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PEPE ESCOBAR : JULIAN ASSANGE, PROMETHEE ENCHAINE

Julian Assange, Prométhée enchaîné

Il est puni non pas pour avoir volé le feu, mais pour avoir exposé le pouvoir sous la lumière de la vérité et provoqué le dieu de l’Exceptionnalisme.

Par Pepe Escobar

Mondialisation.ca, 19 septembre 2020

Région : 

Thème: 

C’est le récit d’une tragédie de la Grèce antique rejouée en AngloAmérique.

Au milieu d’un silence tonitruant et d’une indifférence quasi universelle, enchaîné, immobile, invisible, un sordide Prométhée a été transféré de la potence pour un procès spectacle dans un faux tribunal gothique construit sur le site d’une prison médiévale.

Kratos, incarnant la Force, et Bia, incarnant la Violence, avaient dûment enchaîné Prométhée, non pas à une montagne du Caucase, mais à l’isolement dans une prison de haute sécurité, soumis à une torture psychologique implacable. Le long des tours de guet occidentales, aucun Héphaïstos ne s’est porté volontaire pour forger la moindre réticence ou même une pointe de pitié.

Prométhée est puni non pas pour avoir volé le feu, mais pour avoir exposé le pouvoir à la lumière de la vérité, provoquant ainsi la colère sans limite de Zeus l’Exceptionnel, qui ne peut perpétrer ses crimes que sous de multiples voiles de secret.

Prométhée a percé le mythe du secret – qui enveloppe la capacité de Zeus à contrôler le spectre humain. Et c’est un anathème.

« Prométhée enchaîné par Vulcain », peinture à l’huile de Dirck van Baburen de 1623. (Vulcan Rijksmuseum, Wikimedia Commons)

Pendant des années, des sténographes pirates et avilis ont travaillé sans relâche pour dépeindre Prométhée comme un petit escroc et un faussaire sans importance.

Abandonné, sali, diabolisé, Prométhée n’a été réconforté que par un petit chœur d’Océanides – Craig Murray, John Pilger, Daniel Ellsberg, des guerriers Wiki, des écrivains de Consortium. Prométhée n’a même pas eu les outils de base pour organiser une défense qui pourrait au moins ébranler le récit cognitif dissonant de Zeus.

Océanus, le Titan père des Océanides, ne pouvait pas amener Prométhée à apaiser Zeus.

Prométhée aurait pu révéler au chœur que la révélation du secret n’était pas ce qui convenait le mieux au contentement de son cœur. Son sort pourrait aussi, à long terme, raviver l’attachement populaire aux arts civilisateurs.

Un jour, Prométhée reçut la visite de Io, une jeune fille humaine. Peut-être s’imagina-t-il qu’elle ne s’engagerait pas dans de futurs voyages, et qu’elle lui donnerait deux enfants. Et peut-être prévu-t-il que l’un de leurs descendants – un épigone de Héraclès sans nom – le libérerait, au sens figuré, de son tourment plusieurs générations plus tard.

Zeus et ses serviteurs procureurs n’ont pas grand-chose à reprocher à Prométhée, si ce n’est la possession et la diffusion d’informations confidentielles exceptionnelles.

Il n’en reste pas moins que c’est finalement Hermès – le messager des dieux et, surtout, le vecteur des Nouvelles – qui a été envoyé par Zeus dans une colère incontrôlable pour exiger que Prométhée admette qu’il était coupable d’avoir tenté de renverser l’ordre fondé sur des règles établi par l’Exceptionnel Suprême.

CBC TV couvrant l’expulsion de Assange de l’ambassade équatorienne à Londres

C’est ce qui est ritualisé dans le procès-spectacle actuel, qui n’a jamais eu pour objet la justice.

Prométhée ne sera pas apprivoisé. Dans son esprit, il soulagera l’Ulysse de Tennyson : « lutter, chercher, trouver et ne pas céder ».

Ainsi, Zeus pourra enfin le frapper avec la foudre de l’Exceptionnalisme, et Prométhée sera précipité dans l’abîme.

Mais le vol du secret du pouvoir par Prométhée est irréversible. Son sort va certainement provoquer l’entrée retardée de Pandore et de sa jarre de tous les maux – avec des conséquences imprévues.

Quel que soit le verdict rendu par ce tribunal du XVIIe siècle, il est loin d’être certain que Prométhée entrera dans l’Histoire comme un simple objet de culpabilité pour la folie humaine.

Car le cœur du problème est désormais que le masque de Zeus est tombé.

Pepe Escobar

Article original en anglais :

Julian Assange, Prometheus Bound

Cet article a été publié initialement par consortiumnews, le 8 septembre 2020

Traduit par Réseau International


La source originale de cet article est Mondialisation.ca

Copyright © Pepe Escobar, Mondialisation.ca, 2020

https://www.mondialisation.ca/julian-assange-promethee-enchaine/5649382


 

LE TRIO ANTI-US SE RENFORCE

La Chine dénonce l’unilatéralisme des USA

US Rep. Ilhan Omar (D-MN) (L) talks with Speaker of the House Nancy Pelosi (D-CA) during a rally with fellow Democrats before voting on H.R. 1, or the People Act, on the East Steps of the US Capitol on March 08, 2019 in Washington, DC. (AFP photo)

(De gauche à droite): le président russe, Vladimir Poutine, le président chinois Xi Jinping et le président iranien, Hassan Rohani. (Photo d'archives)

La Russie défend l’idée d’avoir l’Iran en tant que membre permanent au sein de l’Organisation de coopération de Shanghai.

L’ambassadeur de la République islamique d’Iran à Moscou, Kazem Jalali, s’est entretenu, mardi 15 septembre, avec le représentant spécial du président russe pour l'Organisation de coopération de Shanghai, Bakhtiar Hakimov, afin de discuter des activités de l’Iran en tant que membre observateur de cette organisation.

Lors de cette rencontre, Bakhtiar Hakimov a souligné que Moscou soutenait l’adhésion de l’Iran à l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS) en tant que membre permanent.

Les deux diplomates se sont également penchés sur la perspective des coopérations entre l’Iran et la Russie dans le cadre de l’OCS.

Le 12 septembre, a eu lieu la réunion des ministres des Affaires étrangères de l’OCS qui visait à préparer le prochain sommet de cette organisation, prévu en novembre.

Iran: le coup anti-US de l’OSC

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Le représentant spécial du président russe pour l’Organisation de coopération de Shanghai affirme que les membres de cette organisation soutiennent l’adhésion de l’Iran.

À cette occasion, le ministre chinois des Affaires étrangères, Wang Yi, a fustigé l’unilatéralisme des États-Unis.

« En tant que superpuissance, les États-Unis ne renoncent malheureusement pas à leur politique d’« America First » et ils se retirent unilatéralement des organisations et des traités internationaux, ce qui a nui à d’autres pays du monde », a déclaré le chef de la diplomatie chinoise.

Il a souligné que l’OCS devrait protéger catégoriquement les positions de principe de l’Organisation des Nations unies ainsi que les lois internationales afin d’empêcher l’hégémonie américaine de les transformer en loi de la jungle.

Lire aussi: Chine: les navires US ciblés à l'EMP?

Wang Yi a fait ensuite quatre propositions aux dirigeants présents pour un renforcement de la coopération au sein de l’OCS :  

1- les pays membres de l’OCS doivent se soutenir fermement les uns les autres et protéger leurs intérêts fondamentaux réciproques.

2- les pays membres de l’OCS doivent rester unis et continuer à coopérer pour vaincre conjointement le COVID-19.

Chine-Iran : le cyber-coup anti-US?

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Pékin, une superpuissance égale aux USA 

3- les pays membres de l’OCS doivent continuer à échanger et à partager pour mieux faire face à divers risques en matière de sécurité.

4- l’OCS doit adhérer à un principe de développement coordonné, et s’efforcer de stimuler la reprise économique dans tous les États membres.

L’Organisation de coopération de Shanghai a été fondée en 2001 par la Russie, le Kazakhstan, le Kirghizistan, la Chine, le Tadjikistan et l’Ouzbékistan. La République islamique d’Iran est un membre observateur de l’OCS.

https://french.presstv.com/Detail/2020/09/16/634245/OCS-Iran-Russie-Chine-Etats-Unis-membre-


 

LE PEUPLE BAHREÏNI MANIFESTE MASSIVEMENT CONTRE LA "NORMALISATION" AVEC "ISRAËL"

Bahreïn: des manifestations populaires à Manama contre la normalisation avec «Israël»

Bahreïn: des manifestations populaires à Manama contre la normalisation avec «Israël»

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Par AlAhed avec sites web

Les Bahreïnis opposés à un rapprochement avec «Israël» ont dénoncé durant le week-end la normalisation des relations avec l’entité sioniste.

En colère, des centaines de Bahreïnis se sont manifestés, samedi soir, à Manama contre l’accord de normalisation que le gouvernement de leur pays avait annoncé vendredi avec l’Entité israélienne.

