International

LA DISSOLUTION DE L’OTAN EST DE PLUS EN PLUS URGENTE

2 Mai 2021

La dissolution de plus en plus urgente de l'OTAN
Mardi, 27 Avril, 2021

Déclarations
L'Organisation du Traité de l'Atlantique Nord (OTAN) aura 72 ans le 4 avril prochain. Son existence est totalement injustifiée au regard de la Charte des Nations unies et contraire à la paix et au désarmement. Sa dissolution est aujourd'hui plus que jamais une nécessité et une exigence des peuples du monde.

Le caractère belliciste et agressif de l'OTAN, au service des intérêts des Etats-Unis, et l'urgence de sa dissolution sont depuis longtemps évidents : dans les guerres et les agressions qu'elle promeut ; dans les redoutables dépenses en armes qu'elle assume ; dans la doctrine nucléaire qu'elle prône, dans laquelle elle s'arroge le " droit " d'utiliser des armes nucléaires en première attaque contre un autre Etat. Cependant, la pandémie de COVID-19 montre encore plus clairement que ce bloc politico-militaire place la guerre, l'interventionnisme, la course aux armements, le militarisme au-dessus du droit à la santé, au bien-être et à la vie elle-même.

Alors que, face à la pandémie de COVID-19, il était nécessaire de canaliser d'amples ressources pour renforcer les systèmes de santé publique et de protection sociale, l'OTAN continue d'insister sur la nécessité pour les États membres d'augmenter leurs dépenses militaires d'au moins 2% de leur PIB respectif et encourage une dangereuse escalade des tensions en élisant la République populaire de Chine et la Fédération de Russie comme "nouveaux ennemis".

Conformément à la Constitution de la République portugaise, le gouvernement portugais doit aspirer à l'indépendance nationale, à la solution pacifique des conflits internationaux, à la non-ingérence dans les affaires intérieures des autres États, à la coopération avec tous les autres peuples pour l'émancipation et le progrès de l'Humanité. Le Portugal doit rejeter le militarisme, la course aux armements, la guerre, y compris la participation des forces portugaises à des agressions contre d'autres peuples. Le Portugal doit être du côté de la paix et du désarmement !

À l'occasion d'un nouvel anniversaire de l'OTAN, le Conseil portugais pour la paix et la coopération (CPPC) insiste sur la dissolution de ce bloc politico-militaire, tel qu'il est inscrit dans la Constitution de la République portugaise, et sur son remplacement par un système de sécurité collective, fondé sur les principes de l'Acte de la Conférence d'Helsinki de 1975, en vue d'assurer la paix et la coopération dans les relations entre les peuples. La paix, la souveraineté et les droits du peuple le réclament.

4 avril

Bureau national du CPPC

source : http://www.wpc-in.org/statements/increasingly-urgent-dissolution-nato

Tag(s) : #OTAN#Portugal#CPPC

 

GRECE : DIMITRI KOUTSOUMBAS SUR LA JOURNEE COMMEMORATIVE DU GENOCIDE ARMENIEN

26 Avril 2021

 

Samedi 24 avril 2021
Dimitris Koutsoumbas sur la Journée de commémoration du génocide arménien


Dans une déclaration à l'occasion de la Journée de commémoration du génocide arménien, célébrée le 24 avril, le secrétaire général du CC du Parti communiste grec (KKE) Dimitris Koutsoumbas souligne :

"Le peuple arménien a été l'une des grandes et tragiques victimes du nationalisme turc et des compétitions impérialistes de la période de la Première Guerre mondiale. 106 ans plus tard, nous nous souvenons et honorons les victimes du génocide arménien.

La mémoire historique est aujourd'hui encore plus nécessaire, parce qu'aujourd'hui encore, les compétitions respectives et dangereuses s'intensifient et parce que le crime contre les Arméniens nous enseigne que, partout et toujours, les impérialistes sont des ennemis mortels et non des "protecteurs" des peuples".


Le génocide arménien est le meurtre de masse systématique et le nettoyage ethnique d'environ 1,5 million d'Arméniens d'Asie mineure et des régions voisines par l'Empire ottoman et son parti au pouvoir, le Comité Union et Progrès (CUP), pendant la Première Guerre mondiale.

source : https://www.idcommunism.com/2021/04/Dimitris%20Koutsoumbas%20on%20Armenian%20Genocide%20Memorial%20Day.html

Tag(s) : #KKE#Arménie#Génocide

PEPE ESCOBAR : DITES BONJOUR AU NOUVEAU PATRON DU MULTILATERALISME

Dites bonjour au nouveau patron du multilatéralisme

Le discours de Xi Jinping au Forum de Boao a marqué son dernier appel en faveur d’une économie mondiale ouverte et contre le découplage mené par les États-Unis.

Par Pepe Escobar

Mondialisation.ca, 22 avril 2021

Asia Times

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En ces temps de graves troubles géopolitiques, il appartient à un véritable homme d’État de monter sur le podium mondial et de désamorcer une atmosphère délétère de Guerre froide 2.0. Le président Xi Jinping a tenu parole dans son discours d’ouverture du Forum annuel de Boao, à Hainan.

Voici l’intégralité de son discours. Et commençons par une seule phrase :

« Alors que nous traversons la pandémie de Covid-19, les gens de tous les pays ont plus clairement réalisé qu’il est nécessaire d’abandonner la mentalité de guerre froide et le jeu à somme nulle, et de s’opposer à toute forme de nouvelle guerre froide et de confrontation idéologique ».

Le public de Boao, dans une sorte de rassemblement Sino-Davos, n’était pas seulement composé d’invités panasiatiques. De manière significative, Elon Musk de Tesla, Tim Cook d’Apple, Stephen Schwarzman de Blackstone et Ray Dalio de Bridgewater, entre autres, accordaient à Xi toute leur attention.

Dans un discours relativement compact, Xi a une fois de plus exposé l’architecture du multilatéralisme – et la manière dont une Chine de retour au statut de superpuissance s’y intègre. Le message s’adressait peut-être subtilement à l’hégémon, mais surtout à une Eurasie en pleine intégration, ainsi qu’à l’ensemble du Sud global.

Xi a mis l’accent sur le multilatéralisme en tant que domaine de justice, et non de l’hégémonie, avec des « consultations approfondies », les grands pays se comportant « d’une manière adaptée à leur statut et avec un plus grand sens des responsabilités », et tout cela menant à des « bénéfices partagés », et non au bien-être des 0,001%.

Pékin considère qu’une économie mondiale ouverte est la voie vers le multilatéralisme – ce qui implique l’absence de « murs » et de « découplage », la Chine ouvrant progressivement sa propre économie et stimulant l’interconnexion des chaînes d’approvisionnement, l’économie numérique et l’intelligence artificielle (IA).

En un mot, c’est le Made in China 2025 en action – sans se référer à la terminologie particulièrement diabolisée pendant l’ère Trump.

Le multilatéralisme et l’économie ouverte sont des éléments clés de l’Initiative Ceinture et Route (BRI) – qui n’est pas seulement un vaste modèle de commerce/développement, mais aussi le concept global de politique étrangère de la Chine.

Xi a donc dû une fois de plus souligner que la BRI est « une route publique ouverte à tous, et non une voie privée appartenant à une seule partie ». Elle vise autant la réduction de la pauvreté, la croissance économique et la « connectivité dure » des infrastructures que la « connectivité douce », qui comprend « la coopération dans le contrôle des maladies infectieuses, la santé publique, la médecine traditionnelle et d’autres domaines ».

Il est assez révélateur que lorsque Xi a mentionné l’adoption des vaccins chinois, il l’a illustré avec deux exemples du Sud global : le Brésil et l’Indonésie.

Comment séduire le Sud global

L’approche chinoise d’un nouveau modèle de relations internationales s’inspire autant de Confucius que du Tao. D’où l’accent mis sur la « communauté de destin partagée » appliquée à l’échelle mondiale, et le refus de la « Guerre froide et de la mentalité à somme nulle » ainsi que de la « confrontation idéologique sous toutes ses formes ».

