvel espoir.

Rendons hommage à ces femmes et ces hommes qui ont souvent payé de leur vie, la lutte contre la barbarie, l’occupant, pour la liberté et la souveraineté de la France.

Rendons hommage à ces combattants de l’ombre, à ceux qui ont résisté, combattu. Rendons hommage à ceux qui ont permis la libération de la France.

Rendons hommage aux soldats soviétiques, américains, anglais, français… qui ont contribué avec courage à cette victoire sur le fascisme.

Mais aujourd’hui, c’est dans un contexte particulièrement difficile d’une pandémie, d’un virus touchant l’Europe et le monde, que nous célébrons cet évènement.

Dans cette situation sanitaire, il faut se rappeler les choix, les décisions, les actes pris au lendemain de la seconde guerre mondiale. Il faut s’en inspirer pour répondre aux besoins des peuples à plus de liberté, de démocratie, pour un monde de paix alors que persiste toujours des risques de guerre, que se renforce l’extrême-droite et le fascisme dans plusieurs pays d’Europe.

Rappelons-nous que c’est la Charte des Nations Unies adoptée en 1945 au motif magnifiquement énoncé dans son préambule : «  Nous peuples des  Nations Unies, résolus à préserver les générations futures du fléau de la guerre qui par deux fois en l’espace d’une vie humaine a infligé à l’Humanité d’indicibles souffrances … »

En ce 8 mai, mesurons le travail du Conseil National de la Résistance qui, tout en menant le combat clandestin, a conduit des femmes et des hommes, de toutes obédiences politiques, attachés au retour de la souveraineté de la Nation, à élaborer un programme de reconstruction économique et sociale du pays, unique au monde : le programme du C.N.R.

Ces choix économiques et sociaux, nous en profitons encore. Il s’agit de la Sécurité Sociale, de la retraite par partition, des 40 heures, des nationalisations des banques, du statut de la Fonction Publique, de la loi sur les prestations sociales, la création de la SNCF…

L’ARAC invite toutes les citoyennes et citoyens à s’inspirer de l’esprit de résistance, qui a permis la libération de la France et l’écrasement du fascisme, pour aujourd’hui préserver le programme du CNR mais surtout le réactualiser pour répondre aux attentes et besoins d’aujourd’hui.

L’ARAC appelle à défendre la souveraineté de chaque peuple et le droit international comme nous y invite le Charte des Nations Unies. Notre pays s’en honorerait dans l’action pour la paix et le respect des peuples, et ferait rayonner l’image de la France, pays des droits de l’Homme et du citoyen.

Ne laissons pas brader notre héritage, celui construit au fil des générations, avec des femmes et des hommes courageux et déterminés.

Villejuif, mai 2020

http://www.arac-nationale.fr/

 

 

 

AHMED HALFAOUI : LES DEUX 8 MAI 1945

   

Transmis par Ahmed Halfaoui

 