Des images publiées sur les réseaux sociaux montraient des gens portant des pancartes sur lesquelles fut écrit: «La normalisation est une trahison», «Nous refusons la soumission et l’humiliation et nous refusons d’être sous les ordres des États-Unis et du Royaume-Unis».

D’autres avaient hautement affiché «Israël est une tumeur cancéreuse qui doit être extraite, et c’est nous qui le ferons», répétant à voix vive: «La normalisation est une honte et une trahison».

Selon les vidéos publiées, les manifestants ont rejeté l’accord de normalisation, criant: «La décision annoncé par le gouvernement ne nous représente pas, nous le peuple du Bahreïn».

Dès que le président américain Donald Trump a annoncé un accord entre Bahreïn et «Israël» vendredi, les hashtags «Des Bahreïnis contre la normalisation» et «la normalisation est une trahison» sont devenus très populaires sur les réseaux sociaux.

Bahreïn est devenu le deuxième pays arabe en un mois à normaliser ses liens avec l’Entité israélienne après les Emirats arabes unis le 13 août.

«Un jour noir»

Selon l’AFP, contrairement aux Emirats arabes unis, l’opposition à la normalisation est profonde au Bahreïn, dont la société civile est active, malgré la répression ces dix dernières années.

L’ancien député Ali Alaswad a écrit sur Twitter que «l’annonce d’un accord avec Israël était un jour noir dans l’histoire de Bahreïn».

«L’accord entre le régime despotique de Bahreïn et le gouvernement d’occupation sioniste est une trahison totale de l’islam et de l’arabisme et une rupture du consensus islamique, arabe et national», a écrit le groupe d’opposition Al-Wefaq sur Twitter.

Pour Hussain Aldaihi, son secrétaire général adjoint, «la normalisation confirme ce qui est certain, à savoir que les régimes (qui s’y engagent) constituent une menace pour leurs pays, leurs peuples et la nation et mettant en œuvre des programmes contraires aux intérêts des peuples arabes et musulmans».

D’autres groupes hostiles à la normalisation, basés à Bahreïn et à l’étranger, ont exprimé leur colère dans des déclarations envoyées aux médias, certains qualifiant l’accord de «honteux».

Bahreïn, royaume dirigé par la dynastie de Khalifa, a été le théâtre de manifestations populaires importantes  en 2011, réclamant des réformes politiques. Elles ont été réprimées dans le sang avec l’aide de forces saoudiennes. Des centaines de citoyens, des chiites dans leur majeure partie ont depuis été emprisonnés et certains déchus de leur citoyenneté.

Le régime bahreïni a dissous les deux principaux groupes d’opposition, le chiite Al-Wefaq, qui était représenté au Parlement jusqu’en 2011, et la formation laïque de l’Action démocratique nationale, ou Al-Waad, toujours en raison de liens présumés avec des «terroristes». Le leader d’Al-Wefaq, cheikh Ali Salmane, est derrière les barreaux depuis 2014.

https://french.alahednews.com.lb/36788/310


 

LE NOUVEL ORDRE MONDIAL DU COVID : LES "DÉMOCRATES" EN BIÉLORUSSIE, LES "NAZIS" A BERLIN

Le nouvel ordre mondial du Covid: les «démocrates» en Biélorussie, les «nazis» à Berlin

Par Karine Bechet-Golovko

Mondialisation.ca, 15 septembre 2020

Russie politics 31 août 2020

Thème: 

Analyses: 

Selon que vous soyez à Minsk ou à Berlin, vous serez démocrates et donc aurez le droit de renverser par la force l’ordre constitutionnel ou bien vous serez extrémistes ou nazis si vous vous opposez au monde global régi par une dictature sanitaire, qui réduit à néant les libertés publiques et l’état de droit dans nos pays. Le discours médiatique et politique doit créer et légitimer ce nouvel ordre mondial.  La pandémie est bien une guerre, mais pas celle que vous croyez.

Si tous les médias main-stream vous parlent de la manifestation à Minsk des femmes puis pour « l’indépendance » – de qui ? (la Biélorussie est indépendante depuis la chute de l’URSS, passons) – en en appelant à votre compassion pour ces « pôv manifestants pacifiques », si quelques articles sont glissés entre le dieu Covid et la réécriture des classiques littéraires sur les manifestations de Berlin contre le nouvel ordre mondial sanitaire, aucune compassion n’est ici de mise : ce sont des extrémistes, des nazis. D’ailleurs, l’ordre du Covid ne se conteste pas … sinon la menace est là, les mesures seront renforcées. Tremblez de peur et soumettez-vous, il n’y a pas d’autre alternative acceptable pour ce pouvoir, qui a besoin que nous soyons faibles pour être fort.

Et peu importe que cet ordre soit absurde, que les gens ne sachent plus quand il faut porter un masque (fenêtre ouverte ou fermée, en marchant ou en trottinant, en se levant de sa serviette de plage, etc), l’incertitude permanente met les gens en situation d’insécurité et la peur de la sanction, encore plus forte que la peur entretenue médiatiquement du virus lui-même, asservit totalement une population écrasée.Les systèmes étatiques ne défendent plus l’intérêt public, mais l’intérêt des mondialistes.

Dans plusieurs villes, à Paris, Caen, Londres, Ottawa, des voix se sont levées contre le masque et les mesures restrictives, mais à Berlin le mouvement fut très important au son de « La fin de la pandémie : le jour de la liberté ». Or, la liberté n’est pas un dû, elle se conquiert.

Mais remettre en cause le dogme du Covid, qui permet aux Gouvernements de justifier leur politique liberticide, un régime de peur et de contrainte, la destruction de l’économie réelle (pour renforcer l’interdépendance des États), des systèmes d’enseignement (qui doit former des élites nationales et une population qui doit pouvoir réfléchir), des systèmes de santé (qui doivent prendre soin des êtres humains et non pas des labos), remettre en cause ce processus de destruction des systèmes nationaux est inacceptable. C’est du nazisme, c’est de l’extrémisme. C’est inquiétant.

Car les manifestants ont mis en avant les figures opposées, à leur avis, à ce monde global, à savoir Trump et Poutine.

L’Express, alors, parle de « radicalisation », avec l’apparition des drapeaux américains, russes et impériaux allemands :

En revanche, le drapeaux rouge et blanc remis au goût du jour par l’opposition biélorusse ne dérange aucunement les médias main-stream, pour eux c’est le symbole de l« indépendance ». Incompétence ou manipulation ?

Ce drapeau a été utilisé une première fois en 1918-1919, par le régime temporaire biélorusse sur le territoire occupé par l’Allemagne. Ensuite, il a été ressorti lors de la Seconde Guerre mondiale par les groupes collaborant avec les nazis. A la chute de l’URSS, ce drapeau a été, symboliquement, rétabli de 1991 à 1995, jusqu’à ce que Loukachenko, élu, organise un référendum pour établir un drapeau très proche de celui de la Biélorussie soviétique de 1951 et se débarrasser du rouge et blanc, trop marqué par le nazisme et l’occupation.

Toutefois, les médias occidentaux ne parlent absolument pas d’une radicalisation des manifestants biélorusses, ni de nazis. Eux, étant utilisés pour détruire l’État, sont des « démocrates ». Et lorsqu’ils s’approchent du Palais présidentiel, à chaque fois, les médias sont pleins d’espoir. A l’inverse, lorsque les manifestants à Berlin se sont un peu trop rapprochés du Reichstag, les médias condamnent, ce ne peut être que de l’extrême droite :

La presse est alors pleine d’empathie pour ceux qui s’indignent :

Les images montrant plusieurs centaines de protestataires forcer des barrières et un barrage de police pour monter sur les marches du célèbre bâtiment du Reichstag à Berlin et tenter d’y pénétrer, ont créé un choc en Allemagne.

Le siège de la chambre des députés est un « centre symbolique de notre démocratie libérale » et ce type de dérapage est « inacceptable », a prévenu dimanche le ministre de l’Intérieur Horst Seehofer, dans l’édition dominicale du quotidien Bild. Les manifestants ont été empêchés de justesse de pénétrer dans l’enceinte du bâtiment par les forces de l’ordre, qui ont utilisé des sprays pour disperser la foule et interpellé plusieurs personnes.

Dans ce cas, pas de violences policières ni d’arrestations arbitraires – ce sont des extrémistes et des nazis :

La radicalisation en Allemagne du mouvement « anti-masques » face à la pandémie de Covid-19, avec samedi une tentative spectaculaire de siège du Parlement et 300 interpellations notamment de sympathisants d’extrême droite, scandalise et inquiète le gouvernement.

Pourtant, en Biélorussie, l’armée a retrouvé dans la ville des caches pour les manifestants avec des armes et des produits inflammables, avant leur « manifestation pacifique ». Mais de cela, les médias alignés ne préfèrent pas parler.