L’accent est mis sur « l’égalité, le respect mutuel et la confiance mutuelle » au premier plan des relations internationales, ainsi que sur « les échanges et l’apprentissage mutuel entre les civilisations ». L’écrasante majorité des pays du Sud global a certainement compris le message.

Mais en l’état actuel des choses, la realpolitik dicte que la Guerre froide 2.0 est déjà en vigueur, opposant Washington au partenariat stratégique Russie-Chine. La zone clé où se joue le jeu est en fait l’ensemble du Sud global.

Xi doit donc savoir que c’est à Pékin qu’il incombe de prouver qu’un « nouveau type de relations internationales » est la voie à suivre.

Le Sud global sera très conscient des efforts déployés par la Chine pour « aider davantage les pays en développement à vaincre le virus » et « honorer son engagement à faire des vaccins un bien public mondial ».

Sur le plan pratique, cela sera aussi crucial que de garder la Chine sous contrôle, en référence à la promesse de Xi selon laquelle l’État-civil « ne cherchera jamais l’hégémonie, l’expansion ou une sphère d’influence, quelle que soit sa force ». Le fait est que de grandes parties de l’Asie constituent une sphère d’influence économique naturelle pour la Chine.

L’Union européenne se concentrera sur la « coopération multilatérale en matière de commerce et d’investissement », en référence à la ratification et à la signature, dans le courant de l’année, de l’accord commercial Chine-UE. Et les entreprises américaines qui suivront attentivement le discours de Xi seront très intéressées par une promesse alléchante : « Tous sont les bienvenus pour partager les vastes opportunités du marché chinois ».

Les relations internationales sont désormais totalement polarisées entre des systèmes de gouvernance concurrents. Pourtant, pour l’écrasante majorité des acteurs du Sud global, en particulier les nations les plus pauvres, le test ultime pour chaque système – comme le savent si bien les universitaires chinois – est la capacité à faire progresser la société et à améliorer la vie des gens.

Les universitaires et les décideurs chinois privilégient ce qu’ils définissent comme des plans de développement SMART (spécifiques, mesurables, réalisables, pertinents et limités dans le temps).

Cela s’est traduit dans la pratique par la confiance de la majorité des citoyens chinois dans leur modèle politique – quelles que soient les interprétations de l’Occident. Ce qui compte, c’est la manière dont Pékin a contrôlé le Covid-19 en un temps record, la manière dont l’économie renoue avec la croissance, la manière dont la réduction de la pauvreté a été un immense succès (800 millions de personnes sorties de la pauvreté en trois décennies ; 99 millions de ruraux et 128 000 villages ruraux dans la dernière ligne droite) et la manière dont l’objectif officiel de parvenir à une « société modérément prospère » est atteint.

Au fil des ans, Pékin a soigneusement élaboré le récit d’une « ascension pacifique » en s’appuyant sur son immense héritage historique et culturel.

En Chine, l’interaction entre la résonance historique et les rêves d’avenir est extrêmement complexe à décoder pour un étranger. Les rythmes du passé résonnent toujours dans l’avenir.

Cela signifie en fin de compte que l’exceptionnalisme chinois – tout à fait évident à travers des siècles d’histoire – repose essentiellement sur le confucianisme, qui définit l’harmonie comme une vertu suprême et abhorre les conflits.

Et c’est la raison pour laquelle la Chine ne suivra pas le passé récent belliqueux et colonialiste de l’Occident hégémonique : une fois encore, c’est l’un des messages clés du discours de Xi à Boao. Si Pékin parvient à imprimer ce récit de « mission historique » dans l’ensemble du Sud global – avec des actes tangibles et pas seulement de la rhétorique – alors nous entrerons dans un tout nouveau jeu.

Pepe Escobar

 

Article original en anglais : Say hello to the new multilateral boss, Asia Times, le 21 avril 2021.

Traduit par Réseau International

La source originale de cet article est Asia Times

Copyright © Pepe EscobarAsia Times, 2021

https://www.mondialisation.ca/dites-bonjour-au-nouveau-patron-du-multilateralisme/5655755

JOSEPH ANDRAS : "MITTERRAND QUI RATIFIE L'EXECUTION DE FERNAND IVETON, C'EST LA GAUCHE"

21 Avril 2021

Publié par Saoudi Abdelaziz

Joseph Andras : "Mitterrand qui ratifie l’exécution de Fernand Iveton, c’est la gauche"

«Me coltiner le réel, c’est la seule chose que je sache faire». C’est le titre de l’interview menée dans Mediapart du 20 avril par Ellen Salvi, reprenant le crédo de l’écrivain Joseph Andras connu des Algérien pour avoir relaté la vie et l'exécution du martyr Fernand Iveton.

EXTRAITS DE L'INTERVIEW

Depuis De nos frères blessés jusqu’à Au loin le ciel du Sud, la « question coloniale » traverse tous vos récits. Aujourd’hui encore, c’est une question sur laquelle la gauche française ne cesse de louvoyer. Comment l’expliquez-vous ?

Joseph Andras. C’est précisément ce que j’ai à l’esprit. Mes livres abordent la question coloniale pour elle-même, bien sûr, mais ils ont aussi à l’esprit de dialoguer avec la gauche. Il faudrait d’ailleurs la définir puisque Manuel Valls s’en réclame. Disons plutôt cette vaste tradition héritière du socialisme tel qu’on l’entendait au XIXe siècle, de la lutte pour la justice en général et contre le mode de production capitaliste en particulier. En bref, le camp de l’égalité.

On a trop souvent tendance à faire de la droite et de la gauche des catégories morales, des « sensibilités » : la droite est méchante, la gauche est sympa. Dionys Mascolo est même allé jusqu’à dire que la droite et la gauche ne servent qu’à « distinguer entre deux bourgeois » – il proposait, lui, de parler de ceux qui sont « révolutionnaires » et de ceux qui ne le sont pas. On continue d’entendre, ici et là, que la colonisation serait de droite et que si la gauche l’a parfois appuyée, ce fut malgré ses « valeurs ». Bien sûr, c’est faux.

Victor Hugo et ses envolées sur la conquête au nom du progrès, c’est la gauche. Mitterrand qui ratifie l’exécution de Fernand Iveton et donne l’ordre final de frapper Ouvéa, c’est la gauche. Hollande qui chante son amour à Netanyahou, c’est la gauche. C’est que, ramenée à l’os, la question coloniale est celle de l’accumulation du capital. Des matières premières. De la force de travail. Après, on enrobe : les Lumières, le petit Jésus, la possession d’une âme, la modernité, le tout-à-l’égout et les Gaulois. Toute une partie de la gauche n’a aucun problème avec le capitalisme comme système structurant. À quoi il faut ajouter, dans une fraction du mouvement révolutionnaire, ce que Césaire, écrivant à Thorez, a nommé le « fraternalisme » : une sorte de paternalisme entre camarades du Nord et du Sud.

Quand on voit qu’Emmanuel Macron l’a utilisé comme titre de son livre programmatique, le mot « révolution » a-t-il encore un sens ? Lequel revêt-il pour vous ?

C’est une question compliquée. Je veux dire, ce qu’il faut faire des mots salis. Doit-on garder « socialisme » après les crédits de guerre votés par le SPD allemand en 1914 ? « Communisme » après Douch et son programme de tortures ? « Démocratie » après Bush et Blair ? « Féminisme » après Femmes puissantes de Léa Salamé ? Faut-il les abandonner, en trouver de nouveaux, les laver puis les brandir avec orgueil ? Il n’y a que dans les dictionnaires que les termes soient intacts. À l’air libre, ils ont tous du noir sous les ongles.

Macron prêterait à rire si son pouvoir n’avait pas le sang des « gilets jaunes » sur les mains. Les grands médias ont été ses manageurs : on saura se le rappeler. « Révolution » a, dans sa bouche, la même valeur que tout ce que son régime produit : des sons sans interactions avec ce qu’ils sont censés recouvrir. Lallement cite Trotsky, Blanquer assimile la théorie féministe au terrorisme islamiste, Darmanin reproche à Le Pen sa mollesse et Castaner écrit des haïkus sur les mouettes entre deux dénégations des violences policières. « Révolution », donc.