Les deux 8 mai 1945

Le 8 mai 1945 s’est déroulée à Berlin la cérémonie de signature de l’acte de capitulation de l’armée nazie. Le 7 mai, il y a bien eu une cérémonie similaire, à Reims en France, mais elle n’avait aucune validité du fait de l’exigence de l’URSS, principal vainqueur en Europe, que ce soit sur le territoire allemand que la capitulation se fasse. L’événement a été émaillé de quelques détails qui méritent d’être cités. Ils concernent la participation de la France. Le général de Gaulle rapporte, dans ses mémoires, que le représentant allemand, le feldmarschall Wilhelm Keitel, a eu cette exclamation : « Quoi ? Les Français aussi ! ». Et pour cause, il ne s’attendait qu’à la présence des vainqueurs, l’Union soviétique, les Etats-Unis et la Grande-Bretagne, dont seuls les drapeaux trônaient sur l’un des murs de la salle. En fait il aura fallu, au général de Lattre de Tassigny, représentant de la France, de déployer toute une diplomatie pour que le maréchal Joukov déclare : « si personne n’y fait opposition, j’accepte volontiers, pour ma part, que la France signe. Le soviétique donne alors à des jeunes filles de l’Armée rouge d’en coudre un. Elles le font à partir d’un morceau de tissu rouge découpé dans un drapeau nazi, d’un bout de toile blanche et d’un bout de bleu de travail. En fin de compte, le drapeau tricolore, confectionné dans l’urgence, avait ses bandes inversées. De Lattre put signer en tant que simple témoin et non en tant que signataire contractant. Il faut dire que les Anglo-saxons avaient un projet assez précis pour la France, qu’ils envisageaient de mettre sous leur propre administration. De Gaulle leur en gardera une rancœur indélébile. Le même jour, ailleurs, cette France avait un tout autre visage, celui du colonialisme, en face des Algériens. Elle s’est appuyée sur les collaborateurs des nazis pour opérer l’un des plus grands massacres que l’histoire ait connus. Ces collaborateurs qui ont applaudi à l’avènement du gouvernement capitulard du maréchal Pétain, qui ont déporté des milliers d’Algériens vers les chantiers du troisième Reich, qui ont jubilé à l’abrogation du décret Crémieux de 1870, qui accordait la nationalité française aux Juifs indigènes et qui  ont donné de l’artillerie contre le débarquement des Alliés en novembre 1942. Ceux-là ont pu donner libre cours à leur haine contre des populations désarmées. Des populations qui ont cru que le monde en avait fini avec l’asservissement et que la liberté devait déferler sur l’Humanité. Elles ont voulu manifester la joie de la victoire sur la bête fasciste, comme à Londres, à Paris et comme partout où la liberté a regagné la vie. Elles ont eu tort. Les Algériens ont dû comprendre et apprendre, ce jour là, et les jours qui l’ont suivi, qu’ils étaient en train de payer le prix à la liberté. Un prix qu’ils vont finir de payer quelques années plus tard, dans une dernière bataille contre une barbarie qui ne connaît que la violence. Il n’avait pas suffi qu’ils combattent les armées hitlériennes, en tant qu’indigènes, ils se devaient de combattre pour eux-mêmes.     

Ahmed Halfaoui


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"8 mai 1945 en France et en Algérie : mythologie nationale versus histoire coloniale"

mercredi 6 mai 2020

"Si en raison de la pandémie, la suppression des commémorations municipales du 8 mai 1945 a été un moment envisagée, les protestations ont conduit l’Elysée à les maintenir. Histoire partielle et partiale qui s’ajoute à la violence symbolique du silence opposée aux héritiers de l’immigration coloniale et post-coloniale qui luttent depuis des années pour la reconnaissance de leur histoire.", écrit Olivier Le Cour Grandmaison sur son Blog.

"Faute d’avoir réussi à s’imposer comme un « chef de guerre » capable de lutter efficacement contre le Covid-19, après avoir ravalé les manifestations passées du 1er mai au rang de « chamailleries », les conseillers d’Emmanuel Macron espèrent certainement que ce 8 mai 2020 sera enfin l’occasion pour le chef de l’État de « reprendre de la hauteur », selon l’expression consacrée. Il participera donc à une cérémonie à l’Arc-de-Triomphe en présence d’un nombre limité d’autorités civiles et militaires, et cette cérémonie sera retransmise en direct à la télévision.

Nul doute, l’écrasante majorité des médias vont donc rappeler, avec force drapeaux tricolores, Marseillaise, témoignages et images d’archives, cette date assurément historique qui a vu les Français-e-s célébrer avec allégresse la paix enfin retrouvée. Histoire partielle et partiale bien faite pour entretenir la mythologie hexagonale chère aux nationaux-républicains de droite comme gauche qui ne manqueront d’intervenir pour dire combien la France, fille aînée de la Révolution et des droits de l’homme, a su, en dépit des terribles épreuves de la guerre et de l’Occupation, rester fidèle à ses glorieuses traditions.

8 mai 1945 à Sétif. Plusieurs milliers de manifestants « indigènes » se retrouvent dans la rue principale du centre européen de cette ville où sévit une ségrégation raciale et spatiale commune à de nombreuses autres agglomérations d’Algérie et de l’empire. À 9h25, Saal Bouzid, jeune scout algérien est assassiné par un policier français.

De quoi est-il coupable ? D’avoir osé se rassembler pacifiquement, en portant le drapeau de l’Algérie indépendante, avec des milliers d’autres « Arabes » pour exiger la libération du leader nationaliste Messali Hadj, alors déporté à Brazzaville et placé en résidence surveillé, et défendre le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Celui-là même qui est débattu à la Conférence de San-Francisco (25 avril-26 juin 1945) à laquelle participe le représentant de la France, Georges Bidault, désigné par le général de Gaulle. Admirable principe, assurément, puisqu’il est inscrit dans l’article premier de la Charte des Nations unies adoptée à l’issue de cette conférence, mais ni l’un ni l’autre n’engagent à rien.