Les organisateurs et les sympathisants parlent d’un million de personnes dans les rues de Berlin, la police de quelques milliers, sur les vidéos la foule est immense. Et personne à l’étranger, sur ce fondement, n’exige le départ de Merkel pour impératif démocratique, pas plus que celui de Macron malgré les Gilets Jaunes.

A cette occasion J. Kennedy est venu faire un discours que beaucoup qualifient d’historique contre la dictature sanitaire. A cette occasion, d’ailleurs, les médias français ont tenté la minimisation, voire le fake :

S’il y a bien une pandémie, elle n’est pas sanitaire, mais idéologique. Il s’agit d’un combat pour imposer la vision d’un monde globaliste [mondialiste], où l’être humain dans sa diversité et sa complexité a été remplacé par l’individu interchangeable et manipulable, où les structures étatiques ne sont définitivement maintenues que pour assurer la défense des intérêts mondialistes et de leurs groupes. Donc, toute remise en question est inacceptable, sinon ce monde ne peut être global.

C’est aussi leur faiblesse, car ils viennent, avec le Covid, de donner les moyens d’une résistance passive et visible. Le refus de porter un masque, le refus de garder les distances « sociales » (et non pas sanitaires), aller à l’école ou à l’Université et refuser les cours à distance. Toute vie humaine devient un acte de résistance. Ils ne peuvent donc imposer leur mode de vie que par la force, la répression, la peur. Par des méthodes totalitaires, qui sont de moins en moins soft.

Karine Bechet-Golovko

La source originale de cet article est Russie politics

Copyright © Karine Bechet-GolovkoRussie politics, 2020

https://www.mondialisation.ca/le-nouvel-ordre-mondial-du-covid-les-democrates-en-bielorussie-les-nazis-a-berlin/5649278


 

L'ORGANISATION MONDIALE DU COMMERCE (OMC) CONDAMNE LES TAXES DOUANIÈRES PUNITIVES DE TRUMP CONTRE LA CHINE

L'OMC condamne les taxes douanières punitives de Donald Trump contre la Chine

L'OMC condamne les taxes douanières punitives de Donald Trump contre la Chine

L'OMC condamne les taxes douanières punitives de Donald Trump contre la Chine - © BRENDAN SMIALOWSKI - AFP

Belga

Les taxes douanières punitives imposées à la Chine par l'administration Trump sont contraires aux règles du commerce international, a tranché mardi l'OMC.

Dans un rapport, le groupe d'experts de l'Organisation mondiale du commerce chargé de statuer sur cette affaire à la demande de Pékin a conclu que "les mesures en cause sont incompatibles" avec divers articles du GATT (ancêtre de l'OMC). En outre, le groupe d'experts "recommande que les Etats-Unis rendent leurs mesures conformes à leurs obligations".

Ce cas, porté par Pékin devant l'OMC en 2018, porte sur une première tranche de droits de douane imposés par les Etats-Unis sur quelque 250 milliards de dollars de biens chinois. Ces tarifs punitifs ont marqué le début d'une guerre commerciale entre les deux géants économiques et constitué l'une des marques de fabrique de la présidence Trump. Washington et Pékin ont ensuite conclu un accord commercial, en grande partie au point mort.

Dans son rapport, le panel souligne en outre que "les Etats-Unis n'ont pas fourni d'éléments de preuve ou d'explications suffisants pour étayer leur affirmation selon laquelle les mesures étaient nécessaires pour protéger les 'normes du bien et du mal' qu'ils invoquaient et qui étaient considérées comme relevant de la moralité publique aux Etats-Unis".

Les deux parties peuvent désormais faire appel devant l'OMC, mais l'organe d'appel de l'institution basée à Genève, dont la nomination des juges est bloquée par Washington, n'est plus opérationnel depuis le 11 décembre faute de magistrats en nombre suffisant. 

https://www.rtbf.be/info/economie/detail_l-omc-condamne-les-taxes-douanieres-punitives-de-donald-trump-contre-la-chine?id=10584993


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MANLIO DINUCCI : QUI EST DERRIERE LA JUGE QUI A INSTRUIT LE PROCÈS POUR L'EXTRADITION DE JULIAN ASSANGE AUX USA?

Qui est derrière la juge qui fait le procès d’Assange?

L’Art de la guerre. Impliquée dans plusieurs conflits d'intérêts en raison de ses liens familiaux, la juge qui décide du sort d'Assange est mariée au “faucon” Tory lié à l'industrie militaire et aux services de renseignement.

Par Manlio Dinucci

Mondialisation.ca, 15 septembre 2020

ilmanifesto.it

Thème: 

Emma Arbuthnot est la juge en chef qui, à Londres, a instruit le procès pour l’extradition de Julian Assange aux USA, où l’attend une condamnation à 175 ans de prison pour “espionnage”, c’est-à-dire pour avoir publié, en tant que journaliste d’investigation, des preuves des crimes de guerre étasuniens, parmi lesquels des vidéos sur les massacres de civils en Irak et Afghanistan. Au procès, confié à la juge Vanessa Baraitser, toute requête de la défense a été rejetée. 

En 2018, après qu’est tombée l’accusation de violence sexuelle, de la part de la Suède, la juge Arbuthnot a refusé d’annuler le mandat d’arrêt, de sorte qu’Assange ne puisse pas obtenir asile en Équateur. Arbuthnot a rejeté les conclusions du Groupe de travail des Nations Unies sur la détention arbitraire d’Assange. Non écoutées non plus celles du responsable ONU contre la torture : “Assange, détenu dans des conditions extrêmes d’isolement non justifiées, présente les symptômes typiques d’une exposition prolongée à la torture psychologique”.

En 2020, alors que des milliers de détenus ont été transférés aux arrêts domiciliaires en tant que mesure anti-coronavirus, Assange a été maintenu en prison, exposé à la contagion dans des conditions physiques affaiblies. Au tribunal Assange ne peut pas se consulter avec ses avocats, il est gardé isolé dans une cage en verre blindé, et menacé d’expulsion s’il ouvre la bouche. Qu’y a-t-il derrière cet acharnement ?

Arbuthnot a le titre de “Lady”, étant l’épouse de Lord James Arbuthnot, connu comme “faucon” Tory, ancien ministre des adjudications de la Défense, lié au complexe militaro-industriel et aux services secrets. Lord Arbuthnot est notamment président du comité consultatif britannique de Thalès, multinationale française spécialisée dans les systèmes militaires aérospatiaux, et membre de celui de la société Montrose Associates, spécialisée en intelligence stratégique (charges grassement rétribuées). Lord Arbuthnot fait partie de la Henry Jackson Society (HJS), influent think tank transatlantique lié au gouvernement et au renseignement USA. 

En juillet dernier, le secrétaire d’état étasunien Mike Pompeo est intervenu à Londres à une table-ronde de la HJS : depuis qu’il était directeur de la CIA en 2017, il accuse WikiLeaks, fondée par Assange, d’être “un service d’espionnage de l’ennemi”. Même campagne conduite par la Henry Jackson Society, qui accuse Assange de “semer des doutes sur la position morale des gouvernements démocratiques occidentaux, avec l’appui de régimes autocratiques”.

Dans le conseil politique de la HJS, aux côtés de Lord Arbuthnot, se trouvait jusque récemment Priti Patel, l’actuelle secrétaire aux Affaires intérieures du Royaume-Uni, à qui revient l’ordre d’extradition d’Assange. À ce groupe de pression qui mène une campagne martelante pour l’extradition d’Assange, sous la régie de Lord Arbuthnot et autres influents personnages, est substantiellement reliée Lady Arbuthnot. Elle a été nommée par la Reine magistrat en chef en septembre 2016, après que WikiLeaks avait publié en mars les documents les plus compromettants pour les USA. Parmi lesquels les e-mails de la secrétaire d’état Hillary Clinton qui révèlent le véritable objectif de la guerre OTAN contre la Libye : empêcher que celle-ci usât ses réserves d’or pour créer une monnaie pan-africaine alternative au dollar et au franc CFA, la monnaie imposée par la France à 14 ex-colonies africaines. 

Le véritable “délit” pour lequel Assange est jugé est celui d’avoir ouvert une brèche dans le mur d’omertà politico-médiatique qui couvre les intérêts réels de puissantes élites qui, opérant dans l’”État profond”, jouent la carte de la guerre. C’est ce pouvoir occulte qui soumet Julian Assange à un procès, instruit par Lady Arbuthnot, qui comme traitement de l’accusé rappelle ceux de la Sainte Inquisition. S’il était extradé aux USA, Assange serait soumis à des “mesures administratives spéciales” beaucoup plus dures que les britanniques : il serait isolé dans une petite cellule, ne pourrait pas contacter sa famille ni parler, pas même par l’intermédiaire de ses avocats qui, s’ils portaient un de ses messages, seraient incriminés. En d’autres termes, il serait condamné à mort.