Ce que je continue d’y entendre ? Rien que de très banal : la possibilité d’un mieux-vivre pour le plus grand nombre. Manger convenablement, emmener ses gamins en vacances, soigner ses dents comme il faut, ne plus baisser les yeux devant un supérieur hiérarchique, discuter collectivement du travail produit, ne pas redouter les factures d’eau et d’électricité, être une femme et marcher tranquillement dans la rue à 2 heures du matin, être un homme noir ou arabe et marcher sans être harcelé par la police, libérer l’espace public de l’occupation publicitaire, bénéficier d’une information qui ne soit plus aux mains des riches – et n’avoir plus de riches du tout, vu ce qu’ils font des écosystèmes. C’est à peu près ça, une révolution. C’est finalement très modeste.

Seulement voilà : les ennemis de l’égalité sont organisés. Et l’histoire est là pour nous l’indiquer : ils feront tout ce qui est en leur pouvoir pour démolir cette aspiration populaire au mieux-vivre. Être fanatique, aujourd’hui, c’est croire que le compromis social-démocrate est en mesure de faire face aux enjeux climatiques. Être doux rêveur, aujourd’hui, c’est croire qu’on stoppera « l’innovation financière » par une succession de « mesures ». Le pragmatisme oblige à aligner deux idées de manière logique : empêcher le système terrestre de dérailler et, par suite, rendre la vie vivable au plus grand nombre, c’est faire la révolution. On a fait tomber l’Ancien Régime et l’aristocratie héréditaire ; reste à faire tomber le Nouveau Régime capitaliste fossile et l’aristocratie financière.

Où est la révolte aujourd’hui ? Qui sont les rebelles ?

Ils et elles ne manquent pas ! Je reviens sur les « gilets jaunes ». La France des incomptés, des sans-parts, des invisibles, des « territoires », des abstentionnistes, des perdants de la mondialisation : paf, la voici qui surgit. Et, en quelques jours, sans aucune structuration initiale, elle va droit au but : la vie chère, l’impôt sur la fortune, les salaires, la démocratie directe, les retraites.

On parle de prendre l’Élysée et le pouvoir se fait littéralement dessus. Bien sûr, le régime macroniste les a matés. Mais c’est là, ça reste, ça restera. Il y a également la révolte écologique. La révolte féministe. La révolte antiraciste. Tout ceci ne constitue pas un bloc, une force de masse organisée, mais, en tout cas, tous nos espoirs s’y trouvent.

Le débat public est saturé par des discours visant à dénoncer une prétendue « tyrannie des minorités » et un certain « goût pour la repentance ». Quel rôle peut jouer la création littéraire face à de tels discours ?

Peut-être peut-elle, au rythme qui est le sien – car lire, c’est suspendre le temps médiatique, c’est retrouver goût au débat en faisant taire les éditorialistes –, remettre les mots à l’endroit. « Révolution », ce n’est donc pas briser les mâchoires du peuple révolté et crever les yeux de Jérôme Rodrigues et de Manuel T : ça, ça s’appelle « contre-révolution ». La « tyrannie des minorités », c’est une réalité – à condition de préciser un peu… Les 1 % les plus riches sont responsables de deux fois plus d’émissions carbonées que la moitié la plus pauvre de l’humanité. Les milliardaires du monde se partagent plus de richesses que 4,6 milliards de Terriens. Je suis donc d’avis qu’il faut combattre la tyrannie de ces minorités avec la dernière énergie.

Quant à la « repentance », c’est un mot intéressant : personne ne s’en réclame, mais les partisans de l’inégalité n’arrêtent pas d’en parler. Personne ne demande aux Français de mettre le genou à terre pour l’exécution des militants de Yên Bái. Personne n’attend des Blancs qu’ils se flagellent pour leur carnation et les crimes commis par les capitalistes blancs du siècle dernier. Les gens demandent généralement trois choses : la vérité, la justice et la dignité. La première, c’est dire ce qui a été comme ça a été ; la deuxième, c’est reconfigurer ici et maintenant l’ordre inégalitaire qui procède de ce passé ; la dernière, c’est prendre au sérieux la parole des héritiers de cette histoire et de cette mémoire désormais communes. Là, les écrivains ne seront pas de trop.

La littérature se doit-elle d’être politique ?

Elle l’est toujours, à vrai dire. La politique existe dès lors que deux personnes se croisent en chemin – car elles auraient pu ne jamais se croiser, car elles peuvent se saluer ou ne pas le faire. Dans cette incertitude, ce flottement, il y a, repliée, toute l’organisation d’une société. Qu’est-ce qui a rendu possible cette rencontre ? Qu’est-ce qui aurait pu l’entraver ? Pourquoi, à cet instant précis, en ce lieu-ci, en cette époque donnée, un individu a-t-il la possibilité – et toute possibilité est fruit d’une organisation collective – d’interagir avec un autre ?

Un Afro-Américain qui croise un Blanc dans le Tennessee en 1952, ce n’est pas un ouvrier-tourneur qui croise un magistrat dans un quartier populaire de Londres en 1910, ni une paysanne qui croise un tirailleur sénégalais dans le Var en 1914.

Donc toute production, toute œuvre, propose une politique. Cette création prolonge-t-elle le monde comme il va ? Lui offre-t-il de quoi s’appuyer, se renforcer, se justifier, s’épanouir ? Ou, au contraire, cette création cherche-t-elle à le bousculer, à le tournebouler, à lui faire mordre la poussière ? La littérature est politique jusque, et surtout, dans son refus de se dire politique. Chaque écrivain oriente ses écrits selon les ancrages sociaux, les aspirations et les objectifs qui sont les siens – chaque écrivain est donc « engagé » au profit d’un monde parmi d’autres.

Source : Mediapart

 #NATION#Evocations#Les références

https://www.algerieinfos-saoudi.com/2021/04/joseph-andras-mitterrand-qui-ratifie-l-execution-de-fernand-iveton-c-est-la-gauche.html?utm_campaign=_ob_pushmail&utm_medium=_ob_notification&utm_source=_ob_email

ALLONS-NOUS VERS UN AUTRE 1914?

Allons-nous vers un autre 1914?

Par Samir Saul

Mondialisation.ca, 14 avril 2021

Le Devoir (Opinion) 10 avril 2021

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Pas un jour ne passe sans une campagne ou une pique contre la Russie, la Chine, ou les deux pour les journées fastes. Afin de contrer la monotonie et la lassitude, le menu quotidien change. Le plat du jour est annoncé sur tous les registres par le ban et l’arrière-ban des « faiseurs d’opinion ».

Rien n’est laissé à l’imagination : Russie et Chine indisposent les États-Unis et la constellation des pays (dont le Canada) et des intérêts liés à eux. Clair.

À les en croire, la Russie et la Chine seraient des menaces militaires. Pourtant, on ne peut ignorer qu’elles sont encerclées et sur la défensive. Les forces de combat et les missiles de l’OTAN sont à la frontière de la Russie. Les bases et la marine de guerre états-uniennes enserrent la Chine.

Aucune base russe ou chinoise n’est implantée au Mexique ou au Canada. La Russie a annexé la Crimée (après un vote à 96,8 % des Criméens) ? On occulte le renversement du président ukrainien élu, promu un mois plus tôt par les États-Unis, pour livrer l’Ukraine à des extrémistes russophobes, menacer la Russie par le sud et fermer sa base navale de Sébastopol.

Majorité non occidentale

La Russie et la Chine ne partagent pas « nos valeurs » ? Cette tarte à la crème du réquisitoire passe sur le fait que la majorité du monde n’est pas occidentale, n’est pas en devoir de l’être et ne goûte pas les donneurs de leçons. Le prosélytisme au nom de la religion ou de la « civilisation » est un instrument de colonisation usé jusqu’à la corde.

En réalité, il s’agit de motifs pour s’ingérer dans les affaires intérieures d’autrui. Imaginons les cris d’orfraie si la Russie et la Chine se mettaient à faire des tares des sociétés occidentales leur cheval de bataille.