Dans les jours qui suivent la répression sanglante de la manifestation précitée, des émeutes éclatent ; une centaine d’Européens sont tués. Pour rétablir l’ordre colonial et terroriser les autochtones, les forces armées françaises et de nombreuses milices composées de civils multiplient les « opérations ». Elles ont duré plusieurs semaines. Bilan : Entre 20 000 et 30 000 victimes, arrêtées, torturées et exécutées sommairement. « Agir vite et puissamment pour juguler le mouvement » ; tels sont, le 15 mai 1945, les ordres du général Raymond Duval qui commande les troupes dans cette région. Ils ont été appliqués à la lettre car la France est alors prête à tout pour défendre l’empire jugé indispensable à son statut de grande puissance européenne et mondiale.

Les massacres de Sétif, Guelma et Kherrata, des coups de tonnerre dans un ciel serein ? Nullement.

L’une des premières applications sanglantes de la doctrine fixée par de Gaulle et les participants à la conférence de Brazzaville (30 janvier 1944-8 février 1944) organisée par le Comité français de la Libération nationale (CFLN). En ouverture des travaux, après avoir salué « l’immortel génie » de la France toute désignée pour élever les « hommes vers les sommets de dignité et de fraternité », le général avait ajouté : « entre la métropole et l’Empire, le lien [est] définitif. (…) Il appartient à la nation française et il n’appartient qu’à elle, de procéder, le moment venu, aux réformes impériales de structure qu’elle décidera dans sa souveraineté. »

Quelques jours plus tard, la déclaration finale de la conférence précisait rejeter « toute possibilité d’évolution hors du bloc français et toute constitution, même lointaine, de self-government. » Lumineux ! Des changements donc pour mieux préserver la domination de l’Hexagone sur ses colonies dans un contexte bouleversé par la Seconde Guerre mondiale mais des indépendances, il n’est pas question. Et pour combattre celles et ceux qui osent s’engager dans cette voie, la France redevenue républicaine est impitoyable.


A preuve ce qui a été perpétré en Algérie à partir du 8 mai 1945 avec l’approbation de l’ensemble des forces politiques, Parti communiste compris dont l’organe officiel, L’Humanité, dénonce trois jours plus tard les « éléments troubles d’inspiration hitlérienne [qui] se sont livrés à Sétif à une agression armée contre la population qui fêtait » la victoire contre l’Allemagne nazie. Le 31 du même mois, L’Humanité encore salue l’arrestation de « Ferrat Abbas » et condamne de nouveau les membres du « Comité des Amis du Manifeste », cette « association pseudo-nationale, dont les membres ont participé aux tragiques incidents de Sétif. »

Au-delà du cas particulier des départements français d’Algérie, il s’agit aussi de signifier à l’ensemble des colonisé-e-s qu’aucune contestation ne sera tolérée. Contrairement à des chronologies sommaires et aux opinions de responsables politiques souvent oublieux, ignorants ou pleutres, les massacres commis dans ce territoire ne sont pas l’épilogue sanglant de la politique ultra-marine française mais le prologue d’exactions, de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité perpétrés jusqu’au début des années 60.

En attestent ceux de Haiphong (23-27 novembre 1946) : 6000 morts, de Madagascar (mars 1947-mars 1948) : près de 89 000 morts, la répression des manifestations à Sfax en Tunisie (5 août 1947), 29 morts, la guerre d’Indochine (décembre 1946-juillet 1954) 400 000 victimes « indigènes » et cinq mois plus tard, le début du conflit algérien qui s’achève le 18 mars 1962 après avoir fait entre 300 000 et 500 000 morts parmi les « Arabes »[3]. Entre 1945 et 1964, la France a donc été presque constamment engagée dans des opérations et des conflits militaires d’ampleur qui se sont soldés par près d’un million de morts. Ce chiffre est supérieur au nombre de Français – militaires, résistant-e-s, civils – disparus au cours de la Seconde Guerre mondiale (environ 600 000).