Manlio Dinucci

Article original en italien :

Chi c’è dietro la giudice che processa Assange

Édition de mardi 15 septembre 2020 d’il manifesto

Traduction par Marie-Anne Patrizio

La source originale de cet article est ilmanifesto.it

Copyright © Manlio Dinucciilmanifesto.it, 2020

https://www.mondialisation.ca/qui-est-derriere-la-juge-qui-fait-le-proces-dassange/5649265


 

MANLIO DINUCCI : LE COTE OBSCUR DE LA 5G : L'UTILISATION MILITAIRE

L’art de la guerre

 

Le côté obscur de la 5G : l’utilisation militaire

 

Manlio Dinucci

 

La manifestation du 12 septembre à Rome “Stop 5G” se focalise à juste titre sur les possibles conséquences des émissions électromagnétiques pour la santé et l’environnement, en particulier sur le décret qui interdit aux maires de réglementer l’installation d’antennes 5G sur le territoire communal.

   Mais on continue à ignorer un aspect fondamental de cette technologie : son utilisation militaire. Nous en avons déjà parlé sur il manifesto (10 décembre 2019), avec cependant peu de résultats. Les programmes successifs lancés par le Pentagone, officiellement documentés, confirment ce que nous écrivions il y a neuf mois.

 

  La “Stratégie 5G”, approuvée le 2 mai 2020, stipule que “le Département de la Défense doit développer et employer de nouveaux concepts opérationnels qui utilisent l’omniprésente connectivité offerte par la 5G pour accroître l’efficience, la résilience, la vitesse et létalité de nos forces armées”. 

 

  Le Pentagone est déjà en train d’expérimenter des applications militaires de cette technologie dans cinq bases des forces aériennes, navales et terrestres : Hill (Utah), Nellis (Nevada), San Diego (Californie), Albany (Georgie), Lewis-McChord (Washington). Confirmé dans une conférence de presse, le 3 juin, par le Dr. Joseph Evans, directeur technique pour la 5G au Département de la Défense.

 

  Il a ensuite annoncé que des applications militaires de la 5G seront sous peu tentées aussi dans sept autres bases : Norfolk (Virginie), Pearl Harbor-Hickam (Hawaï), San Antonio (Texas), Fort Irwin (Californie), Fort Hood (Texas), Camp Pendleton (Californie), Tinker (Oklahoma).

  Les experts prévoient que la 5G aura un rôle déterminant dans le développement d’armes hypersoniques, y compris celles à tête nucléaire : pour les guider sur des trajectoires variables, en échappant aux missiles intercepteurs, il faut recueillir, élaborer et transmettre d’énormes quantités de données en des temps très rapides. La même chose est nécessaire pour activer les défenses en cas d’attaques avec ces armes, en se fiant à des systèmes automatiques.

 

  La nouvelle technologie aura un rôle clé aussi dans le battle network (réseau de bataille), étant en capacité de relier dans une aire circonscrite des millions d’appareils émetteurs-récepteurs.

 

  Extrêmement importante sera la 5G pour les services secrets et les forces spéciales : elle rendra possibles des systèmes d’espionnage beaucoup plus efficaces et accroîtra la létalité des drones tueurs.

 

  Ces applications, et d’autres, militaires de cette technologie sont certainement à l’étude aussi en Chine et dans d’autres pays. Ce qui est en cours avec la 5G n’est donc pas seulement une guerre commerciale.

 

  Le document stratégique du Pentagone le confirme : “Les technologies 5G représentent des capacités stratégiques déterminantes pour la sécurité nationale des États-Unis et pour celle de nos alliés”. Il faut donc “les protéger des adversaires” et convaincre les alliés à faire de même pour assurer l’”interopérabilité” des applications militaires de la 5G dans le cadre de l’OTAN.

 

  Ceci explique pourquoi l’Italie et les autres alliés européens des USA ont exclu Huawei et d’autres sociétés chinoises des concours pour la fourniture d’appareillages 5G pour les télécommunications. 

 

  “La technologie 5G -explique le Dr. Joseph Evans dans sa conférence de presse au Pentagone- est vitale pour conserver les avantages militaires et économiques des États-Unis”, à l’égard non seulement de ses adversaires, en particulier Chine et Russie, mais même de ses alliés.

 

  À cet effet “le Département de la Défense est en train de travailler étroitement avec les partenaires industriels, qui investissent des centaines de milliards de dollars dans la technologie 5G, afin d’exploiter ces investissements massifs pour des applications militaires de la 5G”, “applications à double usage” militaire et civil comprises. 

 

  En d’autres termes, le réseau commercial de la 5G, réalisé par des sociétés privées, se trouve utilisé par le Pentagone avec une dépense beaucoup plus basse que celle qui serait nécessaire si le réseau n’était réalisé que dans un but militaire. 

 

  Ce seront les usagers communs, à qui les multinationales de la 5G vendront leurs services, qui paieront la technologie qui, nous promet-on, devrait “changer notre vie”, mais qui en même temps servira à réaliser des armes de nouvelle génération pour une guerre qui signifierait la fin des générations humaines.

 

Édition de mardi 8 septembre 2020 d’il manifesto

https://ilmanifesto.it/il-lato-oscuro-del-5g-luso-militare/ 

Traduit de l’italien par M-A P.


 

PEPE ESCOBAR : LE JEU DE L'OMBRE REVISITE : COMMENT L'EURASIE EST REMODELÉ

Le jeu de l’ombre revisité: comment l’Eurasie est remodelée

Pékin-Moscou est déjà en marche ; Berlin-Pékin est un travail en cours ; le lien manquant mais non lointain est Berlin-Moscou.

Par Pepe Escobar

Mondialisation.ca, 30 août 2020

Asia Times 26 août 2020

Région : 

Thème: 

Nous avons vu comment la Chine planifie méticuleusement tous ses mouvements géopolitiques et géoéconomiques cruciaux jusqu’en 2030 et au-delà.

Ce que vous allez lire ensuite est le fruit d’une série de discussions privées et multilatérales entre analystes des renseignements, et pourrait vous aider à dessiner les contours de la situation globale.

En Chine, il est clair que la voie à suivre consiste à stimuler la demande intérieure et à orienter la politique monétaire vers la création de crédit afin de consolider la construction d’industries nationales de classe mondiale.

En parallèle, un débat sérieux a lieu à Moscou sur le fait que la Russie devrait suivre la même voie. Comme le dit un analyste, « la Russie ne devrait importer que les technologies dont elle a besoin jusqu’à ce qu’elle puisse les créer elle-même et n’exporter que le pétrole et le gaz nécessaires pour payer les importations qui devraient être sévèrement limitées. La Chine a toujours besoin de ressources naturelles, ce qui fait de la Russie et de la Chine des alliés uniques. Une nation doit être aussi autosuffisante que possible ».

Il se trouve que cela reflète exactement la stratégie du PCC, telle que définie par le Président Xi lors de la réunion du Comité Central du 31 juillet.

Et cela va également à l’encontre d’une aile néolibérale importante au sein du PCC – les collaborationnistes ? – qui rêverait d’une conversion du parti en social-démocratie de type occidental, en plus d’être soumise aux intérêts du capital occidental.

Comparer la dynamique économique actuelle de la Chine avec celle des États-Unis, c’est comme comparer une Maserati Gran Turismo Sport (avec un moteur V8 Ferrari) avec une Toyota Camry. La Chine, proportionnellement, détient un plus grand réservoir de jeunes générations très bien éduquées, une migration accélérée des campagnes vers les villes, une éradication accrue de la pauvreté, plus d’économies, un sens culturel de la gratification différée, plus de discipline sociale – confucianiste – et infiniment plus de respect pour l’esprit rationnellement éduqué. Le fait que la Chine fasse de plus en plus d’échanges commerciaux avec elle-même sera plus que suffisant pour maintenir la dynamique nécessaire au développement durable.

Le facteur hypersonique

Pendant ce temps, sur le front géopolitique, le consensus à Moscou – du Kremlin au Ministère des Affaires Étrangères – est que l’administration Trump n’est pas « capable de conclure un accord », un euphémisme diplomatique qui fait référence à une bande de menteurs de facto ; et elle n’est pas non plus « capable de respecter la loi », un euphémisme appliqué, par exemple, au lobbying en faveur de sanctions alors que Trump a déjà abandonné le JCPOA.

Le Président Poutine a déjà déclaré récemment que négocier avec l’équipe Trump, c’est comme jouer aux échecs avec un pigeon : l’oiseau marche sur l’échiquier, chie sans discernement, renverse les pièces, déclare la victoire, puis s’enfuit.

En revanche, un lobbying sérieux au plus haut niveau du gouvernement russe est investi dans la consolidation de l’alliance eurasiatique décisive, unissant l’Allemagne, la Russie et la Chine.

Mais cela ne s’appliquerait à l’Allemagne qu’après Merkel. Selon un analyste américain, « la seule chose qui retient l’Allemagne est qu’elle peut s’attendre à perdre ses exportations de voitures vers les États-Unis et plus encore, mais je leur dis que cela peut déjà se produire à cause du taux de change dollar-euro, l’euro devenant plus cher ».