Les relations internationales sont basées sur des réalités, le bruit connexe n’étant que spectacle, leurre et diversion pour occuper la galerie. Le différend avec la Russie tient à son refus de l’unipolarité états-unienne et à l’exemple qu’elle donne au monde. Elle pèche par sa défense du principe de la souveraineté nationale.

Le tort de la Chine est d’avoir une économie qui fait ombrage à celle des États-Unis et de constituer le pivot d’une mondialisation de substitution à la mondialisation américano-centrée. La Russie et la Chine sont vitupérées en vue d’empêcher d’autres pays de se rapprocher d’elles, selon leurs intérêts.

Elles sont coupables aussi d’avoir un armement qui rend hasardeuse toute tentative de les soumettre par la force. L’opposition à la Russie est géopolitique, celle à la Chine, géoéconomique. Le reste n’est que du vent.

Le précédent de 1914

Le monde a connu un scénario analogue. Impérialisme dominant du XIXe siècle, la Grande-Bretagne se voit concurrencée par l’Allemagne, nouvelle prétendante à la suprématie. Le conflit principal de la Première Guerre mondiale réside dans l’affrontement entre une puissance en déclin relatif et une autre en voie de la supplanter. Le transfert des hégémonies s’effectue suivant les capacités économiques et le verdict des armes.

C’est ainsi que la Grande-Bretagne s’est imposée depuis le XVII siècle, aux dépens des Pays-Bas et de la France. Une puissance dominante ou sa rivale peuvent recourir à la force, l’une pour perpétuer le statu quo en entravant l’essor de la concurrente, l’autre pour aplanir les obstacles dressés sur son chemin et modifier le statu quo.

Tout en ayant des ressemblances avec celle de 1914, la configuration actuelle s’en distingue. Bien que la Russie rende inatteignable l’hégémonie universelle pour les États-Unis, elle n’a pas les moyens de dominer le monde. La Chine a les attributs d’une puissance mondiale, mais elle n’a pas besoin de guerre pour réussir ; son économie est sur une trajectoire qui y mène naturellement. Elle a plutôt intérêt à éviter les hostilités. C’est dire que les instigateurs de tout conflit seraient états-uniens, la force représentant l’ultime moyen de stopper une dynamique historique qui leur est défavorable.

Vers la guerre ?

Si la situation est belligène, la guerre n’est pas imminente. À elles seules, les conditions géopolitiques et géoéconomiques conduiraient à la guerre à brève échéance. Paradoxalement, le facteur pacificateur est militaire. Contrairement à 1914, déclencher une guerre dans les conditions actuelles est peu envisageable.

Les doctrines de la dissuasion et de la « mutual assured destruction » sont remises en question, mais non dépassées. Tant que la Russie et la Chine auront les moyens de riposter, la guerre sera ajournée, car trop dangereuse pour l’instigateur. Si jamais une avancée technologique permettait aux États-Unis de neutraliser les « deuxièmes frappes », on entrerait dans une zone de grave péril.

On peut être sûr que la recherche procède à bride abattue chez les trois antagonistes, quoiqu’en sens opposé, et il faut espérer que l’équilibre ne sera pas rompu. Entre-temps continueront les guerres hybrides et par procuration, les blocus, les déstabilisations, la désinformation et le cassage de sucre sur le dos des contestataires de l’ordre états-unien.

Samir Saul

La source originale de cet article est Le Devoir (Opinion)

Copyright © Samir SaulLe Devoir (Opinion), 2021

https://www.mondialisation.ca/allons-nous-vers-un-autre-1914/5655482

LA LISTE FORBES DES 10 PARASITES MILLIARDAIRES LES PLUS RICHES DU MONDE

11 Avril 2021

 

Vendredi, 9 Avril, 2021
La liste Forbes des parasites les plus riches en période de pandémie


Alors que des milliards de personnes dans le monde ont été touchées, d'une manière ou d'une autre, par la pandémie de coronavirus, les capitalistes s'enrichissent. Alors que la classe ouvrière mondiale souffre d'une exploitation croissante, de licenciements massifs, d'une baisse du niveau de vie et de lockdowns, le grand capital jouit de profits de plus en plus importants. La liste Forbes des milliardaires de 2021 est assez révélatrice de la situation :

"Le nombre de milliardaires figurant sur la 35e liste annuelle des plus riches du monde établie par Forbes a explosé pour atteindre le chiffre sans précédent de 2 755 - soit 660 de plus qu'il y a un an. Parmi eux, un nombre record de 493 ont été ajoutés à la liste, soit environ un toutes les 17 heures.
 
Deux cent cinquante autres personnes qui avaient disparu par le passé sont revenues en force. Un pourcentage stupéfiant de 86 % est plus riche qu'il y a un an. Jeff Bezos est le plus riche du monde pour la quatrième année consécutive, avec 177 milliards de dollars, tandis qu'Elon Musk s'est hissé à la deuxième place avec 151 milliards de dollars, grâce à l'envolée des actions Tesla et Amazon.

Au total, ces milliardaires valent 13,1 trillions de dollars, contre 8 trillions en 2020."

Pour mémoire, les 10 parasites les plus riches du monde sont :

1. Jeff Bezos (Amazon), 177 milliards de dollars.
2. Elon Must (Tesla, SpaceX), 151 milliards de dollars.
3. Bernard Arnault (LVMH), 150 milliards de dollars.
4. Bill Gates (Microsoft), 124 milliards de dollars.
5. Mark Zuckerberg (Facebook), 97 milliards de dollars.
6. Warren Buffet (Berkshire Hathaway), 96 milliards de dollars.
7. Larry Ellison (logiciels), 93 milliards de dollars.
8. Larry Page (Google), 91,5 milliards de dollars.
9. Sergey Brin (Google), 89 milliards de dollars.
10. Mukesh Ambani (diversifié), 84,5 milliards de dollars.

Le système capitaliste lui-même est la grande plaie de notre monde. Le virus du capitalisme est celui qui crée et perpétue l'exploitation, la pauvreté, la paupérisation, les inégalités profondes et les guerres.

source : https://www.idcommunism.com/2021/04/forbes-list-of-wealthiest-parasites-in-times-of-pandemic.html

Tag(s) : #Forbes

PEPE ESCOBAR : COMMENT L'EURASIE SERA INTERCONNECTEE

Comment l’Eurasie sera interconnectée

Comment l’Eurasie sera interconnectée alors que l’Initiative Ceinture et Route développe un réseau ferroviaire à grande vitesse.

Par Pepe Escobar

Mondialisation.ca, 09 avril 2021

Asia Times 5 avril 2021

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L’extraordinaire confluence entre la signature de l’accord de partenariat stratégique entre l’Iran et la Chine et la saga du canal de Suez ne manquera pas de susciter un regain d’intérêt pour l’Initiative Ceinture et Route (BRI) et tous les corridors interconnectés de l’intégration eurasiatique.

Il s’agit du développement géoéconomique le plus important en Asie du Sud-Ouest depuis des lustres – plus crucial encore que le soutien géopolitique et militaire apporté à Damas par la Russie depuis 2015.

De multiples corridors ferroviaires terrestres à travers l’Eurasie où circulent des trains chargés de marchandises – dont le plus emblématique est sans doute Chongqin-Duisburg – constituent un élément clé de la BRI. Dans quelques années, tout cela se fera sur des trains à grande vitesse.

Le principal corridor terrestre est Xinjiang-Kazakhstan, puis vers la Russie et au-delà ; l’autre traverse l’Asie centrale et l’Iran, jusqu’à la Turquie, les Balkans et l’Europe orientale. Il faudra peut-être du temps – en termes de volume – pour concurrencer les routes maritimes, mais la réduction substantielle du temps de transport par rapport aux voies maritimes est déjà à l’origine d’un afflux massif de marchandises.

La connexion stratégique Iran-Chine ne peut qu’accélérer tous les corridors interconnectés qui mènent à l’Asie du Sud-Ouest et la traversent.

De manière cruciale, de nombreux corridors de connectivité commerciale de la BRI sont directement liés à l’établissement de routes alternatives au transit du pétrole et du gaz, contrôlées ou « supervisées » par l’hégémon depuis 1945 : Suez, Malacca, Hormuz, Bab al Mandeb.