Relativement aux massacres du 8 mai 1945, l’ambassadeur de France en Algérie, Hubert Colin de Verdière, évoquait, le 27 février 2005 à Sétif, « une tragédie inexcusable. » Trois ans plus tard, son successeur, Bernard Bajolet, en visite à Guelma, soulignait « la très lourde responsabilité des autorités françaises de l’époque dans ce déchaînement de folie meurtrière » qui a fait « des milliers de victimes innocentes, presque toutes algériennes. » « Aussi durs que soient les faits, ajoutait-il, la France n’entend pas, n’entend plus les occulter. Le temps de la dénégation est terminé. » Ces massacres sont une « insulte aux principes fondateurs de la République française » et ils ont « marqué son histoire d’une tâche indélébile. » Depuis, aucune déclaration des plus hautes autorités de l’Etat n’est venue confirmer ces propos.

Ni François Hollande, ni Emmanuel Macron ne se sont engagés dans cette voie lors même que le second a déclaré, au cours d’un voyage en Algérie en tant que candidat à l’élection présidentielle (février 2017), sur la chaîne de télévision Echorouk News : « la colonisation était un crime contre l’humanité. » Comme ses prédécesseurs, une fois installé à l’Elysée, Jupiter s’est bien gardé de réitérer ses dires.

En septembre 2018, il a certes admis que Maurice Audin, jeune mathématicien et militant du Parti communiste algérien, est « mort » en juin 1957 « sous la torture du fait du système institué alors en Algérie par la France. » Depuis longtemps attendu par celles et ceux qui se sont engagés pour connaître la vérité, cet acte majeur n’a été suivi d’aucun autre. Classique tactique. Bien connue sous le nom de part du feu, elle consiste à céder sur un point pour mieux préserver l’essentiel : le silence sur les centaines de milliers de « musulmans » massacrés en 1945 puis au cours de la guerre entre 1954 et 1962. Les descendant-e-s algériens et français des victimes, et ceux qui soutiennent leurs revendications, attendent toujours la reconnaissance de ces crimes.

Rappelons donc quelques faits au président de la République qui prétend incarner une politique « disruptive », conformément à la novlangue de saison désormais utilisée pour qualifier de façon hyperbolique les orientations élyséennes. En avril 2015, sur proposition de Danielle Simonnet, le Conseil de Paris a adopté à l’unanimité un vœu dans lequel les massacres de Sétif, Guelma et Kherrata sont qualifiés de « crimes de guerre » et de « crimes d’Etat. »

De plus, l’ouverture de toutes les archives et la création d’un lieu du souvenir à la mémoire des victimes sont également demandées. A Marseille, une plaque, rappelant ce qu’il s’est passé en Algérie, a été apposée en juillet 2014. A Givors, un square de l’Autre 8 mai 1945 a été inauguré il y a peu grâce à la persévérance d’une élue au conseil municipal, Amelle Gassa. Des avancées locales significatives et courageuses d’un côté, la pusillanimité, le déni et le mépris toujours reconduits de l’autre.

Rappelons enfin, contrairement à l’autosatisfaction affichée par de nombreux élus qui pérorent gravement sur la grandeur admirable de ce pays, que la France est sur ces sujets fort en retard par rapport à d’autres anciennes puissances coloniales. Depuis plusieurs années déjà, certaines ont reconnu les crimes perpétrés dans leurs possessions respectives. C’est le cas, entre autres, de l’Allemagne, pour le génocide (1904) des tribus Hereros et Namas dans les territoires du Sud-Ouest africain (actuelle Namibie), et de la Grande-Bretagne pour les massacres commis pour écraser le soulèvement des Mau-Mau au Kenya dans les années 1950.

Glorieuse France ?

Veulerie et conservatisme sinistres des élites politiques de ce pays qui ajoutent aux terribles violences physiques infligées aux colonisé-e-s, la violence symbolique du silence opposée aux héritier-e-s de l’immigration coloniale et post-coloniale qui luttent depuis des années pour la reconnaissance de cette histoire, laquelle affecte toujours leur existence, parfois au plus intime."

Olivier Le Cour Grandmaison. Universitaire. Dernier ouvrage paru : « Ennemis mortels ». Représentations de l’islam et politiques musulmanes en France à l’époque coloniale, La Découverte, 2019.

http://www.ujfp.org/spip.php?article7834