Sur le front nucléaire, et bien au-delà du drame actuel de la Biélorussie – puisqu’il n’y aura pas de Maidan à Minsk – Moscou a fait savoir très clairement, en termes non équivoques, que toute attaque de missiles de l’OTAN sera interprétée comme une attaque nucléaire.

Le système russe de missiles défensifs – les S-500 déjà testés, et bientôt les S-600 déjà conçus – pourrait être efficace à 99 %. Cela signifie que la Russie devrait encore subir une certaine punition. Et c’est pourquoi la Russie a construit un vaste réseau d’abris contre les bombes nucléaires dans les grandes villes pour protéger au moins 40 millions de personnes.

Les analystes russes interprètent l’approche défensive de la Chine dans le même sens. Pékin voudra développer – si ce n’est déjà fait – un bouclier défensif, tout en conservant la possibilité de riposter à une attaque américaine avec des missiles nucléaires.

Les meilleurs analystes russes, comme Andrei Martyanov, savent que les trois armes principales d’une prochaine guerre présumée seront des missiles et des sous-marins offensifs et défensifs combinés à des capacités de cyberguerre.

L’arme clé aujourd’hui – et les Chinois le comprennent très bien – est le sous-marin nucléaire. Les Russes observent comment la Chine construit sa flotte de sous-marins – transportant des missiles hypersoniques – plus rapidement que les États-Unis. Les flottes de surface sont obsolètes. Une meute de sous-marins chinois peut facilement mettre hors d’état de nuire une force opérationnelle porteuse. Ces 11 forces américaines de transport sont en fait sans valeur.

Ainsi, dans l’éventualité – effrayante – où les mers deviendraient impénétrables en cas de guerre, les États-Unis, la Russie et la Chine bloquant tout trafic commercial, c’est la principale raison stratégique qui pousse la Chine à obtenir de la Russie la plus grande partie possible de ses ressources naturelles par voie terrestre.

Même si les pipelines sont bombardés, ils peuvent être réparés en un rien de temps. D’où l’importance suprême pour la Chine du gazoduc Force de Sibérie – ainsi que l’éventail vertigineux des projets de Gazprom.

Le facteur Ormuz

Un secret bien gardé à Moscou est que juste après les sanctions allemandes imposées à l’Ukraine, un grand opérateur énergétique mondial a approché la Russie avec une offre de détourner vers la Chine pas moins de 7 millions de barils par jour de pétrole plus le gaz naturel. Quoi qu’il arrive, cette proposition étonnante est toujours sur la table de Shmal Gannadiy, un des principaux conseillers du Président Poutine en matière de pétrole et de gaz.

Dans l’éventualité où cela se produirait, elle garantirait à la Chine toutes les ressources naturelles dont elle a besoin de la part de la Russie. Dans cette hypothèse, le raisonnement russe serait de contourner les sanctions allemandes en transférant ses exportations de pétrole vers la Chine, qui, d’un point de vue russe, est plus avancée que l’Allemagne en matière de technologie de consommation.

Bien sûr, tout cela a changé avec la conclusion imminente de Nord Stream 2 – malgré le fait que l’Équipe Trump n’a pas fait de prisonniers et sanctionné tous ceux qui étaient en vue.

Des discussions informelles ont clairement fait comprendre aux industriels allemands que si l’Allemagne devait un jour perdre sa source russe de pétrole et de gaz naturel, et que si le Détroit d’Ormuz était fermé par l’Iran en cas d’attaque américaine, l’économie allemande pourrait tout simplement s’effondrer.

De sérieuses discussions ont eu lieu entre les pays sur la possibilité d’une « Surprise d’Octobre » parrainée par les États-Unis, impliquant un faux drapeau à mettre sur le compte de l’Iran. La « pression maximale » exercée par l’Équipe Trump sur l’Iran n’a absolument rien à voir avec le JCPOA. Ce qui importe, c’est que même indirectement, le partenariat stratégique entre la Russie et la Chine a clairement indiqué que Téhéran sera protégé en tant qu’atout stratégique – et en tant que nœud clé de l’intégration eurasiatique.

Les considérations croisées des renseignements se concentrent sur un scénario supposant un effondrement – très improbable – du gouvernement de Téhéran. La première chose que Washington ferait dans ce cas serait de retirer le commutateur du système de compensation SWIFT. L’objectif serait d’écraser l’économie russe. C’est pourquoi la Russie et la Chine intensifient activement la fusion des systèmes de paiement russe Mir et chinois CHIPS, et contournent le dollar américain dans le commerce bilatéral.

Il a déjà été joué à Pékin que si ce scénario se réalisait, la Chine pourrait perdre ses deux principaux alliés d’un seul coup, et devoir ensuite affronter Washington seule en étant encore incapable à ce stade de s’assurer toutes les ressources naturelles nécessaires. Ce serait une menace existentielle réelle. Et c’est ce qui explique la logique qui sous-tend l’interconnexion croissante du partenariat stratégique entre la Russie et la Chine, ainsi que l’accord Chine-Iran d’une durée de 25 ans et d’un montant de 400 milliards de dollars.

Bismarck est de retour

Un autre accord secret possible déjà discuté au plus haut niveau des services de renseignement est la possibilité d’un Traité de Réassurance Bismarckien entre l’Allemagne et la Russie. La conséquence inévitable serait une alliance de facto Berlin-Moscou-Pékin couvrant l’Initiative Ceinture et Route (BRI), parallèlement à la création d’un nouveau réseau – numérique ? – une monnaie eurasiatique pour l’ensemble de l’alliance eurasiatique, incluant des acteurs importants mais périphériques tels que la France et l’Italie.

Pékin-Moscou est déjà en marche. Berlin-Pékin est un travail en cours. Le chaînon manquant est Berlin-Moscou.

Cela représenterait non seulement le cauchemar ultime pour les élites anglo-américaines imprégnées de Mackinder, mais en fait le passage définitif du flambeau géopolitique des empires maritimes au cœur de l’Eurasie.

Ce n’est plus une fiction. C’est sur la table.

Pour compléter le tout, faisons un petit voyage dans le temps et remontons jusqu’en 1348.

Les Mongols de la Horde d’Or sont en Crimée, assiégeant Kaffa, un port de commerce de la Mer Noire contrôlé par les Génois.

Soudain, l’armée mongole est rongée par la peste bubonique.

Ils commencent à catapulter des cadavres contaminés par-dessus les murs de la ville de Crimée.

Imaginez donc ce qui s’est passé lorsque les navires ont recommencé à naviguer de Kaffa à Gênes.

Ils ont transporté la peste en Italie.

En 1360, la peste noire était littéralement partout – de Lisbonne à Novgorod, de la Sicile à la Norvège. Jusqu’à 60% de la population européenne aurait été tuée, soit plus de 100 millions de personnes.

On peut affirmer que la Renaissance, à cause de la peste, a été retardée d’un siècle entier.

Le Covid-19 est bien sûr loin d’être un fléau médiéval. Mais il est juste de se demander :

Quelle Renaissance pourrait-il bien retarder ?

Eh bien, il se pourrait bien qu’il fasse avancer la Renaissance de l’Eurasie. Cela se produit au moment où l’Hégémon, l’ancienne « fin de l’histoire », implose intérieurement, « distrait de la distraction par la distraction », pour citer T.S. Eliot. Derrière le brouillard, dans les pâturages du jeu de l’ombre, les mesures vitales pour réorganiser la masse terrestre eurasiatique sont déjà en cours.

Pepe Escobar

Article original en anglais :

Definitive Eurasian Alliance Is Closer than You Think

asiatimes.com, le 26 août 2020

traduit par Réseau International

La source originale de cet article est Asia Times

Copyright © Pepe EscobarAsia Times, 2020

https://www.mondialisation.ca/le-jeu-de-lombre-revisite-comment-leurasie-est-remodelee/5648810


 

APPEL AUX DIRIGEANTS DES NEUFS ETATS AVEC ARMES NUCLÉAIRES (CHINE, FRANCE, INDE, ISRAEL, CORÉE DU NORD, PAKISTAN, ROYAUME-UNI, RUSSIE, ETATS-UNIS)

Appel aux dirigeants des neuf états avec armes nucléaires (Chine, France, Inde, Israël, Corée du Nord, Pakistan, Royaume-Uni, Russie, États-Unis)

Par Comité No Guerra no Nato

Mondialisation.ca, 25 août 2020

Comité No Guerra no Nato

Thème: 

Analyses: 

Nous, femmes et hommes de bonne volonté de toutes classes sociales, de tous pays, de credo et religions diverses, appelons votre attention sur la menace d’une guerre nucléaire totale pouvant éclater très facilement à cause d’actions délibérées de la part de n’importe quel État nucléaire ou à cause d’une action non intentionnelle, humaine, technique ou d’autre type.