Des conversations informelles avec des négociants du golfe Persique ont révélé un énorme scepticisme quant à la raison principale de la saga Ever Given. Les pilotes de la marine marchande s’accordent à dire que les vents d’une tempête dans le désert n’étaient pas suffisants pour harceler un méga porte-conteneurs dernier cri équipé de systèmes de navigation très complexes. Le scénario de l’erreur de pilotage – induite ou non – est sérieusement remise en question.

Ensuite, il y a le discours commercial prédominant : l’Ever Given bloqué était un navire japonais, loué à Taïwan, assuré au Royaume-Uni, avec un équipage entièrement indien, transportant des marchandises chinoises vers l’Europe. Il n’est pas étonnant que les cyniques, face à cet épisode, se demandent « Cui Bono ».

Les négociants du golfe Persique, secrètement, font également allusion au projet de faire de Haïfa le principal port de la région, en étroite collaboration avec les Émirats, par le biais d’un chemin de fer qui sera construit entre Jabal Ali à Dubaï et Haïfa, en contournant Suez.

Pour en revenir aux faits sur le terrain, l’évolution la plus intéressante à court terme est la manière dont le pétrole et le gaz iraniens pourraient être acheminés vers le Xinjiang via la mer Caspienne et le Kazakhstan, grâce à un oléoduc transcaspien qui doit être construit.

Cela tombe en plein dans le territoire classique de la BRI. En fait, c’est plus que cela, car le Kazakhstan est un partenaire non seulement de la BRI, mais aussi de l’Union économique eurasiatique (UEE) dirigée par la Russie.

Du point de vue de Pékin, l’Iran est également absolument essentiel pour le développement d’un corridor terrestre allant du golfe Persique à la mer Noire, puis à l’Europe via le Danube.

Ce n’est évidemment pas un hasard si l’hégémon est en état d’alerte en tous points de ce corridor commercial. Les sanctions « pression maximale » et la guerre hybride contre l’Iran, la tentative de manipulation de la guerre entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan, l’environnement post-révolution des couleurs en Géorgie et en Ukraine – qui bordent la mer Noire –, l’ombre portée de l’OTAN sur les Balkans, tout cela fait partie du complot.

Maintenant, ramenez-moi du Lapis Lazuli

Un autre chapitre fascinant d’Iran-Chine concerne l’Afghanistan. Selon des sources de Téhéran, une partie de l’accord stratégique concerne la zone d’influence de l’Iran en Afghanistan et l’évolution d’un autre corridor de connectivité jusqu’au Xinjiang.

Et nous en revenons au toujours intriguant corridor Lapis Lazuli – qui a été conceptualisé en 2012, initialement pour accroître la connectivité entre l’Afghanistan, le Turkménistan, l’Azerbaïdjan, la Géorgie et la Turquie.

Le Lapis Lazuli, merveilleusement évocateur, renvoie à l’exportation d’un ensemble de pierres semi-précieuses via les Anciennes Routes de la Soie vers le Caucase, la Russie, les Balkans et l’Afrique du Nord.

Aujourd’hui, le gouvernement afghan considère que l’ambitieux remix du XXIe siècle partira de Herat (une zone clé de l’influence perse) pour rejoindre le port de Turkmenbashi au Turkménistan, sur la mer Caspienne, puis Bakou via un pipeline transcaspien, Tblisi et les ports géorgiens de Poti et Batumi sur la mer Noire, et enfin Kars et Istanbul.

Il s’agit d’une affaire vraiment sérieuse ; un projet qui pourrait potentiellement relier la Méditerranée orientale à l’océan Indien.

Depuis que la Russie, l’Iran, l’Azerbaïdjan, le Kazakhstan et le Turkménistan ont signé la Convention sur le statut juridique de la mer Caspienne en 2018, dans le port kazakh d’Aktau, ce qui est intéressant, c’est que leurs principales préoccupations sont désormais discutées au sein de l’Organisation de Coopération de Shanghai (OCS), où la Russie et le Kazakhstan sont membres à part entière ; l’Iran le sera bientôt ; l’Azerbaïdjan est un partenaire de dialogue ; et le Turkménistan est un invité permanent.

L’un des principaux problèmes de connectivité à résoudre est la viabilité de la construction d’un canal reliant la mer Caspienne aux rives iraniennes du golfe Persique. Cela coûterait au moins 7 milliards de dollars américains. Un autre problème est la transition impérative vers le transport de marchandises par conteneurs dans la Caspienne. En termes d’OCS, cela augmentera le commerce russe avec l’Inde via l’Iran et offrira un corridor supplémentaire pour le commerce chinois avec l’Europe.

Avec la victoire de l’Azerbaïdjan sur l’Arménie dans l’affaire du Haut-Karabakh, et la conclusion d’un accord avec le Turkménistan sur leur statut respectif dans la mer Caspienne, la partie occidentale du Lapis Lazuli a désormais le vent en poupe.

La partie orientale est une affaire beaucoup plus compliquée, impliquant une question absolument cruciale désormais sur la table non seulement pour Pékin mais aussi pour l’OCS : l’intégration de l’Afghanistan au corridor économique Chine-Pakistan (CPEC).

Fin 2020, l’Afghanistan, le Pakistan et l’Ouzbékistan ont convenu de construire ce que l’analyste Andrew Korybko a délicieusement appelé le chemin de fer PAKAFUZ. Le PAKAFUZ sera une étape clé pour étendre le CPEC à l’Asie centrale, via l’Afghanistan. La Russie est plus qu’intéressée.

Cela peut devenir un cas classique de l’évolution du melting-pot BRI-UEE. Le moment décisif – décisions sérieuses incluses – se produira cet été, lorsque l’Ouzbékistan prévoit d’accueillir une conférence intitulée « Asie centrale et du Sud : Interconnexion régionale. Défis et opportunités ».

Tout sera donc interconnecté : une liaison transcaspienne ; l’expansion du CPEC ; l’Af-Pak relié à l’Asie centrale ; un corridor supplémentaire Pakistan-Iran (via le Baloutchistan, avec la conclusion enfin possible du gazoduc IP) jusqu’à l’Azerbaïdjan et la Turquie ; la Chine profondément impliquée dans tous ces projets.

Pékin construira des routes et des pipelines en Iran, dont un pour acheminer le gaz naturel iranien vers la Turquie. Le projet Iran-Chine, en termes d’investissements prévus, est presque dix fois plus ambitieux que le CPEC. On l’appelle CIEC (China-Iran Economic Corridor).

En bref, les États chinois et perses sont en passe d’imiter les relations très étroites qu’ils entretenaient à l’époque de la dynastie Yuan, au XIIIe siècle, à l’époque de la Route de la Soie.

L’INSTC ou la faillite

Une pièce supplémentaire du puzzle concerne la manière dont le Corridor international de Transport nord-sud (INSTC) se mêlera à la BRI et à l’UEE. L’INSTC est aussi une alternative à Suez.

L’Iran, la Russie et l’Inde discutent depuis 2002 des subtilités de ce corridor commercial maritime, ferroviaire et routier de 7 200 km de long. L’INSTC part techniquement de Mumbai et traverse l’océan Indien jusqu’en Iran, la mer Caspienne, puis Moscou. L’Azerbaïdjan, l’Arménie, la Biélorussie, le Kazakhstan, le Tadjikistan, le Kirghizstan, l’Ukraine, Oman et la Syrie sont tous membres de l’INSTC, ce qui témoigne de son attrait.

À la grande joie des analystes indiens, l’INSTC réduit le temps de transit entre l’Inde occidentale et la Russie occidentale de 40 à 20 jours, tout en réduisant les coûts de 60%. Il est déjà opérationnel – mais pas en tant que liaison maritime et ferroviaire continue et à flux libre.

New Delhi a déjà dépensé 500 millions de dollars pour un projet crucial : l’extension du port de Chabahar en Iran, qui était censé devenir le point d’entrée d’une Route de la Soie made in India vers l’Afghanistan et l’Asie centrale. Mais tout a déraillé à cause du flirt de New Delhi avec la proposition perdante de la Quad.