Nous assistons au fait que le seuil d’usage d’armes nucléaires dans une attaque limitée ou à grande échelle a été récemment drastiquement abaissé, amenant le monde au bord d’un Armageddon nucléaire.

De nombreux fonctionnaires militaires et civils de haut-rang, politiciens et experts parlent ouvertement de la possibilité d’utiliser des armes nucléaires dans une première attaque contre n’importe quelle nation sous de nombreux prétextes, avec l’emploi de charges nucléaires à basse ou haute puissance.

Les États-Unis, pour des raisons douteuses et avec des explications illogiques, se sont retirés d’une série de traités et accords, connus et utiles, sur le contrôle des armes nucléaires.

Les vecteurs d’armes nucléaires deviennent de plus en plus sophistiqués, rapides et précis. Ils sont réalisés dans une association dangereuse comprenant des armes nucléaires stratégiques et tactiques avec des systèmes de défense de missiles et de capacités conventionnelles, et avec la possibilité de placer des armes d’attaque dans l’espace, y inclus systèmes de défense de missiles et armes anti-satellites.

De nombreuses manoeuvres militaires, qui auparavant avaient été conduites avec l’emploi d’armes conventionnelles, se transforment progressivement en manoeuvres utilisant des armes nucléaires fictives.

Les experts en armes nucléaires calculent que lors d’une première attaque nucléaire massive, au moins 34 millions de personnes mourraient immédiatement et 57 millions subiraient de multiples blessures, causes d’horribles douleurs, souffrances, maladies par radiations, et mort. En outre, divers types d’infrastructures, flore et faune, centrales nucléaires, resources hydriques, y compris l’eau potable et des digues hydroélectriques, seraient lourdement endommagés ou complètement détruits par d’énormes tempêtes de feu, une vaste contamination nucléaire, de puissantes explosions et des tremblements de terre.

Mais cela n’est que l’impact immédiat. L’hiver nucléaire, même seulement provoqué par une guerre nucléaire limitée, menacerait toute l’humanité de faim et autres risques mortels.

Nous qui avons signé volontairement cet appel vous exhortons, en qualité de dirigeants des neuf nations nucléaires, d’entreprendre les actions suivantes en 2020 :

Premièrement : comme premier pas vers un désarmement nucléaire complet et irréversible à l’échelle mondiale, vous vous engager à ne pas utiliser et à dénoncer tout type d’utilisation d’armes nucléaires dans une première attaque contre n’importe quelle autre nation à n’importe quel moment.

Deuxièmement : signer et ratifier le Traité sur l’interdiction des armes nucléaires avec l’engagement spécifié au point suivant,

Troisièmement : s’engager à démonter irréversiblement toutes les armes nucléaires d’ici au 6 août 2045 ou avant cette date – dans tous les États dotés d’armes nucléaires, au cours de phases attentivement calibrées et à travers des mécanismes d’inspection bien développés et réciproquement acceptables, à condition que tous les États dotés d’armes nucléaires suivent ce modèle en même temps et honnêtement.

Ces deux propositions ne sont pas conclusives. Elles sont un début et sont les plus urgentes. D’autres dispositions concrètes doivent être élaborées sans le moindre retard.

 

Signé personnellement le 21 août 2020 en expression de notre bonne volonté :

Comitato No Guerra No Nato (CNGNN) , Italie

Membres du Comité Exécutif CNGNN :

Giuseppe Padovano (Coordinateur National CNGNN), Manlio Dinucci (journaliste, essayiste, porte-parole du CNGNN), Jean Toschi Marazzani Visconti (journaliste, écrivaine, Relations Internationales CNGNN), Flaminio Maffettini (avocat), Jeff Hofmann (TV reporter),Vladislav Gavryusev (ingénieur physicien), Franco Dinelli (PHD CNR-INO), Berenice Galli (TV reporter), Germana Leoni (journaliste, écrivaine), Maria Heibel (essayiste, blogger), Isabella di Magdala, Manuela Fani, Ciril Munca (poétesse), Silvia Forlivesi (archéologue), Francesco Cappello (enseignant), Maya Nogradi (film maker), Luca Belardi (film maker), Suor Stefania Baldini (religieuse), Padre Fernando Zolli (prêtre combonien), Cesare Casotti (bibliothécaire), Cristoforo Attardo (blogger), Luca Sardi (musicien), Roberto Germano (physicien).

SVP. veuillez faire des copies de ce document,

le signer et l’envoyer à cette e-mail

jtmv812@gmail.com

Nos plus sincères remerciements.

 

Texte en italien :

Appello Ai Leader Dei Nove Stati Con Armi Nucleari (Cina, Francia, India, Israele, Nord Corea, Pakistan, Regno Unito, Russia, Stati Uniti) 

La source originale de cet article est Comité No Guerra no Nato

Copyright © Comité No Guerra no Nato, Comité No Guerra no Nato, 2020

https://www.mondialisation.ca/appel-aux-dirigeants-des-neuf-etats-avec-armes-nucleaires-chine-france-israel-coree-du-nord-pakistan-royaume-uni-russie-etats-unis/5648694


 

LES VENTS DU CHANGEMENT SOUFFLENT PLUS FORT : IMPACT DU COVID-19 SUR LES PAYSANS, LES TRAVAILLEURS RURAUX ET GROUPES MARGINALISES

 

 14 AOÛT 2020 

 

Les vents du changement soufflent plus fort : Impact de la COVID-19 sur les paysans, les travailleurs ruraux et autres groupes marginalisés
Cela fait plus de cinq mois que la plupart des pays ont imposé des mesures de confinement, des restrictions de voyages intra et transfrontaliers, afin de contrôler la propagation de la COVID-19 sans tenir compte de millions de personnes souffrant de la faim. Pendant cette période des dizaines de millions de personnes ont été contaminées par le coronavirus et plus d’un demi-million y ont succombé.


En juin, certains pays ont levé les mesures de confinement car la « courbe de l’infection » commençait à retomber. Les rues des villes ont retrouvé leur brouhaha, beaucoup étant impatients de reprendre leurs nombreuses activités. Cependant, cela n’a pas duré, car les cas de COVID-19 ont repris leur courbe ascendante, les gouvernements ayant mal contrôlé les mesures de déconfinement. La pandémie a démontré que nous ne pouvons plus reprendre une vie normale, et que nous devons apporter des changements à notre mode de vie et d’interaction en tant que société. Le temps de la transformation est venu.


Nous souffrons toutes et tous de l’aggravation de cette crise économique et sociale associée au coronavirus. La pandémie et ses restrictions se sont ajoutées à la faim et la pauvreté provoquées par la crise économique émanant à la décomposition du système capitaliste. Le fléau de la pandémie n’a pas épargné les nations riches développées. Par exemple en Inde, en Afrique du Sud, au Brésil et dans nombre de pays riches, la quantité de personnes souffrant de la faim augmente dramatiquement. Ces pays s’ajoutent aux 16 pays les plus menacés par la faim. Cette pandémie a dévoilé et intensifié les vulnérabilités et les insuffisances du système alimentaire mondial contrôlé par les entreprises multinationales. Un rapport de l’ONU a déclaré qu’environ 130 millions de personnes supplémentaires vont souffrir de la faim en 2020. Chaque jour, des dizaines de milliers de personnes risquent de mourir de faim dans le monde à cause de la pandémie, d’ici la fin de l’année la faim aura tué plus que la maladie elle même. Les enfants seront les plus affectés. Environ 6.000 enfants pourraient mourir de maladies évitables à cause des bouleversements dans les services de la santé et de la nutrition.


Pourtant, l’accumulation des richesses parmi les plus riches a augmenté pendant la pandémie. Les grandes entreprises ont payé des milliards de dollars à leurs actionnaires depuis janvier. Le monde a assisté à la naissance des premiers trillionaires dont Jeff Bezos propriétaire d’Amazon. Et cela, alors que les taux de chômage sont plus élevés que jamais. Le chômage et la faim parmi les populations urbaines ont augmenté de manière spectaculaire car la réaction des gouvernements a été insuffisante et trop tardive. Des capacités limitées et un manque de préparation des services de la santé dans la gestion de la pandémie ont retardé les secours pour les citoyens dans le besoin. Cependant tel n’est pas le cas des riches qui disposent de régimes de soutien. L’idée est que les grandes entreprises vont continuer à payer leurs employés et créer des emplois supplémentaires pour réduire l’augmentation du chômage. Voilà pourquoi, les entreprises reçoivent la plus grande partie des soutiens sous forme de plan de relance économique, d’allègements fiscaux, etc. Cette attitude de nos gouvernements nous a convaincu, nous les paysan·ne·s, la classe ouvrière, les pauvres et autres groupes vulnérables que, lors de cette pandémie, nous sommes seuls dans ces eaux troubles. Beaucoup ne remonteront pas à la surface.

Des mesures contre les paysan·ne·s et une militarisation croissante

Les restrictions imposées par le confinement ont un impact disproportionné, et affectent bien plus les paysan·ne·s et leurs communautés ainsi que les pauvres et la classe ouvrière. Les gouvernements continuent à ignorer leurs demandes d’aide. Au lieu de créer plus de centres de santé pour tester et soigner ceux qui sont infectés, la plupart des pays ont militarisé le confinement. Les actions de solidarité organisées par les paysan·ne·s et les pauvres pour soigner leurs communautés et répondre à leurs besoins sont surveillées et parfois écrasées violemment. Par exemple, au Chili, l’appareil sécuritaire d’état a arrêté, battu et harcelé les volontaires de la soupe populaire qui donnaient à manger aux affamés. Comment est-ce que de telles initiatives qui œuvrent à combler le vide dans la lutte contre la faim généralisée peuvent être criminalisées ? Cela prouve que les gouvernements ne nous écoutent pas et ne s’inquiètent pas pour nous, et qu’ils sont préoccupés uniquement de leur survie, ils considèrent ces initiatives comme des espaces de mobilisation contre leur reigne. En Colombie, la militarisation croissante des territoires remplace la promotion de la paix, c’est préoccupant. Entre janvier et mai 2020, 117 leaders sociaux et 25 anciens combattants ont été assassinés.

Aux Philippines, les forces de sécurité ont une attitude complaisante envers les entreprises d’exploitation minière qui continuent leurs activités. En même temps des contrôles routiers empêchent les paysans de couvrir les courtes distances qui les mèneraient à leurs terres. En Thaïlande, l’agriculture n’est pas une priorité dans les régimes d’aide du gouvernement, à l’inverse du tourisme et de l’industrie manufacturière. Certaines agences gouvernementales ont utilisé l’état d’urgence pour violer les droits des paysan·ne·s. Par exemple le ministère chargé de l’irrigation a expulsé les habitants d’un village qui contestaient les décisions du ministre dans un problème d’ordre foncier.

Certains pays utilisent la fragilité politique et économique due à la pandémie pour réformer les lois foncières, les lois du travail et les lois relatives aux investissements directs étrangers pour le bénéfice des élites. C’est le cas de l’Inde et du Sri Lanka. Par exemple, le gouvernement de l’Inde a pris des mesures pour assouplir les lois existantes relatives à l’acquisition de terre, aux droits du travail et aux marchandises agricoles visant à encourager la privatisation et le modèle d’agriculture contractuelle. Les paysans indiens de Kernakata ont manifesté pour marquer leur opposition à ces tentatives. Au Brésil, le Président Bolsonaro continue la déforestation de la forêt amazonienne pour étendre l’agriculture extensive.

En Asie du Sud, la pandémie est utilisée pour saper la souveraineté alimentaire et promouvoir des réformes néolibérales en faveur des grandes entreprises. Des pays comme le Sri Lanka, le Pakistan et le Népal se tournent vers les agences financières internationales pour obtenir des prêts supplémentaires. Cela rendra plus difficile la vie des paysan·ne·s, tout comme ce que nous avons vécu lors de l’austérité des programmes économiques d’ajustement structurel des années 80 et 90. C’est ce que nous constatons avec la situation de « crise de la dette » en Équateur, en Argentine et autres. Ces prêts menacent la capacité des gouvernements à renforcer leurs politiques publiques y compris dans le secteur de la santé.

En Afrique, l’Afrique du Sud a récemment obtenu un prêt du Fond monétaire international afin de redresser sa balance de paiements. Ce soutien aura pour conséquence que ce pays, qui a déjà les plus grandes inégalités foncières raciales et coloniales de l’Afrique Australe, va exclure toute redistribution des riches vers les pauvres, causant ainsi encore plus de souffrances. L’inégalité de richesse est également très élevée. 10% de la population est propriétaire de 93% de la richesse du pays, il ne reste que 7% pour les 90% restant.


En Amérique latine, ce sont les pays qui avaient adopté des politiques néolibérales qui sont les plus affectés par la pandémie. Ces politiques ayant entrainé des coupes budgétaires dans les services sociaux, les capacités du secteur de la santé sont limitées et mises à rude épreuves, incapables d’affronter la crise du coronavirus. Le Brésil, le Chili, le Pérou, l’Équateur et le Panama sont les plus affectés. Le chômage et la pauvreté ont monté en flèche ces cinq derniers mois. Les économies de l’Amérique latine et des Caraïbes se sont rétractées de presque 10%. Cependant, certains pays tels que Cuba et le Nicaragua s’en sortent mieux grâce à leurs politiques plus favorables à la population. Ces deux pays ont réussi à contenir la pandémie, tout en assurant une nourriture adéquate pour la population. Des systèmes alimentaires locaux forts et une autonomie des fermes paysannes expliquent cette situation. Ces gouvernements se sont engagés à mettre en œuvre la souveraineté alimentaire et ne dépendent pas de systèmes alimentaires mondiaux pour nourrir leur population.

En Afrique, la modernisation de l’agriculture prend de l’ampleur. La pandémie et l’insécurité alimentaire imminente ont ouvert des débouchés pour les agences de la Révolution verte et quelques organisations philanthropiques qui promeuvent l’utilisation extensive des intrants, des semences OGM et la numérisation de l’agriculture. Par exemple, l’Alliance pour la Révolution verte en Afrique (AGRA) a déclaré dans son rapport de mai 2020 qu’elle… « continue d’engager des partenariats avec les petits exploitants et l’agriculture industrielle afin de renforcer la résilience des systèmes alimentaires en offrant des conseils essentiels aux gouvernements africains dans leur prise de décision. » AGRA frappe à la porte des décideurs africains pour leur présenter des solutions « …qui vont éviter les impacts potentiellement désastreux du virus sur les systèmes alimentaires… » Cependant, nous savons tous que ce n’est pas vrai. L’utilisation d’entrants chimiques rendra l’agriculture paysanne intenable et contribuera à l’augmentation de la production de marchandises agricoles pour l’exportation. Le travail des paysans se réduit petit à petit à la « lecture d’étiquette » dans l’utilisation « d’engrais chimiques, de pesticides, de semences hybrides… ». Il n’y a plus d’innovation. Il ne faut pas laisser cela se faire. Nous devons nous mobiliser et repousser ces efforts de réduire et annihiler la souveraineté alimentaire des paysans africains qui est fondée sur l’agroécologie, les connaissances traditionnelles et les semences préservées à la ferme. 

En Europe, les chefs d’États européens se sont récemment mis d’accord sur le budget d’un plan de relance, mais le budget alloué à la Politique commune agricole ne prend pas en compte les intérêts des paysan·ne·s. L’agriculture paysanne en Europe a été très affectée par la pandémie de COVID-19. Par exemple, les prix des secteurs du bétail et des produits laitiers ont chuté à cause d’un excèdent de production. ECVC demande des actions urgentes pour stabiliser la situation, réglementer le marché et les prix des producteurs contre la volatilité du marché. Le soutien de la Commission européenne pour le secteur est inadéquat. La Commission s’intéresse plus à la production qu’aux producteurs, alors que plus de 1.000 agriculteurs quittent la profession chaque jour en Europe. Il s’agit là d’un des obstacles majeurs à l’entrée des jeunes dans l’agriculture.


En Asie, la relance budgétaire du Bangladesh n’aide que les grandes entreprises et les industries, l’agriculture a été négligée. En conséquent, le taux de pauvreté est passé de 21 pour cent à 40 pour cent et environ 37 pour cent des paysan·ne·s (dans les secteurs de la riziculture, de la pêche et des produits laitiers) ont complètement perdu leurs investissements. Au Sri Lanka de nombreux·ses de paysan·ne·s se suicident, étant dans l’impossibilité de rembourser les prêts de la microfinance. Le Mouvement pour la terre et la réforme agricole (MONLAR) demande un allègement de la dette et l’abolition des prêts de la microfinance.


Lorsque des programmes de soutien sont en place pour les pauvres et les petits exploitants agricoles, comme au Vietnam, aux Philippines, les critères de sélection des bénéficiaires excluent ceux qui en ont le plus besoin. Au Japon, l’agriculture familiale a reçu moins de soutien que les fermes industrielles et ce soutien n’était disponible que pour les agriculteurs capables de prouver que leurs ventes avaient diminué de 50%. Beaucoup d’agriculteurs peinent à rassembler les informations nécessaires pour démontrer les impacts de la pandémie, ce qui leur permettrait de déterminer de quelles mesures ils ont besoin pour la relance.

Les économies s’ouvrent pour attirer des investissements étrangers : Accords de libre-échange


Les négociations d’accords de libre-échange continuent en Asie, en Europe, en Amérique et en Afrique. Certains sont prêts à être signés alors que d’autres viennent de prendre effet. En juillet le nouvel accord de libre-échange entre les États-Unis, le Canada et le Mexique, T-MEC, est entré en vigueur. Cela va aggraver la crise qui étouffe la campagne mexicaine sous la forme de prix élevés des semences et du monopole et de la propriété intellectuelle croissants sur les semences certifiées et hybrides. Celui qui contrôle les semences, contrôle la nourriture. Le T-MEC privatisera davantage de semences et de plantes médicinales au Mexique, car cet accord exige que le pays se conforme et s’aligne, entre autres, sur la Convention internationale pour la protection des obtentions végétales (UPOV-91), défavorable et destructrice. L’UPOV-91 est un produit des sociétés transnationales et son imposition au Mexique est une nouvelle attaque contre le mode de vie paysan : la propriété collective des connaissances traditionnelles, des semences, de la production d’aliments sains, etc.