L’Inde a également investi 1,6 milliard de dollars dans une voie ferrée entre Zahedan, la ville clé du sud-est de l’Iran, et la mine de fer/acier de Hajigak, dans le centre de l’Afghanistan. Tout cela s’inscrit dans le cadre d’un éventuel accord de libre-échange entre l’Iran et l’Inde, en cours de négociation depuis 2019 (pour l’instant, en stand-by). L’Iran et la Russie ont déjà conclu un accord similaire. Et l’Inde veut faire de même avec l’UEE dans son ensemble.

Après le partenariat stratégique Iran-Chine, le président de la commission de la sécurité nationale et de la politique étrangère du Parlement iranien, Mojtaba Zonnour, a déjà laissé entendre que la prochaine étape devrait être un accord de coopération stratégique Iran-Russie, privilégiant « les services ferroviaires, les routes, les raffineries, les produits pétrochimiques, les automobiles, le pétrole, le gaz, l’environnement et les entreprises basées sur la connaissance ».

Ce que Moscou envisage déjà sérieusement, c’est de construire un canal entre la mer Caspienne et la mer d’Azov, au nord de la mer Noire. En attendant, le port caspien de Lagan, déjà construit, est un véritable changement de donne.

Lagan est directement relié à plusieurs nœuds de la BRI. Il existe une connectivité ferroviaire avec le Transsibérien jusqu’à la Chine. De l’autre côté de la Caspienne, la connectivité comprend Turkmenbashi au Turkménistan et Bakou en Azerbaïdjan, qui est le point de départ du chemin de fer BTK jusqu’à la mer Noire, puis de la Turquie jusqu’en Europe.

Sur la partie iranienne de la Caspienne, le port d’Amirabad est relié à l’INSTC, au port de Chabahar et, plus loin, à l’Inde. Ce n’est pas un hasard si plusieurs sociétés iraniennes, ainsi que les sociétés chinoises Poly Group et China Energy Engineering Group International, veulent investir dans le port de Lagan.

Ce que nous voyons en action ici, c’est l’Iran au centre d’un labyrinthe progressivement interconnecté avec la Russie, la Chine et l’Asie centrale. Lorsque la mer Caspienne sera enfin reliée aux eaux internationales, nous verrons apparaître un corridor de commerce/transport alternatif de facto à celui de Suez.

Après l’Iran et la Chine, il n’est même plus exagéré d’envisager l’émergence possible, dans un avenir pas si lointain, d’une Route de la Soie de l’Himalaya unissant les membres des BRICS, la Chine et l’Inde (pensez, par exemple, à la puissance des glaces de l’Himalaya convergeant vers un tunnel hydroélectrique commun).

En l’état actuel des choses, la Russie se concentre sur les possibilités illimitées en Asie du Sud-Ouest, comme l’a clairement indiqué le ministre des Affaires étrangères Sergueï Lavrov lors de la 10ème conférence sur le Moyen-Orientau club Valdai. Les coups portés par l’hégémon sur de multiples fronts – Ukraine, Biélorussie, Syrie, Nord Stream 2 – font pâle figure en comparaison.

La nouvelle architecture de la géopolitique du XXIe siècle prend déjà forme, avec la Chine qui fournit de multiples corridors commerciaux pour un développement économique ininterrompu, tandis que la Russie est le fournisseur fiable d’énergie et de biens de sécurité, ainsi que le conceptualiseur d’un foyer de la Grande Eurasie, la diplomatie sino-russe de « partenariat stratégique » jouant le très long jeu.

L’Asie du Sud-Ouest et la Grande Eurasie ont déjà vu de quel côté soufflent les vents (du désert). Et bientôt, les maîtres du capital international le feront aussi. La Russie, la Chine, l’Iran, l’Inde, l’Asie centrale, le Vietnam, l’Indonésie, la péninsule coréenne, tout le monde connaîtra une poussée de capitaux, y compris les vautours financiers. Suivant l’évangile de la cupidité, l’Eurasie est sur le point de devenir l’ultime frontière de la cupidité.

Pepe Escobar

Article original en anglais :

How Eurasia Will be Interconnected

Traduit par Réseau International

La source originale de cet article est Asia Times

Copyright © Pepe EscobarAsia Times, 2021

https://www.mondialisation.ca/comment-leurasie-sera-interconnectee/5655339

APRES S’ETRE DE NOUVEAU RETROUVE EN TRAVERS DU CANAL DE SUEZ, LE PORTE-CONTENEURS EVER GIVER A ETE REMIS A FLOT

L'Ever Given dans le canal de Suez

Après s’être de nouveau retrouvé en travers du canal de Suez, l’Ever Given a été remis à flot

© Sputnik . Mahmoud Ahmed

INTERNATIONAL

15:04 29.03.2021(mis à jour 17:01 29.03.2021)URL courte

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Dossier:

Blocage du canal de Suez (14)

171124

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À peine débloqué, le porte-conteneurs Ever Given s’est retrouvé dans sa position initiale à cause de vents violents, obstruant de nouveau le canal de Suez, indique une source de la direction du canal auprès de Sputnik. Peu après, il a de nouveau été remis à flot.

Quelques heures seulement après que le Président égyptien a annoncé la fin de la crise du porte-conteneurs Ever Given, le navire s’est de nouveau retrouvé en travers du canal de Suez, a indiqué une source de la direction du canal auprès de Sputnik.

Peu après, il a de nouveau été remis à flot.

Ce retour à la position initiale a été causé par des vents violents.

«Le navire s’est de nouveau retrouvé dans la même position à cause du vent, mais cette situation n’est pas aussi complexe que la précédente», a expliqué la direction.

Prochaines manœuvres

Le porte-conteneurs devrait être bientôt remorqué:

«Des spécialistes tenteront de nouveau de remorquer le navire dans une heure», a précisé la source. 

Entre-temps, une autre source a informé Sputnik de la prochaine tentative de remorquage qui devrait être entreprise dans la soirée à marée haute.

Le trafic est repris

La reprise du trafic a été ensuite annoncée par l'Autorité du canal de Suez (SCA), dont les images ont été diffusées sur son compte Facebook.

Les manœuvres devront reprendre à marée haute dans la soirée pour permettre le rétablissement complet du cap du navire, indique un communiqué de la SCA. Le porte-conteneurs devra ainsi être positionné au milieu de la voie navigable.

Le président de la SCA rappelle que la navigation sera immédiatement reprise après le rétablissement complet du cap de l’Ever Given et son acheminement vers la zone d'attente de Bitter Lakes pour subir un examen technique.

Le cliché du canal de Suez débloqué a été publié par le site permettant de suivre le trafic maritime en direct Marine Traffic.

La libération du canal de Suez prendra jusqu’à quatre jours, a indiqué un conseiller du Président égyptien à Sputnik. Plus tôt dans la journée, le président du SCA avait fait savoir auprès de Sada El Balad, chaîne de télévision égyptienne, que la navigation serait complètement rétablie dans trois jours et demi.

Demande d'indemnités

L’Égypte s’apprête à demander aux propriétaires du porte-conteneurs [Shoei Kisen Kaisha, compagnie japonaise, ndlr] de payer des indemnités, poursuit le conseiller auprès de Sputnik. La capitaine du navire a été jugée responsable de cet incident, a-t-il ajouté.

Incident

Long de 400 mètres, le porte-conteneurs s’est échoué le 23 mars en travers du canal de Suez, bloquant ainsi le trafic maritime. Les conditions météorologiques et des erreurs humaine ou technique ont été évoquées par Ossama Rabie, président de l'Autorité du canal (SCA), lors d’une conférence de presse à Suez, en tant que causes possibles de l’incident.

Le navire a été partiellement remis à flot dans la matinée du 29 mars, après six jours de travail continu. Selon la revue spécialisée britannique Lloyd's List, le blocage a créé un embouteillage de 425 navires. 

Le positionnement du navire a été réorienté à 80% dans la bonne direction avant qu’il puisse bouger. L'arrière du navire s'est déplacé de 102 mètres de la rive, a fait savoir M.Rabie.