En Asie, la Chine et les États-Unis jouent du coude pour pénétrer les économies régionales. Le Sri Lanka tente de signer un ALE et assouplit sa législation sur les investissements étrangers relatifs à la terre et l’agriculture. Le Népal, également, essaie de lever plus de ressources fiscales en ouvrant la porte aux investissements étrangers.


La Commission européenne se prépare à signer l’accord de libre-échange avec le MERCOSUR. S’il est signé cet accord entrainera une destruction de l’environnement, empirera le changement climatique et les violations des droits humains en toute impunité par le biais de politiques agricoles orientées vers l’exportation. En France, les paysan·ne·s et les militant·e·s dénoncent l’hypocrisie du vote probable en faveur de l’Accord économique et commercial global entre l’Union européenne et le Canada (CETA), un accord qui, lui aussi, accélérera la crise climatique.


L’exploitation des travailleurs migrants s’accentue : bas salaires et absence de protection sociale
Des millions de travailleurs ont été renvoyés et ont grossi les rangs des chômeurs. Ceux qui sont encore employés, travaillent dans des conditions précaires, sur une base contractuelle. C’est le cas des travailleurs migrants au Canada, aux États-Unis, dans certains pays européens, au Qatar, aux Émirats arabes unis, en Afrique du Sud et dans nombre d’autres pays qui dépendent d’une telle main-d’œuvre. Au Canada, par exemple, les tests du COVID-19 de plus de 400 migrants se sont révélés positifs dans le sud de l’Ontario, à cause des logements surpeuplés et malsains et de l’incapacité d’identifier rapidement et d’isoler les travailleurs infectés. L’Union paysanne nationale (NFU) demande des modifications au règlement afin que les travailleurs migrants aient le droit de changer d’emploi sans risquer la déportation, qu’ils aient accès aux soins de santé et autres bénéfices liés au travail et qu’ils reçoivent un permis de résidence permanent. Aux États-Unis, les travailleurs agricoles, pour la plupart des migrants, n’ont qu’une protection limitée contre la COVID-19. Ils continuent à travailler de peur d’être déportés s’ils s’inscrivent pour recevoir des soins médicaux gratuits et de peur d’être victimisés par les patrons qui les puniraient en diminuant leurs heures ou leurs jours de travail. Sans travail, ils n’ont pas d’argent donc pas de nourriture.

En ce qui concerne la protection des travailleurs agricoles contre la pandémie, la Commission européenne n’a pas réussi à faire que les Etats membres appliquent ses directives et agissent concrètement sur le terrain pour empêcher et lutter contre l’exploitation. Les migrant·e·s et les travailleur·se·s saisonniers sont toujours exploités et exposés à la COVID-19 en Italie et dans d’autres pays de l’Union européenne.

Pas de virement de l’étranger, les personnes dépendantes souffrent
Les mesures de restriction du mouvement des personnes ont affecté durement les virements venant des travailleurs migrants. Beaucoup ont perdu leur travail et ne peuvent plus s’occuper de leur famille. Les travailleurs saisonniers sont également dans la même situation difficile. Nombre d’entre eux ont été forcés de quitter les zones urbaines pour rentrer dans leurs villages. Cet afflux massif et non prévu a augmenté les besoins en nourriture des foyers, alors même que les restrictions réduisaient leur capacité à travailler la terre pour satisfaire les besoins en nourriture et les dépenses qui y sont liées.


Les femmes et les enfants sont les plus affectés par la pandémie. Les cas de violences conjugales ont augmenté considérablement lors du confinement. Les Nations Unies estiment que plus de 10.000 enfants vont mourir chaque mois, quand de nombreuses communautés paysannes n’ont plus accès à leur marché, incapable de vendre ou d’acheter des produits et loin des centres de la santé.

Renforcer la solidarité pendant la COVID
Au niveau mondial, les paysan·ne·s, les militant·e·s et leurs alliés sont engagés dans des actes de solidarité afin de résister aux actions répressives du gouvernement et des grandes entreprises. Ils se sont rassemblés pour s’entre-aider, renforcer la souveraineté alimentaire et fournir du matériel de protection contre la COVID. Ils maintiennent également la distanciation sociale nécessaire en travaillant et en produisant les aliments. C’est ce que certains leaders paysan·ne·s appellent « l’isolation productive”
Les brigades internationales du Mouvement des Sans Terre a joué un rôle important dans la lutte contre la pandémie en Afrique et en Amérique latine. Les brigades ont concentré leurs actions sur la lutte contre le coronavirus dans les zones rurales et les quartiers pauvres. Elles ont organisé avec les paysans des échanges d’expérience sur la production d’aliments sains. Elles ont également organisé des dons de semences et produit et distribué du matériel de protection et d’hygiène dans les pays où elles sont présentes : en Zambie, au Venezuela, en Haïti, et autres…

L’Union des comités de travailleurs agricoles (UAWC) continue à soutenir des milliers de familles et de petits exploitants agricoles en Palestine avec sa campagne d’urgence « Unis contre la COVID-19 ». Environ 9.354 familles ont reçu de l’aide, 1.490 kits d’hygiène, 358.000 plantes de légumes et 855 colis alimentaires ont été distribués. L’UAWC a ciblé les familles vivant dans des zones reculées et marginalisées dépourvues de services médicaux et où les soins apportés par le gouvernement sont limités.


Au Zimbabwe, le Forum des paysans biologiques (ZIMSOFF) œuvre, avec ses alliés et partenaires, à arrêter la propagation du coronavirus dans les communautés où ses membres résident. Plusieurs équipements de protection individuelle (EPI) obtenus grâce à l’aide de Whyhunger ont été distribués aux paysans et à leur communauté.

Pendant cette période La Via Campesina, a publié plusieurs déclarations en solidarité avec M. Junawal Bin Sukino, président de Serikat Petani Indonésie (SPI), et avec Massa Kone, porte-parole de la Convergence globale des luttes pour la terre et l’eau en Afrique de l’Ouest et a également dénoncé la tentative israélienne, soutenue par les USA, d’annexer les terres, les eaux et les territoires de la zone C des territoires occupés de la Palestine. La Via Campesina ajoute notre voix à l’opposition mondiale au projet d’annexion illégale d’Israël et renouvelle sa demande d’arrêt complet de l’occupation israélienne. Mr Junawal Bin Sukino a été arrêté quand il luttait contre les expulsions dans le village de Napal Putih pour faire place aux plantations de caoutchouc. La maison de Massa Kone a été saccagée par des hommes armés au Mali.


En Amérique latine, une Campagne de Solidarité avec Cuba, le Venezuela, et le Nicaragua contre les agressions impérialistes a été lancée. Elle demande à tous les secteurs des travailleurs, paysans, peuples autochtones, afro-descendants, les jeunes et les communautés noires de nos Amériques et du monde de s’unir et de lutter contre les sanctions, les blocus économiques et toutes sortes de menaces émanant des USA et de ses alliés.


Plusieurs mouvements paysans et militants organisent des webinars afin de partager et de discuter des problèmes qui les affectent, des moyens de résistance et de l’élaboration de stratégies et de solidarité.


Y a-t-il de l’espoir ?

La pandémie a provoqué une réponse de la base, de ceux et celles qui sont les plus affecté·e·s. Dans toute cette souffrance, des voix opposantes se sont levées en Afrique, en Europe, dans les Amériques et en Asie. En ce qui concerne les USA, le mouvement Black Life Matters (BLM) est l’expression la plus forte de réponse populaire anti-systémique.
La pandémie a mis en exergue l’importance des systèmes alimentaire locaux dans l’alimentation de la population et le besoin urgent de promouvoir de tels systèmes là où ils existent et de les reconstruire là où ils ont été détruits par des années de négligence due aux politiques néo-libérales.

Ce sont les systèmes de production des paysans qui alimentent la population et permettent d’éviter une famine généralisée pendant cette pandémie.


Nous pouvons espérer que la roue du changement sociétal a commencé à tourner plus rapidement pendant la pandémie. Le temps de la transformation est vraiment arrivé. Les droits des peuples, la dignité et la solidarité doivent constituer les fondements de la nouvelle société, pas le profit. La souveraineté alimentaire est la bonne et juste voie.

source :  https://viacampesina.org/fr/les-vents-du-changement-soufflent-plus-fort-impact-de-la-covid-19-sur-les-paysan%c2%b7ne%c2%b7s-les-travailleurs-ruraux-et-autres-groupes-marginalises/