Suite aux annonces de remise à flot partielle, le Président égyptien Abdel Fattah al-Sissi avait salué une opération «réussie», réalisée par ses compatriotes «malgré l’énorme complexité technique» du processus.

https://fr.sputniknews.com/international/202103291045413044-lever-given-est-de-nouveau-en-travers-du-canal-de-suez/

CANAL DE SUEZ : DEUX REMORQUEURS EN ROUTE POUR LIBERER LE PORTE-CONTENEURS ECHOUE

Canal de Suez: deux remorqueurs en route pour libérer le porte-conteneurs échoué

 Depuis 3 heures  28 mars 2021

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 Egypte - Moyent-Orient

 

Deux autres remorqueurs ont été envoyés sur les lieux du blocage du canal de Suez, où un porte-conteneurs s’est échoué. Un grand embouteillage de navires subsiste.

Alors que le canal de Suez reste bloqué, deux remorqueurs supplémentaires se dirigent vers l’emplacement du porte-conteneurs Ever Given échoué en travers du passage afin d’aider à le décoincer, selon le portail de suivi en temps réel des navires Marine Traffic.

D’après la source, les bateaux Alp Guard et Carlo Magno sont déjà près de la ville de Suez.

Un accident dans le canal

Le 23 mars, le porte-conteneurs géant MV Ever Given appartenant à la société japonaise Shohei Kisen Kaisha et battant pavillon panaméen s’est échoué au 151e kilomètre du canal de Suez à cause de vents puissants et d’une tempête de poussière qui avaient réduit la visibilité et compliqué la navigation.

Cependant, les conditions météorologiques n’ont pas été la seule raison de l’échouement, a affirmé le 27 mars le chef de l’Autorité du canal de Suez (SCA), l’amiral Ossama Rabie, lors d’une conférence de presse à Suez.

«D’autres erreurs, humaine ou technique, ont aussi pu entrer en jeu», a-t-il déclaré.

Des centaines de navires en attente

Le navire, long de 400 mètres et d’un déplacement de 224.000 tonnes, a ainsi bloqué la navigation dans la partie sud à la voie unique du canal. L’incident a provoqué un embouteillage impliquant quelque 320 porte-conteneurs et pétroliers.

Selon le correspondant de Sputnik, ce bouchon est visible même à 65 kilomètres de l’entrée sud du canal.

Il a indiqué que pas moins de 15 cargos et barges faisant la queue étaient parfaitement visibles depuis la côte de la mer Rouge, entre les villes d’Ain Soukhna et de Zaafarana.

Aucune réussite pour l’heure

Cependant, pour l’instant, les tentatives de dégager le porte-conteneurs à l’aide de remorqueurs ont échoué. Le propriétaire du navire a demandé l’aide de la SMIT Salvage, unité de sauvetage de la société néerlandaise Royal Boskalis Westminster NV qui avait participé en 2000 à l’opération de sauvetage du sous-marin russe Koursk. Les États-Unis, la Chine, la Grèce et les Émirats arabes unis ont aussi offert leur assistance, selon l’administration du canal.

Le canal de Suez assure le passage d’environ 10% du commerce maritime international. Son blocage a déjà fait grimper les prix du pétrole.

La Russie prête à aider

Face à cette situation difficile, la Russie est prête à fournir toute l’assistance nécessaire à l’Égypte pour le canal de Suez bloqué par le porte-conteneurs, a déclaré à Sputnik l’ambassadeur de Russie au Caire, Guéorgui Borissenko.

«Nous espérons que ce problème sera surmonté dans un avenir très proche, que le fonctionnement du canal sera rétabli et, naturellement, nous sommes prêts à fournir à nos amis égyptiens toute l’assistance possible de notre part», a-t-il noté.

Source: Sputnik

https://french.almanar.com.lb/2035211

PEPE ESCOBAR : BIENVENUE DANS LA GEOPOLITIQUE CHOC ET EFFROI DU XXIème SIECLE

Bienvenue dans la géopolitique Choc et Effroi du XXIe siècle

Avec une triple claque Russie-Chine-Iran à l’hégémon, nous avons maintenant un tout nouvel échiquier géopolitique.

Par Pepe Escobar

Mondialisation.ca, 26 mars 2021

Asia Times

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Il a fallu 18 ans après Choc et Effroi infligé à l’Irak pour que l’hégémon soit impitoyablement choqué et effrayé par un une-deux diplomatique Russie-Chine pratiquement simultané.

On ne saurait trop insister sur le fait qu’il s’agit là d’un véritable changement de donne ; la géopolitique du XXIe siècle ne sera plus jamais la même.

Pourtant, c’est l’hégémon qui a le premier franchi le Rubicon diplomatique. Les manipulateurs de l’hologramme Joe « Je ferai tout ce que tu veux, Nance » Biden ont chuchoté dans son oreillette de qualifier le président russe Vladimir Poutine de « tueur » sans âme au beau milieu d’une interview.

Même au plus fort de la Guerre froide, les superpuissances n’ont pas eu recours aux attaques ad hominem. Le résultat d’une bêtise aussi étonnante a été d’enrégimenter pratiquement toute la population russe derrière Poutine – car cela a été perçu comme une attaque contre l’État russe.

Puis vint la réponse de Poutine, froide, calme, recueillie – et plutôt diplomatique – qu’il convient d’examiner attentivement. Ces mots aiguisés comme un poignard sont sans doute les cinq minutes les plus dévastatrices de l’histoire des relations internationales post-vérité.

Dans « Pour le Léviathan, il fait si froid en Alaska », nous avions prédit ce qui pourrait se passer lors du sommet 2+2 entre les États-Unis et la Chine dans un hôtel miteux d’Anchorage, avec des bols de nouilles instantanées bon marché en prime.

Le protocole diplomatique millénaire de la Chine établit que les discussions commencent autour d’un terrain d’entente – qui sont ensuite vantés comme étant plus importants que les désaccords entre les parties négociantes. C’est là le cœur du concept de « ne pas perdre la face ». Ce n’est qu’ensuite que les parties discutent de leurs différences.

Pourtant, il était tout à fait prévisible qu’une bande d’Américains amateurs, sans tact et désemparés, enfreigne ces règles diplomatiques de base pour montrer sa « force » à son public, en distillant la litanie proverbiale sur Taïwan, Hong Kong, la mer de Chine méridionale, le « génocide » des Ouïghours.

Oh là là. Il n’y a pas eu une seule personne du Département d’État ayant une connaissance minimale de l’Asie de l’Est pour avertir les amateurs qu’on ne s’attaque pas impunément au formidable chef de la Commission des Affaires étrangères du Comité central du PCC, Yang Jiechi.

Visiblement surpris, mais contrôlant son exaspération, Yang Jiechi a riposté. Et les coups rhétoriques ont été entendus dans tout le Sud global.

Ils devaient inclure une leçon élémentaire de savoir-vivre : « Si vous voulez traiter avec nous comme il se doit, faisons preuve de respect mutuel et faisons les choses comme il se doit ». Mais ce qui est ressorti, c’est un diagnostic cinglant et concis mêlant histoire et politique :

« Les États-Unis ne sont pas qualifiés pour parler à la Chine de manière condescendante. Le peuple chinois ne l’acceptera pas. Les relations avec la Chine doivent être fondées sur le respect mutuel, et l’histoire prouvera que ceux qui cherchent à étrangler la Chine finiront par en souffrir ».

Et tout cela traduit en temps réel par la jeune, séduisante et ultra-qualifiée Zhang Jing – qui est inévitablement devenue une superstar du jour au lendemain en Chine, récoltant un nombre étonnant de plus de 400 millions de visites sur Weibo.

L’incompétence de la branche « diplomatique » de l’administration Biden-Harris dépasse l’entendement. En utilisant une manœuvre de base de Sun Tzu, Yang Jiechi a renversé les rôles et exprimé le sentiment prédominant de l’écrasante majorité de la planète. Laissez tomber votre « ordre fondé sur des règles » unilatéral. Nous, les nations du monde, privilégions la charte des Nations unies et la primauté du droit international.

Voilà donc ce que la paire Russie-Chine a réalisé presque instantanément : à partir de maintenant, l’hégémon doit être traité, dans tout le Sud global, avec, au mieux, du dédain.

Un processus historique inévitable

Avant l’Alaska, les Américains ont mené une offensive de charme au Japon et en Corée du Sud pour des « consultations ». C’est sans importance. Ce qui compte, c’est l’après-Alaska, et la réunion cruciale des ministres des Affaires étrangères Sergey Lavrov-Wang Yi à Guilin.

Lavrov, toujours imperturbable, a précisé dans une interview accordée aux médias chinois comment le partenariat stratégique entre la Russie et la Chine voit l’actuel naufrage diplomatique des États-Unis :

« En fait, ils ont largement perdu les compétences de la diplomatie classique. La diplomatie concerne les relations entre les personnes, la capacité à s’écouter, à s’entendre et à trouver un équilibre entre des intérêts divergents. Ce sont exactement les valeurs que la Russie et la Chine mettent en avant dans leur diplomatie ».

La conséquence inévitable est que la Russie et la Chine doivent « consolider leur indépendance » : « Les États-Unis ont déclaré que limiter l’avancée technologique de la Russie et de la Chine était leur objectif. Nous devons donc réduire notre exposition aux sanctions en renforçant notre indépendance technologique et en passant à des règlements en monnaies nationales et internationales autres que le dollar. Nous devons cesser d’utiliser les systèmes de paiement internationaux contrôlés par l’Occident ».

La Russie et la Chine ont clairement identifié, comme l’a souligné Lavrov, la manière dont les « partenaires occidentaux promeuvent leur programme axé sur l’idéologie visant à préserver leur domination en freinant le progrès dans d’autres pays. Leurs politiques vont à l’encontre de l’évolution objective de la situation internationale et, comme ils le disaient à un moment donné, ils sont du mauvais côté de l’histoire. Le processus historique reprendra son cours, quoi qu’il arrive ».

En tant que présentation brutale d’un « processus historique » inévitable, il n’y a pas plus clair que cela. Et, comme on pouvait s’y attendre, il n’a pas fallu longtemps aux « partenaires occidentaux » pour retomber dans – quoi d’autre – leur même vieux sac à sanctions.

C’est reparti : une « alliance » États-Unis, Royaume-Uni, Union européenne, Canada sanctionnant certains responsables chinois parce que, selon les termes de Blinken, « la RPC [République populaire de Chine] continue de commettre des génocides et des crimes contre l’humanité au Xinjiang ».

L’UE, le Royaume-Uni et le Canada n’ont pas eu le courage de sanctionner un acteur clé : le chef du parti du Xinjiang, Chen Quanguo, qui est membre du Politburo. La réponse chinoise aurait été – économiquement – dévastatrice.

Pourtant, Pékin a contre-attaqué en imposant ses propres sanctions – visant, de manière cruciale, le fou évangélique d’extrême droite allemand se faisant passer pour un « universitaire » qui a produit l’essentiel des « preuves » totalement démenties d’un million de Ouïghours détenus dans des camps de concentration.

Une fois de plus, les « partenaires occidentaux » sont imperméables à la logique. Pour ajouter à l’état déjà épouvantable des relations entre l’UE et la Russie, Bruxelles choisit également de se mettre à dos la Chine sur la base d’un seul faux dossier, jouant ainsi en plein dans le programme pas vraiment secret de l’hégémon « Diviser pour régner ».

Mission (presque) accomplie : Des diplomates bruxellois m’ont dit que le Parlement européen était pratiquement prêt à refuser de ratifier l’accord commercial entre la Chine et l’UE, négocié laborieusement par Merkel et Macron. Les conséquences seront immenses.

Blinken aura donc des raisons de se réjouir lorsqu’il rencontrera divers eurocrates et bureaucrates de l’OTAN cette semaine, avant le sommet de l’OTAN.

Il faut applaudir le culot des « partenaires occidentaux ». Dix-huit ans se sont écoulés depuis « Choc et Effroi », le début des bombardements, de l’invasion et de la destruction de l’Irak. Cela fait 10 ans que la destruction totale de la Libye par l’OTAN et ses sous-fifres du CCG, avec Obama et Biden « dirigeant en coulisses », a commencé. Dix ans se sont écoulés depuis le début de la destruction sauvage de la Syrie par le biais de mandataires – avec des djihadistes déguisés en « rebelles modérés ».

Pourtant, aujourd’hui, les « partenaires occidentaux » sont si mortifiés par le sort des musulmans en Chine occidentale.

Au moins, il y a quelques fissures dans le cirque illusionniste de l’UE. La semaine dernière, le Cercle de Réflexion interarmées (CRI) des Forces armées françaises – en fait un groupe de réflexion indépendant composé d’anciens officiers supérieurs – a écrit une lettre ouverte étonnante au secrétaire général de l’OTAN en carton, Stoltenberg, l’accusant de facto de se comporter comme un larbin américain dans la mise en œuvre du plan OTAN 2030. Les officiers français ont tiré la bonne conclusion : le combo USA/OTAN est la cause principale des relations exécrables avec la Russie.

Les ides de mars

Pendant ce temps, l’hystérie des sanctions avance comme un train fou. Biden-Harris a déjà menacé d’imposer des sanctions supplémentaires sur les importations chinoises de pétrole en provenance d’Iran. Et il y en a d’autres dans le pipeline – sur la fabrication, la technologie, la 5G, les chaînes d’approvisionnement, les semi-conducteurs.

Et pourtant, personne ne tremble dans ses bottes. Juste après la Russie et la Chine, l’Iran a intensifié le jeu, l’ayatollah Khamenei publiant les lignes directrices pour le retour de Téhéran au JCPOA.

Le régime américain n’est pas en mesure de formuler de nouvelles exigences ou de modifier l’accord nucléaire.

Les États-Unis sont plus faibles aujourd’hui qu’au moment de la signature du JCPOA.

L’Iran est dans une position plus forte aujourd’hui. Si quelqu’un peut imposer de nouvelles exigences, c’est l’Iran et non les États-Unis.

Et avec cela, nous avons une triple gifle Russie-Chine-Iran à l’hégémon.

Dans notre dernière conversation/interview, qui sera bientôt publiée sous la forme d’une vidéo et d’une transcription, Michael Hudson – sans doute le meilleur économiste du monde – a mis le doigt sur le cœur du problème :

« La lutte contre la Chine, la peur de la Chine, c’est qu’on ne peut pas faire à la Chine ce qu’on a fait à la Russie. Les États-Unis aimeraient qu’il y ait une figure d’Eltsine en Chine pour dire : donnons simplement tous les chemins de fer que vous avez construits, le train à grande vitesse, donnons les richesses, donnons toutes les usines aux individus et laissons les individus gérer tout et, ensuite, nous leur prêterons de l’argent, ou nous les rachèterons et nous pourrons alors les contrôler financièrement. Et la Chine ne laisse pas cela se produire. Et la Russie a empêché cela de se produire. Et la fureur de l’Occident est que, d’une manière ou d’une autre, le système financier américain est incapable de prendre le contrôle des ressources étrangères, de l’agriculture étrangère. Il ne lui reste que les moyens militaires pour s’en emparer, comme on le voit au Proche-Orient. Et vous le voyez en Ukraine en ce moment.

À suivre. En l’état actuel des choses, nous devrions tous nous assurer que les Ides de mars – version 2021 – ont déjà configuré un tout nouvel échiquier géopolitique. La double hélice Russie-Chine sur le rail à grande vitesse a quitté la gare – et il n’y a pas de retour en arrière.

Pepe Escobar

Article original en anglais :

Welcome to “Shocked and Awed” 21st Century Geopolitics. A “Real Game-Changing Moment”, le 24 mars 2021

Traduit par Réseau International

La source originale de cet article est Asia Times

Copyright © Pepe EscobarAsia Times, 2021

https://www.mondialisation.ca/bienvenue-dans-la-geopolitique-choc-et-effroi-du-xxie-siecle/5654961